Interviews
Sexisme dans le poker, la parole se libère : Joueuses, croupières & modo témoignent
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4 ans agoon
Elles se prénomment Rosalie, Jade, Kate, Walfie, Stéphanie, Amandine, Lola ou Chloé. Certaines ont accepté de parler à visage découvert, d’autres préfèrent garder l’anonymat et prendre un prénom d’emprunt, de peur d’être la cible de ce qu’elles dénoncent : le sexisme hypertrophiée du milieu du poker. Tout a démarré par le partage, sur Twitter, d’une capture d’écran d’insultes par la joueuse pro Rosalie Petit, notamment membre du King5 Winamax de ces WSOP 2021. Une insulte de plus, une insulte de trop, qui a fait réagir de nombreuses joueuses, croupières ou modératrices. Nous avons été recueillir leurs témoignages, à la fois intimes et révoltés, en espérant qu’ils permettent aux mentalités d’évoluer. Nous avons également décidé de republier ici en ligne l’intégralité de notre dossier inclus dans le daté février 2022 de notre magazine papier.
A chaque milieu, sa temporalité. Celui du poker, majoritairement masculin, aura mis du temps à entamer sa propre révolution, d’autant plus en France, où la vague #metoo n’a pas été une déferlante comme dans les sociétés anglo-saxonnes. Rosalie Petit, joueuse professionnelle en MTT, qui sévit aussi bien en ligne qu’en live, a jeté une pierre dans la mare, en début d’année 2022, en « osant » partager des captures d’écran de commentaires d’une vidéo entre elle et un coach, Aleksi. Un exemple, comme il en existe des milliers par jour, du sexisme ordinaire : « Coaching… Coaching… Tu la baises ouais ! », suivi de « Comme si elle allait devenir bonne ; elle est déjà bonne physiquement, pas besoin de plus ». Les réactions ne se sont pas fait attendre : « J’ai été très touchée par toute cette vague de bienveillance, de soutien, je n’imaginais pas recevoir autant de force! Je remercie énormément Moundir et tous ceux qui se sont mobilisés pour afficher leurs positions contre le sexisme, » témoigne-t-elle.« Beaucoup de femmes souffrent dans l’indifférence générale. Trop de femmes sont victimes de propos déplacés, d’avances, de critiques et d’insultes a caractère sexiste, parfois même de violence physiques. Il ne faut pas normaliser ça, il faut que les mentalités évoluent. Nous méritons le respect dans chaque discipline, » ajoute-telle. Dans sa foulée, d’autres joueuses, amatrices ou semi-professionnelles, ont fait entendre leur voix.
Condescendance & agressivité
Jade Kieu est une joueuse récréative comme il y en a des milliers en France, et ce depuis une dizaine d’années, surtout en live, en cash-game en casino. Ses débuts, comme pour beaucoup de joueuses, ont été un peu traumatisants : « Une des première fois, j’étais accompagnée de deux amis joueurs, et on voulait trois places en cash-game. C’était dans un casino de province, et le floor a lancé : ‘Ah mais la demoiselle, elle veut jouer aussi ? Elle sait comment ça fonctionne le poker ? C’est pas un jeu de chance comme la roulette hein !’ » Souvent, on la regarde comme une proie facile. « Quand j’arrive, parfois, les joueurs rigolent en me dévisageant, et disent, ‘ah, enfin un peu de divertissement !’ » Rosalie Petit raconte la même histoire : « La première fois où je me suis assise à une table de cash-game, un joueur m’a lancé : ‘Tu t’es perdue ? Les machines à sous c’est de l’autre côté, quand t’auras perdu, je te payerai une coupe de champagne !’ » Grande sportive, Amandine Michelet, elle, a découvert le poker dès sa majorité, et elle s’y est consacrée de plus en plus après avoir connu une maladie qui lui empêchait de continuer le sport. Après s’être impliquée dans le poker associatif, elle a pu monter une bankroll et se qualifier sur des tournois mid-stakes. Ses débuts ont été entachés par une attitude masculine prédatrice et lourde : « J’étais plutôt timide, souriante et gentille, et j’avais un manque de confiance en moi qui faisait que j’avais du mal à prendre de bonne décision. Certains hommes rentraient dans un protocole de séduction charmeur, d’autres utilisaient des mots vulgaires et inappropriés. Je venais pour exercer une activité qui me plait, faire de belles rencontres hommes ou femmes et aussi dans un but d’échanger et de progresser sur le poker, pas de rencontrer l’amour ou d’avoir des propositions indécentes. » Et quand elle ne symbolise plus la jeune joueuse fragile, les insultes se font encore plus menaçantes : « Ce qui a augmenté sont les insultes quand je gagnais des coups ou que je sortais des joueurs. Le mot « pute » ou « salope » revenait souvent… » La joueuse semble souvent n’avoir que deux places possibles : la brebis innocente, devenue proie sexuelle, ou celle qui « chatte » et joue n’importe comment. Stéphanie (son prénom a été changé) a elle aussi eu à affronter ces prédateurs, après avoir découvert le poker lors d’un tournoi Ladies au Cercle Clichy Montmartre : « Ca m’a permis de sauter le pas, et comme je jouais déjà en ligne et que je suivais les tournois sur les réseaux, j’avais très envie de commencer le live. Malheureusement, quand je suis revenue ensuite dans des tournois classiques, j’ai été traitée souvent de ‘grosse salope’, ‘cocue’, ‘mal baisée’. » Elle modère cependant cette impression par le fait que « le milieu du poker est comme tous les autres : il y a des personnes très bienveillantes et accueillantes, d’autres… moins. Par contre, on a un grand déficit de femmes, moins de dix pourcents dans une salle… » Jade Kieu, une habituée des cash-game parisiens, a aussi eu son lot d’insultes et menaces : « Une fois, on m’a dit droit dans les yeux : ‘c’est comme ça qu’on gagne des tournois hein ! La chatte sous ta jupe doit être bien grosse’, ou « cette pute, elle me prend encore un coup je l’encule direct sur la table ». Sur ma finale du Road to PSPC Paris, j’entends derrière moi : ‘Mec, si tu perds contre la gonzesse, on te casse la gueule’. Un jour, au Club Circus, le mec à ma gauche parle à chaque fois avant que j’ai pu jouer, le croupier lui fait remarquer que ça faisait 3 fois qu’il me laisse pas parler quand c’est mon tour, il lance ‘Ah mais elle est là elle ? Elle est là pour jouer ? Je pensais que c’était une masseuse chinoise !’, suivi d’un élégant ‘ Sale pute tu sais pas jouer t’es bonne qu’à écarter les cuisses’. » Les croupières bien sûr, ne sont pas en reste. Lola (son prénom a été changé) a fait ses classes au défunt Cercle Cadet : « L’ambiance était masculine et toxique. Certains dirigeants pensaient avoir un droit de cuissage sur les croupières, comme malheureusement dans pas mal d’entreprises. A table, c’était terrible car, bien sûr, dès qu’on donnait de mauvaises cartes, on était traitées de putes. Et quand les joueurs gagnaient des coups, ils nous proposaient de mettre le pourboire dans le décolleté. Ca faisait rire à table. J’en avais parlé à un responsable, mais l’important, c’était de ne pas radier les joueurs. On m’a déjà suivi à ma pause pour me proposer ‘une pipe aux toilettes’ avec un jeton de 100€. C’était franchement la jungle. Ensuite, j’ai fait plusieurs autres cercles et clubs, et c’était mieux réglementé. L’important, c’est que votre employeur applique des règles strictes et s’y tienne. »

Au-delà des mots
Stéphanie a pu profiter, comme certaines, du soutien des croupiers et parfois même d’autres joueurs de ses tables habituelles de cash-game : « J’ai eu plusieurs fois le droit à des insultes à peine voilée lorsque je remportais des coups, voire même parfois très déplacée. J’ai pris le parti de ne pas répondre et de ne pas leur donner d’importance. Alors oui, au départ, ca a été compliqué et j’étais souvent très mal à l’aise. La plupart du temps, le croupier les recadrait voir même certains joueurs. Mais avec le temps et grâce notamment à certaines joueurs, j’ai réussi à être à l’aise, j’avais comme une sécurité lorsque je venais puisqu’eux même était des joueurs connus et/ou respectés. » Un soir, pourtant, les paroles deviennent des actes : « Mon pire souvenir, c’est d’avoir été aux toilettes et suivie par un joueur qui avait été insistant toute la soirée pour m’offrir un verre. Il a attendu que je m’y rende et pendant que je me lavais les mains, il m’a sorti son pénis, ‘tu veux pas me sucer en échange d’un jeton de cash-game, je te paie !’ J’étais complément choquée. » Chloé (son prénom a été changé) a vécu les mêmes propositions d’incitation à la prostitution, comme si le corps de la femme qui joue de l’argent était obligatoirement monnayable : « Parfois, les hommes abandonnent les sous-entendus graveleux, et osent me dire que je ‘serais mieux sous la table’ plutôt qu’à jouer. Ou les autres qui te salent de ‘grosse pute’, un classique, ou te proposent de coucher avec eux en échange d’un buy-in. » Amandine Michelet a, elle aussi, dû faire face à de la violence physique, à deux reprises durant ses années sur le circuit : « Un jour, j’ai sorti du tournoi un joueur très agressif dans son comportement à table. A la fin, je gagne le tournoi, vers 3h du matin, et il m’insulte en me traitant de ‘salope… pourquoi tu m’as payé ?’ Il s’est mis à me pousser et me gifler. Heureusement, la sécurité du casino veillait et ils m’ont raccompagnée jusqu’à ma voiture. Une autre fois, c’était en début de tournoi, j’avais monté beaucoup de jetons, et je fais tilter un joueur, qui finit par sauter. Il m’a insulté, et m’a dit qu’il allait m’attendre pour me frapper. Il a soulevé la table de poker, et fait tout tomber. Le staff n’a pas bougé, mais un joueur à table, assez musclé, lui a dit que s’il me touchait, il lui ferait son affaire. Heureusement, ça m’a sauvée. »

L’anonymat du online
Walfie est joueuse, et modératrice sur les chats d’une room online depuis 8 ans. Elle a travéillé sur les streams des génats du secteur, ainsi que sur des chaînes Twitch de joueuses, dont celle de Rolsalie Petit et d’Angelus. « En étant modératrice femme, il n’est pas rare que je reçoive des messages d’insultes de la part de viewers masculins, souvent parce qu’ils ont été Ban définitivement de la chaîne, ou parce qu’ils se sont pris des Bad Beat et ne savent pas à qui s’en prendre, quoi de plus facile de venir insulter une femme en Messages Privés ! Depuis toutes ces années, j’ai appris à me blinder de toutes ces remarques méchantes, désobligeantes, sexistes et machistes, mais parfois j’avoue que certaines sont violentes et ont du mal à sortir de ma tête pendant quelques jours. Il m’arrive également de recevoir des messages avec des photos de sexes masculins avec en légende : ‘Tu la vois ma grosse bite, je vais te l’enfoncer dans ta sale bouche de pute jusqu’à ce que tu crèves’. Ou encore ‘Tu n’es qu’une salope, ta copine et toi allez-vous faire enculer. Je vous défonce, vous êtes des niqueuses, vous vous croyez fortes sales batardes, je défonce votre sale chatte’ et ‘Nique ta pute de mère, sale salope, baiser ta mère la pute toi et Winamax. Je vais rouvrir un compte Twitch et le jour où je te tombe dessus, t’es morte sale pute, je vais découvrir tes réseaux, sale pute’. » Pour Jade Kieu, la violence online est protéiforme : « Il est toujours plus aisé d’insulter quelqu’un lorsqu’on est caché derrière un pseudo. La violence verbale est bien sûr très présente online, et pas qu’envers les femmes… » Amandine Michelet, elle, s’est réslue à prendre un pseudonyme sans genre : «L’anonymat du net décuple les insultes sexistes fusait sur le tchat, à l’époque j’avais un pseudo féminin et j’ai dû bloquer le tchat à certains moments. Aujourd’hui j’ai pris un pseudo qui fait que l’on n’arrive pas à dire le sexe de la personne qui se trouve derrière. » Chloé, elle, se fait insulter sur le thème « C’est pas possible d’aussi bien jouer, tu dois être un mec »…

La responsabilité de l’industrie en jeu
La fantasmatique masculine la plus minable semble être presqu’automatiquement en action quand une femme s’assoit à table : les femmes qui font des tournois ont été « cavées » par un joueur, elles n’ont aucune performance au mérite. Il faut dire que le sexisme n’est pas toujours du seul côté des joueurs anonymes. Un influenceur poker comme Yoh_Viral a souvent été brocardé pour son humour beauf et ses vidéos où toutes les filles sont là pour son argent, et font semblant de jouer au poker, objectifiant la femme comme un trophée de guerre. Dans une vidéo peu relayée (élégamment intitulée « Poker et dilatation ») en dialogue avec un acteur X de la fachosphère, Jean-Marie Corda, il se gausse pendant de longues minutes sur la sexualité du joueur : « C’est usant de niquer… C’est du problème de riche, parce que je suis vidé, tu vois. J’y vais sans meuf, dans les tournois, mais bientôt je vais avoir envie d’aller avec des meufs » Corda lui répond : « Pour se foirer dans un tournoi, le pire c’est d’éjaculer, de manger un coup, et d’arriver en mode digestif après le relâchement de l’éjaculation. Par contre, tu peux arriver avec une meuf, ça se chauffe, elle est trop bonne, nickel, tu te retiens, et t’arrives au tournoi sans éjaculer, mais ça te déconcentre, parce que tu sens trop tes couilles pleines ! » Yoh_Viral : « Le poker est un sport, et l’effet de la digestion et de l’éjaculation, c’est le pire combo ! » Rires gras. Les rooms online ne sont pas reste, notamment à la « grande » époque du boom du online : certaines d’entre elles, depuis longtemps disparues, avaient par exemple eu la bonne idée de financer une trentaine de filles qui n’avaient jamais joué au poker précédemment, lors de la grande finale de l’EPT Monaco. Arrivées au bras d’une gloire de l’époque façon revue de cabaret, elles n’avaient fait que renforcer ce préjugé de la fille décérébrée qui laisse le poker aux vrais joueurs : les hommes. Kate (son prénom a été changé) a vécu ces moments déstabilisants dès le milieu des années 2000. Alors joueuse non sponsorisée, avant de devenir présentatrice poker pour différentes marques de poker, elle a toujours dû freiner la sexualisation qu’on lui proposait : « J’ai la chance de ne pas être mannequin, donc on m’a pris plus au sérieux, mais je devais refuser tout le temps les tenues trop suggestives, parce que je trouvais que cela me faisait passer pour une potiche. Avec le temps, je regrette de ne pas avoir été assez sûre de moi, et d’assumer ce que je voulais. L’instinct de beaucoup de joueurs est sexiste, mais avec le temps, j’ai vu l’industrie évoluer : les équipes des grosses rooms online ont compris que les femmes pouvaient être des joueuses pros importantes, et qu’il fallait tout faire pour mieux inclure les joueuses dans l’industrie. »

Des exemples à suivre
Dans la foulée de Rosalie Petit, une sororité de joueuses a commencé à parler et médiatiser leurs mésaventures. Comme d’autres exemples en leur temps, Rosalie Petit fédère une parole qui se libère. Car, pour sauter le pas, les joueuses ont besoin de modèles et d’appuis. Dans le passé, des figures du poker comme Isabelle Mercier, Vanessa Selbst ou autres. Des femmes puissantes et inspirantes, comme l’avoue Jade Kieu : « Celle qui m’a le plus inspirée en tant que femme au poker était Vanessa Selbst, j’étais impressionnée non seulement par son niveau, mais aussi de toute la force, la confiance et le charisme qu’elle dégageait. Il y a eu notamment Vanessa Rousso et Liv Boeree, voire Jennifer Harmann, Vicky Coren et Annette Obrestadt. Ces joueuses qui clament haut et fort ‘Oui, je suis une femme, et je suis à la place où je dois être’». Kate pense aussi que c’est par la médiatisation des femmes que les mentalités changent : « J’ai eu la chance de recevoir de nombreux témoignages de joueuses qui m’ont remercié pour leur avoir donné le courage de jouer au poker, et de m’affirmer en tant que femme. C’est sûrement ma plius grande réussite dans cette industrie du poker. Plus il y aura de femmes, plus les hommes devront réviser leur attitude, et, j’espère, changer de mentalité. » Pour Rosalie Petit, celle qui a allumé la flamme de cette libération hexagonale, il faut « arrêter de fermer les yeux et défendre les femmes quand on fait face à ce genre de comportements. La plus part de ces incidents se produisent dans l’indifférence générale ou pire tout le monde s’en amuse. Les femmes se sentent humiliées et pas à leurs place. Online, des mesures plus sévères envers le manque de respect, pour protéger la santé mentale de tous les joueurs, je pense au bannissement temporaire par exemple. Sinon, jouer sous sa propre identité, sans anonymat, pourrais limiter ce genre de comportements. » Pour Jade Kieu, le poker évolue déjà « Aujourd’hui je suis ravie de voir les mentalités changer, lentement certes, mais cela évolue dans le bon sens, que ce soit au poker ou dans d’autres domaines. Aujourd’hui, la parole est libérée, beaucoup de femmes osent parler, s’assumer, se faire respecter. Et beaucoup d’hommes n’hésitent pas à monter au créneau pour défendre la place des femmes dans tous les milieux. C’est très positif pour la suite. Je pense qu’il est important de plus communiquer sur le savoir-être et le savoir-vivre au poker en général. Aujourd’hui, la communication, la médiatisation se fait beaucoup sur le plan marketing, pas assez sur les valeurs qu’un joueur de poker doit avoir. Le fait que certaines personnalités ou personnes influentes du milieu prennent position ouvertement, c’est très bien, mais ce n’est pas encore suffisant. Je pense qu’il faut sanctionner les comportements sexistes (racistes, homophobes et autres). Je pense qu’il faut établir des règles strictes à ce niveau-là dans les casinos, les clubs de jeux, les salles de tournois, avec des sanctions sévères. On sait que le milieu du poker est très dur, parfois injuste, parfois cruel, on est tout de même là pour gagner l’argent que d’autres ont mis sur la table. Mais ça doit rester un jeu, et on peut être dans l’adversité, mais avec un respect mutuel de part et d’autre. Car le poker n’a pas de genre, pas d’âge, pas de classe sociale, pas de couleurs de peau, pas de religion. Nous sommes juste Joueurs de poker avec un grand J. »


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Interviews
WSOP 2026 : Grégory Chochon & Bruno Fitoussi en interview exclusive !
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2 semaines agoon
27 mai 2026
Le poker lie les générations et les aventures. Si le premier est sans conteste le Français le plus important de l’industrie poker depuis plusieurs années, le second a permis de modeler par sa vision ce qu’est devenu le poker moderne en France et en Europe. Le « patron » (Chief Operating Officer) des World Series of Poker était de passage à Prague pour les WSOP-E, qui ont été un énorme succès. C’était l’occasion de passer du temps avec Bruno Fitoussi, venu disputer quelques tournois, avec qui il partage l’amour du golf, du poker et des bonnes tables. À quelques semaines du début des WSOP à Las Vegas (programme complet à découvrir dans les pages suivantes), les deux hommes ont pu discuter en toute amitié de cette compétition qui reste indétrônable dans le cœur des joueurs et le panthéon des amoureux du beau jeu.
Par Jérôme Schmidt / photographies : Caroline Darcourt
Grégory, quelle est l’offre actuelle des World Series en termes de tournois live, de par le monde ?
Grégory Chochon : Il y a bien sûr les WSOP à Las Vegas, puis ce que l’on appelle les tournois majeurs : le WSOP Paradise, qui a lieu en fin d’année, et le WSOPE, qui se déroule pour la première fois à Prague en ce moment [note : au début du mois d’avril 2026], au King’s Casino – sans oublier les bracelets des WSOP online qui se déroule sur GGPoker, dans les pays où l’opérateur est disponible. En dessous, on retrouve les WSOP-Circuit, qui sont un peu comme une deuxième ligue, avec des Main Event à 1 500 € / 1 700 $ uniformisés. Cela correspond aussi à une offre qu’on va lancer en ligne, avec plus de cinq cents tickets de Main Event WSOP-C à gagner via l’appli, et les gens pourront aller jouer l’étape de leur choix dans le monde entier, sauf en Asie car c’est compliqué réglementairement. Le Vietnam a fermé le poker, par exemple, en Corée, à Jeju, les locaux n’ont pas le temps de jouer, au Japon, il va falloir attendre le casino d’Osaka en 2029… On préfère être prudent pour bien rester dans les lois de chaque pays.
Comment l’offre s’est-elle affinée avec le temps ?
Grégory Chochon : On a fait du WSOP Paradise un nouveau tournoi phare de l’année, dans une esthétique high-roller assumée qui attire un autre type de joueurs, une sorte de « convention » des high-rollers qui veulent bien finir l’année [rires] ! Côté WSOP à Las Vegas, on n’y touche pas au vu du succès qui ne fait que grandir, quant à l’Europe, on voulait tenter Prague, et a priori les chiffres nous donnent raison, les joueurs sont venus vraiment en masse. On a rajouté un Ladies, afin de créer un événement pour tout le monde. Côté buy-in, tu as 25 000 $ pour le Paradise, 10 000 $ pour Vegas et 5 000 € pour les WSOP-E. On veut que chacun de ces Main Event soit le plus important de l’année, dans sa propre catégorie, et je crois qu’on fait tout pour que ça soit le cas.
Bruno Fitoussi : Et comme vous rajoutez les WSOP-C, ça crée une pyramide vraiment bien construite en termes d’écosystème… Vegas reste mythique, c’est vraiment le sommet de la pyramide, même si, tu as raison Grégory, les WSOP Paradise prennent de plus en plus d’importance…
Grégory Chochon : Le prizepool global de Paradise rejoint petit à petit celui de Vegas, notamment car le buy-in est plus élevé, mais aussi car on autorise les re-entry. Aux Bahamas, tu peux buy-in en crypto, alors qu’à Vegas, c’est impossible. Pour te donner une idée, au moment de cash-out lors des WSOP Paradise, on a fait… trois virements bancaires seulement ! La très grande majeure partie des cash-out est faite soit via Luxon, soit en USDT.
Bruno, quel est votre avis sur l’évolution de ces buy-in au fil du temps – à la fois en tant que joueur et en tant que professionnel du poker ?
Bruno Fitoussi : C’est un très vaste sujet, car à l’époque de l’Aviation Club de France il y a environ vingt ans, le Grand Prix de Paris, qui était un tournoi brandé World Poker Tour, avait un buy-on de 10 000 €. En argent constant, cela donnerait du 17 000 €… Aujourd’hui, à part les Bahamas et tous les Triton, on ne propose plus de tournois supérieurs à 5 000 € en Europe. On assiste donc à une montée en gamme de certains buy-in avec les WSOP Paradise ou le succès des Triton – qui est un écosystème à lui tout seul –, mais aussi à une multiplication des petits buy-in. Il suffit de regarder le succès des tournois Texapoker à 300 ou 500 €…
Grégory Chochon : Cela a été un vrai sujet pour les World Series lorsqu’on a décidé de proposer des buy-in plus faibles, à l’époque. Avant, comme on me l’a rappelé, les seuls tournois à 1 000 ou 1 500 $ c’était des… satellites [rires] !
Bruno Fitoussi : En fait, l’offre et la popularité des tournois se sont détachées avec des sommes faramineuses d’un côté et une scène high-roller qui n’a jamais été aussi folle, et de l’autre une explosion du nombre de joueurs dans les plus petits buy-in.
Quelle était votre volonté au sein des WSOP lorsque vous avez inventé le Colossus, par exemple ? C’était une volonté de démocratiser le poker ?
Grégory Chochon : Les WSOP sont une institution prestigieuse, mais ce n’est pas forcément réservé à une élite. Il ne faut pas oublier que la personne qui a fait rentrer le poker dans l’ère moderne, c’est Chris Moneymaker lorsqu’il remporte le Main Event… Donc un amateur venu de nulle part, qui élimine des pros et écrit la légende du poker du XXIe siècle. Donc, oui, il y a les meilleurs joueurs du monde, mais cela fait partie de l’histoire des WSOP d’avoir des inconnus qui se révèlent. L’année du premier Colossus, on a enregistré 8 000 nouveaux joueurs, des first-timers, qui n’avaient jamais participé aux WSOP auparavant. Comme l’a dit Bruno, à l’époque, même les joueurs récréatifs avaient des moyens et ils étaient prêts à jouer chers ; de nos jours, il y a énormément de passionnés qui n’ont pas les moyens de payer un trop gros buy-in, et il a fallu s’adapter. Avant qu’on ne propose ces « petits » tournois, les autres casinos de Vegas remplissaient leurs salles avec des festivals moins chers en parallèle, et cela a prouvé la demande énorme d’un tel type de public. Financièrement, ce n’est pas une opération très intéressante pour nous car il faut énormément de croupiers à payer pour de petits frais d’inscription, mais cela nous a permis d’entrer encore plus dans l’histoire, avec par exemple le plus gros tournoi live jamais organisé avec 28 000 entrants.
Bruno Fitoussi : Les WSOP, ce sont des chiffres et des légendes qui donnent le tournis depuis le début. Et c’est fabuleux que les nouvelles équipes de Grégory arrivent à ainsi continuer à en écrire une histoire à la fois aussi prestigieuse mais aussi encore plus populaire en termes de fréquentation. Et puis ça permet à de très bons joueurs qui n’ont pas encore une énorme bankroll de se lancer dans de très belles compétitions. Et puis 10 000 $ d’il y a vingt ans, ce n’est pas 10 000 $ en 2026… Donc, même si cela reste une grosse somme, c’est plus « simple » de pouvoir participer au Main Event à Las Vegas. Il ne faut pas oublier également les qualifications en ligne, qui n’existaient pas à l’époque. Et comme les WSOP ont pris la décision forte de ne pas proposer de re-buy ou de re-entry pour le Main Event, tout le monde part avec les mêmes chances. C’est génial, c’est vraiment un tournoi à part dans le cœur de tous les joueurs. Je n’en connais pas un qui ferait l’impasse sur le Main des WSOP à Las Vegas…
Grégory Chochon : Et on ne touchera jamais au côté freezeout du Main Event ! On essaie de garder près de quinze tournois durant les Series qui sont freezeout.
Bruno Fitoussi : Je peux concevoir le principe des re-entry, comme par exemple les EPT qui en proposent un seul, mais le fait de jouer des tournois avec des énormes prizepools et sans re-entry c’est tout de même beaucoup plus excitant ! Cela doit faire… trente ans [rires] que je viens aux WSOP, parce que c’est le plus grand rendez-vous de l’année. Sans oublier qu’on y retrouve tous ses amis, qu’on adore revenir à Las Vegas aussi.
Est-ce que l’explosion du coût de la vie à Las Vegas peut constituer un problème pour le public étranger ?
Grégory Chochon : Une des questions que l’on se pose toujours, c’est comment attirer plus de joueurs à Vegas pendant l’été ? C’est très difficile car pour venir, il faut du temps, de l’argent, des visas selon les pays, etc. Par exemple, on doit faire plus d’une centaine de lettres d’invitation pour des joueurs de certains pays afin qu’ils puissent entrer aux États-Unis… Mais il ne faut pas que les Français s’inquiètent pour leur visa, c’est une sorte d’ESTA un peu plus formel, mais à ma connaissance personne n’a jamais été refusé à cause d’un post sur Facebook ! Le tourisme n’est pas impacté par ça, surtout à Las Vegas… Et en plus, cette année, il y a un vol Air France direct qui va être opéré trois fois par semaine pendant l’été. Le public français est le quatrième en termes de contingent, derrière les États-Unis, le Canada et l’Angleterre mais devant le Brésil et l’Allemagne.
Bruno Fitoussi : Oui c’est génial, ça simplifie vraiment tout… Toi, tu penses que le cap de 10 000 joueurs inscrits au Main Event est une sorte de plafond de verre dans l’économie actuelle ?
Grégory Chochon : On a réussi à le faire exploser uniquement grâce à notre collaboration avec GGPoker, pour être honnête. Si tu regardes les chiffres entre 2015 et 2022 par exemple, ils ne bougent pas du tout, à une centaine de joueurs prêts. Cela montre que les gens sont fidèles, d’ailleurs, mais seuls les qualifiés online de GG ont permis de dépasser 10 000 joueurs. La seule façon d’arriver à 20 000 joueurs serait de qualifier 10 000 personnes en plus, soit via GG soit via des tickets toute l’année, mais organiquement, on ne peut pas faire autrement…
Bruno Fitoussi : À moins que le nombre de joueurs dans le monde ne double, pourquoi pas avec l’Asie, dans les années qui viennent… C’est vrai que le Main Event des WSOP, c’est un bon thermomètre de l’économie globale du poker.
Grégory Chochon : C’est aussi pour cela qu’on n’investit pas en marketing pour promouvoir en amont l’événement car tous les joueurs dans le monde savent qu’il y a le Main Event des WSOP chaque été ! On préfère investir dans la diffusion télévisée par exemple : on revient sur ESPN en prime time pour le Main Event, ce qui ne s’était pas fait depuis des années, avec plus de cent heures diffusées en live sur ESPN-One. C’est inédit et énorme la couverture médiatique de cette édition 2026 ! On va aussi avoir des partenariats « locaux » comme avec la diffusion en ligne en partenariat avec Winamax pour la France [voir news]. Avant le Main Event, tous les events seront consultables gratuitement sur notre YouTube pendant quarante jours dans le monde entier. Cela devrait nous permettre de toucher de nouvelles personnes qui n’ont jamais vu de poker télévisé. Cette année, on a cent événements avec bracelet, et on a rajouté un petit WSOP-C entre la fin des World Series au 15 juillet et la reprise de la table finale le 3 août. Ce hiatus permet de diffuser en télévision les émissions montées, façon November Nine, et connaître les personnalités des joueurs ainsi que leur storytelling lorsque la finale aura lieu. L’idée, c’est de donner une dimension humaine à la table finale. Côté spectacle, on a investi plusieurs millions de dollars pour le nouveau stage où ont lieu les tables télévisées, ça va juste être magnifique.
Ce qui a permis la démocratisation des WSOP, c’est aussi le déménagement qui a eu lieu il y a quelques années…
Bruno Fitoussi : Je pense que personne ne regrette le casino Rio, car ce que Grégory et ses équipes ont réussi au Paris, c’est vraiment génial, tout est tellement plus simple…
Grégory Chochon : Certains disent le regretter, mais il y en a aussi qui parlent encore du Binion’s [rires] ! De 2014, la date où je suis arrivé aux WSOP, à 2021, j’ai travaillé au casino du Rio, mais à part le parking facile d’accès, je n’en vois pas l’intérêt.
Bruno Fitoussi : Mais pas pour un touriste, qui préfère être sur le Strip, avec tout à portée de main. Vous aviez pensé au Caesar’s, autrement ?
Grégory Chochon : Oui, mais les salles de convention sont très disséminées et la seule grande salle qui aurait permis un tel tournoi n’a pas l’agrément pour accueillir des tables de jeu. Le casino Paris et le Horseshoe étaient donc la meilleure solution pour faire évoluer les WSOP et les rendre plus simples, plus accessibles. Cette année, on passe de 700 à 740 tables… Et il n’y a aucun casino sur le Strip qui peut te laisser une telle capacité pendant plus de cinq semaines. Les conventions et les salons sont nos concurrents en termes de location de salle, car ils sont prêts à payer cher pour avoir de tels espaces. Pour ma part, je suis fier de pouvoir proposer des chambres au Horseshoe à 90 $ pendant les World Series.
Bruno Fitoussi : L’année dernière, j’étais à la Tour Versailles, qui dépend du Paris, et c’est extraordinaire. La vue est incroyable, sur les fontaines du Bellagio, moi qui y ai dormi durant tant d’années. Tu as ton balcon sur le Strip et les fontaines, c’est un rapport qualité-prix imbattable. Et puis, il y a de bons restos, comme Mon Ami Gabi ou Nobu. C’est difficile d’imaginer mieux que cet endroit. Et puis, la révolution des inscriptions via l’application WSOP a vraiment tout changé, tu n’attends plus jamais, c’est d’une fluidité folle…
Cette appli, justement, comment elle s’est construite ?
Grégory Chochon : On a travaillé avec des développeurs en Corée du Sud qui travaillent déjà avec GGPoker. Ils ont tout remis à plat, créant des jonctions pour les joueurs européens avec Luxon. Et plein de nouveautés arrivent, notamment avec l’incorporation du stacking. C’est, là aussi, une bonne piste pour aider à développer les chiffres de fréquentation des tournois…
Bruno Fitoussi : Cela va se faire avec PokerStake ? Parce que j’y suis inscrit depuis longtemps, et c’est un logiciel vraiment formidable, créé par des pros qui ont tout compris au poker moderne.
Grégory Chochon : Oui, exactement, et PokerStake appartient au groupe d’ailleurs… Quand je parle du groupe, c’est une maison mère, une holding, qui détient à la fois GGPoker et les World Series. GG et les WSOP sont des sortes de cousins en fait [rires] !
Comment s’est passée votre adaptation à Las Vegas au départ ?
Grégory Chochon : Cela va faire douze ans cette année, ça va vite ! Je suis né à Paris, mais j’avais déjà vécu quelques mois à l’étranger, lorsque j’avais travaillé pour PartyPoker. Dans l’ordre, après un passage chez Havas, j’ai intégré le groupe Barrière en lançant le Barrière Poker Tour avec Lucille Denos, puis je suis allé chez PartyPoker, et je suis revenu au moment de l’aventure commune Barrière / Française des Jeux. À ce moment-là, on a accueilli les WSOP-E à Cannes puis Enghien-les-Bains, et c’est comme ça que j’ai connecté avec la marque WSOP. L’histoire, c’est que Ty Stewart, à la fin des WSOP-E à Enghien-les-Bains, a voulu aller voir le casino de Deauville et peut-être y organiser un futur WSOP-E. Un matin, j’ai donc pris ma voiture, et je l’ai emmené là-bas, ce qui nous a permis de sympathiser et de mieux se connaître. Et à la fin… j’étais embauché [rires] ! Parfois, la vie se tient à des tout petits détails, et quand j’en ai parlé avec ma femme, Karine, on n’a pas hésité longtemps pour se lancer dans cette nouvelle vie. En 2014, il y avait 2 millions d’habitants, et maintenant on est passés à trois millions ! J’ai d’ailleurs racheté la maison de Ty Stewart en 2016, à Henderson, et on adore cette ville. Notre fille se plaît tellement aussi là-bas, il y a le soleil tous les jours… On a la Green Card tous les deux, et on a donc une capacité de deux fois dix ans sur place. Pour nos vieux jours, on reviendra sûrement en France, mais il y a le temps !
Bruno Fitoussi : Moi c’est une ville que j’adore depuis des années, j’y ai vécu en tant que joueur pendant des mois et de mois. C’était au début des années 1990, je jouais en cash-game au Mirage tous les jours, et je logeais dans un petit motel. Je vivais uniquement poker à l’époque, je prenais ma voiture pour aller me reposer dans ma chambre de temps en temps, mais autrement, j’ai fait mes classes là-bas quasiment… Je m’y suis même marié avec celle qui est devenue mon épouse. En parallèle, j’avais aidé à ouvrir des tables de Pot Limit Omaha au… Maxims Casino avec Cowboy Wolford [rires] ! Tu imagines, c’était vraiment une autre époque… C’est une magie sans pareil, cela m’émerveille toujours autant. Il ne faut pas non plus avoir peur des prix pratiqués sur le Strip, parce que dès qu’on sort des gros casinos et qu’on va dans le Chinatown, par exemple, ou dans d’autres quartiers de la ville on peut toujours trouver des coins très sympas et moins chers. Moi, ce que je préfère à part le poker, c’est le golf, parfois avec Grégory d’ailleurs, c’est vraiment les plus beaux golfs du monde… J’avais découvert Vegas la première fois en 1977, durant l’été, mais je n’avais pas encore l’âge pour jouer au poker. J’étais avec un copain, on était partis dans un roadtrip dans tous les États-Unis, et on s’était même fait courser par la police parce qu’on n’avait pas l’âge légal [rires] !
Comment avez-vous vu la ville évoluer ces dernières années ?
Grégory Chochon : Vegas est une ville qui tente plein de choses, mais toutes les tentatives mal localisées ont connu des échecs. Le Fontainebleau par exemple a pensé qu’en étant à proximité du Wynn, cela pourrait fonctionner… Pareil, le Resorts World juste en face, qui vient de fermer des tables de poker, alors qu’ils avaient de très belles parties de mixed-games où Bruno jouait je crois… Le Wynn, c’est la limite psychologique sur le nord du Strip.
Bruno Fitoussi : Pareil avec le sud du Strip : derrière le MGM, ça commence à être de mauvais emplacements… Par contre, en effet, tu as des casinos de locaux, plus loin, comme le South Point, voire le Red Rock ou le Green Valley. Le seul espace libre qui existe, c’est bien celui entre le Fashion Show Mall et le Resorts ? Ça pourrait marcher là-bas…
Grégory Chochon : Le nouveau Hard Rock, à la place du Mirage, devrait être le nouveau casino à la mode en 2027, car c’est parfaitement placé. Et puis le stade de Baseball, situé juste avant le MGM, devrait aussi redynamiser la ville, comme la Sphere l’a fait il y a quelques années, ou le hockey et les événements de Formule 1. Et on parle même d’une équipe de NBA qui devrait être créée ! C’est une ville très dynamique, qui sait rebondir à chaque fois. La ville réduit de plus en plus les espaces de jeux dans les casinos car les boîtes de nuit et les restaurants ramènent plus d’argent que des machines à sous !
Quel est votre plus beau souvenir aux WSOP à Las Vegas ?
Bruno Fitoussi : Il y a bien sûr mon heads-up du 50 000 $ avec mon ami Freddy Deeb, mais la chose la plus émouvante n’a pas été immédiate, je l’ai réalisée bien plus tard… Cela remonte à l’année de Chris Moneymaker : j’étais chip leader du Main Event l’avant-dernier jour, et j’ai fait quinzième je crois lors de cette édition. Cela n’avait pas tant d’importance pour moi en temps réel, mais par la suite je me suis dit que cela aurait changé ma vie si j’avais été au bout. J’ai eu aussi beaucoup de grands moments avec les WPT du Bellagio ou de cash-games… Et puis bien sûr mon mariage il y a plus de trente ans.
Grégory Chochon : Heureusement que tu n’as pas gagné à la place de Moneymaker, on n’en serait peut-être pas là [rires] ! Pour ma part, ce sont les 10 000 joueurs inscrits au Main Event, c’était fou d’en arriver là aussi vite… L’aventure GGPoker est aussi très forte, car j’en ai été à l’initiative, et je ne pensais pas qu’on travaillerait aussi bien tous ensemble. Le passage Covid puis vente du groupe à une société coréenne, c’était un stress dont on n’a pas idée ! Il y aurait de quoi faire un film… Être à l’intérieur de cette aventure, pour finir avec 10 000 joueurs l’été suivant… c’était une sacrée émotion.
Bruno Fitoussi : J’ai une question pour toi, que beaucoup de gens se posent : a-t-on une chance de voir GGPoker en France ?
Grégory Chochon : Dans le contexte actuel, clairement non. Les marchés restent encore cloisonnés, notamment en France, en Espagne ou aux États-Unis, et ce n’est pas du tout une priorité aujourd’hui. Et il faut aussi reconnaître que les WSOP bénéficient en France d’un partenariat solide avec Winamax, ce qui nous convient très bien !
Interviews
INTERVIEW : Kévin “Harper” Noblat, entre création de contenu, festivals et vision du poker moderne
Published
2 semaines agoon
25 mai 2026
Dans cet entretien, plongez dans les coulisses d’un acteur clé du poker français, entre gestion de festivals, création de contenus et vision d’un jeu en pleine mutation. De l’évolution des grands événements à la montée en puissance du contenu digital, il revient sur les transformations d’un univers qu’il contribue à façonner au quotidien. Entre souvenirs de l’âge d’or, réflexion sur la professionnalisation du milieu et ambitions pour de nouveaux formats, il partage une vision à la fois passionnée et lucide du poker d’aujourd’hui et de demain
- Vous êtes souvent décrit comme quelqu’un qui “vit à 200 à l’heure”. À quoi ressemble une journée type sur un festival comme Estoril ?
Sur un festival comme Esotril, on peut dire que c’est bien des journées à 200 à l’heure ! En effet, il y a pas mal de choses sur lesquelles je travaille. Le matin, ça commence par de la coordination et j’écris aux équipes. Je débute par tout ce qui est réseaux sociaux, il y a Baptiste pour la France et Raoul pour l’Espagne. Je vais leur dire quels vont être les moments forts de la journée, et quels sont les angles qu’ils vont pouvoir aborder. Ensuite, je vais faire la même chose pour les équipes de 100 % poker qui sont avec moi. Je vais aussi venir dans la salle pour faire un premier tour, rencontrer des gens. Il peut aussi y avoir des réunions stratégiques dans la journée !
Il y a aussi une autre partie importante, qui est la partie streaming dont je suis le manager éditorial ici. Je fais faire un point avec l’équipe technique, m’assurer que tout est bien OK. Je vais également rencontrer les directeurs des tournois avec qui je vais échanger sur comment concilier l’expérience joueur et en même temps la fluidité de la télévision, car il ne faut pas des dinner breaks trop longs, mais en même temps il faut que tout le monde ait le temps de manger… donc il y a toute cette partie conciliation !
Il y a aussi tout ce côté « pompier » dans la journée où j’ai mon téléphone et où je réponds aux équipes en ce qui concerne les petits problèmes qui peuvent survenir pendant la journée !
- Vous pouvez nous raconter un peu ce que vous avez vécu dans les débuts du poker en France ? Vous avez des anecdotes ou des souvenirs marquants à nous partager ?
Il y a plusieurs actes dans l’évolution du poker français et dans la manière dont je l’ai vu progresser. Je pense que le poker, de manière générale, on peut le vivre de plein de façons. Ça peut être au camp de vacances, comme dans un milieu très professionnel. C’est à nous de définir le curseur, et c’est justement ce que je trouve génial dans le poker, c’est que l’on peut tout faire et tout vivre et, à la fin, n’importe qui peut gagner un tournoi !
Au début du poker, il y avait quand même une certaine folie ambiante. Quand les joueurs se présentaient sur un festival, ils faisaient le Main Event et c’était tout. Il n’y avait pas trop cette notion de jouer des side events. Le but était donc de booker une semaine à San Remo ou à Barcelone, et en cas de bust sur le premier jour, alors derrière, c’était 6 jours de vacances ! Donc il y avait vraiment un côté très festif où les joueurs aimaient embarquer toutes les personnes qui travaillaient dans le staff comme les croupiers, les journalistes, et c’était vraiment extrêmement festif ! Il fallait s’accrocher (rire) !
Moi-même j’ai passé un passé très très fêtard, je me suis beaucoup calmé maintenant, mais il y avait des soirées de fou. Je peux par exemple te raconter une soirée avec Anthony Lellouche, ancien joueur du Team Winamax. Une fois, on est sortis de la boîte du Bellagio à 4h du matin, on aurait dû s’arrêter là et rentrer chez nous, mais non ! Anthony est tellement un loup blanc au Bellagio qu’il arrive à aller voir un superviseur de l’établissement en lui disant qu’il a beaucoup joué ici, et il a fini par lui demander une suite pour la soirée !
Au final, ils nous ont accordé une suite gigantesque, avec une porte qui fait la taille de ma maison (rire) ! On avait vue sur les fontaines du Bellagio, et on a invité des personnes qu’on avait rencontrées en boîte, et ça te donne des fins de soirées incroyables. Il y a tellement d’anecdotes ! Il y avait un côté pas très sérieux qui n’est pas non plus très valorisant, mais c’était comme vivre la vie d’une rock star, c’était incroyable.
Aujourd’hui, c’est différent, il y a plein de façons de vivre le poker, et c’est ce que je veux montrer avec mes émissions. C’est un jeu tellement riche et ouvert à tous… c’est top !
- Quand vous créez une émission comme 100% Poker, vous vous demandez avant tout : “ça plaît aux joueurs” ou “ça plaît au grand public” ?
C’est une bonne question car c’est la première qu’on se pose lorsque l’on est sur une feuille blanche, à savoir : à qui s’adresse-t-on ? Ça va évidemment définir toute la trame de l’émission, et il faut quand même l’aval de M6 car c’est eux qui vont donner le ton de celle-ci au final. Au départ, j’ai posé pas mal de questions à la chaîne, car à la télévision, il y a quand même des codes particuliers. Mais ils donnent quand même une grande liberté éditoriale. Ils savent qu’ils ont fait appel à un spécialiste poker pour qu’il puisse amener sa patte donc ça, c’est très cool.
Ensuite, l’idée c’est vraiment de montrer toutes les facettes du poker, donc il y a à la fois un côté démocratisation du jeu, mais je veux quand même, par exemple, que les personnes qui participent à l’Estoril Poker Fest soient à l’aise quand elles regardent et qu’elles apprennent quelque chose. C’est pour ça qu’il y a un sujet au début de 100 % poker, de 3 ou 4 minutes, qui permet de revenir sur le tournoi principal de la semaine, et ça, ça s’adresse à tout le monde ! Ceux qui ne connaissent pas le jeu découvrent l’ambiance, et ceux qui le connaissent vont reconnaître des joueurs etc…
Ensuite, on reçoit parfois des personnalités pour le côté démocratisation du poker, car lorsqu’on reconnaît quelqu’un de connu qui joue, ça peut donner envie aux gens de s’initier et de créer des passions.
J’aime aussi bien montrer ce côté narration, et le fait qu’on retrouve souvent les mêmes joueurs en haut du classement. Ça donne l’image d’un classement comme au tennis par exemple où on va pouvoir retrouver un Sinner ou un Alcaraz. C’est pour ça que j’aime bien et que je suis beaucoup le circuit High Roller car on a souvent les mêmes noms qui reviennent. Ça permet de narrer certaines rivalités entre les joueurs ! Le classement évolue, ça sportifie le jeu, et ça donne envie de suivre.
- Est-ce que les nouveaux joueurs arrivent par le contenu ou par le jeu lui-même aujourd’hui ?
Je pense qu’on est dans une époque où le contenu va vraiment amener des joueurs vers le jeu. On est tous sur le téléphone H24 à consommer, il y a des moyens qui sont mis à disposition par les différents organisateurs de tournois ou opérateurs, donc on se rend bien compte que le nerf de la guerre, c’est le contenu. On découvre des créateurs de contenu qu’on trouve sympa et cool. Ça donne envie de s’y mettre !
Mais il y a plusieurs choses, il y a le côté contenu qui amène vers le jeu, et puis c’est quand même un jeu dont on aime bien parler entre amis. Personnellement, j’ai beaucoup fait découvrir le jeu rien qu’en en parlant, il y a un véritable vecteur social autour du poker.
Pour moi, le poker, c’est un des derniers bastions d’attention dans le monde ! Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, il est très dur d’avoir une conversation sans être interrompu par un téléphone où on est tout le temps en train de swiper dans tous les sens. À une table de poker, on reste assis pendant 10h, on joue, et on ne pense à rien d’autre ! Ce qui est quand même incroyable dans un monde où il n’y a plus d’attention nulle part !
- À votre avis, le poker est-il en train de devenir un sport de spectateurs comme le foot ou cela restera-t-il toujours niche ?
Le poker, c’est un jeu d’argent. Donc on ne pourra jamais toucher 100 % des gens. C’est un jeu qui est interdit aux mineurs, il peut comporter des risques, donc c’est important de le rappeler. Il faut être responsable quand on joue et engager uniquement des sommes qu’on peut se permettre de perdre. Et à cause de ce côté jeu d’argent, on ne pourra jamais toucher autant de personnes que dans le foot, où il y a ce côté populaire où on emmène ses enfants au stade. Il y aura toujours cette barrière qui perdurera !
Après, je sens que tous les acteurs de cette industrie ont à cœur de remettre le jeu au centre de l’échiquier, avec moins de barrières et moins de guerre entre les opérateurs ou organisateurs. Il y a de plus en plus d’échanges d’informations entre tout le monde, et on sent qu’ils ont envie de pousser le poker en tant que poker avant de pousser une room en particulier ou un événement. Donc je trouve ça génial, ça va dans le bon sens, et vers une « sportification » qui va faire beaucoup de bien au jeu.
- Si vous n’étiez pas dans le poker, vous seriez où aujourd’hui ?
Je pense que je ferais plus ou moins la même chose mais dans le sport ! Je suis passionné de sport, et j’ai ce côté où, quand j’aime quelque chose, je suis H24 dedans. J’aime aussi la transmission. Quand j’aime quelque chose, je veux en parler à tout le monde et que tout le monde connaisse. Donc je pense que je ferais la même chose dans le sport.
J’avais commencé très tôt dans des petits journaux départementaux et je travaillais dans la rubrique sport à l’époque. Si je n’avais pas connu le poker, j’aurais continué dans ce domaine !
- Des objectifs pour 2026 ? Y a-t-il des choses que vous souhaiteriez encore réaliser ?
Oui, toujours ! Je n’aime pas dormir sur les projets, donc ceux qui existent, je veux les faire évoluer et avancer. À chaque émission, je me demande ce qu’on a moins bien fait et comment l’améliorer.
Ensuite, j’ai toujours des projets de nouvelles émissions, de nouveaux concepts que j’ai en tête et que je ne vais pas totalement te dévoiler maintenant car je travaille encore dessus. Mais l’idée, c’est de créer de nouvelles émissions plus à destination de YouTube ! Ce sont vraiment des concepts orientés pure poker avec le jeu au cœur de l’émission.
Interviews
INTERVIEW : Hadrien Gallois, une approche hybride du poker moderne
Published
3 semaines agoon
17 mai 2026
Présent sur les festivals avant tout pour partager des moments avec sa communauté, Zchance continue néanmoins de garder un vrai niveau d’exigence dans son jeu online. Il explique comment il jongle entre performance poker et création de contenu.
- Comment se passe ton début de festival jusqu’ici ? Tu aimes le spot ?
C’est une première pour moi, je n’étais jamais venu au Portugal, donc je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Le spot est vraiment cool, la ville est sympa, il fait beau, et le casino est super grand. Franchement, j’aime beaucoup. J’espère qu’il y aura une autre édition !
Sinon, niveau poker, ce n’est pas terrible pour l’instant, mais bon, ce n’est que le début. Souvent, sur ce genre de festival, je privilégie le Main Event et tant que je ne suis pas qualifié pour le Day 2, j’envoie des boulettes sur chaque flight ! Par contre, si je bust et que je ne peux plus continuer sur le Main, j’évite d’aller sur les sides parce que je préfère rencontrer les gens, voir les viewers, boire des coups avec eux… Ils adorent ça, et moi aussi !
En général, les seuls sides que je fais, c’est le samedi ou le dimanche, comme le High Roller ou des tournois du même genre. En revanche, les 150 € de l’après-midi, ce sont les seuls tournois que je ne fais pas, parce que je préfère vraiment profiter, faire les activités et passer du temps avec les gens. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je viens sur ce type de festival !
- Y a t-il une dynamique particulière aux tables ici, au Portugal ?
Ça, c’est une bonne question. Je ne suis pas un expert du live, mais j’ai déjà croisé pas mal de joueurs portugais à mes tables, et ma première impression a été qu’ils étaient quand même très agressifs, un peu comme les Espagnols. Là où les Français sont un peu plus passifs, les Portugais, eux, sont beaucoup plus agressifs, mais sans forcément être dans le contrôle.
J’en ai discuté avec des amis qui ont beaucoup plus d’expérience que moi en live, et ils ont confirmé cette tendance ! Du coup, ils sont plus durs à jouer, parce qu’un profil agro, même s’il fait n’importe quoi, sera toujours plus difficile à affronter qu’un profil passif. Mais d’un autre côté, les jetons volent plus facilement, donc tu peux aussi te faire pas mal livrer.
Personnellement, je préfère jouer contre des mecs très agressifs, parce qu’ils mettent les jetons au milieu et il y a plus d’action. Le mec qui ne joue aucun coup, pour lui prendre son stack, ça va prendre des heures. Il faut grignoter petit à petit, et ce n’est pas la même chose !
- Quand tu arrives sur un festival comme Estoril, tu arrives plutôt en mode création de contenu ou en mode performance ? Ou les deux en même temps ?
Pur créateur-touriste (rire) ! Ici, je ne suis pas du tout dans la performance. En ligne, je recherche la performance ; en live, pas du tout. Le seul festival où j’ai vraiment essayé d’être performant, c’était aux WSOP à Vegas, quand j’y vais.
Comme je te l’ai dit, quand je viens ici, c’est pour être avec les gens, faire des beer pong avec eux… Après le festival, les viewers viennent souvent me dire sur le stream qu’ils sont venus boire une bière avec moi, que c’était cool, et j’adore ça !
Donc, sur ce genre de festival, le poker, c’est un plus. D’ailleurs, j’ai déjà remporté un tournoi sur un événement de ce type il y a quelques années, mais au Day 2, j’étais sorti jusqu’à très tard la veille. Quand je suis revenu aux tables le lendemain, je voyais une carte sur deux… Franchement, c’était très compliqué (rire) ! Mais au final, ce sont des choix que je fais. Peut-être qu’un jour ça changera, mais pour le moment, je préfère profiter et passer du bon temps sur ces événements.
Pour l’instant, je ne tryhard pas le live, j’ai plein d’autres choses à faire. J’essaie d’avancer sur mon contenu vidéo et j’ai donc très peu de temps à consacrer au live, mais ça me va très bien comme ça !
- Tu es très identifié comme streamer et créateur de contenu : qu’est-ce que les gens ne voient pas de ton travail en tant que joueur ?
Mon objectif n’est pas de devenir un top reg, parce que ça demande trop d’investissement, et peut-être même des qualités que je n’ai pas… En tout cas, le but, c’est de rester gagnant là où je suis, et ça demande quand même un minimum de travail.
Personnellement, chez moi, c’est très cyclique. Il y a deux ans, j’avais connu ma première année perdante en 15 ans de jeu online et je m’étais un peu remis en question. J’avais pris un coach pendant toute l’année, qui m’avait suivi, et ça m’avait fait beaucoup de bien : je me sentais plus fort.
Derrière, j’avais fait une super année, donc c’était probablement lié. Par contre, cette année, je n’ai pas continué, parce que ce sont de vrais sacrifices. Faire des journées complètes de coaching, prendre du temps pour réviser ce que j’apprenais… Mine de rien, ça prend énormément de temps. Et du temps, je n’en ai pas tant que ça !
On ne s’en rend pas compte, mais il faut répondre à la communauté, aux mails, aux propositions, monter des vidéos, trouver des idées de contenu et essayer d’être créatif… Tout ça prend du temps. Et en plus de ça, je grind une bonne partie du temps ! Au minimum, je fais trois sessions par semaine, mais parfois, quand j’en ai envie, je peux jouer tous les jours pendant quinze jours. Je stream une session sur deux ou trois, donc ça demande aussi beaucoup d’énergie.
Au final, j’ai un fonctionnement par cycles. En ce moment, je fais pas mal de création de contenu, et peut-être que dans six mois je vais me trouver nul au poker et reprendre le travail du jeu sérieusement. C’est un peu le rythme que j’ai adopté. J’essaie de trouver un bon équilibre entre tout ça.
- En te suivant un peu, j’ai cru comprendre que tu retravaillais pas mal ton jeu ces derniers temps, tu sens une évolution dans ta pratique du poker (sur un tel festival par exemple) ?
Là, je viens de passer quinze jours où j’étais en vocal avec un ami chaque matin pour échanger sur des mains, regarder les solvers… et ça m’a fait beaucoup de bien ! C’est aussi pour ça que j’ai énormément grind ces derniers temps. Je me sentais bien et en confiance.
Maintenant, peut-être que je vais moins travailler pendant un mois, puis reprendre ensuite avec une sorte de petit bootcamp.
En ce qui concerne le live, ce n’est vraiment pas mon point de repère, parce que je n’y joue pas assez. Mon truc à moi, c’est clairement le poker online !
- Est-ce que tu retravailles des spots précis (ICM, PKO, late game, etc.) ou plutôt des bases globales ?
Ça dépend de mes envies, en fait ! J’essaie de prendre des notes quand je joue et d’identifier les points sur lesquels je ne suis pas à l’aise pour les travailler plus tard. Parfois, ce sont les fondamentaux ou les ranges préflop. Ensuite, je me fais une semaine où je focus uniquement ces aspects-là.
Dernièrement, il y a un domaine dans lequel je me trouve vraiment nul : les spots spécifiques aux KO. Comme on ne joue quasiment plus que des KO online, il faut devenir de plus en plus compétent dans ce format pour réussir à tirer son épingle du jeu. Du coup, tous les spots sur lesquels j’ai travaillé récemment tournaient autour de ce thème.
Par exemple, comment jouer quand il y a un petit stack à table avec un gros bounty, ou encore la stratégie générale sur ce format…
Je ne suis pas le plus gros bosseur du monde, mais pour moi, il y a deux profils de joueurs de poker. Il y a les amoureux de la théorie, qui préfèrent travailler hors des tables plutôt que jouer, et l’autre profil, comme moi, qui préfère grinder. Au final, c’est bien de bosser, mais à un moment donné, il faut aussi jouer et prendre de l’expérience !
- Des objectifs pour 2026 ? On te verra à Las Vegas pour les WSOP ?
Las Vegas, je n’y serai pas cette année. J’essaie d’aller aux WSOP une année sur deux. À la base, je voulais y aller cette année, mais il y a deux événements qui tombent en même temps et je n’avais pas envie de les rater.
On m’a proposé de venir commenter les WSOP sur la Winamax TV. J’hésitais quand même un peu, mais je ne suis pas le plus grand fan de Vegas, donc j’ai finalement choisi de bosser avec Winamax en tant que commentateur.
Il y a ça, mais aussi une très grosse promo Expresso qui va sortir cet été sur Winamax, en lien avec la Coupe du monde. Ça faisait un moment que j’avais envie de faire un challenge Expresso, donc là, c’est l’occasion parfaite. Et puis, ça fait aussi plaisir à Winamax, qui reste quand même mon sponsor, donc je suis très enthousiaste à l’idée de le faire !
Ça me permet aussi de diversifier mon contenu. L’objectif n’est pas non plus de grinder les Expresso dans mon coin sans rien partager. Je vais faire une série autour de ce thème où je vais découvrir la promo, donner des conseils, mais aussi me faire coacher. Je vais donc pouvoir proposer un contenu différent de ce que je fais d’habitude sur ma chaîne YouTube.
Je sais aussi que j’ai des viewers qui sont intéressés par ce format, donc je trouve ça vraiment cool !
Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt
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