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Journal des WSOP (11 juillet 2011) : Murder on Main St.

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Chaque année, le Day 1 des WSOP est décrit par les observateurs les plus pessimistes (ou réalistes ?) comme un champ de bataille sanglant où « donkeys », « fishs » et autres amateurs arrivent, fleur au fusil, pour repartir, exsangues, saignés à blanc au bout de quelques heures. Un vaste massacre au cours duquel des milliers d’innocentes victimes se retrouvent égorgées presqu’immédiatement, dans un anonymat le plus total. Et le pire, c’est que chaque année —ou presque— le nombre de ces candidats au suicide augmente.

Hier, malgré le Black Friday, et deux premiers Day 1 alarmants (à peine 1 000 kamikazes sur la liste à chaque fois), les World Series ont pu claironner la bonne santé du poker Outre-Atlantique, avec ou sans le online, puisqu’a lieu en ce moment le troisième plus gros Main Event de l’histoire des WSOP. Une surprise, même pour les spécialistes du poker, qui tablaient entre 5 500 et 6 000 joueurs, pour voir deux derniers Day 1 culminer à plus de 3 000 joueurs…

Les meurtres, à Las Vegas, ont lieu sur Main St. Il y a trois jours, alors que le Main Event se lançait, accompagné par le regard désormais presque vide du « parrain du poker », expression consacrée pour la légende Doyle Brunson, un massacre avait lieu à quelques centaines de mètres des Casinos du Strip. Sept morts en quelques minutes, à la sortie de la morgue de Main Street, à un souffle seulement des fameux « Gambling Stores » de ce quartier des « antiquités »..

Sept cadavres, abattus à bout portant, pour un simple règlement de compte qui dégènére. Une histoire comme des centaines d’autres dans la vie de Las Vegas, passées sous silence par la Metro Police. L’origine du premier décès ? Deux bandes latinos des quartiers nord qui se croisent sur le pont reliant l’Excalibur au Riviera, un vendredi soir, à 3h du matin. De l’alcool en main, des filles un peu trop faciles, un regard qui dérape, des couteaux qui sortent, et Andres Armando Elena s’écroule, touché en plein ventre par trois coups de couteau de Victor Quijano. Quijano s’enfuie en courant. La police le retrouve au bout de six jours à son travail, à McCarran, où il était bagagiste.

C’est aux funérailles d’Elena que tout a dérapé à nouveau. Un ami du meurtrier qui passait par là, un drive-by shooting express depuis une vieille Ford Camaro. Un jour (presque) banal pour North Las Vegas, où les morts et les disparus se comptent par centaine chaque mois. Une ville-monde qui engloutit les corps, sans jamais les regimber, efface des vies dans l’indifférence la plus totale, et attire, le sourire aux lèvres, les âmes perdues en quête d’une renaissance.

Jérôme Schmidt

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Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 27 juin] Pour toujours un peu plus d’action

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Comment vivre les WSOP, à des milliers de kilomètres de Las Vegas, comment vibrer, perdre ou gagner comme les pros et amateurs qui ont fait le grand saut et ont offert leur chance et leur bankroll aux tables climatisées du désert du Mojave ? Comment, virtuellement, avoir un peu d’action ? Derrière ce mot transparent ou presque (en anglais, l’action, c’est avoir une part de l’investissement d’un joueur engagé dans un tournoi) s’ouvre un univers qui n’a jamais véritablement décollé en Europe, celui de stacking de joueur.

Pour la première fois, on apercevait par exemple Bruno Fitoussi (également créateur de Poker52, ndlr) ouvrir pour la première fois publiquement son action aux joueurs anonymes, via une plateforme reconnue pour son très grand sérieux, Pocket Fives, pour un 10 000$ PLO, entre autres, à un « prix » (le markup) le plus intéressant possible, à 1 contre 1, à hauteur de la moitié du buy-in. En gros, si Bruno Fitoussi gagne 100 000$ dans le cadre de ce tournoi, il en gardera la moitié, et le stackeur anonyme qui l’aura financé à hauteur de 500$ (soit 10% du stacking disponible) touchera 5000$… Pour le Main Event (qui sera joué, avec ou sans stacking), le joueur français propose un markup plus élevé, à 1,2. Dans ce cas, le stackeur qui aurait financé à la même hauteur toucherait 5000/1,2 soit 4000$.

Le concept du stacking par des sites spécialisés fait cependant encore débat. Hier, sur Twitter, un joueur et influenceur américain, Johnnie Vibes, partageait un message privé d’un « fan » qui lui demandait quand il pourrait avoir une part d’action de ses tournois. Vibes, qui n’avait jamais fait cette démarche, disait hésiter. Très vite, Tony Dunst, figure charismatique du World Poker Tour, faisait alors entendre une voix assez rare sur le sujet : « Ne vends pas d’action, si tu n’en as pas besoin. Il y a plein de façon de faire vibrer tes fans, sans avoir à vivre cette situation gênante qui consiste à leur prendre leur argent… » Joey Ingram, l’une des personnalités les plus en vogue du TwitterPoker américain, prenait quant à lui le contrepoint, assurant que le stacking était, à la manière du sports betting, une façon pour les anonymes de vivre plus intensément la compétition des professionnels.

Au delà des comptes et des chiffres, des rêves de fortune sans même toucher une carte, le débat autour du stacking anime encore les discussions entre joueurs pro. Il y a deux jours, une grindeuse américaine « offrait » 3% de son Main Event à un joueur handicapé qu’elle avait rudement traité à table. On le sait, même si tout est flou, les swaps entre pros (échange d’action entre deux joueurs participant au même tournoi) sont courants, et sont souvent accusés de fausser l’esprit de compétition dans les tournois à petits fields mais gros buy-in, puisque la variance est lissée pour ceux qui possèdent, au sein d’un petit groupe, de l’action commune.

En parallèle continue toujours le stacking de pros par des whales qui préfèrent ne pas aller au combat directement. Les rumeurs de pros ayant vendu plus de 100% de leur action se sont d’ailleurs parfois révélées réelles, après que le vainqueur d’une compétition à Monte-Carlo ait renégocié avec ses financiers : en gagnant le tournoi, il devait plus d’argent qu’il n’en gagnait… Et c’est sans parler des semi-pros prenant l’argent de leurs stackeurs, oublient de buy-in pour le tournoi concerné, et plaident le bust aux premiers levels ; ou ce vainqueur du Main Event WSOP, Jamie Gold, qui voulait renégocier son contrat de stacking après avoir décroché le titre et ses quelques 12 000 000$…

De grands champions ont souvent été soupçonnés d’être les horse de financiers hong-kongais ou américains, ne jouant jamais sur leur argent afin de se refaire ; récemment, un milliardaire stackait encore des joueurs dans le 250 000$, comme on mise aux courses. Il y a quelques années encore, les scènes, aux WSOP, d’hommes de main attendant des joueurs ITM devant des centaines de milliers de dollars à leurs stackeurs étaient monnaie courante. A Macau, ou lors de Series aux buy-in mirifiques, on aimerait connaître la réalité de l’action réelle aux tables entre jeunes multimillionaires du web, joueurs broke, Triades bien achalandées et swaps à tout va. Qu’importe, tant que le spectacle, et l’action, sont au rendez-vous.

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WSOP

[WSOP 2022] Deuxième bracelet français de l’été

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C’est dans le prestigieux 5000$ 6-handed, où de nombreux Européens figuraient en bonne place, qu’un deuxième bracelet français est tombé : Jonathan Pastore signe son premier énorme exploit en live, alors qu’il y a quelques années, il participait encore au freeroll Winamax Poker Tour ! 770 000$ et une sacrée fête en prévision pour le contingent français…

PlaceWinnerCountryPrize (in USD)
1Jonathan PastoreFrance$771,765
2Stephen SongUnited States$476,990
3Tamer AlkamliCanada$331,503
4Elio FoxUnited States$234,036
5Paraskevas TsokaridisGreece$167,882
6Patrick SekingerUnited Kingdom$122,395

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Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 18 juin] Rocking Las Vegas

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Le monde du poker sait aimanter les trajectoires folles, les particules élémentaires, les destins sans point commun avec le quotidien. Lib(éraux)-Lib(ertaires) (la plupart des joueurs), fous de MAGA aux carrières étourdissantes (James Woods, l’acteur inoubliable de tant de films, de Videodrome à Il était une fois en Amérique), Texans hyper-chrétiens aux arrangements intimes avec leur foi (Doyle Brunson en tête), scammers en tous genres (il suffit de regarder le forum consacrés aux joueurs indélicats sur 2+2, et vous aurez un certain who’s who du poker américain), justiciers newborns (Daniel Negreanu), apolitiques invertébrés (Yoh_viral, parmi tant d’autres) et même anarchistes intellos (en son temps, Mickey Appleman) comme le dernier vainqueur d’un bracelet WSOP (le HORSE à 1500$), Steve Albini.

La politique n’a pas cours autour des tables des WSOP, mais elle se joue plutôt sur Twitter, par blocages, retweets et shitstorms interposés. Steve Albini, lui, débat peu, mais se déclare souvent. Sa page est une heureuse foire d’empoigne et de franchise entre cette Amérique post-MAGA qu’il conchie. Loin d’un Negreanu qui applique ces terribles notions binaires de bien et de mal, et qui assume son schéma moralisateur, Albini est l’une de ces rares voix libres et singulières du poker-twitter. Il déboulonne les idoles de manière jouissive, se moque ouvertement de ceux qui ont pour cheval de bataille réactionnaire la question du genre et relancent leur carrière en se rangeant du côté de l’intolérance (l’humoriste Ricky Gervais en tête), se moque de lui-même et son « babil poker incessant pour les semaines à venir », partage de la musique noise et autres expérimentations soniques.

Il faut dire que Steve Albini n’est pas n’importe qui : avant d’être un joueur passionné (son pseudo twitter est d’ailleurs @electricalwsop), il a fait une énorme carrière de musicien et de producteur. Natif du Montana, dans ce trou incroyable qu’est Missoula (la ville, entre autres, qui aura vu l’une des plus belles voix de la littérature nature-writing américaine s’épanouir), il a vécu toute sa vie au beau milieu des rednecks à la fois libertaires et réactionnaires. Il n’aura gardé d’eux que le premier trait, et aura transporté sa folie créative dans un rock minimaliste et avant-gardiste. Côté production, il a même créé le son de plusieurs énormes groupes indépendants : Nirvana (pour In Utero) mais aussi les Pixies, PJ Harvey, les Canadiens de Godspeed You Black ! Emperor, Slint, les Stooges d’Iggy Pop, etc. En remportant cette nuit son deuxième bracelet de sa carrière, Steve Albini aura une fois de plus confirmé que tout ce qu’il touche se transforme en or, brut.

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