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Le journal Off du poker

Journal des WSOP (19 juin 2011) : Off the strip

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Chaque week-end, Las Vegas change de visage. Hôtels, casinos, restaurants, nightclubs ou salles de poker deviennent le théâtre d’embouteillages absurdes, comme si l’Amérique toute entière venait se presser dans le désert du Nevada pour y évacuer la pression sociale, morale et financière d’une société dont les valeurs de plus en plus rigides ne sont plus qu’une façade lézardée. « A partir de vendredi, les filles débarquent de Los Angeles ou Houston, » commente Shauna, une chauffeuse de taxi d’origine éthiopienne, arrivée à Vegas depuis déjà 9 ans. « Elles viennent avec leur sac à main, 50 dollars en poche, et trouvent toujours le moyen de se faire inviter pour quelques séances de shopping, jouer au casino, dormir dans un bel hôtel. C’est toutes les semaines la même chose. »

Durant trois jours, la ville est dans un étrange état de paralysie hystérique : les routes sont bouchées, les queues pour les boîtes de nuit font plusieurs centaines de mètres, les videurs et autres physionomistes hurlent dans leurs oreillettes sans fil des ordres inutiles à des responsables débordés, les restaurants à la mode font attendre des heures entières leurs clients ayant eu le malheur d’arriver deux minutes après l’heure de leur réservation, les listings des poker-rooms sont remplis dès 8 heures du matin, les tournois crapshoot des WSOP —1 500$ le samedi, 1 000$ le dimanche— se jouent à guichet fermé, le trafic sur l’I-15 —l’autoroute parallèle à Las Vegas Boulervard— se congestionne au rythme des accidents routiers qui émaillent chaque mètre du bitume.

Les locaux le savent, à partir de vendredi midi, la seule vie acceptable à Las Vegas se passe « off the strip » : vers le downtown, plus au Nord encore que les casinos historiques que sont l’Horseshoe, le Binion’s, le Golden Nugget ou le Lady Luck, vers le Silver Nugget, le Poker Palace et autres casinos délabrés et désertés par les touristes. Continuez encore plus loin, vers Nellis Boulevard, et vous tomberez même sur un autre Vegas : celui des quartiers latinos, où logent l’intégralité des petites mains du gambling business. Ils sont tous là, en famille lors d’un de leur rare jour off : femmes de ménages mexicaines, croupiers éthiophiens et indiens, cocktail waitress des pays de l’Est. Ici, l’argent a depuis longtemps déserté les « Trailer Parks », gigantesques rassemblements de caravanes ébréchées sur une parcelle de désert.

Ces gated communities du (très) pauvre ont beau s’appeler « Oasis Park » ou « Pair a dice » (un jeu de mot ironique, pour tous ces délaissés du monde du jeu, inéligibles au paradis, comme à la victoire aux dés). Mais la vie locale y est plus que jamais présente : de vendredi 5h du matin à dimanche 17h se tient un gigantesque marché aux puces pour ces citoyens oubliés de la cartographie de Las Vegas.

Le droit d’entrée ? 50 cents. Et à l’intérieur, des centaines de stands vendant vierges en plastique, masques de catcheurs mexicains, vieilles machines à sous (une denrée rare, car interdite par la Nevada Gambling Commission), aspirateurs pour femmes de ménages, burritos à 1$, bières fraiches à 70 cents, comics vintage écornés, santiags en lézard à prix défiant toute concurrence. Ici, le soleil frappe à la perpendiculaire, vieilles femmes comme fille-mères, jeunes joueurs de guitares ou ouvriers burinés par les années passées en haut des tours de Vegas. Hors-du-temps, comme en complet désaccord avec la folie mesurée et faussement débridée des classes dominantes des grands hôtels cinq étoiles du Strip, ce marché à ciel ouvert rappelle au visiteur égaré qu’une ville de trois millions d’habitants n’est jamais uniforme, univoque. Et qu’ils suffit parfois de faire quelques centaines de mètres pour creuser un peu plus la complexité d’une ville et y croiser ceux qui, dans l’ombre, sont les chevilles ouvrières d’une des machines financières les mieux huilées des Etats-Unis.

Jérôme Schmidt

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Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 27 juin] Pour toujours un peu plus d’action

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Comment vivre les WSOP, à des milliers de kilomètres de Las Vegas, comment vibrer, perdre ou gagner comme les pros et amateurs qui ont fait le grand saut et ont offert leur chance et leur bankroll aux tables climatisées du désert du Mojave ? Comment, virtuellement, avoir un peu d’action ? Derrière ce mot transparent ou presque (en anglais, l’action, c’est avoir une part de l’investissement d’un joueur engagé dans un tournoi) s’ouvre un univers qui n’a jamais véritablement décollé en Europe, celui de stacking de joueur.

Pour la première fois, on apercevait par exemple Bruno Fitoussi (également créateur de Poker52, ndlr) ouvrir pour la première fois publiquement son action aux joueurs anonymes, via une plateforme reconnue pour son très grand sérieux, Pocket Fives, pour un 10 000$ PLO, entre autres, à un « prix » (le markup) le plus intéressant possible, à 1 contre 1, à hauteur de la moitié du buy-in. En gros, si Bruno Fitoussi gagne 100 000$ dans le cadre de ce tournoi, il en gardera la moitié, et le stackeur anonyme qui l’aura financé à hauteur de 500$ (soit 10% du stacking disponible) touchera 5000$… Pour le Main Event (qui sera joué, avec ou sans stacking), le joueur français propose un markup plus élevé, à 1,2. Dans ce cas, le stackeur qui aurait financé à la même hauteur toucherait 5000/1,2 soit 4000$.

Le concept du stacking par des sites spécialisés fait cependant encore débat. Hier, sur Twitter, un joueur et influenceur américain, Johnnie Vibes, partageait un message privé d’un « fan » qui lui demandait quand il pourrait avoir une part d’action de ses tournois. Vibes, qui n’avait jamais fait cette démarche, disait hésiter. Très vite, Tony Dunst, figure charismatique du World Poker Tour, faisait alors entendre une voix assez rare sur le sujet : « Ne vends pas d’action, si tu n’en as pas besoin. Il y a plein de façon de faire vibrer tes fans, sans avoir à vivre cette situation gênante qui consiste à leur prendre leur argent… » Joey Ingram, l’une des personnalités les plus en vogue du TwitterPoker américain, prenait quant à lui le contrepoint, assurant que le stacking était, à la manière du sports betting, une façon pour les anonymes de vivre plus intensément la compétition des professionnels.

Au delà des comptes et des chiffres, des rêves de fortune sans même toucher une carte, le débat autour du stacking anime encore les discussions entre joueurs pro. Il y a deux jours, une grindeuse américaine « offrait » 3% de son Main Event à un joueur handicapé qu’elle avait rudement traité à table. On le sait, même si tout est flou, les swaps entre pros (échange d’action entre deux joueurs participant au même tournoi) sont courants, et sont souvent accusés de fausser l’esprit de compétition dans les tournois à petits fields mais gros buy-in, puisque la variance est lissée pour ceux qui possèdent, au sein d’un petit groupe, de l’action commune.

En parallèle continue toujours le stacking de pros par des whales qui préfèrent ne pas aller au combat directement. Les rumeurs de pros ayant vendu plus de 100% de leur action se sont d’ailleurs parfois révélées réelles, après que le vainqueur d’une compétition à Monte-Carlo ait renégocié avec ses financiers : en gagnant le tournoi, il devait plus d’argent qu’il n’en gagnait… Et c’est sans parler des semi-pros prenant l’argent de leurs stackeurs, oublient de buy-in pour le tournoi concerné, et plaident le bust aux premiers levels ; ou ce vainqueur du Main Event WSOP, Jamie Gold, qui voulait renégocier son contrat de stacking après avoir décroché le titre et ses quelques 12 000 000$…

De grands champions ont souvent été soupçonnés d’être les horse de financiers hong-kongais ou américains, ne jouant jamais sur leur argent afin de se refaire ; récemment, un milliardaire stackait encore des joueurs dans le 250 000$, comme on mise aux courses. Il y a quelques années encore, les scènes, aux WSOP, d’hommes de main attendant des joueurs ITM devant des centaines de milliers de dollars à leurs stackeurs étaient monnaie courante. A Macau, ou lors de Series aux buy-in mirifiques, on aimerait connaître la réalité de l’action réelle aux tables entre jeunes multimillionaires du web, joueurs broke, Triades bien achalandées et swaps à tout va. Qu’importe, tant que le spectacle, et l’action, sont au rendez-vous.

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Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 18 juin] Rocking Las Vegas

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Le monde du poker sait aimanter les trajectoires folles, les particules élémentaires, les destins sans point commun avec le quotidien. Lib(éraux)-Lib(ertaires) (la plupart des joueurs), fous de MAGA aux carrières étourdissantes (James Woods, l’acteur inoubliable de tant de films, de Videodrome à Il était une fois en Amérique), Texans hyper-chrétiens aux arrangements intimes avec leur foi (Doyle Brunson en tête), scammers en tous genres (il suffit de regarder le forum consacrés aux joueurs indélicats sur 2+2, et vous aurez un certain who’s who du poker américain), justiciers newborns (Daniel Negreanu), apolitiques invertébrés (Yoh_viral, parmi tant d’autres) et même anarchistes intellos (en son temps, Mickey Appleman) comme le dernier vainqueur d’un bracelet WSOP (le HORSE à 1500$), Steve Albini.

La politique n’a pas cours autour des tables des WSOP, mais elle se joue plutôt sur Twitter, par blocages, retweets et shitstorms interposés. Steve Albini, lui, débat peu, mais se déclare souvent. Sa page est une heureuse foire d’empoigne et de franchise entre cette Amérique post-MAGA qu’il conchie. Loin d’un Negreanu qui applique ces terribles notions binaires de bien et de mal, et qui assume son schéma moralisateur, Albini est l’une de ces rares voix libres et singulières du poker-twitter. Il déboulonne les idoles de manière jouissive, se moque ouvertement de ceux qui ont pour cheval de bataille réactionnaire la question du genre et relancent leur carrière en se rangeant du côté de l’intolérance (l’humoriste Ricky Gervais en tête), se moque de lui-même et son « babil poker incessant pour les semaines à venir », partage de la musique noise et autres expérimentations soniques.

Il faut dire que Steve Albini n’est pas n’importe qui : avant d’être un joueur passionné (son pseudo twitter est d’ailleurs @electricalwsop), il a fait une énorme carrière de musicien et de producteur. Natif du Montana, dans ce trou incroyable qu’est Missoula (la ville, entre autres, qui aura vu l’une des plus belles voix de la littérature nature-writing américaine s’épanouir), il a vécu toute sa vie au beau milieu des rednecks à la fois libertaires et réactionnaires. Il n’aura gardé d’eux que le premier trait, et aura transporté sa folie créative dans un rock minimaliste et avant-gardiste. Côté production, il a même créé le son de plusieurs énormes groupes indépendants : Nirvana (pour In Utero) mais aussi les Pixies, PJ Harvey, les Canadiens de Godspeed You Black ! Emperor, Slint, les Stooges d’Iggy Pop, etc. En remportant cette nuit son deuxième bracelet de sa carrière, Steve Albini aura une fois de plus confirmé que tout ce qu’il touche se transforme en or, brut.

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Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 16 juin] Le jour où Fabrice Soulier est entré dans l’histoire

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Cela fait onze ans, presque jour pour jour, que Fabrice Soulier est entré définitivement dans l’histoire du poker et, surtout, a couronné sa trajectoire de grinder live, son rêve américain et son importance centrale dans le poker made in France. Onze ans depuis cette étrange matinée où Fabrice, dans la zone depuis le début de ce HORSE Championship à 10 000$, a décroché ce bracelet tant convoité, a fait pleurer la foule francophone. Les railbirds s’étaient levés tôt afin d’observer Soulier achever son dernier concurrent, en quelques mains, après avoir dû s’arrêter dans son élan, fermeture de l’Amazon Room du casino Rio oblige. Onze ans que son ami d’enfance, Jules Pochy, sa compagne, Claire Renaut, et tous les couvreurs du circuit ont écrasé une larme au moment où Fabrice, un des joueurs les plus humains du circuit, a pu exulter.

Depuis, Fabrice Soulier a décroché du circuit. Paternité oblige, lassitude du rythme infernal imposé au joueur de tournoi et de cash-game, éloignement à Malte : toutes les raisons sont bonnes pour prendre une retraite poker qui ne dit pas son nom. Mais en apparaissant cette nuit dans le chipcount d’un tournoi WSOP… HORSE (à 1 500$), après quatre années sans faire parler de lui aux WSOP, c’est comme une vague de nostalgie qui nous submerge.

Le grand public a découvert Fabrice Soulier en 2007 dans le film That’s Poker, diffusé sur Arte — un long-métrage documentaire centré sur un champion du monde en titre qui remet sa réputation en jeu (Joe Hachem) ; une figure attachante du poker francophone (Isabelle Mercier), alors au zénith de son jeu ; un entrepreneur-joueur italien qui traverse un été infernal (Luca Pagano) ; un amateur vivant à Las Vegas, habitué des cash-game miteux. Et : Fabrice Soulier. Comme dans tout documentaire, c’est la réalité qui fait le film. Si l’on prépare en « axant » les personnages avant le tournage, afin d’avoir une richesse de situations possibles, on ne peut toutefois manipuler le réel qui, dans le cas d’un été aux WSOP, est fait de longues traversées du désert et, parfois, d’épiphanies.

Si Fabrice est devenu le grand héros du film, c’est parce qu’il avait en lui tout l’humanité nécessaire pour se construire une trajectoire comme seuls les grands champions peuvent connaître. Son visage parlait de lui-même, reflétant son humeur du moment ; sa générosité ouvrait toutes les portes ; son humour, qui ne reniait pas l’autodérision, le sauvait de tout pathos. A aucun moment, il n’a apposé sa main devant l’objectif, même lors de ses plus grandes désillusions ; toujours, il est reparti « au charbon », multipliant les tournois, se refaisant en cash-game au beau milieu de la nuit, digérant badbeat sur badbeat. Lorsqu’il a atteint, enfin, une table finale, c’était lors du dernier tournoi des WSOP, alors organisé après le Main Event, au début du mois d’août. Les traits tirés, mais le sourire enfin retrouvé. La rédemption était actée. Coupez !

Fabrice Soulier est ensuite devenu le meilleur des ambassadeurs poker. Une personnalité incontournable, notamment grâce au propre média en ligne qu’il avait monté avec ses amis de toujours, feu « Made in Poker ». Fidèle en amitié, l’homme n’a jamais intégré d’autres « bandes » que la sienne : ni PokerStars ni Winamax ne l’ont attiré dans son giron, préférant les outsiders —Poker770, Everest, Betclic— dont il a été figure de proue. Avec plus de 6 millions de dollars de gain durant toute sa carrière, à une époque où les données n’étaient pas faussées par les Super High Roller ou les One Drop de millionnaires, il reste toujours dans le Top 10 des plus gros gagnants français, sans avoir joué au-delà de ses limites. Une attitude qui lui a permis de toujours prendre du recul quant à son rapport à l’argent, pestant parfois sur le prix absurde de la vie à Las Vegas, se désolant de quelques investissements historiquement mal soupesés (notamment juste après avoir passé un beau début d’année 2001 à l’ACF, remportant le Grand Prix de Paris, avant le drame du 11 septembre) et se projetant dans l’avenir au Brésil, lui et sa famille. En cet été 2022, il repasse à Las Vegas pour, peut-être, entrer encore un peu plus dans l’histoire.

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