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Le journal Off du poker

[Journal Off des WSOP #5] Le retour de "Johnny World"

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Chaque année, les World Series sont le théâtre idéal des grands retours, come-backs improbables des figures damnées du poker. L’an dernier ? Erik « E-Dog » Lindgren, meilleur ami de Daniel Negreanu, ancien wonder-boy de la Team Full-Tilt, époux modèle de l’ex-mannequin-spécialiste-du-blackjack-joueuse-de-poker Erica Schoenberg, et gambler ruiné hors catégorie. Un bracelet et quelques places payées plus tard, le joueur était remis en selle.

Il y a quelques jours, c’était au tour du tournoi Senior des World Series de faire revivre une gloire passée. Oh, bien sûr, rien de très glamour à la victoire de Dan Heimillier, moustachu rondouillard arborant fièrement son t-shirt « All-American » lors de la remise du bracelet. Mais une nouvelle et énième consécration pour un de ces joueurs de l’ombre qui hante le circuit depuis plusieurs décennies, a déjà décroché un bracelet (en 2002), et totalisé pas moins de vingt-deux places payées (!) sur le premier semestre 2014. Une renaissance qui ne durera peut-être pas très longtemps pour celui qui vient de remporter 630 000$ après avoir battu un field de plus de 4400 joueurs, criblé par les dettes de jeu depuis années. Derrière lui, la « vieille garde » du poker américain exultait : de Nolan Dalla, directeur communication des WSOP et historien hors-pair du jeu depuis ses années passées au Binion’s et auprès de Stu Ungar, à la foule des joueurs old-school massés pendant une heure derrière lui.

Mais les high-rollers avaient en ligne de mire un autre joueur prêt à transformer son essai en nouvel exploit. Le cadre ? Un banal tournoi à 1 500$ du week-end, ces crapshoots où se massent chaque week-end les amateurs américains venus des deux côtes, espérant oublier à jamais leur quotidien médiocre, leur paye indécente et devenir ce nouveau Moneymaker que l’Amérique attend depuis plus d’une décennie désormais. Avec des fields gigantesques de plus de 2000 joueurs et un demi-million à la gagne. Le héros du jour ? John Hennigan, crâne lisse et sourire triomphant constamment vissé sur son visage. Celui là même qui est considéré par Negreanu comme le meilleur joueur de cash-game au monde.

Hennigan, personne ne le connaît du côté du vieux continent. Et pourtant, avec deux bracelets WSOP, un titre WPT et plus de 3 millions de gains à son actif, Hennigan aurait pu percer dans les médias. Formé à l’ancienne —il a fait ses classes en tant que « pool hustler », joueur de billard professionnel plumant les pigeons de tous les états—, Hennigan est un parieur hors-pair : donnez-lui une cote et un sujet sur lequel parier, il sera partant. Et ce n’importe où dans le monde. D’où ce surnom qui le colle à la peau, « Johnny World ». Ivey, que beaucoup disent prétentieux et hautain, n’a finalement de respect que pour une seule valeur : l’action. Seuls ceux qui peuvent lui procurer ce juice existent dans ce monde de millionnaire où des sommes à sept chiffres passent chaque semaine de l’autre côté de la ligne de mise de la table de craps.

Hennigan est un modèle de high-roller qui passe sous les radars des médias : il n’a aucun intérêt spécial à communiquer sur ses activités, sans vouloir pour autant se cacher ; toute idée de sponsoring lui est absolument étrangère ; les sommes qu’il gagne dans les tournois sont ridicules par rapport aux cash-games et side-bets qu’il pratique chaque jour ; sa vie est la plus libre possible, uniquement dictée par le rythme des parties et des opportunités de gambling. En finissant second de ce tournoi anodin, Johnny World est resté fidèle à sa légende d’éternel homme de l’ombre depuis ses débuts fracassants à la fin des années 1990 : en retrait, des billets débordant des poches, avec un sourire de gamin qui ne veut qu’une chose : passer le temps en s’amusant.

Jérôme Schmidt

(source photo : WSOP.com)

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[WSOP Journal Off Event #13] Layne Flack, le retour de l'enfant prodige

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Comme Las Vegas, les World Series sont à la fois le problème et sa solution, une hydre qui engloutit en masse ses inféodés les plus faibles et célèbre, des années plus tard, des résurrections qu’on n’attendait plus. Hier, un banal tournoi à 2500 $ (Omaha Stud Hi-Lo, Event 13) a ainsi remis dans la lumière un de ses plus brillants rejetons, Layne Flack.

Une véritable attraction pour les old-timers, un wonder-kid d’une époque révolue. Flack est « né » médiatiquement à la fin des années 1990, après sa victoire de 1997 au Hall Of Fame Poker Classic, puis une année plus tard en runner-up d’un NLHE 2 000 $ aux WSOP, finissant devant Scotty Nguyen. Pour tous, Flack est l’héritier direct de Stu Ungar, comme une réincarnation apparue à la surface de la planète poker au moment même où le Kid Ungar se laissait emporter par une overdose dans un motel perdu de Glitter Gulch. Héritier, Flack, car directement dans la lignée de Ungar : un joueur instinctif, terriblement brillant, sûrement trop pour un monde du poker qui à cette époque déjà tendait à s’aseptiser, et un adepte de l’extrême, goûtant à toutes les drogues (alcool, cocaïne, PCP, crystal-meth), broke au quotidien, gagnant à tout jamais.

Demandez à ses amis – et ils sont encore bizarrement nombreux – de vous parler de Flack, et tous auront le même sourire gêné, plein d’affection. Ted Forrest, son backer de l’époque, avait dû se battre comme Billy Baxter avec Stu Ungar, à le sortir de son lit pour qu’il descende au Horseshoe. Pendant ces années, Flack vit avec une bouteille de bourbon à portée de main. « Un matin, Hellmuth et Forrest viennent me chercher dans mon lit, en hurlant pour que je me réveille. Il paraît que j’étais en table finale d’un tournoi des World Series, j’avais complètement zappé, trop saoul pour m’en souvenir. » Quelques minutes plus tard, au bout de trois mains, il élimine le chip leader, et entame sa route vers son premier bracelet.

Au début des années 2000, Flack goûte à la drogue, via un ami qui lui passe une pilule d’ecstasy. Avant cela, Flack s’était contenté de l’alcool, avec un excès rare. « C’est le meilleur ivrogne que j’ai jamais vu jouer au poker », se contente de résumer un croupier du Horseshoe de l’époque. Pour Flack, la drogue est une nouvelle étape dans sa vie d’addict, et elle coïncide avec ses années les plus brillantes en termes de poker, puisqu’il totalise plus de 2 000 000 $ de gains entre 2002 et 2004. « À cette époque, je n’ai jamais joué sobre », nous confiait-il l’an dernier à la pause d’un tournoi des World Series, les cheveux en brosse et la mine reposée. « Je n’ai même pas vu le monde du poker évoluer, tout allait simplement, j’étais défoncé 24h/24, et les jetons venaient vers moi. »

Étrangement, ses années de rehab, passées à décrocher, coïncident aussi avec ses moins bons résultats. « Daniel Negreanu m’a pris en main, il a payé de sa poche ma cure de désintoxication, et toute ma vie, je le remercierai pour cela. J’étais broke, sans le moindre sou, des gens se sentaient trahis par ma conduite, et je roulais à 200 à l’heure vers un mur d’acier, le sourire aux lèvres… » Hier, en finissant premier du Day 1, Flack a renoué avec un succès qui lui échappait depuis quelques saisons.

S’il finit en places payées ou, mieux, renoue avec la victoire, combien devra-t-il à ses backers ? Que fera-t-il du (petit) pourcentage qui lui restera ? « Vegas est la ville au monde où se retrouvent les plus grands arnaqueurs, les plus belles putes et les dealers qui ont la meilleure came. Quand tu tombes là-dedans gamin, comme moi, tu ne te rends pas compte que tu as sauté à tout jamais dans la fosse aux requins. Et t’as beau essayer, rien n’y fera : tu ne t’en sortiras jamais », résumait-il, lucide, il y a quelques années à des confrères anglais. S’en sortir, ca sera revenir, demain, tomber sept fois, se relever huit

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[Journal Off des WSOP #10] Les choix de Salomon

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Le départ un peu morne du tournoi le plus cher au monde —Le Big One for One Drop, 1 000 000$ de buy-in à la clé— en raison d’un assez « faible » taux de participation (40 joueurs seulement, au lieu des 56 attendus) pourrait bien annoncer une fin encore plus ennuyeux à cette compétition à la fois décriée et applaudie lors de sa première édition en 2012.

A la fin de la deuxième journée, et à une place de la bulle, seuls neufs survivants sont encore en lice. En tête d’entre eux : Rick Salomon, 46 ans et « producteur » de films. Une définition aussi floue que possible pour cet habitant de Los Angeles, ville peuplée de millions d’acteurs, réalisateurs, agents ou producteurs plus ou moins ratés ou mythomanes. Les World Series avaient déjà eu le droit, il y a quelques années, à « l’agent de stars hollywoodiennes » Jamie Gold. Mais Rick Salomon n’est pourtant pas absolument inconnu du grand public américain. Douchebag assumé, il est le pur produit d’une société du spectacle résumé, en bon cliché warholien, par une oeuvre inexistante couplée à une exposition médiatique maximale.

Salomon a compris depuis longtemps déjà que le seul simulacre était suffisant : boyfriend puis époux de Pamela Anderson (qu’il épousera une deuxième fois début 2014), il est un socialite sans fond qui a fait son beurre sur une sextape de célébrité, la première du genre. C’était il y a dix ans presque jour pour jour, et Salomon filmait en caméra POV sa relation sexuelle mécanique et banale, dans une chambre d’hôtel américaine, avec l’héritière du groupe Hilton. « One night in Paris » a ainsi marqué le basculement —ou plutôt, le glissement— vers une médiocrité encore plus crasse de la mécanique de la célébrité. Kim Kardashian, bonne élève, a suivi l’exemple en tournait sa propre sextape avec le rappeur inconnu Ray-J quelques mois plus tard, passant de l’ombre à la lumière. Mais dans quel but ?

Salomon n’est pas pour autant un inconnu du monde du jeu. Lors de son premier mariage avec Pamela Anderson, il était présenté comme « créateur d’un site de jeu en ligne », et ce en 2003. Lequel ? Une rapide recherche dans les méandres de Google ne nous en dira rien de plus, si ce n’est une vague rumeur concernant 888… Quelques années plus tard, on le retrouve également mêlé au « scandale » des grosses parties high-stakes hollywoodiennes (qui ont ensuite migré à New York), organisées par Molly Bloom, autour d’acteurs, mobsters et riches hommes d’affaires.

Salomon avait déjà fait une première apparition au One Drop des WSOP en 2012, sans succès. Mais celui qui aurait remporté une dizaine de millions de dollars avec sa sextape hiltonienne est de nouveau de la partie deux années plus tard. Qui le stacke pour l’occasion ? On comprendrait mal, par exemple, l’intérêt de Guy Laliberté, initiateur du projet avec les WSOP, à mettre une telle somme dans un joueur amateur à la réputation sulfureuse. En attendant, Salomon vire chipleader à une seule place des ITM, et pourrait bien devenir le nouveau héraut de ce tournoi où les stackings et swaps entre joueurs masquent la réalité d’un finalement banal tournoi NLHE joué en trois jours dans l’atmosphère glacée de l’Amazon Room.

Jérôme Schmidt

(source photo : wsop.com)

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[Journal Off des WSOP #7] Tomber sept fois, se relever parfois

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C’est dans la ferveur que s’est achevée, il y a quelques jours un banal crasphoot hebdommadaire à 1 000$ dans l’Amazon Room. La silhouette du gagnant, un peu lourde, semble avoir déjà connu les affres d’une vie trop remplie. Pourtant, le vainqueur du jour, Russell Aaron Boyd n’a même pas quarante ans. Mais, né en 1980, il aura été de tous les combats (perdus) du poker américain, wonder-boy qui sera tombé maintes fois, pour aujourd’hui encore se relever, effacer le goût terreux de la défaite qui lui colle à la bouche, s’ébrouer, et repartir.

« Dutch » Boyd est déjà un « vieux » du poker. Un de ces jeunes touche-à-tout qui, dès la majorité acquise (21 ans et quelques heures) a foncé dans le premier casino venu pour mettre en pratique les rêves fous qui animaient lui et son frère à passer des heures sur les premiers sites online offshore. Nous sommes en 2002, et le Moneymaker Effect n’a pas encore déclenché la révolution de la planète poker. Boyd traîne dans les petits casinos des réserves indiennes de la côte ouest, où il signe ses premières performances dans… un 50$ Limit Hold’Em, rebuy illimités (il y en aura plus de 600 pour 300 inscrits…), avec plus de 10 000$ de gains pour une seconde place anecdotique. Quelques mois plus tard, c’est son premier Main Event. LAs Vegas et ses WSOP, le rêve de tout jeune grinder qui, malgré son statut d’amateur, voit déjà plus grand que les autres, rêve du métal froid des bracelets sur sa peau. En bon action junky, 2003 lui donnera à jamais ce rêve de surpuissance, avec un deep-run lors du Main Event, un deuxième gain à 5 chiffres, et un avenir radieux.

En parallèle, Boyd, petit surdoué pendant toutes ses études, entrevoit la manne financière du poker en ligne, après ses nuits blanches passées sur Planet Poker, un des premiers sites à opérer en Hold’Em. Il décide de se lancer dans PokerSpot, une room en ligne qui tournera vite au fiasco et au premier scam signé par Boyd. C’est la grande époque des mini-rooms lancées avec une bankroll de 50 000$, aucune connaissance des enjeux légaux et des besoins financiers, un software partagé et aucun service client. La France en aura quelques unes, comme Atlas Poker, qui floquera les maillots de Claude Cohen, David Benyamine ou Antony Lellouche pendant un été, celui de 2006, à Las Vegas. Aussitôt nées, aussitôt mortes. Et pour Boyd, l’occasion de partir avec la caisse, et ne jamais rembourser les joueurs.

Car Boyd rêve de tout sauf de la vie d’average Joe. Beau, arrogant, le regard clair, il incarne parfaitement cette génération biberonnée aux scènes de Rounders, le film qui a ramené des milliards à l’industrie du poker, et fait perdre presqu’autant aux joueurs qui ont rêvé trop vite, trop haut. La première fois où j’ai croisé le chemin de Dutch Boy était l’année de son sacre, en 2006, dans l’Amazon Room. Joe Hachem, champion du monde en titre, revenait à Las Vegas pour faire taire ses détracteurs et remporter un second bracelet, histoire d’enfoncer le clou. Car contrairement à de nombreux autres one-timers, Hachem ne voulait pas être un riche millionaire chanceux oublié au cimetière des éléphants du poker. Et au bout d’un long mois de juin, émaillé par des défaites quotidiennes, Joe se hisse en table finale d’un 2 500$ Short-Handed NLHE. Seul reste un homme sur sa route : Dutch Boyd, poussé par des supporters hystériques. L’avantage final ira à l’Américain qui empochera plus de 475 000$ pour son premier bracelet, laissant le champion australien dépité, mais soulagé d’avoir tout de même confirmé.

Boyd, demi-millionaire, n’en profitera pas pour autant pour rembourser ses anciens clients floués. Car Boyd a la dépense facile, les stackers nombreux et une appétence à jouer au cash-game passablement drogué. Dans son livre opportunément sorti quelques semaines avant les WSOP 2014, « Poker Tilt », il ouvre sa propre boîte de pandores sans pudeur, racontant les stackings enfumés de Phil Laak, les arnaques montées ou celles dont il a été la victime, les blocs de billets de 100$ partis en fumée, pour une fois encore devoir tout recommencer à zéro. Mais cette année, c’est un homme changé, au moins physiquement, qui vient de s’emparer de son troisième bracelet ; et le sourire fatigué qu’il esquisse avec son groupe d’ami amoindri laisse filtrer le soulagement de s’être, une fois de plus, relevé.

Jérôme Schmidt

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