Interviews
Sexisme dans le poker, la parole se libère : Joueuses, croupières & modo témoignent
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5 ans agoon
Elles se prénomment Rosalie, Jade, Kate, Walfie, Stéphanie, Amandine, Lola ou Chloé. Certaines ont accepté de parler à visage découvert, d’autres préfèrent garder l’anonymat et prendre un prénom d’emprunt, de peur d’être la cible de ce qu’elles dénoncent : le sexisme hypertrophiée du milieu du poker. Tout a démarré par le partage, sur Twitter, d’une capture d’écran d’insultes par la joueuse pro Rosalie Petit, notamment membre du King5 Winamax de ces WSOP 2021. Une insulte de plus, une insulte de trop, qui a fait réagir de nombreuses joueuses, croupières ou modératrices. Nous avons été recueillir leurs témoignages, à la fois intimes et révoltés, en espérant qu’ils permettent aux mentalités d’évoluer. Nous avons également décidé de republier ici en ligne l’intégralité de notre dossier inclus dans le daté février 2022 de notre magazine papier.
A chaque milieu, sa temporalité. Celui du poker, majoritairement masculin, aura mis du temps à entamer sa propre révolution, d’autant plus en France, où la vague #metoo n’a pas été une déferlante comme dans les sociétés anglo-saxonnes. Rosalie Petit, joueuse professionnelle en MTT, qui sévit aussi bien en ligne qu’en live, a jeté une pierre dans la mare, en début d’année 2022, en « osant » partager des captures d’écran de commentaires d’une vidéo entre elle et un coach, Aleksi. Un exemple, comme il en existe des milliers par jour, du sexisme ordinaire : « Coaching… Coaching… Tu la baises ouais ! », suivi de « Comme si elle allait devenir bonne ; elle est déjà bonne physiquement, pas besoin de plus ». Les réactions ne se sont pas fait attendre : « J’ai été très touchée par toute cette vague de bienveillance, de soutien, je n’imaginais pas recevoir autant de force! Je remercie énormément Moundir et tous ceux qui se sont mobilisés pour afficher leurs positions contre le sexisme, » témoigne-t-elle.« Beaucoup de femmes souffrent dans l’indifférence générale. Trop de femmes sont victimes de propos déplacés, d’avances, de critiques et d’insultes a caractère sexiste, parfois même de violence physiques. Il ne faut pas normaliser ça, il faut que les mentalités évoluent. Nous méritons le respect dans chaque discipline, » ajoute-telle. Dans sa foulée, d’autres joueuses, amatrices ou semi-professionnelles, ont fait entendre leur voix.
Condescendance & agressivité
Jade Kieu est une joueuse récréative comme il y en a des milliers en France, et ce depuis une dizaine d’années, surtout en live, en cash-game en casino. Ses débuts, comme pour beaucoup de joueuses, ont été un peu traumatisants : « Une des première fois, j’étais accompagnée de deux amis joueurs, et on voulait trois places en cash-game. C’était dans un casino de province, et le floor a lancé : ‘Ah mais la demoiselle, elle veut jouer aussi ? Elle sait comment ça fonctionne le poker ? C’est pas un jeu de chance comme la roulette hein !’ » Souvent, on la regarde comme une proie facile. « Quand j’arrive, parfois, les joueurs rigolent en me dévisageant, et disent, ‘ah, enfin un peu de divertissement !’ » Rosalie Petit raconte la même histoire : « La première fois où je me suis assise à une table de cash-game, un joueur m’a lancé : ‘Tu t’es perdue ? Les machines à sous c’est de l’autre côté, quand t’auras perdu, je te payerai une coupe de champagne !’ » Grande sportive, Amandine Michelet, elle, a découvert le poker dès sa majorité, et elle s’y est consacrée de plus en plus après avoir connu une maladie qui lui empêchait de continuer le sport. Après s’être impliquée dans le poker associatif, elle a pu monter une bankroll et se qualifier sur des tournois mid-stakes. Ses débuts ont été entachés par une attitude masculine prédatrice et lourde : « J’étais plutôt timide, souriante et gentille, et j’avais un manque de confiance en moi qui faisait que j’avais du mal à prendre de bonne décision. Certains hommes rentraient dans un protocole de séduction charmeur, d’autres utilisaient des mots vulgaires et inappropriés. Je venais pour exercer une activité qui me plait, faire de belles rencontres hommes ou femmes et aussi dans un but d’échanger et de progresser sur le poker, pas de rencontrer l’amour ou d’avoir des propositions indécentes. » Et quand elle ne symbolise plus la jeune joueuse fragile, les insultes se font encore plus menaçantes : « Ce qui a augmenté sont les insultes quand je gagnais des coups ou que je sortais des joueurs. Le mot « pute » ou « salope » revenait souvent… » La joueuse semble souvent n’avoir que deux places possibles : la brebis innocente, devenue proie sexuelle, ou celle qui « chatte » et joue n’importe comment. Stéphanie (son prénom a été changé) a elle aussi eu à affronter ces prédateurs, après avoir découvert le poker lors d’un tournoi Ladies au Cercle Clichy Montmartre : « Ca m’a permis de sauter le pas, et comme je jouais déjà en ligne et que je suivais les tournois sur les réseaux, j’avais très envie de commencer le live. Malheureusement, quand je suis revenue ensuite dans des tournois classiques, j’ai été traitée souvent de ‘grosse salope’, ‘cocue’, ‘mal baisée’. » Elle modère cependant cette impression par le fait que « le milieu du poker est comme tous les autres : il y a des personnes très bienveillantes et accueillantes, d’autres… moins. Par contre, on a un grand déficit de femmes, moins de dix pourcents dans une salle… » Jade Kieu, une habituée des cash-game parisiens, a aussi eu son lot d’insultes et menaces : « Une fois, on m’a dit droit dans les yeux : ‘c’est comme ça qu’on gagne des tournois hein ! La chatte sous ta jupe doit être bien grosse’, ou « cette pute, elle me prend encore un coup je l’encule direct sur la table ». Sur ma finale du Road to PSPC Paris, j’entends derrière moi : ‘Mec, si tu perds contre la gonzesse, on te casse la gueule’. Un jour, au Club Circus, le mec à ma gauche parle à chaque fois avant que j’ai pu jouer, le croupier lui fait remarquer que ça faisait 3 fois qu’il me laisse pas parler quand c’est mon tour, il lance ‘Ah mais elle est là elle ? Elle est là pour jouer ? Je pensais que c’était une masseuse chinoise !’, suivi d’un élégant ‘ Sale pute tu sais pas jouer t’es bonne qu’à écarter les cuisses’. » Les croupières bien sûr, ne sont pas en reste. Lola (son prénom a été changé) a fait ses classes au défunt Cercle Cadet : « L’ambiance était masculine et toxique. Certains dirigeants pensaient avoir un droit de cuissage sur les croupières, comme malheureusement dans pas mal d’entreprises. A table, c’était terrible car, bien sûr, dès qu’on donnait de mauvaises cartes, on était traitées de putes. Et quand les joueurs gagnaient des coups, ils nous proposaient de mettre le pourboire dans le décolleté. Ca faisait rire à table. J’en avais parlé à un responsable, mais l’important, c’était de ne pas radier les joueurs. On m’a déjà suivi à ma pause pour me proposer ‘une pipe aux toilettes’ avec un jeton de 100€. C’était franchement la jungle. Ensuite, j’ai fait plusieurs autres cercles et clubs, et c’était mieux réglementé. L’important, c’est que votre employeur applique des règles strictes et s’y tienne. »

Au-delà des mots
Stéphanie a pu profiter, comme certaines, du soutien des croupiers et parfois même d’autres joueurs de ses tables habituelles de cash-game : « J’ai eu plusieurs fois le droit à des insultes à peine voilée lorsque je remportais des coups, voire même parfois très déplacée. J’ai pris le parti de ne pas répondre et de ne pas leur donner d’importance. Alors oui, au départ, ca a été compliqué et j’étais souvent très mal à l’aise. La plupart du temps, le croupier les recadrait voir même certains joueurs. Mais avec le temps et grâce notamment à certaines joueurs, j’ai réussi à être à l’aise, j’avais comme une sécurité lorsque je venais puisqu’eux même était des joueurs connus et/ou respectés. » Un soir, pourtant, les paroles deviennent des actes : « Mon pire souvenir, c’est d’avoir été aux toilettes et suivie par un joueur qui avait été insistant toute la soirée pour m’offrir un verre. Il a attendu que je m’y rende et pendant que je me lavais les mains, il m’a sorti son pénis, ‘tu veux pas me sucer en échange d’un jeton de cash-game, je te paie !’ J’étais complément choquée. » Chloé (son prénom a été changé) a vécu les mêmes propositions d’incitation à la prostitution, comme si le corps de la femme qui joue de l’argent était obligatoirement monnayable : « Parfois, les hommes abandonnent les sous-entendus graveleux, et osent me dire que je ‘serais mieux sous la table’ plutôt qu’à jouer. Ou les autres qui te salent de ‘grosse pute’, un classique, ou te proposent de coucher avec eux en échange d’un buy-in. » Amandine Michelet a, elle aussi, dû faire face à de la violence physique, à deux reprises durant ses années sur le circuit : « Un jour, j’ai sorti du tournoi un joueur très agressif dans son comportement à table. A la fin, je gagne le tournoi, vers 3h du matin, et il m’insulte en me traitant de ‘salope… pourquoi tu m’as payé ?’ Il s’est mis à me pousser et me gifler. Heureusement, la sécurité du casino veillait et ils m’ont raccompagnée jusqu’à ma voiture. Une autre fois, c’était en début de tournoi, j’avais monté beaucoup de jetons, et je fais tilter un joueur, qui finit par sauter. Il m’a insulté, et m’a dit qu’il allait m’attendre pour me frapper. Il a soulevé la table de poker, et fait tout tomber. Le staff n’a pas bougé, mais un joueur à table, assez musclé, lui a dit que s’il me touchait, il lui ferait son affaire. Heureusement, ça m’a sauvée. »

L’anonymat du online
Walfie est joueuse, et modératrice sur les chats d’une room online depuis 8 ans. Elle a travéillé sur les streams des génats du secteur, ainsi que sur des chaînes Twitch de joueuses, dont celle de Rolsalie Petit et d’Angelus. « En étant modératrice femme, il n’est pas rare que je reçoive des messages d’insultes de la part de viewers masculins, souvent parce qu’ils ont été Ban définitivement de la chaîne, ou parce qu’ils se sont pris des Bad Beat et ne savent pas à qui s’en prendre, quoi de plus facile de venir insulter une femme en Messages Privés ! Depuis toutes ces années, j’ai appris à me blinder de toutes ces remarques méchantes, désobligeantes, sexistes et machistes, mais parfois j’avoue que certaines sont violentes et ont du mal à sortir de ma tête pendant quelques jours. Il m’arrive également de recevoir des messages avec des photos de sexes masculins avec en légende : ‘Tu la vois ma grosse bite, je vais te l’enfoncer dans ta sale bouche de pute jusqu’à ce que tu crèves’. Ou encore ‘Tu n’es qu’une salope, ta copine et toi allez-vous faire enculer. Je vous défonce, vous êtes des niqueuses, vous vous croyez fortes sales batardes, je défonce votre sale chatte’ et ‘Nique ta pute de mère, sale salope, baiser ta mère la pute toi et Winamax. Je vais rouvrir un compte Twitch et le jour où je te tombe dessus, t’es morte sale pute, je vais découvrir tes réseaux, sale pute’. » Pour Jade Kieu, la violence online est protéiforme : « Il est toujours plus aisé d’insulter quelqu’un lorsqu’on est caché derrière un pseudo. La violence verbale est bien sûr très présente online, et pas qu’envers les femmes… » Amandine Michelet, elle, s’est réslue à prendre un pseudonyme sans genre : «L’anonymat du net décuple les insultes sexistes fusait sur le tchat, à l’époque j’avais un pseudo féminin et j’ai dû bloquer le tchat à certains moments. Aujourd’hui j’ai pris un pseudo qui fait que l’on n’arrive pas à dire le sexe de la personne qui se trouve derrière. » Chloé, elle, se fait insulter sur le thème « C’est pas possible d’aussi bien jouer, tu dois être un mec »…

La responsabilité de l’industrie en jeu
La fantasmatique masculine la plus minable semble être presqu’automatiquement en action quand une femme s’assoit à table : les femmes qui font des tournois ont été « cavées » par un joueur, elles n’ont aucune performance au mérite. Il faut dire que le sexisme n’est pas toujours du seul côté des joueurs anonymes. Un influenceur poker comme Yoh_Viral a souvent été brocardé pour son humour beauf et ses vidéos où toutes les filles sont là pour son argent, et font semblant de jouer au poker, objectifiant la femme comme un trophée de guerre. Dans une vidéo peu relayée (élégamment intitulée « Poker et dilatation ») en dialogue avec un acteur X de la fachosphère, Jean-Marie Corda, il se gausse pendant de longues minutes sur la sexualité du joueur : « C’est usant de niquer… C’est du problème de riche, parce que je suis vidé, tu vois. J’y vais sans meuf, dans les tournois, mais bientôt je vais avoir envie d’aller avec des meufs » Corda lui répond : « Pour se foirer dans un tournoi, le pire c’est d’éjaculer, de manger un coup, et d’arriver en mode digestif après le relâchement de l’éjaculation. Par contre, tu peux arriver avec une meuf, ça se chauffe, elle est trop bonne, nickel, tu te retiens, et t’arrives au tournoi sans éjaculer, mais ça te déconcentre, parce que tu sens trop tes couilles pleines ! » Yoh_Viral : « Le poker est un sport, et l’effet de la digestion et de l’éjaculation, c’est le pire combo ! » Rires gras. Les rooms online ne sont pas reste, notamment à la « grande » époque du boom du online : certaines d’entre elles, depuis longtemps disparues, avaient par exemple eu la bonne idée de financer une trentaine de filles qui n’avaient jamais joué au poker précédemment, lors de la grande finale de l’EPT Monaco. Arrivées au bras d’une gloire de l’époque façon revue de cabaret, elles n’avaient fait que renforcer ce préjugé de la fille décérébrée qui laisse le poker aux vrais joueurs : les hommes. Kate (son prénom a été changé) a vécu ces moments déstabilisants dès le milieu des années 2000. Alors joueuse non sponsorisée, avant de devenir présentatrice poker pour différentes marques de poker, elle a toujours dû freiner la sexualisation qu’on lui proposait : « J’ai la chance de ne pas être mannequin, donc on m’a pris plus au sérieux, mais je devais refuser tout le temps les tenues trop suggestives, parce que je trouvais que cela me faisait passer pour une potiche. Avec le temps, je regrette de ne pas avoir été assez sûre de moi, et d’assumer ce que je voulais. L’instinct de beaucoup de joueurs est sexiste, mais avec le temps, j’ai vu l’industrie évoluer : les équipes des grosses rooms online ont compris que les femmes pouvaient être des joueuses pros importantes, et qu’il fallait tout faire pour mieux inclure les joueuses dans l’industrie. »

Des exemples à suivre
Dans la foulée de Rosalie Petit, une sororité de joueuses a commencé à parler et médiatiser leurs mésaventures. Comme d’autres exemples en leur temps, Rosalie Petit fédère une parole qui se libère. Car, pour sauter le pas, les joueuses ont besoin de modèles et d’appuis. Dans le passé, des figures du poker comme Isabelle Mercier, Vanessa Selbst ou autres. Des femmes puissantes et inspirantes, comme l’avoue Jade Kieu : « Celle qui m’a le plus inspirée en tant que femme au poker était Vanessa Selbst, j’étais impressionnée non seulement par son niveau, mais aussi de toute la force, la confiance et le charisme qu’elle dégageait. Il y a eu notamment Vanessa Rousso et Liv Boeree, voire Jennifer Harmann, Vicky Coren et Annette Obrestadt. Ces joueuses qui clament haut et fort ‘Oui, je suis une femme, et je suis à la place où je dois être’». Kate pense aussi que c’est par la médiatisation des femmes que les mentalités changent : « J’ai eu la chance de recevoir de nombreux témoignages de joueuses qui m’ont remercié pour leur avoir donné le courage de jouer au poker, et de m’affirmer en tant que femme. C’est sûrement ma plius grande réussite dans cette industrie du poker. Plus il y aura de femmes, plus les hommes devront réviser leur attitude, et, j’espère, changer de mentalité. » Pour Rosalie Petit, celle qui a allumé la flamme de cette libération hexagonale, il faut « arrêter de fermer les yeux et défendre les femmes quand on fait face à ce genre de comportements. La plus part de ces incidents se produisent dans l’indifférence générale ou pire tout le monde s’en amuse. Les femmes se sentent humiliées et pas à leurs place. Online, des mesures plus sévères envers le manque de respect, pour protéger la santé mentale de tous les joueurs, je pense au bannissement temporaire par exemple. Sinon, jouer sous sa propre identité, sans anonymat, pourrais limiter ce genre de comportements. » Pour Jade Kieu, le poker évolue déjà « Aujourd’hui je suis ravie de voir les mentalités changer, lentement certes, mais cela évolue dans le bon sens, que ce soit au poker ou dans d’autres domaines. Aujourd’hui, la parole est libérée, beaucoup de femmes osent parler, s’assumer, se faire respecter. Et beaucoup d’hommes n’hésitent pas à monter au créneau pour défendre la place des femmes dans tous les milieux. C’est très positif pour la suite. Je pense qu’il est important de plus communiquer sur le savoir-être et le savoir-vivre au poker en général. Aujourd’hui, la communication, la médiatisation se fait beaucoup sur le plan marketing, pas assez sur les valeurs qu’un joueur de poker doit avoir. Le fait que certaines personnalités ou personnes influentes du milieu prennent position ouvertement, c’est très bien, mais ce n’est pas encore suffisant. Je pense qu’il faut sanctionner les comportements sexistes (racistes, homophobes et autres). Je pense qu’il faut établir des règles strictes à ce niveau-là dans les casinos, les clubs de jeux, les salles de tournois, avec des sanctions sévères. On sait que le milieu du poker est très dur, parfois injuste, parfois cruel, on est tout de même là pour gagner l’argent que d’autres ont mis sur la table. Mais ça doit rester un jeu, et on peut être dans l’adversité, mais avec un respect mutuel de part et d’autre. Car le poker n’a pas de genre, pas d’âge, pas de classe sociale, pas de couleurs de peau, pas de religion. Nous sommes juste Joueurs de poker avec un grand J. »


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Interviews
Du high stakes au WPO, Benjamin Chalot ouvre un nouveau chapitre avec ATM et Winamax
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3 jours agoon
1 octobre 2026
Présent à Aix-les-Bains pour son premier WPO, Benjamin Chalot revient sur le rapprochement entre ATM et Winamax, son regard sur le niveau du field, les adaptations nécessaires face aux joueurs amateurs et ses projets pour les mois à venir. Entre développement de la chaîne YouTube, coaching, voyages et envie de lever un peu le pied sur les Triton, le joueur français se livre sur une période de transition dans sa carrière.
- Benjamin, cela fait maintenant quelques mois qu’ATM collabore avec Winamax, notamment à travers vos contenus vidéo. Comment ce rapprochement s’est-il concrétisé, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?
C’est une continuité logique et naturelle, on va dire. Cela fait environ 2 ans et demi que la chaîne a été créée, et elle a grossi vite. Il y avait déjà eu des discussions en interne, mais on n’était pas assez gros. L’année dernière, ça s’est fait assez naturellement. On a aussi été approchés par d’autres rooms, mais on a refusé ! Nous, ce qui nous intéressait, c’était de travailler avec le numéro un français.
Winamax, ce sont les meilleurs en termes d’innovation ! Là, c’est mon premier WPO et, franchement, je kiffe. Pour te dire, j’ai un vol dans 30 minutes, mais je zappe et je vais aller jouer le High Roller. Je vais aussi aller commenter le stream avec Flavien juste après !
- Est-ce qu’on peut s’attendre à voir ATM davantage sur les événements Winamax, ou même imaginer de nouveaux projets communs qui dépasseraient le cadre de vos vidéos ?
Oui, à 100 % ! Surtout après cette expérience du WPO. Ici, le cadre est vraiment stylé. Pour Clément Richez, ça va être compliqué, car il vit au Mexique, mais moi, de mon côté, pour l’Europe, je suis complètement partant.
Pour l’instant, on va se focus sur YouTube et promouvoir Winamax via notre chaîne, afin que Winamax puisse également promouvoir ATM, et on verra par la suite. Après, en termes de concepts de vidéos, on en a déjà trois différents qui sont dans les tuyaux ! Axel, le directeur de notre communication, a déjà terminé la première vidéo, et il y en a deux autres qui vont suivre et qui seront très différentes de « Zero Bluff ». Voilà, il y a déjà des innovations comme ça. Donc maintenant, à voir comment ça performe sur YouTube et si les gens aiment !
- Quand vous passez d’une table composée de professionnels de classe mondiale à un field comme celui du WPO, avec de nombreux amateurs, est-ce que vous devez finalement réapprendre à jouer certains spots ? Est-ce que vous avez parfois tendance à trop réfléchir face à des adversaires qui abordent le jeu de manière beaucoup plus instinctive ?
Bien sûr, j’ai pu voir quelques profils un peu atypiques à mes tables, comme on en voit un peu moins souvent aux Triton. Mais franchement, ma première table durant le Main de ce WPO, c’était incroyable ! Ça jouait très bien, j’avais l’impression de jouer un 200 € online ! D’habitude, il y a un rapport de 50, donc là, je suis censé jouer comme sur un 10 €, mais honnêtement ici, ça jouait super bien.
J’ai vu plein de moves techniques intéressants, de bons sizings… Il y avait bien évidemment de petites erreurs que je pouvais exploiter, mais globalement, ça jouait extrêmement bien ! À part quelques joueurs qui ne connaissaient pas les ranges préflop (rires), la plupart des joueurs que j’ai croisés à mes tables étaient bons.
Au Day 2, par contre, c’était plus facile ! J’ai vu plus d’erreurs, j’ai pu grind 20 blindes très rapidement, alors que normalement, on est bien soumis à la distribution des cartes. Mais les deux Days 1, franchement, c’était dur ! On m’a dit que c’était polarisé, qu’il y avait les meilleurs regs online qui venaient ici pour l’ambiance et pour profiter, donc j’ai sûrement dû déchatter les tables (rires).
- On imagine qu’il y a beaucoup de joueurs présents ici qui regardent vos vidéos et celles d’ATM. Si vous deviez leur donner un seul conseil pour améliorer leurs résultats sur un festival comme le WPO, quel serait-il ?
Grosso modo, je trouve que ça fold quand même encore beaucoup ! Donc on peut encore être assez agressif. On m’avait dit de ne pas bluffer sur ce genre d’événements, que j’allais me faire bluff catch très souvent, mais au final, il y a encore de la place pour l’agressivité. Donc, sans hésitation : jouez agressif, et ce, dès le préflop !
- Quand vous jouez un tournoi à 500 € face à des amateurs, est-ce que vous considérez que vous disposez d’un avantage technique suffisant pour compenser la variance d’un field aussi important ?
La réponse est non ! Évidemment que je vais faire mieux que le joueur moyen, mais comme je te disais, mes deux premières tables étaient très difficiles. Si j’ai des confrontations qui ne sont pas à mon avantage, où je dois partir à tapis avec top paire/mauvais kicker dans un spot contre un mec qui est bon et agressif, eh bien, je vais le faire, car ça joue bien ! L’idée n’est pas de se dire : « Le field est tellement nul, donc je peux me permettre de trouver des folds aussi facilement. »
Aussi, je respecte le jeu, je ne viens pas pour jeter mon stack ! Il y a beaucoup de gens qui viennent me faire des compliments, beaucoup de joueurs amateurs sont contents de venir jouer des spots contre moi, donc je trouverais ça irrespectueux de ne pas donner le meilleur de moi-même. Et si quelqu’un me roule dessus, eh bien, c’est le jeu, et c’est un bon souvenir pour eux !
- Avec les outils dont disposent aujourd’hui les professionnels, on a parfois l’impression que tout le monde travaille les mêmes spots et utilise les mêmes solutions. À très haut niveau, comment est-ce qu’on peut encore construire un avantage technique sur ses adversaires ?
Tu sais, quand on arrive à très très haut niveau, le field est compris entre 30 et 50 joueurs. Si t’es professionnel, tu peux les étudier et les connaître par cœur, ou quasiment. Il y en a peu qui le font, mais c’est possible. Donc, c’est toujours important de connaître la théorie, mais c’est encore plus important de savoir exploiter. Si tu sais comment joue un joueur en début ou en fin de tournoi, quelles faiblesses il a, quelles forces… tu peux jouer précisément contre l’adversaire !
Aussi, il y a certaines facettes du jeu qui ne sont pas encore très exploitées par les joueurs. Je te donne un exemple : les tournois KO, PKO, ou les Space KO. Il y a beaucoup de situations différentes, et c’est très dur ! Si tu travailles certains aspects de ces formats, tu vas créer un edge, car peu de joueurs les travaillent vraiment.
- Pour finir, quels sont vos objectifs pour 2027 ?
Je suis un peu dans l’indécision à cause d’événements personnels. Donc maintenant, surtout, l’objectif va être de faire grossir la chaîne YouTube ! Je pense que je vais jouer moins de Triton pendant environ un an, même si avant, mon objectif était d’en gagner un. Maintenant, c’est un peu passé au second plan parce que j’ai envie de réfléchir à ce que je veux. J’ai envie d’acheter un appartement dans ma ville de cœur, qui est Budapest, donc je pense à tout ça…
Je continue à jouer, mais par périodes ! Pendant les Winamax Series, je peux jouer à fond pendant deux ou trois semaines, puis ralentir, coacher les gars de la Team, voyager un peu…Par exemple, je ne pense pas que j’irai au Triton à Chypre en novembre.
Merci pour ton interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv / Caroline Darcourt
Interviews
Entre rap et poker, S.Pri Noir cultive son esprit de compétition
Published
1 semaine agoon
26 septembre 2026
De la scène aux tables de poker, S.Pri Noir s’est découvert une nouvelle passion ! Présent au Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains, le rappeur français nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur ses premiers pas dans le poker, son apprentissage du jeu et ses ambitions grandissantes. Entre conseils de Kool Shen, pression des tournois et rêves de WSOP à Las Vegas, l’artiste se confie sur un univers qui le passionne de plus en plus !
- On vous connaît avant tout pour votre carrière musicale, mais on vous retrouve désormais régulièrement sur les festivals Winamax. Comment avez-vous découvert le poker et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans les tournois live ?
J’ai découvert le poker dans mon quartier, on se retrouvait dans la rue pour jouer. On aimait se rassembler pour jouer au poker, pour tuer le temps et aussi faire un peu d’argent (rire). Et donc, c’est comme ça que j’ai découvert le jeu. Au début, je ne jouais pas du tout en ligne. J’ai commencé bien après à faire quelques parties, mais c’était vraiment rare !
Par la suite, j’ai été invité par Fred de Skyrock à un tournoi Winamax, et à ce moment-là, c’était la première fois que je jouais un vrai tournoi dans de vraies conditions live. J’ai vraiment kiffé !
Ensuite, l’équipe de Winamax m’a dit qu’ils organisaient des tournois un peu partout en France et en Europe, et ma première invitation, c’était à Bratislava ! J’ai découvert un univers que j’ai adoré. En termes de sensations, c’était incroyable.
- Vous avez déjà participé à plusieurs événements Winamax. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces festivals et comment abordez-vous cette nouvelle édition du WPO ? Vous venez avant tout pour l’ambiance ou avec de véritables ambitions de performances ?
– Ce qui me plaît, c’est la rencontre avec les gens, mais aussi la rencontre avec moi-même. J’ai découvert que le poker reflétait pas mal d’aspects de la vie en général. Par rapport aux choix que tu fais, aux configurations que tu peux rencontrer, ou encore par rapport aux gens que tu rencontres… C’est un jeu qui te met face à des choix, parfois difficiles, et du coup, tu dois gérer tes émotions, gérer tes engagements. Tu peux faire preuve d’orgueil ou de résilience. Je trouve que c’est un beau parallèle avec la vie ! J’ai appris pas mal sur moi-même et ça m’a confirmé des choses sur ma personnalité, sur qui j’étais, et c’est ça que je trouve cool.
En ce qui concerne ta deuxième question, je viens surtout pour m’amuser, mais je me suis pris au jeu, je ne te cache pas. Je travaille le jeu, je suis un compétiteur ! Je suis un ancien sportif, le rap aussi, c’est de la compétition, donc je me suis pris au jeu et je nourris des ambitions. Si je suis là, autant essayer d’aller le plus loin possible, voire d’aller au bout.
Marrakech m’a donné encore plus envie, car j’ai terminé 283e du Main Event sur 3 500 joueurs. Du coup, ça m’a vraiment donné envie de m’investir plus. Mais je me suis rendu compte que c’était un vrai sport. Mentalement, il faut être solide pour jouer autant d’heures sans vaciller !
- Aujourd’hui, quelle place occupe réellement le poker dans votre quotidien ? Est-ce que vous prenez le temps de travailler votre jeu, d’étudier la stratégie ou d’échanger avec des joueurs professionnels, ou est-ce que vous préférez conserver une approche plus instinctive ?
– Un peu des deux ! À Marrakech, j’ai pas mal échangé avec Bruno (Kool Shen) pendant les deux journées sur le Main. À chaque pause, j’allais le voir et je lui expliquais comment ça s’était passé, comment je me sentais… Et il m’a donné un super conseil ! J’avais l’impression d’être toujours short, autour des 20 BB, et je lui expliquais que ça m’angoissait un peu, car avec les blindes qui évoluent, je ne me voyais jamais devant et solide par rapport à la structure. Il m’a expliqué qu’un bon joueur de tournoi devait être capable de gérer un stack de 20 BB. Il est un peu rentré dans les détails, et ça m’a pas mal aidé à rentrer dans la zone.
Après, je travaille mon jeu en ligne ou même avec des amis. J’aime jouer avec les gens qui me connaissent, car ça m’oblige à varier mon jeu, à essayer d’être plus imprévisible ! Mais pour l’instant, j’évite de rentrer dans des considérations techniques trop compliquées. Je joue plus l’homme que les probabilités. Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, j’y vais doucement sur la technique.
- Le rap et le poker sont deux univers très différents, mais dans lesquels la confiance en soi, la créativité et la gestion de la pression peuvent jouer un rôle important. Est-ce que vous retrouvez certaines similitudes entre la préparation d’un concert et la compétition autour d’une table de poker ?
– Nan, c’est complètement différent à mon sens. Quand je suis en concert, je suis pressé de jouer ma musique. Dans le poker, au début, j’avais une pression de dingue ! Et c’est d’ailleurs ça qui m’a accroché. Quand je rentrais dans la salle, j’avais l’impression que tout le monde voulait m’abattre, c’était impressionnant ! Les premières fois, j’ai mis une heure à redescendre, mon cœur battait, c’était dingue. Je ne sais pas si c’était du stress, mais en tout cas, j’avais la pression. Aussi, je voulais bien faire, je ne joue pas trop en live, donc il y avait aussi la pression de ne pas faire d’erreur sur les mises, les antes, etc.
En plus, j’ai le badge WIP, donc je suis un peu la personne à abattre, donc deux fois plus de pression. Au final, après, j’ai fait avec les armes que j’avais. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux, même si je ressens encore un peu de pression lors de la première heure à la table.
Ce qui est drôle, c’est que dans le rap, je ne ressens pas la même pression, et pourtant, il y a beaucoup plus d’enjeux, c’est ma vie, c’est ma passion ! Mais le poker… c’est une dinguerie (rire) ! C’est violent, l’élimination est très brutale, et l’échec est instantané. Alors que dans la vie, tu as plus le temps de prendre ton échec en compte et d’avancer.
- Quand vous arrivez à une table de poker, une partie de vos adversaires vous connaissent déjà grâce à votre musique. Est-ce que vous avez l’impression que cette notoriété influence leur manière de jouer contre vous ? Est-ce que certains cherchent davantage à vous bluffer ou, au contraire, à vous éviter ?
– Personnellement, je ne ressens pas ça. J’ai quand même l’impression d’être considéré comme n’importe quel autre joueur, mais je pense que ça doit jouer quand même un minimum, il faudrait demander aux joueurs ! Souvent, ils déclarent qu’ils me connaissent une heure ou deux après avoir commencé la partie. Mais globalement, je me fais discret. Puis il faut dire une chose, je trouve que les gens sont particulièrement bienveillants ! Hier, j’ai fait l’argent sur un tournoi du festival, les gens étaient contents pour moi, c’est vraiment cool.
Mais pour revenir à ce qu’on disait avant, à partir du moment où un joueur me dit qu’il me connaît, ça me met dans un bon mood. Je vais pouvoir parler de ma musique à quelqu’un qui s’y intéresse, par exemple, et ça va me permettre de discuter un peu avec la personne et de dégager des traits de personnalité de mon adversaire ! Je scanne tout et du coup, ça m’aide.
- Après avoir participé à plusieurs festivals Winamax, est-ce que vous envisagez d’aller plus loin dans le poker ? Est-ce que vous aimeriez, par exemple, participer un jour au Main Event des WSOP à Las Vegas, ou est-ce que vous souhaitez avant tout continuer à jouer pour le plaisir ?
Oui, je kifferais ! Je suis déjà allé à Vegas, mais plus pour la roulette (rire). Mais l’été prochain, moi, je suis partant, tant que je suis disponible par rapport aux concerts et aux tournées. Il y a toujours moyen de trouver des spots. Aller là-bas et gagner un tournoi, ce serait dingue !
- Pour terminer, parlons un peu de musique. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets artistiques ? Est-ce que vous préparez de nouveaux morceaux, un album ou une tournée ? Et comment arrivez-vous à concilier votre activité musicale avec votre passion pour le poker ?
– Oui, je prépare de nouveaux projets, je fais plein de choses pour d’autres musiciens. Il y a beaucoup de sons, beaucoup de collaborations à venir… Je me suis fait kiffer ! Je trouve qu’en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui sont très forts. J’arrive à concilier la musique et le poker, mais ce n’est pas facile (rire).
Par exemple, quand je suis arrivé sur le festival, je venais de passer pas mal d’heures en studio, je n’avais pas beaucoup dormi. Donc je suis arrivé, je me suis mis à jouer directement, c’était un peu dur, mais ça va !
Sinon, habituellement, je joue en ligne pour des petites sommes et je travaille mon jeu comme ça. Ça me permet de voir des cartes et de travailler mes stratégies à ma manière.
Merci pour l’interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv
Interviews
Leo Margets, une table finale historique et toujours la même soif de progresser
Published
1 semaine agoon
25 septembre 2026
Quelques mois après son incroyable parcours sur le Main Event des WSOP 2025, Leo Margets est de retour aux tables du Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains ! L’occasion de revenir avec elle sur l’une des plus grandes performances de sa carrière, mais aussi d’évoquer ses ambitions pour les années à venir. Entre ses envies de découvrir les Triton ONE, son rapport au travail et sa vision de l’évolution du poker moderne, la joueuse espagnole nous livre un entretien dans lequel elle affirme une chose : sa table finale des WSOP n’est certainement pas une finalité !
- Leo, un peu plus d’un an après votre 7e place au Main Event des WSOP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette performance ? Est-ce que vous avez maintenant pleinement réalisé ce que vous aviez accompli et l’impact que cette table finale a eu sur votre carrière ?
– Je pense que c’est l’une des expériences les plus intenses de ma vie, et pas seulement au poker, car j’ai pu partager ça avec des amis très proches pendant tout le tournoi, et ça, ça a complètement changé l’aventure. C’est une super expérience de vie, mais à la fois, je ne veux pas avoir l’étiquette de la femme qui a fait la table finale, et je pense qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui peuvent arriver encore. Même si c’est très difficile de faire une performance vraiment bonne, on sait tous que ce n’est pas habituel de faire un résultat comme ça, alors c’est quelque chose de super dont je me souviendrai toute ma vie, mais je dois continuer d’avancer et ne pas m’arrêter sur cette table finale du Main Event. Je suis quelqu’un qui peut réussir à faire beaucoup plus de choses dans le poker. Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait quelque chose d’énorme, c’est comme si c’était fini, mais non ! En somme, je n’en fais pas une finalité.
- Au-delà du résultat et des émotions, est-ce que ce parcours vous a permis de découvrir quelque chose sur votre propre jeu ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux que vous avez décidé de travailler différemment depuis cette expérience ?
– Je suis super fière globalement. Faire des erreurs fait partie du jeu, mais j’aurais été OK d’en faire encore plus, c’est le poker ! On ne doit pas avoir peur de faire des erreurs, mais je pense que j’ai pu briller en me donnant à 100 % dans un moment où j’ai eu le plus de pression de ma vie, et je ne peux qu’être heureuse. Bien sûr, on peut toujours s’améliorer, mais je suis super contente. J’étais tellement dans le flow que ça a été incroyable. J’étais très connectée aux émotions des autres, au jeu… J’ai fait quelques erreurs, mais je ne vais pas me punir, tu sais. Sur 10 jours, on fait forcément des erreurs avec la fatigue. Je vais continuer à travailler mon jeu, et ce résultat m’a permis de me donner un gros boost de motivation !
- Ici, vous allez rencontrer de nombreux joueurs amateurs, bien loin des fields que vous avez l’habitude d’affronter sur le circuit international. Comment adaptez-vous votre jeu à ces profils ? Est-ce qu’un field moins expérimenté peut parfois vous poser des problèmes stratégiques inattendus ?
– Oui ! La clé au poker, c’est de s’adapter, et si tu veux performer, tu dois faire en fonction des joueurs en face. C’est bien d’avoir deux ou trois récréatifs à table, mais parfois, quand tu t’assois et qu’il y a une table entière de joueurs récréatifs, c’est plus difficile, car tu vas jouer beaucoup de pots multiway, et c’est parfois compliqué de comprendre les ranges qu’ils jouent. Mais c’est sympa quand même ! L’ambiance à la table est vraiment bonne, on rigole, ce sont toujours de bons moments. Parfois, dans certains endroits du monde, les joueurs ne parlent pas, ils ont des casques… Ça n’est pas toujours aussi sympathique que sur un festival comme le WPO !
- Vous avez remporté un bracelet WSOP et atteint la table finale du Main Event. Après de telles performances, comment parvient-on à se fixer de nouveaux objectifs ? Est-ce que vos ambitions ont évolué, notamment concernant les tournois et les circuits auxquels vous souhaitez participer ?
– En fait, je n’ai jamais eu d’ambitions qui se basent sur les résultats. J’essaye toujours de m’améliorer, et ensuite je transforme ça en résultats qui sont les conséquences de mes efforts. J’ai encore très envie de devenir une meilleure joueuse, et ce n’est pas que je vais sauter dans les super high stakes, mais peut-être que je vais m’essayer aux Triton One et jouer un peu plus cher que mon average buy-in actuel. Je suis consciente de mon edge sur tel ou tel field, je pense que je peux être gagnante sur les tournois de Triton One, mais j’ai toujours voulu jouer mon action à 100 %, donc je vais y aller progressivement. C’est pour ça aussi que je veux progresser en tant que joueuse. Mon average buy-in est peut-être de 3 000 à 4 000 €, tandis que sur Triton One, je jouerais en moyenne pour 5 000 ou 6 000 €. Peut-être que je pourrais jouer un 25 000 € qui serait super beau, mais je n’ai pas trop envie de jouer des super high rollers de manière régulière. De plus, j’aime la complexité du jeu, j’aime étudier, mais je sais que pour l’instant, je ne suis pas au niveau des joueurs qui jouent les super high rollers. Alors je n’aime pas trop me battre sur un field où je sais que je n’ai pas d’edge, ou très peu. Je suis consciente que je ne fais pas assez d’heures de travail comme le font ces joueurs qui performent sur les super high rollers. Je veux sentir que je suis au top contre les gens que j’affronte, et c’est pour ça que je veux bien choisir les tournois que je joue.
- Le niveau du poker professionnel ne cesse de progresser, et les outils de travail sont devenus de plus en plus performants. Comment organisez-vous aujourd’hui votre travail personnel en dehors des tables ? Est-ce que vos méthodes d’apprentissage ont évolué ces dernières années, notamment depuis votre table finale aux WSOP ?
– Entre nous, je préférais presque le poker avant. C’était plus un poker d’instinct. Maintenant, le poker est devenu un jeu où il faut plus travailler les solvers que les autres pour s’en sortir face aux joueurs de haut niveau. Bien sûr, il faut connaître la théorie pour pouvoir jouer de manière optimale, mais ensuite, il faut savoir s’adapter et dévier de cette théorie pour pouvoir exploiter ses adversaires au mieux. Avant, il n’y avait pas de logiciel pour savoir ce qui était optimal ou non. Tout dépendait de l’expérience et de la façon de travailler de chaque joueur. Maintenant, c’est beaucoup de travail, il faut étudier les lines qui vont te permettre de te rapporter le plus d’EV possible. Après, même quand tu les connais, il faut parfois savoir ne plus en tenir compte en fonction de qui tu es en train de jouer, et t’adapter. Ces lines que tu apprends avec les logiciels, au final, te permettent de gagner de manière optimale face à quelqu’un qui jouerait 100 % GTO, or, autour des tables, on ne joue pas face à des robots, mais contre des humains qui ont des émotions et qui ne répondront pas de la même façon que le solver !
- Ici, au WPO, vous allez notamment affronter de nombreux joueurs amateurs aux profils très différents. Est-ce que vous abordez ce type de tournoi avec la même exigence et le même esprit de compétition qu’un Main Event des WSOP ? Ou est-ce que vous vous permettez de jouer un poker plus instinctif, en accordant davantage de place au plaisir ?
– Vraiment, j’essaye de prendre chaque tournoi avec la même attitude. Quand je suis à la table, j’oublie le buy-in, j’essaye de prendre les meilleures décisions quoi qu’il arrive ! Mais c’est vrai que tu n’as pas forcément les mêmes sensations que sur un tournoi comme le Main Event, et c’est normal. C’est beau que certains tournois nous fassent ressentir quelque chose de spécial. En tout cas, globalement, ça n’est pas possible pour moi de m’asseoir et de me dire que je n’essayerai pas de jouer mon A-game. Parfois, je ne peux pas forcément le développer, mais je veux toujours avoir l’esprit de compétition dans tous les cas.
- Vous évoluez au plus haut niveau depuis de nombreuses années. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Est-ce que vous souhaitez continuer à vous consacrer pleinement à la compétition ou est-ce que vous envisagez de développer d’autres projets autour du poker ?
– Je ne sais pas ! On aime parfois sentir qu’on a un chemin tout tracé pour enlever de l’incertitude, mais je pense que je vais jouer toute ma vie, oui, sauf si je sens qu’à un moment, je n’ai plus faim d’amélioration quant à mon niveau. Après, je suis ouverte à des projets. Mais tu sais, j’ai fait un grand bond de niveau depuis 5 ans, car avant, j’étais toujours en train de penser à un plan B hors poker. Je mettais du temps dans le poker, je travaillais le jeu, mais je faisais quand même des formations dans tel ou tel domaine pour avoir comme un filet de sécurité si jamais le poker n’allait pas bien ! Et ça, ça n’est pas bon pour devenir meilleure. Globalement, je pense que tu dois pouvoir être « all-in » dans ce que tu fais si tu veux progresser et arriver au meilleur niveau. Sinon, tu divises ton attention, tu es moins focus, ça n’est pas bon. Je me suis rendu compte que ce que je faisais à côté du poker, c’était comme pour me trouver une excuse pour ne pas m’investir à 100 %. Maintenant, j’ai changé ça, je suis coachée, je fais faire des simulations pour travailler, je partage beaucoup avec des joueurs de poker dans des groupes… Je veux pouvoir arriver à mon meilleur niveau !
Crédit photo : Edu Agreda
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