Portraits / Interviews
Rencontre : Stefanie Ungar, la fille du génie du poker
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6 ans agoon
S’il est une figure sombre qui brille dans la galaxie poker, c’est bien Stu Ungar : champion dès la préadolescence, hypermnésique dévoré par ses démons, addict à tout ce qui passait —de la cocaïne aux courses de chevaux—, ce personnage hors norme a régné en trou noir sur une constellation de joueurs déjà hauts en couleur. Mort à la quarantaine sans le moindre dollar en poche, celui qui aura fait passé littéralement des milliards de dollars entre ses doigts, aura été retrouvé mort d’une overdose dans un motel miteux du Downtown de Vegas, quelques semaines après son dernier tournoi des WSOP. Sa fille, Stefanie, témoigne pour la première fois à propos de ce père démiurge qu’elle aura tant aimé, malgré ses absences, ses failles et ses fulgurances. Rencontre Paris-Vegas.
Par Jérôme Schmidt
Quel est le plus ancien souvenir que vous gardez de votre père, Stu Ungar ?
Du plus loin que je m’en souvienne, c’était lorsqu’il venait à chacun de mes spectacles de danse quand j’étais encore toute petite fille, environ vers 4 ans. Il n’en a jamais manaqué un. Il m’emmenait aussi à Disneyland, et nous nous amusions beaucoup sur les manèges les plus grisants. Lorsque je vivais en Floride, il passait me prendre et nous montions dans un petit avion pour aller aux Bahamas. Il adorait aller là avec moi, car je m’amusais dans la piscine sous l’œil des maitre-nageurs pendant qu’il allait jouer au casino ! Et puis nous passions beaucoup de temps dans les restaurants. Nous étions assis l’un à côté de l’autre, et nous discutions, de tout. Il me parlait des gens, de leur psychologique, de la vie en général. Il m’a énormément appris.
Quand avez-vous compris que votre père était l’un des plus grands joueurs au monde ?
Dès mon plus jeune âge. Je me souviens de tous ces types qui passaient chez nou pour jouer au backgammon, par exemple. Et lorsqu’il allait jouer au poker dans les casinos, il me disait qu’il « allait travailler », sans cacher la nature des activités. Mais c’est vrai qu’adolescente, j’ai compris que ce n’était pas la même vie que celle des parents de mes amis, qui étaient avocats ou médecins… Lorsque j’étais à Las Vegas, je voyais bien que mon pè !re était une star. Il était le plus jeune homme à avoir remporté les WSOP, et je savais également qu’il était le champion hors catégorie du Gin Rami… Lorsque nous entrions dans un casino, tout le monde venait lui parler et lui serrer la main. Il était gentil avec tout le monde. Il était très généreux, avec tout le monde. Il disait toujours qu’on ne savait pas quelle était la vie des gens, et dans quelle situation ils pouvaient être. Dans le doute, il fallait donner, tant qu’on pouvait.
Quelles anecdotes vous racontait-il à l’époque ?
Moin père adorait me raconter son enfance à New York. Il me disait toujours qu’il était le gamin le plus maigrelet et maladif de toute la ville, mais qu’il avait plein d’ami car c’était un bon sportif. Sa mère était si inquiète de sa carcasse si fragile qu’elle l’avait emmené chez le médecin pour voir si ses os pourraient tout de même se développer. Il me racontait la première fois où il avait joué aux cartes, et qu’au bout de trois jours, il avait maîtrisé ce jeu que des types de 40 ans n’avaient toujours pas compris. Il disait aussi que son propre père voulait absolument qu’il n’apprenne jamais à jouer, et que cela lui avait fait mal. Lorsqu’il avait eu douze ans, son père est mort, et c’est à ce moment qu’il avait pu enfin jouer autant qu’il veuille.
Quelle était la vie quotidienne de vos parents ?
Je n’ai jamais été confronté à une vie de famille, car mes parents ont divorcé lorsque j’avais quatre ans. J’ai vécu avec maman et mon frère avec mon père. Lorsque j’allais chez lui, nous passions beaucoup de temps à regarder des dessins animés ensemble, ou jouer à des jeux comme les échecs et le monopoly, avant d’aller dîner dehors ou faire un peu de shopping. Je ne me souviens que de ces moments géniaux.
Qui étaient les meilleurs amis de Stu Ungar ? Avez-vous gardé le contact ?
Ses meilleurs amis étaient Mike Sexton, Chip Reese, Danny Robinson, Jean notre femme de ménage, et ma mère. Ma mère et mon père sont restés très bons amis, même après leur divorce. L’ami de mon père avec qui je suis restée la plus proche est Mike Sexton, et ce jusqu’à ses derniers jours. Je l’ai encore eu au téléphone quelques jours avant son décès qui m’a rendu si triste, cette année.
Vous vivez toujours à Las Vegas… Qu’y faites-vous ?
Je produis des films pour la télévision à Las Vegas. Je travaille d’ailleurs sur un film documentaire autour de la vie de mon père, et aussi un film de fiction. J’adore Vegas, j’y suis née. J’y aime ses restaurants, ses spectacles, les gens qui y habitent… bref, toute la culture de Las Vegas !
Aimez-vous également jouer ? Votre père vous a-t-il formée aux jeux de casinos ?
Je ne suis pas du tout joueuse. Mon père n’a jamais voulu m’apprendre le pokeR. Juste avant sa disparition, je lui avait demandé s’il m’apprendrait un jour le poker, et il m’avait répondu que jamais, ô grand jamais, il ne le ferait, car il ne voulait pas que je vive cette vie. Il est mort trois semaines plus tard. Je n’ai jamais appris les règles de ce jeu, et je me suis promise de toujours honorer cette promesse et respecter sa volonté.
Etes-vous parfois nostalgique de ces années en famille ? Qu’est-ce qui vous manque le plus ?
Je pense souvent à mon père. Tant de fois, dans ma vie, j’aurais voulu décrocher le téléphone et lui parler pour lui demander un avis ou simplement parler avec mon père. Il a toujours été là pour moi, on parlait des heures et des heures. Son rire et son intelligence me manquent énormément.
PORTRAIT
Stu Ungar, le Bobby Fischer du poker
Le jeu, l’action, Stu Ungar l’a dans le sang. Lorsqu’il naît en 1953 dans le Lower East de New York, un quartier à la limite du Little Italy des grandes familles mafieuses, Stu est le docile aîné d’une famille plongée corps et âme dans le jeu. Son père, Isidore « Ido » Ungar, est un coureur doublé d’un joueur invétéré. Pour financer ses deux passions onéreuses, il ouvre dans l’arrière de son bar, le Fox’s Corner, une activité de bookmaker. Ce fils d’immigrés juifs ne met pas longtemps à fédérer une large clientèle, principalement parmi ses amis italiens qui gravitent dans le giron de la famille mafieuse la plus puissante de l’époque, les Genovese. Ses amis ? Fat Joe, Philly « The Brush » Tartaglia ou Victor Romano. Tous passent leur journée à taper le carton dans l’arrière-salle du Fox’s Corner, ou à passer des paris hippiques, de football ou de baseball auprès d’Ido. L’argent, liquide, coule à flot, malgré le prélèvement mafieux en échange de la « protection » du lieu. La police New-Yorkaise n’est d’ailleurs pas la dernière à prélever sa dîme : avant Serpico et la grande curée de la NYPD, les forces de l’ordre étaient sûrement les plus touchées par l’appât du gain illégal.
Une éducation
Stuey Ungar grandit dans l’ambiance survoltée de ce bar ouvert jour et nuit, peuplés de gros bras, tueurs à gage, maquereaux et trafiquants divers. Malgré l’éducation dure de son père, intraitable sur l’éducation de son fils aîné, il passe plus de temps à prendre les paris des mafieux du Fox’s Corner qu’à faire ses devoirs. Dès l’âge de neuf ans, il est juché sur un tabouret de bar et noircit des cahiers de bookmaker, comprends le principe des cotes qui évoluent, des lignes qui évoluent, la psychologie des éternels perdants et l’adrénaline des lignes d’arrivées au finish. Chétif et malingre, il se surnomme lui-même « monkey », un petit singe savant qui semble tout connaître du monde à même pas dix ans, et surtout de sa face la plus sombre. Car même sa mère, pourtant effacée derrière son époux, a le démon du jeu : « Je m’asseyais derrière elle et la regardais jouer au seven card stud. Elle était nulle, jouant chaque main, littéralement toutes les mains : la valeur de ses trois premières cartes n’importait pas, elle payait tout le temps. J’ai vu ma mère perdre, et le visage des autres joueurs qui ricanaient par-derrière en la regardant et qui lui tendaient des pièges pour la plumer. Ils pensaient être les caïds à table, mais ils n’étaient pas vraiment meilleurs qu’elle. À l’époque, je m’en rendais déjà compte. En fait, ils gagnaient de l’argent uniquement parce qu’elle jouait encore moins bien qu’eux. Je n’aimais pas la voir comme ça, ça m’attristait vraiment. J’avais envie de les battre, de les humilier pour leur faire payer ce qu’ils infligeaient à ma mère. », témoigne Stu Ungar dans l’excellente biographie de Nolan Dalla et Peter Alson, « Joueur-Né » (récemment réédité aux éditions Sonatine). La défaite, cette haine ancrée au plus profond de lui-même, cette chute sans fond que connaît chaque joueur jamais vraiment habitué aux montagnes russes émotionnelles propre à la passion du jeu qui leur est chevillée au corps.
Premiers pas sur le tapis vert
A 13 ans, Stuey connaît par cœur toutes les variantes de poker, et même s’il se heurte encore à bien plus fort que lui, il apprend les premières arnaques, celles qui se jouent sur le béton fendu des back alleys américaines plus que dans le cadre feutré des tables de jeu à tapis vert. Le cash, cette fièvre des billets qui craquent dans la main, ce plaisir pur de l’argent mal gagné —ou gagné, au mieux, par pur hasard— coule dans ses veines. Stu se souvient de ces enveloppes qu’il a tant de fois par jour entre ses doigts, avant de pouvoir goûter au nectar absolu à son tour : « Il y avait tellement de mafieux à ma bar-mitsva que les agents fédéraux auraient payé cher pour pouvoir récupérer l’album photo. Une fois la fête finie, je suis monté au quinzième étage de l’hôtel, dans la suite de mon père. Même si je n’en avais pas le droit, j’ai commencé à ouvrir toutes les enveloppes qu’on m’avait offertes. C’était du cash, et seulement ça, dont j’avais besoin. » Très vite, un personnage important de la Grande Pieuvre de la famille Genovese le repère : Victor Romano. A plus de quarante ans, Romano a vécu la moitié de sa vie en prison, après avoir tué un policier à Brooklyn. Un malheureux incident, résume-t-il, mais qui ne fait que ponctuer sa trajectoire jonchée de crimes crapuleux, de trafics en tous genres et de cercles de jeux interdits. Romano a de l’affection pour le « Kid », comme il l’appelle. Il connaît Ido depuis des années, passe ses journées au Fox’s Corner, et prend Stuey sous la coulpe après le décès accidentel d’Ido Ungar. Stuey est désorienté, a abandonné presque totalement ses études et passe le plus clair de son temps dans des cercles clandestins du Queens, de Brooklyn et du Midtown East Manhattan. C’est là, justement, où Romano tient le Jovialite, un « social club » légal d’apparence, mais où transitent des millions de dollars prêts à blanchir pour les Genovese. « J’étais un phénomène de foire, un peu comme Bobby Fischer aux échecs. À 15 ans, je massacrais mes adversaires qui pratiquaient le jeu depuis trente ans. Je ne faisais pas de quartier. Mais c’était naturel pour moi. Je variais les jeux selon les périodes du jour et de la nuit. Peu importait l’heure, il y avait toujours une partie en cours. Une fois, j’ai joué pendant quatre jours sans discontinuer. Je gagnais, mais à la fin j’étais sur les rotules. J’ai demandé aux autres types à table de me laisser me reposer quelques instants. Ils m’ont apporté un fauteuil, et l’ont installé dans un coin afin que je puisse y dormir. Au moment où je me suis assis, mes yeux se sont fermés. Je me suis réveillé le lendemain, alors que la partie était encore en cours. J’ai sorti de l’argent de ma poche et je me suis remis à jouer. Je pouvais jouer au gin pendant trois jours d’affilée sans problème. Au début, c’était 20 dollars la partie, puis 50 dollars, et même 100 dollars. Je m’asseyais à table et pouvais ne pas me lever pendant une journée entière. Une fois que j’avais gagné 400 ou 500 dollars, je sautais dans un métro pour aller sur les pistes de courses de Yonkers ou Roosevelt claquer tous mes gains. »
L’école du gin rami
C’est au gin rami, justement, que Stuey se fait un nom. Le Kid est sur toutes les lèvres à New York, et devient l’homme —l’enfant, plutôt— à abattre. Le protégé de Romano peut tout faire, battre quiconque, tant que Romano veille sur lui. Un adversaire lui a manqué de respect ? Il est retrouvé quelques jours plus tard, une balle dans la tête, dans une usine désaffectée du Queens. Besoin d’une voiture ? D’un permis de conduire, même ? Quelques billets de 100$ et Stu peut parader à 15 ans avec un permis adoubé par la mairie de New York et une Cadillac volée flambant neuve. Envie d’assouvir ses besoins adolescents de sexualité priapique ? Un tour au « Plato’s Retreat », un salon de massage des Genovese, où toutes les filles l’appellent par son prénom. « Ce que j’aimais, c’était l’action. Ce n’est pas marrant de gagner quand la victoire est simple. Il me fallait des défis, et je n’éprouvais aucune joie à éclater des mauvais joueurs au pinocle ou au gin. Par contre, trouver le gagnant de la troisième course de l’Aqueduct, en lisant le Daily Racing Form, ça me bottait vraiment. Une sacrée excitation, ouais. C’est pour ça que j’aimais apprendre à maîtriser un nouveau jeu de cartes. J’en voulais toujours plus. », se souvient Ungar. Sa réputation dépasse très vite les frontières trop étroites pour lui de l’Hudson River. Romano, fatigué par un accident cardiaque, passe la main et confie son protégé à Philly Tartaglia, une montagne de muscles connu pour ses diverses exécutions pour le compte de la famille Genovese. Tartaglia organise des parties de gin contre tous les grands noms du moment, Harry « Yonkie » Stein, Nat « The Bronx Express » Stein ou Teddy Price. Tous ont trois ou quatre fois son âge, mais ils se font irrémédiablement écraser par l’adolescent pas encore majeur. Stuey voit dans leur jeu comme un livre ouvert ; il pratique à l’époque un jeu uniquement défensif : il ne cherche pas à faire gin, mais bien à empêcher les autres d’avancer dans la composition de leur jeu, ne leur laissant aucune chance de respirer dans ce duel psychologique que le gamin remporte à chaque fois. Stein, le meilleur joueur de l’époque, arrête le gin après avoir été battu, dès la première partie, par le Kid. Avec un score sans appel : 86 à 0. « Le gin est très différent des autres jeux de cartes. Ce n’est pas comme le poker : tu ne peux pas bluffer, ou influencer le jeu de ton adversaire. Le gin est un jeu de contrôle. Je détruisais mes adversaires. Ils s’écroulaient devant mes yeux. J’adore ce moment, quand leur petit sourire s’efface de leur visage et qu’ils ont la peur au ventre. Ils arrivaient bien habillés, avec une cravate, les cheveux coiffés et, après cinq heures, ils avaient défait le nœud de leur cravate et s’étaient arraché les cheveux. Et dans leurs yeux, on pouvait lire : « Jamais je ne vais gagner. » Putain, qu’est-ce que c’était beau ! »
La valeur argent
A 18 ans, après avoir monnayé via les Genovese son exemption du service militaire, Stuey Ungar part à Miami sous les conseils de Tartaglia : là-bas, il trouvera des adversaires à sa taille qui risqueront de parier plusieurs dizaines milliers de dollars contre lui. Mais Stuey s’ennuie au soleil : l’action y est moins grande qu’à New York, et le niveau encore plus faible pour lui. Il passe son temps aux champs de course en compagnie de sa petite amie de l’époque, Madeline, qui voit d’un mauvais œil cette passion dévorante. Habitué de l’Aqueduct dans le New Jersey, il découvre à Miami les courses de nuit et les milliers de dollars perdus en quelques minutes. Les rouleaux de billets de 100$ chèrement gagnés au poker et au gin disparaissent en fumée au contact de la fièvre du champ de course. Très vite, il veut retourner à New York, ne supportant pas l’indolence des lieux. Il veut de l’action, plus haute encore. Et seule Las Vegas semble être à la hauteur de ses attentes.
Le cadeau de ses 21 ans
En 1974, Stuey a tout juste 21 ans, et peut donc enfin goûter à une ville construite uniquement pour lui, Las Vegas. Direction, le Caesars, pour y voir Sinatra, un autre inféodé aux Genovese. Le temps de se changer, après s’être posé à McCarran, et le show était prévu deux heures plus tard. Mais Stuey a d’autres plans : il s’asseoit à la table de blackjack : « On n’est jamais allés voir Sinatra. Qu’est-ce que je serais allé foutre dans une salle à rester assis pour mater un spectacle, alors que je venais de me refaire de 60 000 dollars en moins d’une heure ? Philly aurait dû m’attacher au siège ou me mettre une camisole de force. Au lieu de ça, il a organisé une partie de gin de l’autre côté de la rue. Il y avait ce type riche à millions, Johnny Hawk, et on est allés le voir. Je l’ai rincé. Après ça, il s’est tourné vers moi et m’a demandé : « Tu veux jouer avec du vrai blé, maintenant ? – Du VRAI argent ? – Ouais, j’ai un ami qui aime jouer pour beaucoup. » Hawk a pris le téléphone et a appelé un type dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Il s’appelait Danny Robison. Hawk m’a averti que Robison était sûrement le meilleur joueur de gin de Vegas. Je lui ai répondu : « Dis à Robison qu’il n’a pas encore ren- contré le meilleur joueur de gin. » Robison m’a entendu à travers le téléphone, et a dit qu’il serait au Dunes dans l’heure. On a joué toute la nuit, et je lui ai pris 100 000 dollars. Je ne l’ai pas battu : je l’ai humilié. » Ungar ne reviendra jamais vraiment de ce voyage. Il s’y installe quelques mois plus tard avec Madeline.
Le virage du poker
C’est à Vegas, et au Dunes plus particulièrement qu’Ungar opère le grand changement de sa vie de joueur : interdit de Blackjack par les plus grands casinos qui ne veulent pas laisser à un joueur doté d’une telle mémoire photographique la possibilité de battre la banque, sans adversaire au gin rami, discipline qu’il a tué de sa maestria, il s’asseoit à la table des « big boys », la grosse partie du Dunes. A l’époque, le Dunes est la mecque du poker. Situé en lieu et place de l’actuel Bellagio, à quelques mètres du Caesars, il s’asseoit tout de suite aux plus hautes limites, en mixed-games et en Stud principalement. Le No Limit Hold’Em ? Personne n’y joue à l’époque et Stu fait ses armes face à Chip Reese, Doyle Brunson, Amarillo Slim, Jack Straus et consorts. Beaucoup parlent de parties truquées, de croupiers complices ; Stuey s’en fiche pas mal et connaît les hauts et les bas des parties high-stakes. Seule certitude, de la bouche des habitués de la partie : il a la classe des plus grands et le caractère intrépide des vainqueurs sans lendemain. « Un jour, je jouais au backgammon avec Puggy Pearson. Je l’ai tellement humilié qu’il voulait en venir aux mains. On a dû le retenir pour qu’il ne me frappe pas. En fait, quand je joue contre quelqu’un, je dois trouver ce que je n’aime pas en lui. Chez Puggy, par exemple, c’est l’arrogance. Il peut vraiment être énervant. C’est physique. Quand il remporte un pot, il vous toise comme s’il était Einstein en personne, comme s’il vous avait baladé sur cette putain de main, alors qu’en fait vous auriez joué le coup exactement pareil. Une fois, il avait une paire d’as en main, et moi une paire de rois. Sa paire a tenu, et il m’a lancé un regard du genre : quel pauvre type tu fais ! Son sourire de petit con m’a toujours rendu fou. »
Pendant des mois, il affine son jeu, et fait des allers-retours quotidiens au terrain de course, pour brûler le plus vite possible ses gains. En 1980 arrive la dixième édition des World Series Of Poker. Stuey a alors 26 ans, et ses « backers » sont toujours à chercher du côté de la famille Genovese. Il est le plus jeune du field, face à des Texans qui sont ses aînés de plus de trente ans. Ungar n’a joué qu’une poignée de fois au NLHE, mais son goût du jeu, son instinct naturel et son agressivité sans égale déconcertent les plus aguerris des Texans. Dans la grande salle du Horseshoe, le gamin devenu adulte a beau être toujours aussi chétif, il semble marcher sur les tables. Il fait vibrer Romano et Tartaglia qui ne le lâchent pas d’une semelle : le Kid a beau avoir un million de dollars en poche, gagnés en cash-game à Reno les mois précédents, mieux vaut l’empêcher d’aller trop souvent miser ses poches pleines de rouleaux de 100$ aux courses hippiques. Stu passe le jour 3 et se hisse en finale. Puis en heads-up, contre la légende du moment, un certain Doyle Brunson. Ungar le piétine en quelques coups seulement. Il rafle son premier titre de champion du monde, ainsi que les 365 000$ qui vont avec. A Gabe Kaplan qui lui demande ce qu’il va faire de tout cet argent, Ungar répond avec sincérité : « Je vais le jouer ».
The rise and fall
En 1981, comme une évidence, Ungar remporte à nouveau le titre de champion du monde. Il n’a que 27 ans et dans le monde du poker, seules les étoiles d’Amarillo Slim, Johnny Moss ou Doyle Brunson peuvent rivaliser de lumière avec lui. Il n’est pas qu’une étoile filante, il est un joueur qui a tout gagné, qui accepte tous les paris les plus fous et les gagne, ne craint rien ni personne —et même pas encore lui-même. L’argent coule à flot et les grandes périodes de déprime, dues au manque d’adrénaline ou à la tristesse de sa mère malade, à l’autre bout du pays, poussent Stuey dans la drogue. Un premier rail, puis de la cocaïne par coupelles entières : « La première fois que je suis allé à Vegas, la ville entière était recouverte de poudre. Partout, les gens sniffaient de la cocaïne – en tout cas, les gens qui en avaient les moyens. Des dealers étaient derrière chaque gros joueur. Peu importait l’heure de la journée, vous étiez sûrs de trouver de quoi vous faire une ligne. C’était normal et festif. Cela n’a pas changé ma façon d’être. Grâce à la cocaïne, je pouvais rester plus longtemps à table, mais cela n’affectait en rien mon jeu. J’ai vu des gens se détruire avec ça, dont certains très grands joueurs de poker. Vous connaissez cette chanson : « The Pusher », de Steppenwolf ? « Des types qui se baladent avec des tombes dans les yeux » ? Certains gars étaient comme dans cette chanson. Un jour, j’ai acheté un kilo de pure dope. On a fait une fête dans une chambre d’hôtel. Des types que je connaissais pas sont rentrés. Des filles. Des fêtards. Ils se précipitaient sur ce tas comme une meute de coyotes sur une carcasse. Après cette soirée, j’ai décidé de ne plus acheter pour 20 000 dollars de came pour la laisser partir en fumée de cette façon. J’ai commencé à en prendre seul, en privé. » Ungar, père de deux enfants, commence à perdre pied : l’argent gagné au poker part plus vite encore chez ses dealers ou aux paris sportifs. A la fin des années 1980, il dépense plus de 1200$ de cocaïne par semaine et les dettes s’accumulent. Sa santé se dégrade et ses amis les plus fidèles, comme Mike Sexton, Doyle Brunson ou Chip Reese font tout pour qu’il décroche. Sa femme, Madeline, veut s’éloigner de cette relation vénéneuse, empirée par le drame de la vie de Stuey : le suicide, en 1989, du fils de Madeline, Richie, qu’il avait adopté de tout son cœur. Le Main Event des WSOP de 1990 semblent être l’apogée pour lui de sa descente aux enfers. Financé par le magnat de la finance Billy Baxter, il marche une fois de plus sur les tables et se hisse en finale, jouant comme un zombie. Nolan Dalla relate la suite dans son livre : « Le lendemain, quelques minutes après midi, Billy Baxter reçut un appel d’urgence. C’était Jack McClelland :
« Stuey n’est pas là.
– Il n’est pas arrivé ? Comment ça se fait ? Il a un des plus gros tapis des World Series ! »
C’était d’autant plus étonnant que l’hôtel de Stuey était situé juste en face du Binion’s. Où avait-il pu passer ? Baxter quitta sa maison précipitamment et se dépêcha de rejoindre la salle de poker du Horseshoe. Il traversa ensuite Fremont Street en courant jusqu’à la réception du Golden Nugget, informa les responsables qu’il y avait urgence, que quelque chose n’allait pas et qu’il devait absolument rentrer dans la chambre de Stuey.
Un agent de sécurité l’accompagna à la chambre 341. L’officier de sécurité frappa à la porte et, comme personne ne répondait, il l’ouvrit avec son passe. Stuey était étalé par terre, en sous-vêtements, inconscient et respirant à peine. » Stuey ne reviendra jamais vraiment de cette overdose : il a trahi son plus fidèle ami et financier et révèle au grand jour une addiction que beaucoup faisaient semblant de ne pas voir. Il s’écarte des tables pendant quelques mois, mais a toujours le désir de jouer chevillé au corps.
Un come-back ?
En 1991, Stu Ungar revient sur le devant de la scène lors d’une série de heads-up à 50 000$ avec un vieux routier du jeu, Mansour Matloubi. C’est Phil Hellmuth qui raconte la scène : « Stuey a payé à la river avec hauteur 10 un bluff de Matloubi ! Mansour avait pourtant bien joué : il avait vu juste dans le jeu de Stuey et avait tenté un bon bluff : « Je me suis fait marcher dessus. Comme si un bulldozer m’était rentré dedans. J’apprécie beaucoup Stuey mais là, je n’ai rien vu venir. » Des années plus tard, Mansour résume la situation ainsi : « Quand un type vous paye avec une telle main, il vaut mieux laisser tomber. C’est comme s’il vous volait le vent qui souffle dans vos voiles. J’ai décidé de ne plus jouer de match en tête à tête en No Limit Hold’em, plus jamais. » Les années qui suivent, Ungar se bat contre lui-même, sans succès. Mais en 1997, alors que plus personne ne lui prête le moindre sou, Baxter accepte un geste de plus : 10 000$ pour le Main Event. Par pitié et amitié plus que par goût de l’investissement, Baxter sort les billets dans la grande salle du Horseshoe. Quatre jours plus tard, celui qui avouait ne « pas pouvoir faire deuxième, car ça n’aurait rien résolu », devient, dix-sept ans après son premier titre, à nouveau champion du monde. Avec 1 000 000$ en poche.
La fin du Kid
Si les journaux titraient le lendemain de sa victoire « Le retour du kid », c’est vers le triste point final de sa vie que Stuey se dirige. Il prend plus de drogue encore et passe son temps dans les squats à crack de Glitter Gulch, à quelques mètres du Horseshoe. Ruiné, défoncé, il squatte des chambres à 10$, comme au Gold Coast, sur Flamingo Road. Avec zéro dollar pour jouer, et donc se refaire.
« Là ne peux pas jouer. Je suis coincé dans cette chambre d’hôtel de merde. Il est 15 heures, et c’est le dernier lieu au monde où j’ai envie d’être. À ce moment précis, à moins d’un kilomètre, ils jouent les plus grosses parties de poker qui aient jamais existé. La plupart des joueurs sont des branques. Ils ne savent pas jouer, putain ! Ce sont des touristes pleins aux as ou des producteurs de cinéma de LA. Que Dieu les bénisse ! Je pourrais tous les éclater. Mais au lieu d’être au Mirage, je suis ici, coincé, sans possibilité de jouer. À sec. Ouais, vraiment à sec. J’ai exactement 4 cents dans ma poche. Il y a un an, j’avais 1 million de dollars devant moi au Horseshoe, et je buvais du Dom Perignon avec Jack Binion. J’ai merdé sur toute la ligne. Je suis resté trop de temps dans cette chambre d’hôtel. Plusieurs semaines, je crois, mais je n’en suis plus sûr. J’ai cramé trop d’occasions, agacé trop de gens. Il y a quelques jours, je n’en pouvais plus. Les murs semblaient se rapprocher. Je suis descendu et j’ai traversé le casino. Ça m’a vraiment fait du bien de sortir de la chambre. Je n’avais pas d’argent sur moi : je regardais juste les touristes aux tables de black-jack. Ils étaient tous là à miser 5 dollars par 5 dollars, à perdre sur les meilleures cartes et à s’arrêter à 17. Qu’est-ce qui se passe dans la tête de ces gens ? Ils ne connaissent pas les stratégies de base, ou quoi ? Ça m’a donné envie de vomir. Je suis remonté, et j’ai dormi pendant douze heures. Ensuite, j’ai regardé la télévision toute la nuit. C’était quel jour ? Mercredi ? Jeudi ? Merde, j’en sais plus rien, moi. Je confonds tous ces jours. Je ne sais même pas s’il fait nuit ou s’il fait jour, je devrais ouvrir les rideaux pour voir s’il y a de la lumière. Je suis en train de devenir dingue dans cette chambre. C’est un énorme bordel. Ça sent mauvais. Je ne me souviens même pas de la dernière fois où je me suis rasé, ni de ma dernière douche. La femme de chambre est venue le mois dernier. Elle a changé les draps, mais je lui ai dit de laisser tout le reste comme c’était. Je ne veux plus être dérangé. J’ai mis le signe sur la porte. Les seules fois où j’ouvre, c’est pour rendre les plateaux du room-service. Ne pas avoir d’argent pour jouer, c’est le pire des trucs. Un joueur est obligé d’avoir du blé. Sans ça, il n’est rien. Comme si t’étais Pavarotti, mais aphone. C’est à ça que je travaille depuis des mois : lever assez d’argent pour retourner jouer. C’est pour ça que j’en suis là. Tant que je n’ai rien à me mettre sous la dent, je ne peux pas jouer. Il me faudrait 20 000 pour commencer. Mais j’ai trahi des gens, et au jeu c’est la chose à ne pas faire. Ne surtout pas enculer les autres. Surtout ceux qui te font confiance. C’est la règle. Il y a un vieux proverbe au poker qui dit qu’à table ton pire ennemi, c’est toi-même. Je vais te dire un truc : cette phrase a été inventée pour moi. » Trois mois plus tard, on le retrouvait mort à l’Oasis Motel. Stuey Ungar avait 45 ans, et entrait dans l’éternité.
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Interviews
Du high stakes au WPO, Benjamin Chalot ouvre un nouveau chapitre avec ATM et Winamax
Published
2 semaines agoon
1 octobre 2026
Présent à Aix-les-Bains pour son premier WPO, Benjamin Chalot revient sur le rapprochement entre ATM et Winamax, son regard sur le niveau du field, les adaptations nécessaires face aux joueurs amateurs et ses projets pour les mois à venir. Entre développement de la chaîne YouTube, coaching, voyages et envie de lever un peu le pied sur les Triton, le joueur français se livre sur une période de transition dans sa carrière.
- Benjamin, cela fait maintenant quelques mois qu’ATM collabore avec Winamax, notamment à travers vos contenus vidéo. Comment ce rapprochement s’est-il concrétisé, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?
C’est une continuité logique et naturelle, on va dire. Cela fait environ 2 ans et demi que la chaîne a été créée, et elle a grossi vite. Il y avait déjà eu des discussions en interne, mais on n’était pas assez gros. L’année dernière, ça s’est fait assez naturellement. On a aussi été approchés par d’autres rooms, mais on a refusé ! Nous, ce qui nous intéressait, c’était de travailler avec le numéro un français.
Winamax, ce sont les meilleurs en termes d’innovation ! Là, c’est mon premier WPO et, franchement, je kiffe. Pour te dire, j’ai un vol dans 30 minutes, mais je zappe et je vais aller jouer le High Roller. Je vais aussi aller commenter le stream avec Flavien juste après !
- Est-ce qu’on peut s’attendre à voir ATM davantage sur les événements Winamax, ou même imaginer de nouveaux projets communs qui dépasseraient le cadre de vos vidéos ?
Oui, à 100 % ! Surtout après cette expérience du WPO. Ici, le cadre est vraiment stylé. Pour Clément Richez, ça va être compliqué, car il vit au Mexique, mais moi, de mon côté, pour l’Europe, je suis complètement partant.
Pour l’instant, on va se focus sur YouTube et promouvoir Winamax via notre chaîne, afin que Winamax puisse également promouvoir ATM, et on verra par la suite. Après, en termes de concepts de vidéos, on en a déjà trois différents qui sont dans les tuyaux ! Axel, le directeur de notre communication, a déjà terminé la première vidéo, et il y en a deux autres qui vont suivre et qui seront très différentes de « Zero Bluff ». Voilà, il y a déjà des innovations comme ça. Donc maintenant, à voir comment ça performe sur YouTube et si les gens aiment !
- Quand vous passez d’une table composée de professionnels de classe mondiale à un field comme celui du WPO, avec de nombreux amateurs, est-ce que vous devez finalement réapprendre à jouer certains spots ? Est-ce que vous avez parfois tendance à trop réfléchir face à des adversaires qui abordent le jeu de manière beaucoup plus instinctive ?
Bien sûr, j’ai pu voir quelques profils un peu atypiques à mes tables, comme on en voit un peu moins souvent aux Triton. Mais franchement, ma première table durant le Main de ce WPO, c’était incroyable ! Ça jouait très bien, j’avais l’impression de jouer un 200 € online ! D’habitude, il y a un rapport de 50, donc là, je suis censé jouer comme sur un 10 €, mais honnêtement ici, ça jouait super bien.
J’ai vu plein de moves techniques intéressants, de bons sizings… Il y avait bien évidemment de petites erreurs que je pouvais exploiter, mais globalement, ça jouait extrêmement bien ! À part quelques joueurs qui ne connaissaient pas les ranges préflop (rires), la plupart des joueurs que j’ai croisés à mes tables étaient bons.
Au Day 2, par contre, c’était plus facile ! J’ai vu plus d’erreurs, j’ai pu grind 20 blindes très rapidement, alors que normalement, on est bien soumis à la distribution des cartes. Mais les deux Days 1, franchement, c’était dur ! On m’a dit que c’était polarisé, qu’il y avait les meilleurs regs online qui venaient ici pour l’ambiance et pour profiter, donc j’ai sûrement dû déchatter les tables (rires).
- On imagine qu’il y a beaucoup de joueurs présents ici qui regardent vos vidéos et celles d’ATM. Si vous deviez leur donner un seul conseil pour améliorer leurs résultats sur un festival comme le WPO, quel serait-il ?
Grosso modo, je trouve que ça fold quand même encore beaucoup ! Donc on peut encore être assez agressif. On m’avait dit de ne pas bluffer sur ce genre d’événements, que j’allais me faire bluff catch très souvent, mais au final, il y a encore de la place pour l’agressivité. Donc, sans hésitation : jouez agressif, et ce, dès le préflop !
- Quand vous jouez un tournoi à 500 € face à des amateurs, est-ce que vous considérez que vous disposez d’un avantage technique suffisant pour compenser la variance d’un field aussi important ?
La réponse est non ! Évidemment que je vais faire mieux que le joueur moyen, mais comme je te disais, mes deux premières tables étaient très difficiles. Si j’ai des confrontations qui ne sont pas à mon avantage, où je dois partir à tapis avec top paire/mauvais kicker dans un spot contre un mec qui est bon et agressif, eh bien, je vais le faire, car ça joue bien ! L’idée n’est pas de se dire : « Le field est tellement nul, donc je peux me permettre de trouver des folds aussi facilement. »
Aussi, je respecte le jeu, je ne viens pas pour jeter mon stack ! Il y a beaucoup de gens qui viennent me faire des compliments, beaucoup de joueurs amateurs sont contents de venir jouer des spots contre moi, donc je trouverais ça irrespectueux de ne pas donner le meilleur de moi-même. Et si quelqu’un me roule dessus, eh bien, c’est le jeu, et c’est un bon souvenir pour eux !
- Avec les outils dont disposent aujourd’hui les professionnels, on a parfois l’impression que tout le monde travaille les mêmes spots et utilise les mêmes solutions. À très haut niveau, comment est-ce qu’on peut encore construire un avantage technique sur ses adversaires ?
Tu sais, quand on arrive à très très haut niveau, le field est compris entre 30 et 50 joueurs. Si t’es professionnel, tu peux les étudier et les connaître par cœur, ou quasiment. Il y en a peu qui le font, mais c’est possible. Donc, c’est toujours important de connaître la théorie, mais c’est encore plus important de savoir exploiter. Si tu sais comment joue un joueur en début ou en fin de tournoi, quelles faiblesses il a, quelles forces… tu peux jouer précisément contre l’adversaire !
Aussi, il y a certaines facettes du jeu qui ne sont pas encore très exploitées par les joueurs. Je te donne un exemple : les tournois KO, PKO, ou les Space KO. Il y a beaucoup de situations différentes, et c’est très dur ! Si tu travailles certains aspects de ces formats, tu vas créer un edge, car peu de joueurs les travaillent vraiment.
- Pour finir, quels sont vos objectifs pour 2027 ?
Je suis un peu dans l’indécision à cause d’événements personnels. Donc maintenant, surtout, l’objectif va être de faire grossir la chaîne YouTube ! Je pense que je vais jouer moins de Triton pendant environ un an, même si avant, mon objectif était d’en gagner un. Maintenant, c’est un peu passé au second plan parce que j’ai envie de réfléchir à ce que je veux. J’ai envie d’acheter un appartement dans ma ville de cœur, qui est Budapest, donc je pense à tout ça…
Je continue à jouer, mais par périodes ! Pendant les Winamax Series, je peux jouer à fond pendant deux ou trois semaines, puis ralentir, coacher les gars de la Team, voyager un peu…Par exemple, je ne pense pas que j’irai au Triton à Chypre en novembre.
Merci pour ton interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv / Caroline Darcourt
Interviews
Entre rap et poker, S.Pri Noir cultive son esprit de compétition
Published
2 semaines agoon
26 septembre 2026
De la scène aux tables de poker, S.Pri Noir s’est découvert une nouvelle passion ! Présent au Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains, le rappeur français nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur ses premiers pas dans le poker, son apprentissage du jeu et ses ambitions grandissantes. Entre conseils de Kool Shen, pression des tournois et rêves de WSOP à Las Vegas, l’artiste se confie sur un univers qui le passionne de plus en plus !
- On vous connaît avant tout pour votre carrière musicale, mais on vous retrouve désormais régulièrement sur les festivals Winamax. Comment avez-vous découvert le poker et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans les tournois live ?
J’ai découvert le poker dans mon quartier, on se retrouvait dans la rue pour jouer. On aimait se rassembler pour jouer au poker, pour tuer le temps et aussi faire un peu d’argent (rire). Et donc, c’est comme ça que j’ai découvert le jeu. Au début, je ne jouais pas du tout en ligne. J’ai commencé bien après à faire quelques parties, mais c’était vraiment rare !
Par la suite, j’ai été invité par Fred de Skyrock à un tournoi Winamax, et à ce moment-là, c’était la première fois que je jouais un vrai tournoi dans de vraies conditions live. J’ai vraiment kiffé !
Ensuite, l’équipe de Winamax m’a dit qu’ils organisaient des tournois un peu partout en France et en Europe, et ma première invitation, c’était à Bratislava ! J’ai découvert un univers que j’ai adoré. En termes de sensations, c’était incroyable.
- Vous avez déjà participé à plusieurs événements Winamax. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces festivals et comment abordez-vous cette nouvelle édition du WPO ? Vous venez avant tout pour l’ambiance ou avec de véritables ambitions de performances ?
– Ce qui me plaît, c’est la rencontre avec les gens, mais aussi la rencontre avec moi-même. J’ai découvert que le poker reflétait pas mal d’aspects de la vie en général. Par rapport aux choix que tu fais, aux configurations que tu peux rencontrer, ou encore par rapport aux gens que tu rencontres… C’est un jeu qui te met face à des choix, parfois difficiles, et du coup, tu dois gérer tes émotions, gérer tes engagements. Tu peux faire preuve d’orgueil ou de résilience. Je trouve que c’est un beau parallèle avec la vie ! J’ai appris pas mal sur moi-même et ça m’a confirmé des choses sur ma personnalité, sur qui j’étais, et c’est ça que je trouve cool.
En ce qui concerne ta deuxième question, je viens surtout pour m’amuser, mais je me suis pris au jeu, je ne te cache pas. Je travaille le jeu, je suis un compétiteur ! Je suis un ancien sportif, le rap aussi, c’est de la compétition, donc je me suis pris au jeu et je nourris des ambitions. Si je suis là, autant essayer d’aller le plus loin possible, voire d’aller au bout.
Marrakech m’a donné encore plus envie, car j’ai terminé 283e du Main Event sur 3 500 joueurs. Du coup, ça m’a vraiment donné envie de m’investir plus. Mais je me suis rendu compte que c’était un vrai sport. Mentalement, il faut être solide pour jouer autant d’heures sans vaciller !
- Aujourd’hui, quelle place occupe réellement le poker dans votre quotidien ? Est-ce que vous prenez le temps de travailler votre jeu, d’étudier la stratégie ou d’échanger avec des joueurs professionnels, ou est-ce que vous préférez conserver une approche plus instinctive ?
– Un peu des deux ! À Marrakech, j’ai pas mal échangé avec Bruno (Kool Shen) pendant les deux journées sur le Main. À chaque pause, j’allais le voir et je lui expliquais comment ça s’était passé, comment je me sentais… Et il m’a donné un super conseil ! J’avais l’impression d’être toujours short, autour des 20 BB, et je lui expliquais que ça m’angoissait un peu, car avec les blindes qui évoluent, je ne me voyais jamais devant et solide par rapport à la structure. Il m’a expliqué qu’un bon joueur de tournoi devait être capable de gérer un stack de 20 BB. Il est un peu rentré dans les détails, et ça m’a pas mal aidé à rentrer dans la zone.
Après, je travaille mon jeu en ligne ou même avec des amis. J’aime jouer avec les gens qui me connaissent, car ça m’oblige à varier mon jeu, à essayer d’être plus imprévisible ! Mais pour l’instant, j’évite de rentrer dans des considérations techniques trop compliquées. Je joue plus l’homme que les probabilités. Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, j’y vais doucement sur la technique.
- Le rap et le poker sont deux univers très différents, mais dans lesquels la confiance en soi, la créativité et la gestion de la pression peuvent jouer un rôle important. Est-ce que vous retrouvez certaines similitudes entre la préparation d’un concert et la compétition autour d’une table de poker ?
– Nan, c’est complètement différent à mon sens. Quand je suis en concert, je suis pressé de jouer ma musique. Dans le poker, au début, j’avais une pression de dingue ! Et c’est d’ailleurs ça qui m’a accroché. Quand je rentrais dans la salle, j’avais l’impression que tout le monde voulait m’abattre, c’était impressionnant ! Les premières fois, j’ai mis une heure à redescendre, mon cœur battait, c’était dingue. Je ne sais pas si c’était du stress, mais en tout cas, j’avais la pression. Aussi, je voulais bien faire, je ne joue pas trop en live, donc il y avait aussi la pression de ne pas faire d’erreur sur les mises, les antes, etc.
En plus, j’ai le badge WIP, donc je suis un peu la personne à abattre, donc deux fois plus de pression. Au final, après, j’ai fait avec les armes que j’avais. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux, même si je ressens encore un peu de pression lors de la première heure à la table.
Ce qui est drôle, c’est que dans le rap, je ne ressens pas la même pression, et pourtant, il y a beaucoup plus d’enjeux, c’est ma vie, c’est ma passion ! Mais le poker… c’est une dinguerie (rire) ! C’est violent, l’élimination est très brutale, et l’échec est instantané. Alors que dans la vie, tu as plus le temps de prendre ton échec en compte et d’avancer.
- Quand vous arrivez à une table de poker, une partie de vos adversaires vous connaissent déjà grâce à votre musique. Est-ce que vous avez l’impression que cette notoriété influence leur manière de jouer contre vous ? Est-ce que certains cherchent davantage à vous bluffer ou, au contraire, à vous éviter ?
– Personnellement, je ne ressens pas ça. J’ai quand même l’impression d’être considéré comme n’importe quel autre joueur, mais je pense que ça doit jouer quand même un minimum, il faudrait demander aux joueurs ! Souvent, ils déclarent qu’ils me connaissent une heure ou deux après avoir commencé la partie. Mais globalement, je me fais discret. Puis il faut dire une chose, je trouve que les gens sont particulièrement bienveillants ! Hier, j’ai fait l’argent sur un tournoi du festival, les gens étaient contents pour moi, c’est vraiment cool.
Mais pour revenir à ce qu’on disait avant, à partir du moment où un joueur me dit qu’il me connaît, ça me met dans un bon mood. Je vais pouvoir parler de ma musique à quelqu’un qui s’y intéresse, par exemple, et ça va me permettre de discuter un peu avec la personne et de dégager des traits de personnalité de mon adversaire ! Je scanne tout et du coup, ça m’aide.
- Après avoir participé à plusieurs festivals Winamax, est-ce que vous envisagez d’aller plus loin dans le poker ? Est-ce que vous aimeriez, par exemple, participer un jour au Main Event des WSOP à Las Vegas, ou est-ce que vous souhaitez avant tout continuer à jouer pour le plaisir ?
Oui, je kifferais ! Je suis déjà allé à Vegas, mais plus pour la roulette (rire). Mais l’été prochain, moi, je suis partant, tant que je suis disponible par rapport aux concerts et aux tournées. Il y a toujours moyen de trouver des spots. Aller là-bas et gagner un tournoi, ce serait dingue !
- Pour terminer, parlons un peu de musique. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets artistiques ? Est-ce que vous préparez de nouveaux morceaux, un album ou une tournée ? Et comment arrivez-vous à concilier votre activité musicale avec votre passion pour le poker ?
– Oui, je prépare de nouveaux projets, je fais plein de choses pour d’autres musiciens. Il y a beaucoup de sons, beaucoup de collaborations à venir… Je me suis fait kiffer ! Je trouve qu’en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui sont très forts. J’arrive à concilier la musique et le poker, mais ce n’est pas facile (rire).
Par exemple, quand je suis arrivé sur le festival, je venais de passer pas mal d’heures en studio, je n’avais pas beaucoup dormi. Donc je suis arrivé, je me suis mis à jouer directement, c’était un peu dur, mais ça va !
Sinon, habituellement, je joue en ligne pour des petites sommes et je travaille mon jeu comme ça. Ça me permet de voir des cartes et de travailler mes stratégies à ma manière.
Merci pour l’interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv
Interviews
Leo Margets, une table finale historique et toujours la même soif de progresser
Published
3 semaines agoon
25 septembre 2026
Quelques mois après son incroyable parcours sur le Main Event des WSOP 2025, Leo Margets est de retour aux tables du Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains ! L’occasion de revenir avec elle sur l’une des plus grandes performances de sa carrière, mais aussi d’évoquer ses ambitions pour les années à venir. Entre ses envies de découvrir les Triton ONE, son rapport au travail et sa vision de l’évolution du poker moderne, la joueuse espagnole nous livre un entretien dans lequel elle affirme une chose : sa table finale des WSOP n’est certainement pas une finalité !
- Leo, un peu plus d’un an après votre 7e place au Main Event des WSOP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette performance ? Est-ce que vous avez maintenant pleinement réalisé ce que vous aviez accompli et l’impact que cette table finale a eu sur votre carrière ?
– Je pense que c’est l’une des expériences les plus intenses de ma vie, et pas seulement au poker, car j’ai pu partager ça avec des amis très proches pendant tout le tournoi, et ça, ça a complètement changé l’aventure. C’est une super expérience de vie, mais à la fois, je ne veux pas avoir l’étiquette de la femme qui a fait la table finale, et je pense qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui peuvent arriver encore. Même si c’est très difficile de faire une performance vraiment bonne, on sait tous que ce n’est pas habituel de faire un résultat comme ça, alors c’est quelque chose de super dont je me souviendrai toute ma vie, mais je dois continuer d’avancer et ne pas m’arrêter sur cette table finale du Main Event. Je suis quelqu’un qui peut réussir à faire beaucoup plus de choses dans le poker. Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait quelque chose d’énorme, c’est comme si c’était fini, mais non ! En somme, je n’en fais pas une finalité.
- Au-delà du résultat et des émotions, est-ce que ce parcours vous a permis de découvrir quelque chose sur votre propre jeu ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux que vous avez décidé de travailler différemment depuis cette expérience ?
– Je suis super fière globalement. Faire des erreurs fait partie du jeu, mais j’aurais été OK d’en faire encore plus, c’est le poker ! On ne doit pas avoir peur de faire des erreurs, mais je pense que j’ai pu briller en me donnant à 100 % dans un moment où j’ai eu le plus de pression de ma vie, et je ne peux qu’être heureuse. Bien sûr, on peut toujours s’améliorer, mais je suis super contente. J’étais tellement dans le flow que ça a été incroyable. J’étais très connectée aux émotions des autres, au jeu… J’ai fait quelques erreurs, mais je ne vais pas me punir, tu sais. Sur 10 jours, on fait forcément des erreurs avec la fatigue. Je vais continuer à travailler mon jeu, et ce résultat m’a permis de me donner un gros boost de motivation !
- Ici, vous allez rencontrer de nombreux joueurs amateurs, bien loin des fields que vous avez l’habitude d’affronter sur le circuit international. Comment adaptez-vous votre jeu à ces profils ? Est-ce qu’un field moins expérimenté peut parfois vous poser des problèmes stratégiques inattendus ?
– Oui ! La clé au poker, c’est de s’adapter, et si tu veux performer, tu dois faire en fonction des joueurs en face. C’est bien d’avoir deux ou trois récréatifs à table, mais parfois, quand tu t’assois et qu’il y a une table entière de joueurs récréatifs, c’est plus difficile, car tu vas jouer beaucoup de pots multiway, et c’est parfois compliqué de comprendre les ranges qu’ils jouent. Mais c’est sympa quand même ! L’ambiance à la table est vraiment bonne, on rigole, ce sont toujours de bons moments. Parfois, dans certains endroits du monde, les joueurs ne parlent pas, ils ont des casques… Ça n’est pas toujours aussi sympathique que sur un festival comme le WPO !
- Vous avez remporté un bracelet WSOP et atteint la table finale du Main Event. Après de telles performances, comment parvient-on à se fixer de nouveaux objectifs ? Est-ce que vos ambitions ont évolué, notamment concernant les tournois et les circuits auxquels vous souhaitez participer ?
– En fait, je n’ai jamais eu d’ambitions qui se basent sur les résultats. J’essaye toujours de m’améliorer, et ensuite je transforme ça en résultats qui sont les conséquences de mes efforts. J’ai encore très envie de devenir une meilleure joueuse, et ce n’est pas que je vais sauter dans les super high stakes, mais peut-être que je vais m’essayer aux Triton One et jouer un peu plus cher que mon average buy-in actuel. Je suis consciente de mon edge sur tel ou tel field, je pense que je peux être gagnante sur les tournois de Triton One, mais j’ai toujours voulu jouer mon action à 100 %, donc je vais y aller progressivement. C’est pour ça aussi que je veux progresser en tant que joueuse. Mon average buy-in est peut-être de 3 000 à 4 000 €, tandis que sur Triton One, je jouerais en moyenne pour 5 000 ou 6 000 €. Peut-être que je pourrais jouer un 25 000 € qui serait super beau, mais je n’ai pas trop envie de jouer des super high rollers de manière régulière. De plus, j’aime la complexité du jeu, j’aime étudier, mais je sais que pour l’instant, je ne suis pas au niveau des joueurs qui jouent les super high rollers. Alors je n’aime pas trop me battre sur un field où je sais que je n’ai pas d’edge, ou très peu. Je suis consciente que je ne fais pas assez d’heures de travail comme le font ces joueurs qui performent sur les super high rollers. Je veux sentir que je suis au top contre les gens que j’affronte, et c’est pour ça que je veux bien choisir les tournois que je joue.
- Le niveau du poker professionnel ne cesse de progresser, et les outils de travail sont devenus de plus en plus performants. Comment organisez-vous aujourd’hui votre travail personnel en dehors des tables ? Est-ce que vos méthodes d’apprentissage ont évolué ces dernières années, notamment depuis votre table finale aux WSOP ?
– Entre nous, je préférais presque le poker avant. C’était plus un poker d’instinct. Maintenant, le poker est devenu un jeu où il faut plus travailler les solvers que les autres pour s’en sortir face aux joueurs de haut niveau. Bien sûr, il faut connaître la théorie pour pouvoir jouer de manière optimale, mais ensuite, il faut savoir s’adapter et dévier de cette théorie pour pouvoir exploiter ses adversaires au mieux. Avant, il n’y avait pas de logiciel pour savoir ce qui était optimal ou non. Tout dépendait de l’expérience et de la façon de travailler de chaque joueur. Maintenant, c’est beaucoup de travail, il faut étudier les lines qui vont te permettre de te rapporter le plus d’EV possible. Après, même quand tu les connais, il faut parfois savoir ne plus en tenir compte en fonction de qui tu es en train de jouer, et t’adapter. Ces lines que tu apprends avec les logiciels, au final, te permettent de gagner de manière optimale face à quelqu’un qui jouerait 100 % GTO, or, autour des tables, on ne joue pas face à des robots, mais contre des humains qui ont des émotions et qui ne répondront pas de la même façon que le solver !
- Ici, au WPO, vous allez notamment affronter de nombreux joueurs amateurs aux profils très différents. Est-ce que vous abordez ce type de tournoi avec la même exigence et le même esprit de compétition qu’un Main Event des WSOP ? Ou est-ce que vous vous permettez de jouer un poker plus instinctif, en accordant davantage de place au plaisir ?
– Vraiment, j’essaye de prendre chaque tournoi avec la même attitude. Quand je suis à la table, j’oublie le buy-in, j’essaye de prendre les meilleures décisions quoi qu’il arrive ! Mais c’est vrai que tu n’as pas forcément les mêmes sensations que sur un tournoi comme le Main Event, et c’est normal. C’est beau que certains tournois nous fassent ressentir quelque chose de spécial. En tout cas, globalement, ça n’est pas possible pour moi de m’asseoir et de me dire que je n’essayerai pas de jouer mon A-game. Parfois, je ne peux pas forcément le développer, mais je veux toujours avoir l’esprit de compétition dans tous les cas.
- Vous évoluez au plus haut niveau depuis de nombreuses années. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Est-ce que vous souhaitez continuer à vous consacrer pleinement à la compétition ou est-ce que vous envisagez de développer d’autres projets autour du poker ?
– Je ne sais pas ! On aime parfois sentir qu’on a un chemin tout tracé pour enlever de l’incertitude, mais je pense que je vais jouer toute ma vie, oui, sauf si je sens qu’à un moment, je n’ai plus faim d’amélioration quant à mon niveau. Après, je suis ouverte à des projets. Mais tu sais, j’ai fait un grand bond de niveau depuis 5 ans, car avant, j’étais toujours en train de penser à un plan B hors poker. Je mettais du temps dans le poker, je travaillais le jeu, mais je faisais quand même des formations dans tel ou tel domaine pour avoir comme un filet de sécurité si jamais le poker n’allait pas bien ! Et ça, ça n’est pas bon pour devenir meilleure. Globalement, je pense que tu dois pouvoir être « all-in » dans ce que tu fais si tu veux progresser et arriver au meilleur niveau. Sinon, tu divises ton attention, tu es moins focus, ça n’est pas bon. Je me suis rendu compte que ce que je faisais à côté du poker, c’était comme pour me trouver une excuse pour ne pas m’investir à 100 %. Maintenant, j’ai changé ça, je suis coachée, je fais faire des simulations pour travailler, je partage beaucoup avec des joueurs de poker dans des groupes… Je veux pouvoir arriver à mon meilleur niveau !
Crédit photo : Edu Agreda
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