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Interviews

Fatima Moreira de Melo : du hockey sur gazon au poker pro

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C’est dans le cadre idyllique du casino de Monte-Carlo, en marge du PokerStars and Monte-Carlo®Casino European Poker Tour, que nous avons rencontré Fatima Moreira de Melo, ambassadrice de la marque au pique rouge depuis de nombreuses années. Une sportive émérite qui a su se reconvertir avec brio dans le poker…

par Martin Garagnon

Poker52 : Tu as connu une carrière de sportive de haut niveau avant de te lancer dans le poker, avec notamment une médaille d’or olympique aux JO de Pékin en 2008, avec l’équipe féminine de hockey sur gazon des Pays-Bas. Considères-tu le poker comme un sport ?

 Fatima Moreira de Melo : Je ne me pose pas vraiment la question dans ces termes. Je me suis longtemps sentie enfermée dans ces catégories : qu’est ce qu’est un sport et qu’est-ce qui ne l’est pas, qu’est-ce qu’est un jeu et qu’est ce qui ne l’est pas, qu’est-ce que l’amour et qu’est-ce qui ne l’est pas. Et finalement ces catégorisations me semblent peu pertinentes. Seul compte le plaisir, le plaisir que vous prenez à faire ce que vous faites.

Il y a évidemment dans le poker une dimension compétitive, identique à celle que vous trouvez dans le poker. La dimension physique est très différente. Lorsque vous êtes assis à une table de poker pendant douze heures, vous réalisez que la composante essentielle de cette activité est votre capacité à rester concentré, mais également à maintenir un haut niveau de détermination et à faire preuve de résilience.

Ce sont des qualités dont vous avez aussi besoin dans la vie en général. Lorsque j’ai démarré le poker, je n’ai pas voulu me poser trop de questions. Parfois, il suffit simplement de vous lancer. Avec amour et passion.

Poker52 : En quoi avoir été une athlète professionnelle t’a-t-il été utile en tant que joueuse de poker ?

Fatima Moreira de Melo : Je suis quelqu’un de très déterminé, avec de bonnes capacités de concentration et d’apprentissage, parce que je suis très curieuse et passionnée de nature.

Quel que soit le domaine dans lequel j’exerce, que ce soit les émissions de TV, le hockey, le tennis (j’adore ce sport également), le poker, le mannequinat ou autre, j’essaie tout simplement de rester fidèle à ce que je suis et de mettre à profit mes compétences acquises et développées par ailleurs.

Au final, bien se connaître est essentiel. Par exemple je sais que je peux parfois me montrer impatiente et je travaille là-dessus. Et puis vous devez vous poser des questions : savez-vous vous relever après une défaite ? êtes-vous du genre à abandonner un peu plus vite que les autres ? Car si c’est le cas, lorsque vous êtes assis à une table de poker pendant quatre ou cinq jours de suite, cela fera de vous un perdant.

En tant qu’athlète, j’ai déjà été confronté à toutes ces questions et je me connais bien, alors je sais parfaitement quelles réponses y apporter. Une fois que vous maîtrisez votre logiciel intime, vous pouvez beaucoup plus facilement vous confrontez à de nouveaux champs d’activité.

Poker52 : Comment décrirais-tu ton poker ?

Fatima Moreira de Melo : J’ai un jeu fait d’adaptations. Je démarre souvent calmement mais au fur et à mesure que les niveaux augmentent, mon jeu se diversifie davantage, en étant plus agressive dans certains spots. Mais je ne suis pas une joueuse loose agressive.

Je ne joue qu’en tournoi et en texas hold’em. J’ai beaucoup d’autres activités dans ma vie et comme je ne suis pas une professionnelle à temps plein, j’essaie de me concentrer uniquement sur les tournois et le texas hold’em. Je ne voulais pas après ma carrière sportive me retrouver à nouveau enfermée dans une seule activité. L’expérience m’a appris que mon épanouissement passe par la pratique de plusieurs activités. Cela me renforce et me permet d’être encore plus efficace dans les différents domaines où j’exerce.

Au poker, j’adore trouver des solutions à des situations différentes. J’ai une soif d’apprendre inextinguible et le poker a cet intérêt de toujours vous offrir de nouvelles configurations auxquelles vous confronter.

Poker52 : Parlons un peu des femmes dans le poker…

Fatima Moreira de Melo : Oh, on va rapidement faire le tour, il n’y en a pas tant que ça (rires). Davantage aux Etats-Unis je pense, question de culture. En Europe, le sport se résume au foot masculin. Les autres sports, on s’y intéresse peut-être un peu pendant les JO mais ça s’arrête là. Le sport féminin est inexistant. La France va accueillir la Coupe du Monde de foot féminin pourtant. Lyon possède un palmarès incroyable en foot féminin. Je connais quelques-unes des filles du club et ce palmarès est le résultat d’une volonté. Le président Jean-Michel Aulas est très « pro » femmes et donne des moyens plus importants qu’ailleurs. Evidemment, les femmes partent avec un désavantage comparatif en terme de physique. Mais pourquoi comparer ? Inutile d’aller contre la nature. La nature a donné davantage de force physique à l’homme qu’à la femme, c’est un fait. Et ça n’est pas un problème. Chaque genre a son potentiel, chaque personne également. Ce qui compte c’est surtout de savoir et de pouvoir exploiter ce potentiel à son maximum.

Je ne me compare pas aux autres. Je me compare aux anciennes versions de moi et j’essaie de voir comment je me suis développé. C’est là-dessus que nous devrions tous nous concentrer.

Poker52 : Transposons ce discours sur les différences entre les hommes et les femmes au poker. Que penses-tu des « Ladies Events » ?

Fatima Moreira de Melo : On a besoin des Ladies Events ! Certains se demandent pourquoi il existe des tournois réservés aux femmes alors qu’il n’y a pas de tournois uniquement masculins. Mais personnellement, ça ne me dérangerait pas du tout s’il y en avait.

Les femmes n’ont finalement qu’une pratique assez récente de ces compétitions, qu’il s’agisse de sport ou de loisirs. Jusqu’à il y a peu, les femmes étaient surtout cantonnées à des activités domestiques.

Pour favoriser le développement des compétences requises au poker, je trouve qu’il est sain de créer un environnement sécurisant pour les femmes, avant de se lancer dans le grand bain.

Personnellement, je me sens bien à une table d’hommes. Le plus souvent, ils n’ont aucune idée de ce que vous faites, de comment vous jouer et ont tendance à considérer que le jeu féminin va être surtout défensif et peu porté sur le bluff. Il est dès lors facile d’exploiter cette vision caricaturale à votre avantage (sourires).

Etre une femme à table m’a plutôt beaucoup servi. Tu sais, le seul véritable problème que j’ai à une table de poker, c’est ce patch (ndlr : Fatima me montre le patch au pique rouge de Pokerstars). Sans lui, je ne serais perçue que comme une femme blonde assise à une table de poker et je pourrais alors en tirer un profit maximum (rires). Mais ce patch leur rappelle que je suis une pro et dès lors les autres joueurs ne me voient plus comme une femme mais comme une pro !

J’ai rencontré ici (à Monaco) Jacquelyn Scott, championne du Ladies WSOP en 2015 (Event#53 1000$ pour un gain de 153 876$) et elle est venue avec son bracelet. On a discuté et puis elle m’a posé la question de savoir si elle devait porter son bracelet à table. Bien entendu, je lui ai répondu que non. C’est une dame d’un certain âge alors elle a tout intérêt à avancer masquée*.

Une autre anecdote. Il y a quelques jours, à table, un joueur me demande un Kleenex. Nous sommes neuf à table, je suis la seule femme et c’est à moi qu’il demande cela. Malheureusement pour lui, je ne suis pas du genre à me balader avec un paquet de mouchoirs mais tout ça pour dire que les préjugés sont partout, surtout aux tables de poker, même si le plus souvent ils sont exprimés de manière inconsciente et inoffensive.

Poker52 : Quelle serait ta plus belle consécration en tant que joueuse de poker ?

Fatima Moreira de Melo : Tout simplement développer au maximum mon potentiel. Je ne serais jamais aussi bonne au poker que j’ai pu l’être au hockey, car j’y ai consacré ma vie pendant tellement d’années et que désormais je ne conçois plus mon existence de la même façon, avec autant de sacrifices au quotidien. J’adore les jeux et le sport et pour moi, la véritable victoire est déjà de pouvoir vivre de ma passion. J’apprécie chaque seconde de ma vie et de ce qu’elle m’apporte.

Poker52 : Quelle est la suite de ton programme après Monaco ?

Fatima Moreira de Melo : Je vais avoir beaucoup d’activités TV pour la Coupe du Monde de football féminin. Et je ne sais pas encore si je vais aller à Vegas cette année. J’y vais tous les ans mais j’ai vraiment très envie d’aller à Wimbledon une fois dans ma vie. Mon ami est coach de tennis (ndlr : Raemon Sluiter entraîne la joueuse néerlandaise Kiki Bertens, qui a remporté le tournoi de Madrid quelques jours après cette entrevue).

Fatima a terminé à la 44ème place (pour 922 entrées) du Main Event (5300€ Event#15 EPT Monte Carlo 2019) pour un gain de 14 800€.

* Jacquelyn Scott a terminé 6ème du French National Championship (1100€ Event#4 EPT Monte Carlo 2019) pour un gain de 42 800€, soit son deuxième plus gros gain en carrière live. Et sans avoir porté son bracelet à table !

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Interview : Rencontre avec Julien Sitbon, Team Pro Winamax, au cœur du WiPT

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Au WiPT d’Aix-en-Provence, Julien Sitbon, pro du poker et leader du classement GPI France, livre ses conseils aux amateurs : comment rester solide, exploiter les erreurs des autres joueurs et aborder un Day 3 avec la bonne stratégie.

  • Salut Julien, comment se passe le festival pour toi ? Tu ne t’es pas qualifié pour le Main Event, mais j’ai vu que tu avais intégré le High Roller hier ?

Super ! Je suis arrivé mercredi matin, j’ai commencé par un paddle, et j’ai enchaîné avec le Battle Royale où j’ai terminé 5e, donc ça a été un bon début de festival. Ensuite, j’ai joué le Main Event le lendemain, mais je n’ai pas eu la chance de me qualifier. Hier, je me suis inscrit sur le High Roller, et aujourd’hui, à partir de 12h30, j’ai le Day 2 de ce même tournoi à jouer ! J’ai 1 million de jetons, sur un average à 450.000, donc c’est plutôt pas mal.

Hier, j’étais à la table d’Alexandre Reard et de Malcom, donc l’ambiance était conviviale, c’était cool !

  • Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant Pros et Amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans ?

Question intéressante ! Oui, il y a quand même une petite progression à ce niveau-là, surtout avec tous les contenus disponibles sur internet, les solvers  etc… Maintenant, même les amateurs commencent à regarder pas mal de vidéos et à progresser. Ils s’améliorent surtout dans leur agressivité, dans le fait de relancer plus préflop, d’avoir plus de mains en bluff. Personnellement, je trouve que le niveau n’a pas augmenté considérablement, mais il a augmenté quand même !

Il y a plus de réflexion, plus de compréhension du jeu, ça se sent aux tables. Il y a beaucoup de contenus gratuits aujourd’hui. Même nous, chez Winamax, on fait beaucoup de Masterclass, on fait des choses qui permettent d’avoir une base plus solide, surtout pour ce type d’événement.

  • Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 3 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre les Days 1 et 2, et le Day 3 ?

J’ai des différences d’approche, mais ce que je donnerais principalement comme conseil, ce serait de ne pas visualiser ça comme un Day 3 ! Il ne faut pas trop se mettre de pression, et surtout, jouer son jeu, et ne surtout pas essayer de changer sa façon de jouer. Bien évidemment, sur un Day 3 il y a déjà une notion d’ICM, dans le sens où on se rapproche des grosses sommes d’argent. Mais il ne faut surtout pas essayer des choses que l’on ne sait pas faire.

Quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants d’un move, il vaut mieux ne pas le faire, et encore une fois, se cantonner à ce que l’on sait faire ! Il faut prendre son temps, prendre du plaisir et ne pas s’éparpiller. Restez solide !

En plus, si tu fais quelque chose et que tu dévies de ce que tu sais faire, et que tu bust, tu vas le regretter… alors si tu joues normalement et que tu perds, tu auras beaucoup moins de regret.

  • Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée En tant que pro, comment tu t’adaptes à ce field, qui n’est sûrement pas le même que ceux que tu as l’habitude de jouer ?

Sur les tournois que je joue, ce n’est pas le même type d’amateur. Ce sont des amateurs réguliers qui font toujours les tournois à 500 € et à 1000 €, et qui sont des gens qui ont un peu d’argent, qui ont un travail à côté… Donc ils sont ce que j’appelle des amateurs réguliers.

Pour revenir à ta question, les gens ont deux approches avec nous. Hier, j’ai discuté un peu avec Romain et il m’a dit qu’il avait passé sa journée à se faire bluffer, dans des spots improbables ! En gros, soit ils veulent nous bluffer à tout prix, soit ils ne veulent pas du tout nous jouer car ils ont en quelque sorte « peur » de nous affronter. Il faut donc s’adapter et bien cerner les profils que tu as en face de toi.

Il y a aussi un truc, c’est ce que j’appelle « les fils qui se touchent ». Desfois, tu as des joueurs de poker qui sont très très sérieux, et d’un seul coup, ils craquent complètement ! Soit parce qu’ils ne sont pas habitués à la pression, ou qu’ils se retrouvent dans un spot qu’ils ne comprennent pas, donc ils envoient tout un peu n’importe comment… Donc voilà comment on s’adapte, il faut savoir repérer ces choses-là, et savoir les exploiter.

Moi je joue beaucoup plus les joueurs que les cartes quand je joue un tournoi comme le Main du WiPT, car en observant, je vais récupérer vraiment beaucoup d’informations sur la façon de jouer des joueurs.

  • Sur ce type de tournoi (le Main), quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?

Alors, je trouve qu’il y a encore pas mal de grosses erreurs, mais globalement il y en a beaucoup moins. Par exemple, on voit de moins en moins de limp préflop ! Sur le festival, je n’en ai presque pas vu, ce qui est assez incroyable.

Mais c’est comme on disait tout à l’heure, on fait énormément de vidéos sur Winamax, qui font beaucoup, beaucoup de vues, et dans ces vidéos, le sujet du limp était beaucoup abordé, donc à force, c’est rentré dans la tête des gens ! Ce qui ne m’arrange pas, parce que moi j’aime bien (rires). Je vais dire à Winamax de bloquer l’accès aux vidéos !

Aussi, c’est parfois difficile de se rendre compte des erreurs récurrentes sans voir de showdowns, mais parfois, quand j’en vois, je me rends compte que la sélection des mains, ce n’est pas toujours ça non plus…

  • Tu es premier au classement GPI France, donc maintenant, quel est ton objectif pour 2026 au poker ? C’est quoi le programme en poker live pour les mois à venir ?

Déjà, l’objectif serait de rester 1er du classement GPI France ! C’est un classement qui est très fluctuant, dans le sens où il dépend des performances que l’on fait sur trois ans, et à chaque fois,

ça reprend les trois meilleures performances, et ce, tous les 6 mois. En gros, ça évolue, et si l’un de mes concurrents fait d’énormes performances, il risque de repasser très vite devant. Ça fait donc partie de mes objectifs de garder ma place !

Aussi, j’ai comme objectif de très bien me préparer pour les WSOP, qui sont une série de tournois que j’aime beaucoup. En plus, j’ai un gros programme pour cette année ! Je veux donc être au top pour aborder les WSOP. Je vais jouer aussi le leaderboard, car maintenant, il y a un intérêt financier. Ça permet aussi de lisser la variance sur l’ensemble des trois festivals, que sont Pragues, Vegas, et les Bahamas.

En attendant, on va déjà essayer d’aller performer sur le High Roller de cet après-midi !

 

 

Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt 

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Interviews

Interview : Acteur et joueur, Nicolas Duvauchelle nous raconte ses sensations au WiPT

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À l’occasion du WiPT à Aix-en-Provence, nous avons rencontré Nicolas Duvauchelle, qui se confie pour la première fois sur sa passion pour le poker. Entre ses débuts en cash game avec des amis, ses premiers deep runs en live et ses impressions sur les tournois du festival, l’acteur partage sa vision du jeu, ses sensations à table et son envie de progresser tout en s’amusant.

  • Est-ce que tu joues régulièrement des festivals de poker ? Que ce soit avec Winamax ou ailleurs ? Comment trouves-tu l’ambiance ici ?

Non pas en live, c’est l’une des premières fois, mais j’avais quand même fait le Sismix à Marrakech il y a quelques années. Je tournais un film, je ne pouvais pas faire le séjour entier, mais je préfère l’ambiance ici, c’est super ! En plus, j’ai fait de belles rencontres comme Julien Sitbon, qui est un excellent gars, très gentil, et surtout, c’est un grand joueur. C’est assez impressionnant de le voir jouer. Il est très souriant et, d’un coup, quand il joue une main, il change de tête et devient très sérieux !

  • Tu as fait 10e sur 240 joueurs au Battle Royale vendredi, avais-tu déjà deep run comme ça en live ? Quelles ont été tes sensations ?

Pas en live, mais online oui ! À l’époque, c’était sur Full Tilt Poker. J’avais fait quelques résultats sur des tournois. Mais en ce qui concerne ma 10e place d’hier, niveau sensations, c’était assez fort. Ce qui est dur, c’est que les gens peuvent voir tes cartes dans le stream. C’est un peu déconcertant, mais sinon c’était super.

 Malheureusement, un adversaire met tout avec 5 et 10 de cœur, je le call couvert avec KQ, et sur le flop : 5-9-9. Turn : 5… et terminé pour moi ! Mais bon, j’ai eu pas mal de grands moments de chance plus tôt dans le tournoi, donc il faut s’en souvenir aussi. Généralement, on se souvient que des mauvais coups, mais il faut relativiser, c’est le poker ! Hier, c’était mon anniversaire, mais j’étais noir de chez noir !

  • J’ai vu que tu avais passé pas mal de temps à la table de Julien Sitbon sur le Battle Royale. Tu as joué quelques mains contre lui, dont une où tu lui as fait folder un meilleur jeu que le tien. Jouer contre des pros n’a pas l’air de t’impressionner ! Tu approches ça comment quand tu rencontres un pro à table ?

Oui ! Il a commencé à me faire parler au début. Il m’a demandé si j’avais As-10 pour la quinte, il m’a cuisiné un peu ! On a parlé, mais il a fini par coucher, et il avait double paire. Je lui ai montré mon jeu qui était, au final, moins bon que le sien, et il était dégoûté. Mais effectivement, j’ai fait coucher Julien, j’étais content !

Ça fait de bons souvenirs, puis finir 10e sur l’un de mes premiers tournois en live, je vais m’en souvenir longtemps, c’est super. J’aurais quand même bien aimé jouer la table finale, mais bon, c’est déjà une belle performance. Et puis, il y avait une super ambiance sur toutes les tables où je suis passé lors de ce tournoi, j’ai profité, et j’ai adoré.

  • Et sur le Main Event ? T’es passé ?

Oui, j’ai joué le Main, mais je ne me suis pas qualifié. J’ai commencé à 12 h, mais vers 20 h 30, après le dîner, je me suis fait éliminer. À la reprise, j’avais 14.000 jetons, les blindes étaient à 1.500 / 3.000… compliqué pour moi ! J’étais UTG +1, j’ai touché J9 de cœur, j’ai dû y aller et, en face, il y avait KJ. Pas de miracle pour ma main, c’est le poker !

  • Tu peux nous raconter un peu ta relation avec le poker ? Tu joues depuis longtemps ? Tu bosses un peu ton jeu ?

J’ai vraiment eu ma période entre 2005 et 2010. C’était tous les soirs avec quelques potes, on était 6 ou 7 à la maison et on jouait de 20 h à 5 h tous les soirs ! On apprend quand même pas mal à jouer autant. On jouait en cash game avec une petite recave. Pas des gros montants, mais c’était surtout pour apprendre.

Je joue beaucoup à l’instinct, pour le plaisir, mais avec l’expérience que j’ai prise ici, ça donne envie de prendre des cours et de se faire coacher ! J’ai envie d’améliorer mon niveau. J’aimerais vraiment prendre quelqu’un pour devenir plus compétent. En dehors de ça, il y a un événement au Portugal en mai prochain, à Estoril, ça devrait être très, très sympa, j’espère pouvoir y être !

  • Quel est l’aspect du jeu qui te plaît le plus : le côté stratégie ou le côté analyse du comportement des joueurs adverses ?

J’essaie de commencer à analyser, de mettre en place des stratégies en fonction des showdowns, mais ce n’est pas toujours facile de savoir comment les gens réagissent. C’est un sacré processus de comprendre ses adversaires en profondeur.

Mais globalement, j’aime autant la stratégie que le côté psychologie du jeu. Puis il y a quand même une part de chance assez importante au poker. Moi, j’aime bien le côté incertain du poker, c’est assez excitant. Tu peux jouer très très bien et prendre un énorme bad beat, ou au contraire, avoir fait une erreur et t’en sortir quand même. C’est assez grisant !

  • À ton avis, est-ce que ton métier t’aide à mieux bluffer ou à mieux lire les autres joueurs ?

Pas du tout ! Quand on est acteur, on est plus dans l’émotion et pas dans la retenue comme les très bons joueurs de poker, genre impassible ! Il y a une grosse différence entre jouer un rôle devant une caméra et gérer ses émotions dans la « vraie vie ». Avec Julien, par exemple, j’ai essayé de faire un peu d’acting pour le désorienter, mais ça ne fonctionne pas à tous les coups, et puis parfois, quoi que tu fasses, s’il y a une meilleure main en face, tu seras payé dans tous les cas…

Mais en tout cas, personnellement, j’arrive mieux à me maîtriser devant une caméra quand je joue un rôle, alors qu’à une table de poker, quand tu bluffs, que tu engages des jetons avec rien du tout pour faire folder, c’est réel ! Ce n’est pas mon personnage qui prend un risque, mais bel et bien moi ! Donc c’est plus difficile de gérer émotionnellement, même en étant acteur.

  • As-tu des objectifs dans le poker, ou c’est juste pour le plaisir ?

Je veux juste m’amuser. Par exemple, si je peux arriver dans l’argent sur le MonsterStack de cet après-midi, pourquoi pas, mais je ne me mets pas de pression du tout, je veux surtout m’amuser. Hier, j’ai posté mes blindes à chaque tour sans avoir de mains pendant toute la journée, c’était horrible ! J’espère toucher des mains aujourd’hui et prendre du plaisir comme sur le Battle Royale.

Ça fait de grosses journées autour de la table, et au niveau énergie, ce n’est pas toujours facile à gérer. Je comprends pourquoi beaucoup de bons joueurs font de la méditation et se préparent physiquement…

Mais cette nuit, j’ai bien dormi, je suis en forme, donc on va tout donner pour aller chercher un résultat cet après-midi !

 

 

Crédit photo: Winamax / Caroline Darcourt 

 

 

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Interviews

Interview : Romain Lewis nous livre son approche et quelques conseils pour briller sur le WiPT

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Romain Lewis, joueur professionnel et membre du Team Pro Winamax, partage avec nous son expérience et ses conseils pour naviguer au mieux sur un tournoi du WiPT. Il revient sur les erreurs fréquentes des amateurs, l’importance de rester concentré, et les stratégies pour maximiser ses chances de succès dans ce tournoi mélangeant pros et amateurs.

  • Salut Romain, comment ça s’est passé pour toi hier ? Tu t’es qualifié ?

Salut, hélas non je n’ai pas passé le Day 1D, j’ai re-entry une fois mais ça n’est pas passé donc je vais retenter aujourd’hui !

  • Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant joueurs professionnels et amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans par exemple ?

Moi je pense qu’en moyenne, tout joueur qui joue depuis plus de dix ans te dira que le niveau global a augmenté petit à petit. Si je me souviens bien de l’époque où je jouais amateur, ça jouait clairement moins solide et il y avait beaucoup moins de connaissances qu’aujourd’hui, et comme le niveau augmente petit à petit, ça se voit aussi au WiPT.

Aussi, la difficulté, c’est que chaque joueur est différent. Dans le milieu amateur on va avoir beaucoup de nouveaux joueurs. Ça va être leur premier tournoi de poker, et sur un WiPT qui amène pas loin de 700 qualifiés de partout en France, cela représente quand même une part non négligeable sur les 3000 ou 3500 inscriptions à la Grand Finale, donc il est difficile de savoir quel amateur est plus éclairé que l’autre. Il faut juger à l’instant T,par rapport aux situations etc…

Globalement, Ces joueurs vont avoir plus d’appréhension, ressentir plus de peur, mais tout de même, comme le niveau a augmenté et que le contenu pédagogique est plus accessible, on sent clairement que ça n’est plus aussi facile qu’avant.

  • Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 2 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre un Day 1 et un Day 2 ?

Oui bien sûr ! Ce sont des conseils que je donnerais à tout joueur, mais une fois que la bulle est passée, il ne faut pas se relâcher lorsque l’on rentre dans l’argent. Le tournoi devient de plus en plus important, il y aura certainement plus de 200.000 € à gagner, donc il ne faut pas se relâcher dans son jeu.

Ça ne veut pas dire qu’il faut jouer plus ou moins agressivement, ça veut juste dire que cette pression que tu as en début de tournoi, il faut un peu se la maintenir pour pouvoir continuer à performer, et bien analyser les joueurs et leur façon de jouer. Plus le tournoi avance, et plus il faut réussir à rester bien dans sa tête, gérer sa respiration en dehors des coups, et surtout, rester dans le moment présent !

Il faut éviter de se projeter, ou au contraire, de ne pas trop repenser aux coups qu’on a mal joués. Par exemple, si notre stack commence à gonfler, il faut éviter de trop penser à une table finale et aux gros sous, mais rester dans le moment présent ! Ce serait vraiment mon plus gros conseil.

  • Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée ici. En tant que professionnel, comment tu t’adaptes à ce field que tu n’as sûrement pas l’habitude de jouer à l’année online, ou sur de gros events live ?

Moi je joue avec des joueurs amateurs depuis mes tous débuts. Je pense que je les connais mieux que beaucoup de joueurs ! En plus, il ne faut pas trop généraliser, c’est comme je disais tout à l’heure, tous les joueurs amateurs ne jouent pas tous pareil. Certains joueurs amateurs jouent très bien et sont brillants !

Dire qu’un amateur joue d’une manière, et le professionnel d’une autre, je pense que c’est faux. C’est juste que pour beaucoup d’amateurs, ils ne font pas que jouer au poker. Il ne faut pas confondre statut et niveau de jeu ! À la table, il faut analyser chaque joueur, les situations à la table avec les informations qu’on a sur le moment, et ne pas les étiqueter ou les catégoriser.

Au niveau de l’adaptation, je fais quand même partie d’une Team Pro depuis 10 ans, donc je vais pouvoir un peu plus jouer avec mon image. Si je monte un gros stack, je sais qu’en moyenne sur un tournoi comme au WiPT, on va beaucoup moins me croire in game, et je vais pouvoir me faire payer un peu plus souvent lorsque j’aurai de gros jeux.

  • Sur ce type de tournoi, quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?

Les erreurs que je peux voir encore assez souvent sur ce genre de tournois, paradoxalement, c’est de ne pas assez bluffer. Globalement je vais donner beaucoup de crédit à un joueur s’il met beaucoup de jetons au milieu. Je pense que les joueurs ne trouvent pas assez d’options agressives avec des mains moyennes, et donc ça va me permettre de gagner beaucoup de petits pots. Je ne vais pas me faire check-raise beaucoup, et je ne pense pas que ce soit parce qu’ils jouent contre moi qui suis Team Pro Winamax !

Quand on ne joue pas souvent, on a ce truc de ne pas vouloir regretter notre play et de rentrer chez soi en culpabilisant de notre move.

C’est surtout valable pour le live je pense. En live, on a fait le déplacement, il y a les frais annexes… On n’a pas envie de rentrer chez soi en se disant qu’on a fait un mauvais bluff qui nous a coûté notre tournoi.

Par contre, si tu t’es un peu laissé mourir jusqu’à 8/9 blindes et que t’as shove ton A9 depuis le bouton, au moins tu ne regrettes pas ! Sur internet, il est plus facile de craquer. On bust, on relance un autre tournoi… En live, dans le milieu amateur, on n’a pas envie de bust sur un bluff raté !

  • Enfin, tu as quoi comme objectifs pour 2026 au poker ? C’est quoi le planning en poker live ?

Le planning est assez conséquent ! Moi, mon gros objectif pour 2026, c’est clairement le leaderboard des WSOP. Depuis que je joue, c’est la première fois qu’il est récompensé ! Les 100 meilleurs joueurs des WSOP vont se partager un prizepool. Pour les trois premiers, il y a 100.000 $, et pour les derniers du leaderboard, il doit y avoir 2.500 $.

Avant c’était juste un classement pour la hype. En 2018, j’ai terminé 10e de ce classement, en 2021 j’ai fait 17e, et donc du coup en 2026, l’objectif serait donc de faire mieux, et ça commence à Prague la semaine prochaine !

Je vais donc essayer de cumuler entre Prague, Vegas et les Bahamas en fin d’année pour battre ma 10e place de 2018. Et qui sait… remporter un bracelet cet été !

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