Adrien Dumont, plus connu sous le pseudo DumTrip, s’est fait un nom sur les tables online et en tant que streamer. Habitué au grind quotidien et à un gros volume de jeu, il découvre progressivement l’univers du live, avec ses dynamiques différentes et ses exigences mentales. Entre adaptation aux profils, gestion de la variance et envie de progresser, il nous parle de cette transition et de ses objectifs pour la suite de sa carrière poker.
- Tu es surtout connu comme joueur online, qu’est-ce qui t’a donné envie de venir plus souvent jouer en live ?
Ça se passe super bien, le cadre est dingue donc c’est très cool ! Les alentours sont sympas avec le bord de mer donc c’est vraiment très agréable. Niveau tournois, c’est plutôt pas mal aussi.
J’étais resté sur une mauvaise expérience à Aix-en-Provence, je n’avais rien fait sur une semaine et j’y avais laissé 10.000 €, mais là, dès le premier tournoi, sur l’Opener Mystery, j’ai fait Day 2 pour une 30e place donc ça fait un petit deep run, c’est bien.
Par contre, hier j’ai repris mes vieux travers, j’ai rebuy pas mal de fois sur le Main, et j’ai joué aussi un tournoi à 150 € que je n’ai pas ITM. Je ne sais pas si je vais jouer le High Roller, car c’est un peu cher pour moi mais ça peut valoir le coup, donc ça dépendra si je me qualifie sur le Main ou non.
- Est-ce que tu adaptes beaucoup ton style quand tu passes du online au live ?
Pour l’historique, j’ai commencé ma carrière en grindant les limites petit à petit, et à l’époque, c’était compliqué de pouvoir venir sur ce genre de festival car ça n’est pas le même budget qu’online. Il y a les frais, les buy-ins… Il y a aussi le fait que je me suis expatrié au Costa Rica puis au Canada, donc ça fait partie des raisons pour lesquelles on ne me voyait pas sur la scène française.
Là, je suis rentré du Canada en avril dernier juste avant le WiPT, qui a d’ailleurs été mon premier festival en France, et comme je suis maintenant en partenariat avec Winamax, je fais tous les événements by Winamax et c’est vraiment super de découvrir ça ! C’est une petite communauté, c’est très agréable.
Une fois, j’ai fait un autre événement qui n’avait rien à voir avec Winamax, et il fallait surtout grind toute la journée… Moi, j’ai besoin qu’il y ait ce côté fun qu’on retrouve sur ces events. Puis j’ai très peu d’expérience en live donc je vais encore attendre avant de me lancer sur les WSOP ou sur les EPT. Ici, je me sens confiant, je fais mes armes, et je pense que c’est une bonne porte d’entrée pour jouer du live. En plus, ici, tous les tournois sont en 6-max, c’est vraiment top. Puis j’ai encore un peu de mal à accepter la variance, de jouer 6h pour bust avant l’ITM… Je dois progresser là-dessus.
- Comment gères-tu la variance et les swings en live ? On sait que la variance y est très présente, mentalement ça peut être dur… Comment tu gères ?
Je ne gère pas ! Je suis tilté ! Online, j’ai pourtant une bonne gestion par rapport à ça, je ne suis pas énervé quand je bust un tournoi, mais en live, c’est compliqué. Hier, j’ai lâché mes deux boulettes du Main en 2h. J’avais prévu de jouer longtemps et ça m’a frustré. Du coup, je ne suis pas très agréable quand je sors du tournoi (rire) ! Je pense que j’ai pas mal de progrès à faire là-dessus, et il faut que j’accepte que sur une semaine de festival, on va peut-être jouer 12 tournois, ce qui n’est même pas la moitié d’une session online quand je joue 70 tournois.
Il est donc normal que sur une semaine de tournoi, on puisse se faire éliminer de partout, et il faut que j’arrive à intégrer ça. C’est assez frustrant, car online je ne suis pas habitué à ça, car j’envoie beaucoup de volume !
J’ai commencé à me faire coacher sur l’aspect mental en juillet dernier. J’avais fait un UDSO à Lyon et j’ai rencontré un ancien joueur de rugby qui s’appelle Hugo Dupont. Il m’a dit qu’il s’intéressait beaucoup à la préparation mentale, et il m’a proposé d’en discuter. J’ai accepté de bosser avec lui et il m’a même coaché sur d’autres aspects.
Jusqu’ici, j’avais beaucoup bossé la technique parce que j’adore ça et que je considérais que c’était important d’avoir des bases solides, mais j’ai l’impression que depuis que j’axe un peu plus sur le mental, j’ai un énorme levier, et ça se passe beaucoup mieux. Je rééquilibre entre technique et mental et c’est top.
- As-tu des routines ou des habitudes que tu mets en place avant d’aborder un festival comme celui-ci ?
Pour Estoril je suis vraiment venu en vacances ! Je suis même venu sans les caméras. Je me suis dit que j’allais profiter du moment et que ça me permettrait d’être plus focus sur ce qu’il se passe à table. Je n’ai donc pas tellement fait de routine. Je m’applique à la table, j’essaye de bien suivre les actions et de ne pas faire de faute de jeu.
En dehors de ça, je fais quand même du sport tous les jours, mais je ne suis pas dans la sur-organisation d’une routine. Je ne vais pas te cacher que j’aime bien faire la bringue aussi donc je ne compte pas trop les pintes… Sur l’Open Mystery j’en avais quelques-unes dans le nez, ce n’est pas hyper pro mais on est aussi là pour profiter (rire) !
Online j’ai quand même quelques petites routines au final. Je m’assure que mon téléphone est éteint, que ma bouteille d’eau est remplie, que j’ai répondu à tous mes messages pour être sûr que pendant la session, je devrai m’occuper uniquement de mes mains de poker. En live, c’est vrai que je suis un peu plus en dilettante.
- Y a-t-il des profils de joueurs live qui te posent particulièrement problème ?
Globalement, le niveau live sur les tournois Winamax est très faible par rapport à ce que je joue online, donc ce ne sont pas les mêmes profils, et donc il y a des adaptations à faire et que je ne fais pas forcément. Il y a beaucoup de joueurs qui vont limper, qui vont jouer la force de leur main… Il faut savoir s’adapter à tout ça et à mes limites, ce sont des erreurs qu’on ne voit pas souvent. En semaine, online, je vais jouer des 50 € et des 100 €, mais le week-end c’est plus des 250 € et plus.
Donc en jouant ces limites, on côtoie les meilleurs joueurs du .fr, alors forcément je n’ai pas les réflexes que je peux avoir online. Mais c’est très intéressant, car ça me permet de me demander comment réagir face à des joueurs qui jouent des tournois à 1/2/5 €.
Donc pour répondre plus précisément à ta question, je ne suis pas tombé sur des joueurs qui m’ont vraiment posé problème. Beaucoup jouent à cœur ouvert, ils ne veulent pas être éliminés, et pour certains c’est le tournoi de l’année donc on peut assez vite se servir de ça pour prendre l’ascendant.
- Quels sont tes objectifs pour 2026 ? On te verra à Las Vegas pour les WSOP ?
Je n’irai pas à Vegas ! C’est vrai que dans la tête des gens, c’est une suite logique d’aller faire des Vegas et des EPT, mais ça n’est pas du tout mon approche du poker. J’ai l’impression d’être heureux là où je suis, et je n’ai pas tellement envie d’aller plus loin. J’aime faire mon grind tous les jours, streamer… C’est vraiment une routine où j’ai très peu de frustration, donc du plaisir.
Par contre, sportivement, j’ai des objectifs. J’aimerais me développer davantage dans la course et le trail. Ça soutient le poker car ça me permet d’avoir une meilleure hygiène de vie , et en ce qui concerne le poker, j’aimerais bien me refaire coacher comme il y a 1 an car je sens que techniquement mon niveau stagne étant donné que je travaille très très peu. En revanche, je trouve que le field online bosse beaucoup et devient vraiment meilleur ! Donc c’est important de ne pas se faire rattraper et de continuer à travailler régulièrement, ce que je ne fais pas trop. Je fais beaucoup de création de contenu et c’est un peu au détriment de la progression poker.
Je veux donc remettre en place du coaching technique, être plus intelligent dans les choix que je fais au niveau de la macro, et continuer à prendre du plaisir et jouer avec passion ! Je veux vraiment bien crush le .fr, être un très bon reg ABI 50, et maximiser les profits sans pour autant devenir ultra compétitif. C’est un peu ce que je cherche à faire et à devenir !