fbpx
Connect with us
center>

WSOP

Journal des WSOP (24 juin) : Fabrice Soulier, le vainqueur idéal

Published

on

Il est des victoires bien plus importantes que d’autres. Et des chemins pour y arriver tellement plus beaux et émouvants. Observer pendant trois jours et trois nuits Fabrice Soulier dans le tournoi H.O.R.S.E. 10 000$ se frayer un chemin jusqu’au Graal final est sûrement le plus beau moment qui soit arrivé dans le milieu du poker depuis longtemps.

Tout a commencé il y a cinq ans. Une paille calendaire, mais des années-lumière en années poker. A l’époque, nous tournons avec Hervé Martin Delpierre « Thats Poker », un long documentaire pour, entre autres, la chaine Arte ; un film qui veut rentrer dans la psychologie du joueur de poker, explorer ses doutes et ses joies. Durant ce tournage, un été complet à Las Vegas, quelques grandes joies (des tables finales pour Isabelle Mercier et Joe Hachem), une traversée du désert (Luca Pagano) et un phoénix qui renaît de ses cendres à quelques heures de la fin du tournage (Fabrice Soulier, finaliste du tournoi de clôture des WSOP —tournoi qui a depuis disparu du calendrier des World Series). Pendant ces trois mois, nous suivons nuit et jour Fabrice, notre personnage principal, car le plus humain, le plus attachant, le plus entier. Sur le visage de Fabrice se lit toutes les émotions qu’il peut ressentir, à chaque instant. Non pas que le joeuur pro ait oublié toute idée de pokerface —justement pas, puisque pendant un coup, sa nervosité ou sa concentration peuvent exprimer à peu près tout, ou son contraire—, mais il communique à ses proches et aux caméras une souffrance subite ou une joie immense d’un simple sourire, d’un regard abattu ou d’une grimace ironique.

Fabrice est sûrement le plus humains des champions de poker. Si son ami de toujours, David Benyamine, est souvent considéré comme un « génie à part », presqu’ésotérique, qui ne frôle la réalité que par certains (rares) moments, Fabrice est une des personnalités les plus immédiatement aimables, au sens propre, et ce depuis des années déjà. Il s’est formé à la dure, lors de longues nuits blanches à l’Aviation Club de France, au début des années 2000, profitant de chacune de ses pauses de tournage (Fabrice était assistant-réalisateur, puis réalisateur) pour parfaire son jeu, et a explosé au devant de la scène poker en ayant un beau run de plusieurs mois dans des World Poker Tour américains. Lorsque j’ai rencontré pour la première fois Fabrice en 2006, il faisait simplement la queue au snack du Bellagio, en marge d’un WPT, au mois d’avril. Le tout Paris du poker bruissait d’un « ancien de l’Aviation, qui faisait un carton aux Etats-Unis ». Nous lui avons tapé sur l’épaule, et l’aventure du tournage a commencé.

Comme tous les champions à visage humain, Fabrice a des qualités incroyables à table, et certaines faiblesses. Ses qualités ? Une lecture parfaite, une agressivité bien dosée, une connaissance de toutes les variantes. Ses faiblesses ? Le « steaming », souvent contre un seul adversaire qu’il prend en grippe. Pendant les longues semaines où nous l’avons suivi lors des WSOP 2006, nous avons pu le voir traverser un désert de cartes comme tant de joueurs connaissent : des tournois sautés à la quasi-bulles, d’autres bouclés en moins d’une heure, des craquages importuns, des bad-beats imprévisibles. Plus les semaines avançaient, moins nous n’osions regarder Fabrice dans les yeux, plus ses mots d’esprits ironiques nous semblaient assassins : et si nous étions son « chat noir » ? Et si notre seule présence avait déstabilisé le fragile écosystème d’un joueur qui, comme tous les autres, vit sur le fil ? Jusqu’à ce dernier tournoi où, tous autour de lui, nous l’avons vu renaître de ses cendres, et frôler —déjà— un bracelet WSOP, avant de chuter face à un « homme » de Men The Master Nguyen. Pile au moment où nous nous éloignions, pour quelques minutes de sa table avec son ami de toujours, Stéphane Matheu, pour changer de batteries de caméra : un déséquilibre émotionnel, une bulle moins isolante, ou simplement un mauvais hasard. Depuis, Fabrice a signé de magnifiques performances (plus grand nombre d’ITM aux WSOP il y a deux ans, 3ème place du PPT en 2010, de nombreux deep-runs en EPT pendant cette saison), et a patiemment corrigé ses petits défauts, pour devenir un joueur encore plus redoutable, mais toujours aussi humain.

Lors du Day 3 du H.O.R.S.E de ces WSOP 2011, que Fabrice avait débuté avec un confortable tapis, lorsque j’ai vu qu’il avait perdu énormément et s’était retrouvé short-stack, j’ai lâchement préféré m’éclipser, pour ne pas vivre la tristesse intense d’une élimination avant la table finale. Tandis que son ami, et co-fondateur avec lui du site MadeInpoker, était parti à l’aéroport chercher la compagne de Fabrice, Claire Renaut, les chipcounts donnés à distance par PokerNews laissaient présager le pire. Et puis, Claire a atterri, au moment exact où Fabrice quadruple son tapis, en deux coups. De retour dans la compétition, à la bulle d’une table finale de haute volée, avec Michael Binger, Max Pescatori et Tom Dwan. Fabrice n’a pas lâché, et, pour une fois, le poker le lui a bien rendu.

A la pause dîner, au milieu de quelques amis, Fabrice ne perd ni sa concentration, ni son humour. Il a 45 minutes pour avaler, vite fait, un des dîners bon marché du Casino Rio, et repartir à l’attaque. Les payouts ? Il ne les survole que rapidement. Pas que Fabrice soit un millionnaire du poker, juste qu’il ne voit qu’une chose : le bracelet, et pas le grind d’une ou deux places. Il est quatrième en chips mais sur son chemin s’élève un des monuments de la nouvelle génération du poker : Tom Dwan. « Dwan, c’est la dead-money à la table ! », rigole Fabrice, résumant ainsi le sentiment général de la communauté poker. Matusow, sur son tweeter, est plus cinglant : « Si Dwan remporte le bracelet de HORSE, j’arrête le poker ! Ce type ne sait même pas jouer la moitié des variantes… »

Au retour, l’ambiance est tendue et les coups se font de plus en plus chers, avec des tapis de 10 à 20 big bets. Dans les tribunes, les rares supporters de Dwan ne font guère entendre leur voix : un assistant falot observe, Blackberry en main, le parcours de son patron, tandis qu’une petite amie/bunny sans âge perd son regard vide vers la table finale. Après l’élimination de Pescatori puis Jacobo Fernandez, c’est au tour de Binger d’être éliminé, partant en furie dans le couloir de l’Amazon Room. Lui aussi voulait ce bracelet, récompense d’un des plus beaux tournois des World Series. Il est déjà 23h, et les gradins se remplissent de trois contingents bien distincts : d’un côté, les Anglophones, qui supportent Shawn Buchanan (Canadien), Tom Dwan ou Mathew Ashton ; quatre Russes pour Andrey Zaichenko ; une vingtaine de Français pour Fabrice Soulier.

Après avoir tenu la corde pendant si longtemps, Dwan défaille. Son jeu en Stud-8 et Razz n’est pas au niveau et malgré deux ou trois calls hasardeux qui se transforment en coups chanceux, le génie qui avait fait trembler la planète poker l’an précédent avec ses side-bets monstrueux, sort du tournoi, presqu’anonymement. Drawing-dead contre Buchanan, il s’éclipse en levant les yeux aux ciels. La planète high-stakes, qui n’avait pas semblé trop croire en ses chances, peut enfin respirer.

Du côté de Fabrice, la concentration est au maximum : quelques détours auprès de ses amis, tout au plus, puis retour à la table. Lors d’une de ces pauses impromptues, il me souffle, avec un large sourire : « Ca n’aurait pas été la même histoire, si on avait filmé ce tournoi à l’époque ». La même histoire, si, celle d’un excellent joueur qui, parfois, doute, mais toujours, rebondit, et s’impose à un moment ou un autre, car très au dessus de la même, mais une histoire, peut-être, d’une autre musicalité. Fabrice va se rasseoir. En face, la communauté française se fait plus bruyante, emmenée par Nicolas Lévi, venu en force pour soutenir son camarade français. Autour de lui, Claire Renaut et Jules Pochy, bien sûr, mais aussi Almira Skripchenko, Lucille Cailly, Germain Gillard, Caroline et Guillaume Darcourt, Michel Abécassis, Davidi Kitai, Elie Payan, et beaucoup d’autres. David Benyamine, tout juste sortie du 5 000$ 6-handed, vient s’asseoir auprès de Stéphane Matheu. Plus tard, ce sera au tour de Roger Hairabedian, encore dans les 22 survivants du 2 500$ PLHE/PLO de les rejoindre, ou encore Claude Marbleu, grand joueur de backgammon et de rami, et Bruno Fitoussi. Tous vibrent, à leur manière, derrière Fabrice : de manière bruyante et bon enfant pour le premier groupe, plus silencieux mais tout aussi tendus et proches du Français pour les seconds. Les mains passent, et le Russe semble prendre un ascendant fort.

Mais l’heure n’est pas au doute. D’ailleurs, le temps n’existe plus, il s’est contracté, et Soulier ne lâche rien, pas une main, pas un raise, et ce en aucunes variantes. Zaichenko lui, perd pied, comme fatigué de ce mano a mano avec Buchanan et le Français. En quelques mains, celui qui avait jusque-là dominé les débats voit son tapis fondre. Ce tournoi n’est pas pour lui, il n’est pas prêt à aller le chercher au bout de la nuit, comme les deux autres joueurs. Zaichenko prend la sortie sur un pot à 3 jouers, en Stud-8, remporté par Buchanan et son brelan pour un pot haut scoopé. Le heads-up peut commencer, et Fabrice n’a que 2,8 millions de jetons contre les 4,3 du Canadien.

Lors de la pause-express qui précède le tête-à-tête, le clan canadien emmené par Greg Mueller raille le contingent français. Moins nombreux mais un peu plus alcoolisés, les Canadiens sont surs de leur victoire. Côté Français, on a foi en Soulier, qui n’a jamais été aussi prêt de son rêve de toujours. Deux high-rollers français décident de prendre le pari proposé par Mueller : 2000$ à 4.3 contre 2.8 sur la victoire de Buchanan. De quoi surexciter encore un peu plus les rangs français qui grossissent malgré l’heure tardive.

Ce retard, Fabrice va vite le refaire. Il débute le heads-up à une allure folle, marchant littéralement sur un Buchanan sonné. Les « railbirds » français sont hystériques, notamment après un énorme pot en Omaha-8, où Fabrice touche la « Wheel » magique au turn, le propulsant à 5 millions de jetons, contre 2,1 chez le Canadien. Soulier ne lâche plus la pression, grindant pot après pot, sur des big bets à 160 000 et 200 000. Si ElkY est revenu dans son heads-up de manière quasi-miraculeuse, Fabrice Soulier va tout simplement « au charbon », jamais à tapis pendant toute cette table finale, attendant patiemment les bons spots en ne relâchant jamais le tempo qu’il impose à Buchanan. Ce dernier est pourtant un très bon joueur, détenteur d’un titre WPT et runner-up du 25 000$ WSOP en 2010. Mais pour Fabrice, ce titre est bien plus important. C’est l’achèvement d’un rêve d’enfance, un moment dont il a tant rêvé. A cinq reprises, le Français pousse à tapis le Canadien. A cinq reprises, ce dernier se relève, soit en splittant les pots en Omaha-8, soit en touchant une carte miraculeuse à la river, après un très beau call en Limit Hold’em de soulier sur un board As-Roi-Roi-4, avec 4-9 chez Soulier, contre Dame-5 pour Buchanan, qui touche son 5 à la dernière… Mais Fabrice ne démord pas, et ne se distrait ou ne s’énerve pas : au bout il y a 610 000$ et un titre WSOP.

Interrompu par la nuit au bout de 10 levels, nouvelle règle des World Series oblige, Fabrice quitte la table avec 6 fois plus de jetons que son adversaire —une belle avance, mais si facilement rattrapable avec deux double-ups. Il est 4h30 du matin, et tout recommence dans à peine 10 heures. Le clan français est épuisé, et Fabrice fonce dans la nuit, toujours concentré.

Retour à l’Amazon Room, vendredi 15h. Changement de place, sur une table télévisée un peu à l’écart. Cinq mains en PLO-8. Pas une que Fabrice ne gagne pas. Un moment de flottement, puis Fabrice crie. Claire, son amie, s’écroule à côté, en pleurs : « It means so much to him ». « And to us ! », crie Nolan Dalla, le responsable média des WSOP. Fabrice est entré dans l’histoire.

A voir : la vidéo exclusive de la dernière main et la victoire de Fabrice

Jérôme Schmidt

Continue Reading
Advertisement
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 27 juin] Pour toujours un peu plus d’action

Published

on

Comment vivre les WSOP, à des milliers de kilomètres de Las Vegas, comment vibrer, perdre ou gagner comme les pros et amateurs qui ont fait le grand saut et ont offert leur chance et leur bankroll aux tables climatisées du désert du Mojave ? Comment, virtuellement, avoir un peu d’action ? Derrière ce mot transparent ou presque (en anglais, l’action, c’est avoir une part de l’investissement d’un joueur engagé dans un tournoi) s’ouvre un univers qui n’a jamais véritablement décollé en Europe, celui de stacking de joueur.

Pour la première fois, on apercevait par exemple Bruno Fitoussi (également créateur de Poker52, ndlr) ouvrir pour la première fois publiquement son action aux joueurs anonymes, via une plateforme reconnue pour son très grand sérieux, Pocket Fives, pour un 10 000$ PLO, entre autres, à un « prix » (le markup) le plus intéressant possible, à 1 contre 1, à hauteur de la moitié du buy-in. En gros, si Bruno Fitoussi gagne 100 000$ dans le cadre de ce tournoi, il en gardera la moitié, et le stackeur anonyme qui l’aura financé à hauteur de 500$ (soit 10% du stacking disponible) touchera 5000$… Pour le Main Event (qui sera joué, avec ou sans stacking), le joueur français propose un markup plus élevé, à 1,2. Dans ce cas, le stackeur qui aurait financé à la même hauteur toucherait 5000/1,2 soit 4000$.

Le concept du stacking par des sites spécialisés fait cependant encore débat. Hier, sur Twitter, un joueur et influenceur américain, Johnnie Vibes, partageait un message privé d’un « fan » qui lui demandait quand il pourrait avoir une part d’action de ses tournois. Vibes, qui n’avait jamais fait cette démarche, disait hésiter. Très vite, Tony Dunst, figure charismatique du World Poker Tour, faisait alors entendre une voix assez rare sur le sujet : « Ne vends pas d’action, si tu n’en as pas besoin. Il y a plein de façon de faire vibrer tes fans, sans avoir à vivre cette situation gênante qui consiste à leur prendre leur argent… » Joey Ingram, l’une des personnalités les plus en vogue du TwitterPoker américain, prenait quant à lui le contrepoint, assurant que le stacking était, à la manière du sports betting, une façon pour les anonymes de vivre plus intensément la compétition des professionnels.

Au delà des comptes et des chiffres, des rêves de fortune sans même toucher une carte, le débat autour du stacking anime encore les discussions entre joueurs pro. Il y a deux jours, une grindeuse américaine « offrait » 3% de son Main Event à un joueur handicapé qu’elle avait rudement traité à table. On le sait, même si tout est flou, les swaps entre pros (échange d’action entre deux joueurs participant au même tournoi) sont courants, et sont souvent accusés de fausser l’esprit de compétition dans les tournois à petits fields mais gros buy-in, puisque la variance est lissée pour ceux qui possèdent, au sein d’un petit groupe, de l’action commune.

En parallèle continue toujours le stacking de pros par des whales qui préfèrent ne pas aller au combat directement. Les rumeurs de pros ayant vendu plus de 100% de leur action se sont d’ailleurs parfois révélées réelles, après que le vainqueur d’une compétition à Monte-Carlo ait renégocié avec ses financiers : en gagnant le tournoi, il devait plus d’argent qu’il n’en gagnait… Et c’est sans parler des semi-pros prenant l’argent de leurs stackeurs, oublient de buy-in pour le tournoi concerné, et plaident le bust aux premiers levels ; ou ce vainqueur du Main Event WSOP, Jamie Gold, qui voulait renégocier son contrat de stacking après avoir décroché le titre et ses quelques 12 000 000$…

De grands champions ont souvent été soupçonnés d’être les horse de financiers hong-kongais ou américains, ne jouant jamais sur leur argent afin de se refaire ; récemment, un milliardaire stackait encore des joueurs dans le 250 000$, comme on mise aux courses. Il y a quelques années encore, les scènes, aux WSOP, d’hommes de main attendant des joueurs ITM devant des centaines de milliers de dollars à leurs stackeurs étaient monnaie courante. A Macau, ou lors de Series aux buy-in mirifiques, on aimerait connaître la réalité de l’action réelle aux tables entre jeunes multimillionaires du web, joueurs broke, Triades bien achalandées et swaps à tout va. Qu’importe, tant que le spectacle, et l’action, sont au rendez-vous.

Continue Reading

WSOP

[WSOP 2022] Deuxième bracelet français de l’été

Published

on

By

C’est dans le prestigieux 5000$ 6-handed, où de nombreux Européens figuraient en bonne place, qu’un deuxième bracelet français est tombé : Jonathan Pastore signe son premier énorme exploit en live, alors qu’il y a quelques années, il participait encore au freeroll Winamax Poker Tour ! 770 000$ et une sacrée fête en prévision pour le contingent français…

PlaceWinnerCountryPrize (in USD)
1Jonathan PastoreFrance$771,765
2Stephen SongUnited States$476,990
3Tamer AlkamliCanada$331,503
4Elio FoxUnited States$234,036
5Paraskevas TsokaridisGreece$167,882
6Patrick SekingerUnited Kingdom$122,395

Continue Reading

Le journal Off du poker

[Journal des WSOP — 18 juin] Rocking Las Vegas

Published

on

Le monde du poker sait aimanter les trajectoires folles, les particules élémentaires, les destins sans point commun avec le quotidien. Lib(éraux)-Lib(ertaires) (la plupart des joueurs), fous de MAGA aux carrières étourdissantes (James Woods, l’acteur inoubliable de tant de films, de Videodrome à Il était une fois en Amérique), Texans hyper-chrétiens aux arrangements intimes avec leur foi (Doyle Brunson en tête), scammers en tous genres (il suffit de regarder le forum consacrés aux joueurs indélicats sur 2+2, et vous aurez un certain who’s who du poker américain), justiciers newborns (Daniel Negreanu), apolitiques invertébrés (Yoh_viral, parmi tant d’autres) et même anarchistes intellos (en son temps, Mickey Appleman) comme le dernier vainqueur d’un bracelet WSOP (le HORSE à 1500$), Steve Albini.

La politique n’a pas cours autour des tables des WSOP, mais elle se joue plutôt sur Twitter, par blocages, retweets et shitstorms interposés. Steve Albini, lui, débat peu, mais se déclare souvent. Sa page est une heureuse foire d’empoigne et de franchise entre cette Amérique post-MAGA qu’il conchie. Loin d’un Negreanu qui applique ces terribles notions binaires de bien et de mal, et qui assume son schéma moralisateur, Albini est l’une de ces rares voix libres et singulières du poker-twitter. Il déboulonne les idoles de manière jouissive, se moque ouvertement de ceux qui ont pour cheval de bataille réactionnaire la question du genre et relancent leur carrière en se rangeant du côté de l’intolérance (l’humoriste Ricky Gervais en tête), se moque de lui-même et son « babil poker incessant pour les semaines à venir », partage de la musique noise et autres expérimentations soniques.

Il faut dire que Steve Albini n’est pas n’importe qui : avant d’être un joueur passionné (son pseudo twitter est d’ailleurs @electricalwsop), il a fait une énorme carrière de musicien et de producteur. Natif du Montana, dans ce trou incroyable qu’est Missoula (la ville, entre autres, qui aura vu l’une des plus belles voix de la littérature nature-writing américaine s’épanouir), il a vécu toute sa vie au beau milieu des rednecks à la fois libertaires et réactionnaires. Il n’aura gardé d’eux que le premier trait, et aura transporté sa folie créative dans un rock minimaliste et avant-gardiste. Côté production, il a même créé le son de plusieurs énormes groupes indépendants : Nirvana (pour In Utero) mais aussi les Pixies, PJ Harvey, les Canadiens de Godspeed You Black ! Emperor, Slint, les Stooges d’Iggy Pop, etc. En remportant cette nuit son deuxième bracelet de sa carrière, Steve Albini aura une fois de plus confirmé que tout ce qu’il touche se transforme en or, brut.

Continue Reading
Advertisement

Buzz

POKER52 Magazine - Copyright © 2018 Game Prod. Design by Gotham Nerds.