Interviews
[WPT World Championship — 13 décembre] Erik Seidel, deux balles dans le barillet
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3 ans agoon
A part le Main Event des WSOP —et pour combien de temps encore?—, quel tournoi se joue encore sans re-entry ? Pour le point d’orgue du WPT World Championship au Wynn, le format à 10 000$ et re-entry possible sur 4 jours permet une double articulation : offrir plusieurs chances aux joueurs aux poches bien garnies (ou au multi-qualifiés par des satellites à 1000$ qui se multiplient sur la propriété), mais aussi disposer d’une garantie gigantesque (40 000 000$, soit la plus grande garantie jamais créée pour un tournoi de cette envergure) et ne pas pour autant sacrifier la structure du tournoi.
Ce matin, alors que le Day 1B débute à peijne, la ferveur qui agite la salle en plein réveil semble plus tangible que la journée précédente : déjà plus de 330 inscrits, dont quelques visages croisés hier. Avec les Day 1 qui se suivent, on devrait assister à de plus en plus d’entrées, les pro n’hésitant pas à maximiser les risques pour aborder le Day 2 riches en munition, quitte à re-entry le jour suivant. Erik Seidel fait partie de ce deuxième wagon, lui qui revient auréolé de sa récente victoire aux WSOP Paradise, lors d’un high-roller à 50 000$. L’homme est infatigable, GOAT parmi les GOAT, discret héros de plusieurs générations de joueurs de poker, à tous les niveaux, dans toutes les villes, et à toutes les tables. Difficile, voire impossible, de trouver une voix critique et encore moins contemptrice de ce grand shark au coeur sur la main et à l’intelligence qui transpire de chacun de ses moves. Nous l’avions rencontré il y a tout juste un an, lors du précédent WPT World Championship, et profitons de cette apparition dans la sublime salle Chopin du Encore Convention Center pour en republier de larges extraits.
Vous êtes l’un des plus discrets des joueurs présents au Poker Hall Of Fame, depuis des années ? Est-ce que la fame, la gloire et la reconnaissance, est importante pour vous ?
Plus jeune, peut-être oui, c’était un objectif auquel je pensais parfois. Même adolescent, on peut dire qu’on a souvent des rêves de reconnaissance, qui sont d’ailleurs bien légitimes. Mais quand on devient un tant soit peu adulte, je crois que ce n’est plus du tout une motivation, ça reste assez futile avec le temps.
Vous pensez que certains membres du Top 10 de la All Time Money List peuvent être perdants au poker ?
Non, quand même… je ne crois pas. Tous ceux du Top 10 ont beaucoup gagné au final. Mais les chiffres réels sont vraiment à prendre avec des pincettes en retirant les tarifs d’entrée dans tous ces nouveaux tournois high-rollers. Si vous payez plusieurs reentry dans des 250 000$ ou des 100 000$, c’est certains que cela fait relativiser. Mais je respecte énormément le travail proposé depuis des années par HendonMob, et j’observe souvent les progrès de mes contemporains.
Avant de vous consacrer au poker, vous étiez joueur professionnel de backgammon… Pouvez-vous nous décrire cette période de votre vie ?
C’était un mode de vie très proche de celui du joueur de poker, sauf qu’il y avait moins d’argent en jeu… Je jouais des tournois dans le monde entier, et ça a été pour moi, dès le départ, l’opportunité unique de voyager ainsi partout. Quand on est jeune comme je l’étais, c’était juste incroyable de pouvoir aller en Europe, ou même d’aller dans des villes américaines dans lesquelles je ne serais jamais allé autrement. C’était vraiment super à vivre, une sorte de circuit du poker, mais en plus intimiste : c’était toujours les mêmes joueurs, dans des villes qui changeaient chaque semaine, et l’esprit de compétition était le même. La seule différence c’était que le budget voyage était beaucoup plus resserré ! (rires) On n’avait juste pas d’argent… Il y a peu à gagner dans le backgammon. On a eu nous aussi une sorte d’âge d’or et de boom à cette époque, mais cela n’avait rien à voir avec le poker : on partageait notre chambre entre joueurs pour diviser les frais, et on faisait attention à toutes nos dépenses.
C’est pour cette raison que tous les joueurs de backgammon se sont mis au poker ensuite ?
Oui, bien évidemment… Souvent, je me dis que je vais me remettre au backgammon, parce que j’adore ce jeu, et j’aimerais comprendre jusqu’où on pourrait le faire évoluer de nos jours, avec tous ces nouveaux outils d’analyse. Mais pour être honnête, c’est plus un défi intellectuel qu’autre chose.
Vous faisiez également partie du Mayfair Club, à New York. Quelle atmosphère y règnait-il ?
Le Mayfair était un endroit génial. Quand j’ai commencé à fréquenter ce club, mi clandestin, mi légal, il était situé sur la 57ème, à New York, entre Lexington et la 3ème Avenue. C’était un club de bridge, surtout. Mais c’était très agréable d’y aller tous les jours, on s’amusait beaucoup, il y avait de sacrées personnalités… Là-bas, j’ai vu pas mal de joueurs de backgammon, comme moi, qui ont commencé à opérer leur transition vers le poker, et je les croise encore aujourd’hui, ce qui fait très plaisir. Pour moi, c’était fabuleux, car j’étais encore un gamin, et c’était le paradis pour gagner de l’argent et me confronter à tous types d’adversaires.
A l’époque, il y avait beaucoup de triche ?
Au Mayfair, sur les tables de backgammon, non, je n’en ai jamais été témoin. On a essayé de m’arnaquer une fois à Las Vegas à l’époque, au moins une fois… Au poker, il y avait un type au Mayfair qu’on suspectait de tricher à répétition, et aussi certains de passage, mais ils étaient vite expulsés. Ce n’était pas un gros souci en tout cas.
A quelles caves jouiez-vous à l’époque ?
Au poker, c’était assez raisonnable, on jouait en 25/50$, mais en vrai on s’accordait pour jouer à la moitié, en 12, 5/25$. A l’époque, j’ai eu un super run juste avant d’aller aux World Series : en deux semaines, j’avais gagné près de 80 000$, mais c’était une somme vraiment exceptionnelle pour ce genre de tables, on avait des swings de quelques milliers de dollars par jour normalement.
Il n’y avait que des sharks à table ou il y avait aussi des joueurs plus faibles ?
Lors de ma première année au Mayfair, aucun joueur professionnel de poker n’avait le droit de s’asseoir à table. Il y avait énormément de joueurs comme qui ne savaient pas vraiment comment jouer, mais qui se faisaient leurs dents sur ces tables, et c’était génial, car ça nous permettait de progresser in vivo. Au bout d’une année, ils ont laissé entrer les premiers pros, comme Dan Harrington ou Howard Lederer. Il devait y avoir aussi Steve Zolotowski depuis le début ceci dit, car c’était un joueur historique du Mayfair. Il était bien meilleur que nous tous. Puis Dan Harrington a commencé à faire le voyage depuis Philadelphie, et il était bien au-dessus du lot, comme Lederer. Les deux avaient dû faire la table finale du Main Event des WSOP l’année précédente, d’ailleurs. C’était vraiment un sacré truc de les avoir à notre table, parce qu’ils savaient vraiment bien jouer, et ça nous permettait d’apprendre plein de choses.
Ces premières années au Mayfair ont donc beaucoup compté pour vous ?
Oui, ce qui était super au Mayfair, c’est qu’au bout d’une année environ, on s’est mis à jouer avec de vrais champions, mais qu’il restait aussi pas mal d’amateurs. J’ai pu continuer à apprendre et perfectionner mon jeu sans perdre de l’argent pour autant. Je n’avais pas beaucoup d’économies, et je devais faire très attention avec ma bankroll, tout en tentant de comprendre ce que faisaient les champions et m’inspirer d’eux.
Cela fait plus de trois décennies que vous êtes professionnel de poker… que pensez-vous de ce jeu aujourd’hui ? Vous avez encore envie de jouer ? Pensez-vous à arrêter un jour ?
Non, pas du tout : j’espère bien pouvoir jouer bien plus longtemps encore. J’adore toujours autant ce jeu, et je crois même encore plus qu’à mes débuts. Le poker reste fascinant pour moi, et je trouve cela très excitant d’aller affronter les meilleurs joueurs au monde, et essayer de comprendre ce qu’ils font et d’ajuster ma stratégie à chacun d’eux. J’ai beaucoup de chance d’être encore là aujourd’hui, et j’espère pour encore pas mal d’années. J’arrive encore à gagner de l’argent, autrement ça ne serait pas aussi drôle ! (rires) Je voudrais donc continuer encore. Quand je vois Doyle Brunson, à plus de 80 ans, qui continue, cela m’inspire énormément. Ce jeu fait fonctionner le cerveau, et j’ai peur d’arrêter car j’ai peur de vieillir tout à coup autrement. Certaines études ont montré que les joueurs de poker ont moins tendance à développer des maladies mentales, comme la démence sénile, par exemple…
A vos débuts, quels étaient les grands noms qui régnaient sur le poker ? Que vous ont-ils appris ?
Tout le monde admirait les joueurs new-yorkais, mais la liste est longue car il y avait énormément de très bons joueurs au Mayfair, par exemple. Et puis à Las Vegas, bien sûr, je connaissais Chip Reese de nom, ou Doyle Brunson, Stu Ungar, Puggy Pearson… Stuey, Puggy et Chip jouaient au backgammon, et je les avais croisés quelques fois sur ce circuit. Doyle, je ne le connaissais que de nom, et je me souviens avoir découpé parfois des articles dans le Daily News qui parlaient de tous ces types là. C’était des vraies stars à l’époque, mais ils vivaient dans une autre galaxie. Chip, Stuey et Puggy étaient très sympa avec moi au backgammon, mais je ne pensais jamais qu’un jour je les affronterais au poker. Je n’avais pas encore la confiance pour jouer contre l’élite du poker. J’aimais juste jouer, et j’espérais qu’un jour, je pourrais gagner ma vie ainsi. Je n’avais ni le but ni la vision de devenir riche avec le poker. A l’époque, j’avais un ami qui jouait en midstakes et s’en sortait bien, et pour moi, c’était hors d’atteinte.
A partir de quand avez-vous compris que vous aviez le niveau ?
Il a fallu plusieurs étapes pour que je me sente enfin assez confiant : je gagnais déjà pas mal à New York, et je savais qu’à l’époque j’affrontais déjà de très bons joueurs, ce qui me donnait confiance en mon jeu. Plusieurs joueurs de notre partie m’ont poussé à aller aux World Series pour tenter ma chance. Avant d’arriver à Las Vegas, je n’y croyais pas trop, mais une fois que je me suis engagé dans les WSOP, c’est venu tout seul. J’ai ce souvenir du Day 2 où j’ai réussi à passer certains bluffs que j’avais bien construits et je me disais, c’est fou, je joue avec des gros noms du poker, et je trouve des spots où je peux exploiter leur jeu. C’était vraiment très excitant. Même après avoir fini deuxième du Main Event, je ne me prenais toujours pas pour un joueur d’élite ; je pensais juste que mon jeu était correct et que ça m’excitait beaucoup d’améliorer mon niveau à ce jeu.
Est-ce que l’argent a toujours été un but pour vous ou juste un moyen pour disputer de plus belles parties ?
L’argent a toujours été un facteur, en effet, car j’ai débuté ma carrière sans aucune bankroll, et il fallait vraiment que je monte de l’argent. Et puis j’ai deux enfants, donc en réalité, il fallait bien que je gagne assez pour les éduquer et les nourrir. Cela ne fait qu’une décennie, à peu près, que l’argent n’est plus devenu un facteur important pour moi. Au début de ma carrière, et même par la suite, c’était vraiment ma première motivation, et encore aujourd’hui cela peut me motiver. Bien sûr, il faut survivre et c’est toujours agréable de faire du profit, d’avoir un toit et une maison pour toute sa famille, de ne jamais avoir peur de manquer, mais ce n’est plus une question existentielle comme au début de ma carrière, à moins que je me mette subitement à perdre énormément sans m’arrêter… Dans ce cas, je préfèrerais arrêter.
Quel regard portez-vous sur le poker actuel ? En terme d’offre et de niveau de jeu ? Avez-vous remarqué des changements importants chez la jeune génération ?
Bien sûr, il y a eu des changements radicaux depuis toutes ces années, et surtout récemment. Les joueurs commencent à comprendre les mathématiques du jeu pré-flop, par exemple, et ils savent comment miser après le flop. Je me sens un tout petit peu largué par rapport à ces jeunes joueurs, en terme technique. Avec l’élite de l’époque, quand vous jouez contre des types comme Jason Koon, ou Isaac Haxton ou Chidwick, c’est clair qu’ils ont énormément travaillé et qu’ils comprennent le jeu d’une manière vraiment très novatrice. Et tant mieux, car c’est bien d’avoir trouvé de nouvelles solutions à de vieux problèmes. J’ai l’impression de mieux comprendre comment on doit jouer au poker. D’un autre côté, je me dis aussi que j’ai encore beaucoup de boulot si je veux rester compétitif avec l’élite…
Et vous avez envie de vous coltiner justement tout ce travail ?
Oui, j’adore ça, mais j’ai peur parfois de ne pas être aussi motivé que la jeune génération, parce qu’ils ont beaucoup plus de temps devant eux, et que je veux pour ma part garder une vie agréable et équilibrée. J’aime beaucoup mes loisirs, passer du temps en famille, aller à des concerts ou voir des pièces de théâtre. J’adore lire, aussi, donc je ne serai jamais autant immergé dans la stratégie poker que ces jeunes joueurs. Je suis très motivé pour bosser autant que je peux, car cela signifie que je ne suis pas totalement largué, et que je peux jouer à des hautes limites.
Vous utilisez les solvers ?
Jason Koon m’expliqué tout ça, c’était très intéressant, il m’a montré énormément de choses, mais je crois que je ne comprends pas aussi bien ces outils que les jeunes joueurs (rires). J’essaie, j’essaie mais… ça ne vient pas !
Vous avez recommencé à voyager pour jouer ?
Oui, c’est récent, mais je viens en Europe en début 2023 en effet pour l’EPT Paris. J’adore cette ville, et cela faisait 8 ans que je n’étais pas allé en France pour le poker. C’est mon ami Bruno Fitoussi qui m’a fait découvrir cette ville et ses grands restaurants, et Bruno a fait énormément pour le poker en France et en Europe, on ne s’en rend pas compte mais sans lui beaucoup d’Américains ne seraient jamais venus ou revenus… Il a énormément contribué au poker.
Comment vous préparez-vous pour de si longues journées de tournoi ?
C’est vrai que j’ai commencé mon Day 1 au tout début, contrairement à d’autres joueurs comme Dan Cates ou Phil Ivey. C’est vrai que jouer douze heures d’affilées, ça peut être épuisant, mais c’est aussi un avantage car on affronte beaucoup d’amateurs au début, et on peut monter des jetons plus facilement. Je marche tous les jours une dizaine de kilomètres pour être en forme, et je mange sainement avant le tournoi. Et puis il y a le sommeil, qui est le plus important. Avec trois Day 1 comme dans le WPT Championship, si vous êtes qualifié lors du Day 1A, c’est parfait car vous avez deux jours de repos avant le Day 2.
Comment jugez-vous l’évolution de l’offre des WSOP ces dernières années ?
J’ai bien peur que la marque WSOP ait été un peu égratignée et qu’elle soit moins forte qu’avant, notamment avec la multiplication des tournois offrant un bracelet. Les joueurs de poker sont souvent jaugés au nombre de bracelets WSOP qu’ils ont gagné, et si vous commencez à donner des centaines de bracelets par an, notamment pour des petits tournois en ligne, cela devient moins rare, et donc moins attractif. J’adore jouer aux World Series, mais il faut arrêter de gâcher comme ça tous ces bracelets. Cela n’a plus la même valeur que lorsqu’il y en avait 30 ou 50… Cette année, j’ai joué contre un type qui avait 4 bracelets mais qui était inconnu auprès de tout le monde… A la fin cela devient une question de chiffre, où le talent n’est plus indispensable, où il suffit de tout jouer pour statistiquement décrocher des bracelets. Au final, on va commencer à jauger les joueurs sous d’autres critères, en oubliant les bracelets WSOP. Bien sûr, c’est super pour un joueur local de se pointer chez ses amis avec un bracelet WSOP, mais je pense quand même que cela gâche la valeur des choses. On m’a dit cependant qu’avec le passage au Ballys/Paris, pour 2023, ils allaient modifier les structures en mieux. J’en ai assez des journées de 12 heures, de jouer jusque 2 ou 3 heures du matin. Il vaudrait mieux une structure un peu plus rapide, et je trouve cela très bien que les directeurs des WSOP écoutent ainsi les joueurs.
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Interviews
Du high stakes au WPO, Benjamin Chalot ouvre un nouveau chapitre avec ATM et Winamax
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1 jour agoon
1 octobre 2026
Présent à Aix-les-Bains pour son premier WPO, Benjamin Chalot revient sur le rapprochement entre ATM et Winamax, son regard sur le niveau du field, les adaptations nécessaires face aux joueurs amateurs et ses projets pour les mois à venir. Entre développement de la chaîne YouTube, coaching, voyages et envie de lever un peu le pied sur les Triton, le joueur français se livre sur une période de transition dans sa carrière.
- Benjamin, cela fait maintenant quelques mois qu’ATM collabore avec Winamax, notamment à travers vos contenus vidéo. Comment ce rapprochement s’est-il concrétisé, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?
C’est une continuité logique et naturelle, on va dire. Cela fait environ 2 ans et demi que la chaîne a été créée, et elle a grossi vite. Il y avait déjà eu des discussions en interne, mais on n’était pas assez gros. L’année dernière, ça s’est fait assez naturellement. On a aussi été approchés par d’autres rooms, mais on a refusé ! Nous, ce qui nous intéressait, c’était de travailler avec le numéro un français.
Winamax, ce sont les meilleurs en termes d’innovation ! Là, c’est mon premier WPO et, franchement, je kiffe. Pour te dire, j’ai un vol dans 30 minutes, mais je zappe et je vais aller jouer le High Roller. Je vais aussi aller commenter le stream avec Flavien juste après !
- Est-ce qu’on peut s’attendre à voir ATM davantage sur les événements Winamax, ou même imaginer de nouveaux projets communs qui dépasseraient le cadre de vos vidéos ?
Oui, à 100 % ! Surtout après cette expérience du WPO. Ici, le cadre est vraiment stylé. Pour Clément Richez, ça va être compliqué, car il vit au Mexique, mais moi, de mon côté, pour l’Europe, je suis complètement partant.
Pour l’instant, on va se focus sur YouTube et promouvoir Winamax via notre chaîne, afin que Winamax puisse également promouvoir ATM, et on verra par la suite. Après, en termes de concepts de vidéos, on en a déjà trois différents qui sont dans les tuyaux ! Axel, le directeur de notre communication, a déjà terminé la première vidéo, et il y en a deux autres qui vont suivre et qui seront très différentes de « Zero Bluff ». Voilà, il y a déjà des innovations comme ça. Donc maintenant, à voir comment ça performe sur YouTube et si les gens aiment !
- Quand vous passez d’une table composée de professionnels de classe mondiale à un field comme celui du WPO, avec de nombreux amateurs, est-ce que vous devez finalement réapprendre à jouer certains spots ? Est-ce que vous avez parfois tendance à trop réfléchir face à des adversaires qui abordent le jeu de manière beaucoup plus instinctive ?
Bien sûr, j’ai pu voir quelques profils un peu atypiques à mes tables, comme on en voit un peu moins souvent aux Triton. Mais franchement, ma première table durant le Main de ce WPO, c’était incroyable ! Ça jouait très bien, j’avais l’impression de jouer un 200 € online ! D’habitude, il y a un rapport de 50, donc là, je suis censé jouer comme sur un 10 €, mais honnêtement ici, ça jouait super bien.
J’ai vu plein de moves techniques intéressants, de bons sizings… Il y avait bien évidemment de petites erreurs que je pouvais exploiter, mais globalement, ça jouait extrêmement bien ! À part quelques joueurs qui ne connaissaient pas les ranges préflop (rires), la plupart des joueurs que j’ai croisés à mes tables étaient bons.
Au Day 2, par contre, c’était plus facile ! J’ai vu plus d’erreurs, j’ai pu grind 20 blindes très rapidement, alors que normalement, on est bien soumis à la distribution des cartes. Mais les deux Days 1, franchement, c’était dur ! On m’a dit que c’était polarisé, qu’il y avait les meilleurs regs online qui venaient ici pour l’ambiance et pour profiter, donc j’ai sûrement dû déchatter les tables (rires).
- On imagine qu’il y a beaucoup de joueurs présents ici qui regardent vos vidéos et celles d’ATM. Si vous deviez leur donner un seul conseil pour améliorer leurs résultats sur un festival comme le WPO, quel serait-il ?
Grosso modo, je trouve que ça fold quand même encore beaucoup ! Donc on peut encore être assez agressif. On m’avait dit de ne pas bluffer sur ce genre d’événements, que j’allais me faire bluff catch très souvent, mais au final, il y a encore de la place pour l’agressivité. Donc, sans hésitation : jouez agressif, et ce, dès le préflop !
- Quand vous jouez un tournoi à 500 € face à des amateurs, est-ce que vous considérez que vous disposez d’un avantage technique suffisant pour compenser la variance d’un field aussi important ?
La réponse est non ! Évidemment que je vais faire mieux que le joueur moyen, mais comme je te disais, mes deux premières tables étaient très difficiles. Si j’ai des confrontations qui ne sont pas à mon avantage, où je dois partir à tapis avec top paire/mauvais kicker dans un spot contre un mec qui est bon et agressif, eh bien, je vais le faire, car ça joue bien ! L’idée n’est pas de se dire : « Le field est tellement nul, donc je peux me permettre de trouver des folds aussi facilement. »
Aussi, je respecte le jeu, je ne viens pas pour jeter mon stack ! Il y a beaucoup de gens qui viennent me faire des compliments, beaucoup de joueurs amateurs sont contents de venir jouer des spots contre moi, donc je trouverais ça irrespectueux de ne pas donner le meilleur de moi-même. Et si quelqu’un me roule dessus, eh bien, c’est le jeu, et c’est un bon souvenir pour eux !
- Avec les outils dont disposent aujourd’hui les professionnels, on a parfois l’impression que tout le monde travaille les mêmes spots et utilise les mêmes solutions. À très haut niveau, comment est-ce qu’on peut encore construire un avantage technique sur ses adversaires ?
Tu sais, quand on arrive à très très haut niveau, le field est compris entre 30 et 50 joueurs. Si t’es professionnel, tu peux les étudier et les connaître par cœur, ou quasiment. Il y en a peu qui le font, mais c’est possible. Donc, c’est toujours important de connaître la théorie, mais c’est encore plus important de savoir exploiter. Si tu sais comment joue un joueur en début ou en fin de tournoi, quelles faiblesses il a, quelles forces… tu peux jouer précisément contre l’adversaire !
Aussi, il y a certaines facettes du jeu qui ne sont pas encore très exploitées par les joueurs. Je te donne un exemple : les tournois KO, PKO, ou les Space KO. Il y a beaucoup de situations différentes, et c’est très dur ! Si tu travailles certains aspects de ces formats, tu vas créer un edge, car peu de joueurs les travaillent vraiment.
- Pour finir, quels sont vos objectifs pour 2027 ?
Je suis un peu dans l’indécision à cause d’événements personnels. Donc maintenant, surtout, l’objectif va être de faire grossir la chaîne YouTube ! Je pense que je vais jouer moins de Triton pendant environ un an, même si avant, mon objectif était d’en gagner un. Maintenant, c’est un peu passé au second plan parce que j’ai envie de réfléchir à ce que je veux. J’ai envie d’acheter un appartement dans ma ville de cœur, qui est Budapest, donc je pense à tout ça…
Je continue à jouer, mais par périodes ! Pendant les Winamax Series, je peux jouer à fond pendant deux ou trois semaines, puis ralentir, coacher les gars de la Team, voyager un peu…Par exemple, je ne pense pas que j’irai au Triton à Chypre en novembre.
Merci pour ton interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv / Caroline Darcourt
Interviews
Entre rap et poker, S.Pri Noir cultive son esprit de compétition
Published
7 jours agoon
26 septembre 2026
De la scène aux tables de poker, S.Pri Noir s’est découvert une nouvelle passion ! Présent au Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains, le rappeur français nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur ses premiers pas dans le poker, son apprentissage du jeu et ses ambitions grandissantes. Entre conseils de Kool Shen, pression des tournois et rêves de WSOP à Las Vegas, l’artiste se confie sur un univers qui le passionne de plus en plus !
- On vous connaît avant tout pour votre carrière musicale, mais on vous retrouve désormais régulièrement sur les festivals Winamax. Comment avez-vous découvert le poker et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans les tournois live ?
J’ai découvert le poker dans mon quartier, on se retrouvait dans la rue pour jouer. On aimait se rassembler pour jouer au poker, pour tuer le temps et aussi faire un peu d’argent (rire). Et donc, c’est comme ça que j’ai découvert le jeu. Au début, je ne jouais pas du tout en ligne. J’ai commencé bien après à faire quelques parties, mais c’était vraiment rare !
Par la suite, j’ai été invité par Fred de Skyrock à un tournoi Winamax, et à ce moment-là, c’était la première fois que je jouais un vrai tournoi dans de vraies conditions live. J’ai vraiment kiffé !
Ensuite, l’équipe de Winamax m’a dit qu’ils organisaient des tournois un peu partout en France et en Europe, et ma première invitation, c’était à Bratislava ! J’ai découvert un univers que j’ai adoré. En termes de sensations, c’était incroyable.
- Vous avez déjà participé à plusieurs événements Winamax. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces festivals et comment abordez-vous cette nouvelle édition du WPO ? Vous venez avant tout pour l’ambiance ou avec de véritables ambitions de performances ?
– Ce qui me plaît, c’est la rencontre avec les gens, mais aussi la rencontre avec moi-même. J’ai découvert que le poker reflétait pas mal d’aspects de la vie en général. Par rapport aux choix que tu fais, aux configurations que tu peux rencontrer, ou encore par rapport aux gens que tu rencontres… C’est un jeu qui te met face à des choix, parfois difficiles, et du coup, tu dois gérer tes émotions, gérer tes engagements. Tu peux faire preuve d’orgueil ou de résilience. Je trouve que c’est un beau parallèle avec la vie ! J’ai appris pas mal sur moi-même et ça m’a confirmé des choses sur ma personnalité, sur qui j’étais, et c’est ça que je trouve cool.
En ce qui concerne ta deuxième question, je viens surtout pour m’amuser, mais je me suis pris au jeu, je ne te cache pas. Je travaille le jeu, je suis un compétiteur ! Je suis un ancien sportif, le rap aussi, c’est de la compétition, donc je me suis pris au jeu et je nourris des ambitions. Si je suis là, autant essayer d’aller le plus loin possible, voire d’aller au bout.
Marrakech m’a donné encore plus envie, car j’ai terminé 283e du Main Event sur 3 500 joueurs. Du coup, ça m’a vraiment donné envie de m’investir plus. Mais je me suis rendu compte que c’était un vrai sport. Mentalement, il faut être solide pour jouer autant d’heures sans vaciller !
- Aujourd’hui, quelle place occupe réellement le poker dans votre quotidien ? Est-ce que vous prenez le temps de travailler votre jeu, d’étudier la stratégie ou d’échanger avec des joueurs professionnels, ou est-ce que vous préférez conserver une approche plus instinctive ?
– Un peu des deux ! À Marrakech, j’ai pas mal échangé avec Bruno (Kool Shen) pendant les deux journées sur le Main. À chaque pause, j’allais le voir et je lui expliquais comment ça s’était passé, comment je me sentais… Et il m’a donné un super conseil ! J’avais l’impression d’être toujours short, autour des 20 BB, et je lui expliquais que ça m’angoissait un peu, car avec les blindes qui évoluent, je ne me voyais jamais devant et solide par rapport à la structure. Il m’a expliqué qu’un bon joueur de tournoi devait être capable de gérer un stack de 20 BB. Il est un peu rentré dans les détails, et ça m’a pas mal aidé à rentrer dans la zone.
Après, je travaille mon jeu en ligne ou même avec des amis. J’aime jouer avec les gens qui me connaissent, car ça m’oblige à varier mon jeu, à essayer d’être plus imprévisible ! Mais pour l’instant, j’évite de rentrer dans des considérations techniques trop compliquées. Je joue plus l’homme que les probabilités. Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, j’y vais doucement sur la technique.
- Le rap et le poker sont deux univers très différents, mais dans lesquels la confiance en soi, la créativité et la gestion de la pression peuvent jouer un rôle important. Est-ce que vous retrouvez certaines similitudes entre la préparation d’un concert et la compétition autour d’une table de poker ?
– Nan, c’est complètement différent à mon sens. Quand je suis en concert, je suis pressé de jouer ma musique. Dans le poker, au début, j’avais une pression de dingue ! Et c’est d’ailleurs ça qui m’a accroché. Quand je rentrais dans la salle, j’avais l’impression que tout le monde voulait m’abattre, c’était impressionnant ! Les premières fois, j’ai mis une heure à redescendre, mon cœur battait, c’était dingue. Je ne sais pas si c’était du stress, mais en tout cas, j’avais la pression. Aussi, je voulais bien faire, je ne joue pas trop en live, donc il y avait aussi la pression de ne pas faire d’erreur sur les mises, les antes, etc.
En plus, j’ai le badge WIP, donc je suis un peu la personne à abattre, donc deux fois plus de pression. Au final, après, j’ai fait avec les armes que j’avais. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux, même si je ressens encore un peu de pression lors de la première heure à la table.
Ce qui est drôle, c’est que dans le rap, je ne ressens pas la même pression, et pourtant, il y a beaucoup plus d’enjeux, c’est ma vie, c’est ma passion ! Mais le poker… c’est une dinguerie (rire) ! C’est violent, l’élimination est très brutale, et l’échec est instantané. Alors que dans la vie, tu as plus le temps de prendre ton échec en compte et d’avancer.
- Quand vous arrivez à une table de poker, une partie de vos adversaires vous connaissent déjà grâce à votre musique. Est-ce que vous avez l’impression que cette notoriété influence leur manière de jouer contre vous ? Est-ce que certains cherchent davantage à vous bluffer ou, au contraire, à vous éviter ?
– Personnellement, je ne ressens pas ça. J’ai quand même l’impression d’être considéré comme n’importe quel autre joueur, mais je pense que ça doit jouer quand même un minimum, il faudrait demander aux joueurs ! Souvent, ils déclarent qu’ils me connaissent une heure ou deux après avoir commencé la partie. Mais globalement, je me fais discret. Puis il faut dire une chose, je trouve que les gens sont particulièrement bienveillants ! Hier, j’ai fait l’argent sur un tournoi du festival, les gens étaient contents pour moi, c’est vraiment cool.
Mais pour revenir à ce qu’on disait avant, à partir du moment où un joueur me dit qu’il me connaît, ça me met dans un bon mood. Je vais pouvoir parler de ma musique à quelqu’un qui s’y intéresse, par exemple, et ça va me permettre de discuter un peu avec la personne et de dégager des traits de personnalité de mon adversaire ! Je scanne tout et du coup, ça m’aide.
- Après avoir participé à plusieurs festivals Winamax, est-ce que vous envisagez d’aller plus loin dans le poker ? Est-ce que vous aimeriez, par exemple, participer un jour au Main Event des WSOP à Las Vegas, ou est-ce que vous souhaitez avant tout continuer à jouer pour le plaisir ?
Oui, je kifferais ! Je suis déjà allé à Vegas, mais plus pour la roulette (rire). Mais l’été prochain, moi, je suis partant, tant que je suis disponible par rapport aux concerts et aux tournées. Il y a toujours moyen de trouver des spots. Aller là-bas et gagner un tournoi, ce serait dingue !
- Pour terminer, parlons un peu de musique. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets artistiques ? Est-ce que vous préparez de nouveaux morceaux, un album ou une tournée ? Et comment arrivez-vous à concilier votre activité musicale avec votre passion pour le poker ?
– Oui, je prépare de nouveaux projets, je fais plein de choses pour d’autres musiciens. Il y a beaucoup de sons, beaucoup de collaborations à venir… Je me suis fait kiffer ! Je trouve qu’en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui sont très forts. J’arrive à concilier la musique et le poker, mais ce n’est pas facile (rire).
Par exemple, quand je suis arrivé sur le festival, je venais de passer pas mal d’heures en studio, je n’avais pas beaucoup dormi. Donc je suis arrivé, je me suis mis à jouer directement, c’était un peu dur, mais ça va !
Sinon, habituellement, je joue en ligne pour des petites sommes et je travaille mon jeu comme ça. Ça me permet de voir des cartes et de travailler mes stratégies à ma manière.
Merci pour l’interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv
Interviews
Leo Margets, une table finale historique et toujours la même soif de progresser
Published
1 semaine agoon
25 septembre 2026
Quelques mois après son incroyable parcours sur le Main Event des WSOP 2025, Leo Margets est de retour aux tables du Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains ! L’occasion de revenir avec elle sur l’une des plus grandes performances de sa carrière, mais aussi d’évoquer ses ambitions pour les années à venir. Entre ses envies de découvrir les Triton ONE, son rapport au travail et sa vision de l’évolution du poker moderne, la joueuse espagnole nous livre un entretien dans lequel elle affirme une chose : sa table finale des WSOP n’est certainement pas une finalité !
- Leo, un peu plus d’un an après votre 7e place au Main Event des WSOP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette performance ? Est-ce que vous avez maintenant pleinement réalisé ce que vous aviez accompli et l’impact que cette table finale a eu sur votre carrière ?
– Je pense que c’est l’une des expériences les plus intenses de ma vie, et pas seulement au poker, car j’ai pu partager ça avec des amis très proches pendant tout le tournoi, et ça, ça a complètement changé l’aventure. C’est une super expérience de vie, mais à la fois, je ne veux pas avoir l’étiquette de la femme qui a fait la table finale, et je pense qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui peuvent arriver encore. Même si c’est très difficile de faire une performance vraiment bonne, on sait tous que ce n’est pas habituel de faire un résultat comme ça, alors c’est quelque chose de super dont je me souviendrai toute ma vie, mais je dois continuer d’avancer et ne pas m’arrêter sur cette table finale du Main Event. Je suis quelqu’un qui peut réussir à faire beaucoup plus de choses dans le poker. Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait quelque chose d’énorme, c’est comme si c’était fini, mais non ! En somme, je n’en fais pas une finalité.
- Au-delà du résultat et des émotions, est-ce que ce parcours vous a permis de découvrir quelque chose sur votre propre jeu ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux que vous avez décidé de travailler différemment depuis cette expérience ?
– Je suis super fière globalement. Faire des erreurs fait partie du jeu, mais j’aurais été OK d’en faire encore plus, c’est le poker ! On ne doit pas avoir peur de faire des erreurs, mais je pense que j’ai pu briller en me donnant à 100 % dans un moment où j’ai eu le plus de pression de ma vie, et je ne peux qu’être heureuse. Bien sûr, on peut toujours s’améliorer, mais je suis super contente. J’étais tellement dans le flow que ça a été incroyable. J’étais très connectée aux émotions des autres, au jeu… J’ai fait quelques erreurs, mais je ne vais pas me punir, tu sais. Sur 10 jours, on fait forcément des erreurs avec la fatigue. Je vais continuer à travailler mon jeu, et ce résultat m’a permis de me donner un gros boost de motivation !
- Ici, vous allez rencontrer de nombreux joueurs amateurs, bien loin des fields que vous avez l’habitude d’affronter sur le circuit international. Comment adaptez-vous votre jeu à ces profils ? Est-ce qu’un field moins expérimenté peut parfois vous poser des problèmes stratégiques inattendus ?
– Oui ! La clé au poker, c’est de s’adapter, et si tu veux performer, tu dois faire en fonction des joueurs en face. C’est bien d’avoir deux ou trois récréatifs à table, mais parfois, quand tu t’assois et qu’il y a une table entière de joueurs récréatifs, c’est plus difficile, car tu vas jouer beaucoup de pots multiway, et c’est parfois compliqué de comprendre les ranges qu’ils jouent. Mais c’est sympa quand même ! L’ambiance à la table est vraiment bonne, on rigole, ce sont toujours de bons moments. Parfois, dans certains endroits du monde, les joueurs ne parlent pas, ils ont des casques… Ça n’est pas toujours aussi sympathique que sur un festival comme le WPO !
- Vous avez remporté un bracelet WSOP et atteint la table finale du Main Event. Après de telles performances, comment parvient-on à se fixer de nouveaux objectifs ? Est-ce que vos ambitions ont évolué, notamment concernant les tournois et les circuits auxquels vous souhaitez participer ?
– En fait, je n’ai jamais eu d’ambitions qui se basent sur les résultats. J’essaye toujours de m’améliorer, et ensuite je transforme ça en résultats qui sont les conséquences de mes efforts. J’ai encore très envie de devenir une meilleure joueuse, et ce n’est pas que je vais sauter dans les super high stakes, mais peut-être que je vais m’essayer aux Triton One et jouer un peu plus cher que mon average buy-in actuel. Je suis consciente de mon edge sur tel ou tel field, je pense que je peux être gagnante sur les tournois de Triton One, mais j’ai toujours voulu jouer mon action à 100 %, donc je vais y aller progressivement. C’est pour ça aussi que je veux progresser en tant que joueuse. Mon average buy-in est peut-être de 3 000 à 4 000 €, tandis que sur Triton One, je jouerais en moyenne pour 5 000 ou 6 000 €. Peut-être que je pourrais jouer un 25 000 € qui serait super beau, mais je n’ai pas trop envie de jouer des super high rollers de manière régulière. De plus, j’aime la complexité du jeu, j’aime étudier, mais je sais que pour l’instant, je ne suis pas au niveau des joueurs qui jouent les super high rollers. Alors je n’aime pas trop me battre sur un field où je sais que je n’ai pas d’edge, ou très peu. Je suis consciente que je ne fais pas assez d’heures de travail comme le font ces joueurs qui performent sur les super high rollers. Je veux sentir que je suis au top contre les gens que j’affronte, et c’est pour ça que je veux bien choisir les tournois que je joue.
- Le niveau du poker professionnel ne cesse de progresser, et les outils de travail sont devenus de plus en plus performants. Comment organisez-vous aujourd’hui votre travail personnel en dehors des tables ? Est-ce que vos méthodes d’apprentissage ont évolué ces dernières années, notamment depuis votre table finale aux WSOP ?
– Entre nous, je préférais presque le poker avant. C’était plus un poker d’instinct. Maintenant, le poker est devenu un jeu où il faut plus travailler les solvers que les autres pour s’en sortir face aux joueurs de haut niveau. Bien sûr, il faut connaître la théorie pour pouvoir jouer de manière optimale, mais ensuite, il faut savoir s’adapter et dévier de cette théorie pour pouvoir exploiter ses adversaires au mieux. Avant, il n’y avait pas de logiciel pour savoir ce qui était optimal ou non. Tout dépendait de l’expérience et de la façon de travailler de chaque joueur. Maintenant, c’est beaucoup de travail, il faut étudier les lines qui vont te permettre de te rapporter le plus d’EV possible. Après, même quand tu les connais, il faut parfois savoir ne plus en tenir compte en fonction de qui tu es en train de jouer, et t’adapter. Ces lines que tu apprends avec les logiciels, au final, te permettent de gagner de manière optimale face à quelqu’un qui jouerait 100 % GTO, or, autour des tables, on ne joue pas face à des robots, mais contre des humains qui ont des émotions et qui ne répondront pas de la même façon que le solver !
- Ici, au WPO, vous allez notamment affronter de nombreux joueurs amateurs aux profils très différents. Est-ce que vous abordez ce type de tournoi avec la même exigence et le même esprit de compétition qu’un Main Event des WSOP ? Ou est-ce que vous vous permettez de jouer un poker plus instinctif, en accordant davantage de place au plaisir ?
– Vraiment, j’essaye de prendre chaque tournoi avec la même attitude. Quand je suis à la table, j’oublie le buy-in, j’essaye de prendre les meilleures décisions quoi qu’il arrive ! Mais c’est vrai que tu n’as pas forcément les mêmes sensations que sur un tournoi comme le Main Event, et c’est normal. C’est beau que certains tournois nous fassent ressentir quelque chose de spécial. En tout cas, globalement, ça n’est pas possible pour moi de m’asseoir et de me dire que je n’essayerai pas de jouer mon A-game. Parfois, je ne peux pas forcément le développer, mais je veux toujours avoir l’esprit de compétition dans tous les cas.
- Vous évoluez au plus haut niveau depuis de nombreuses années. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Est-ce que vous souhaitez continuer à vous consacrer pleinement à la compétition ou est-ce que vous envisagez de développer d’autres projets autour du poker ?
– Je ne sais pas ! On aime parfois sentir qu’on a un chemin tout tracé pour enlever de l’incertitude, mais je pense que je vais jouer toute ma vie, oui, sauf si je sens qu’à un moment, je n’ai plus faim d’amélioration quant à mon niveau. Après, je suis ouverte à des projets. Mais tu sais, j’ai fait un grand bond de niveau depuis 5 ans, car avant, j’étais toujours en train de penser à un plan B hors poker. Je mettais du temps dans le poker, je travaillais le jeu, mais je faisais quand même des formations dans tel ou tel domaine pour avoir comme un filet de sécurité si jamais le poker n’allait pas bien ! Et ça, ça n’est pas bon pour devenir meilleure. Globalement, je pense que tu dois pouvoir être « all-in » dans ce que tu fais si tu veux progresser et arriver au meilleur niveau. Sinon, tu divises ton attention, tu es moins focus, ça n’est pas bon. Je me suis rendu compte que ce que je faisais à côté du poker, c’était comme pour me trouver une excuse pour ne pas m’investir à 100 %. Maintenant, j’ai changé ça, je suis coachée, je fais faire des simulations pour travailler, je partage beaucoup avec des joueurs de poker dans des groupes… Je veux pouvoir arriver à mon meilleur niveau !
Crédit photo : Edu Agreda
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