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Portraits / Interviews

Adrian Mateos dégrippe la machine

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En l’espace d’un mois, Adrian Mateos a enchaîné quatre ITM, pour trois victoires et une troisième place, aux partypoker Millions Bahamas et à l’EPT Prague. S’il est vrai que le Team Pro Winamax nous a habitué à des performances pantagruéliques, celui que l’on surnomme « la Maquina » semblait néanmoins connaître quelques grippages en 2019… Avec cette passe de quatre réalisée lors de tournois de standing international, au field massif et de grande qualité, le prodige espagnol remet les pendules à l’heure et s’affirme un peu plus comme l’un des patrons du poker High Stake mondial. Retour sur l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération.

A cheval sur deux continents, l’incroyable good run d’Adrian Mateos ne connaît ni frontière, ni repos. Des Bahamas à la République tchèque, le joueur semble passer sans difficulté aucune du climat tropical des Caraïbes au froid austère des plaines glacées d’Europe centrale.

Avec trois titres et un podium, Adrian Mateos frappe un grand coup. Le buy-in moyen sur ces quatre tournois s’élève à un peu plus de 25 000 dollars et son gain moyen sur ces événements s’élève à près de 560 000 dollars ! N’en jetez plus, les chiffres sont affolants. A tout juste 25 ans, Adrian flirte déjà avec la barre des vingt millions de dollars de gain en tournoi live !

Déjà propriétaires de quatre breloques estampillées WSOP et EPT, Adrian a commencé par compléter sa collection aux Bahamas, à l’occasion des partypoker LIVE MILLIONS Caribbean Poker Party. Dans l’enceinte du Resort Baha Mar, à Nassau, capitale de l’archipel des Bahamas, Adrian s’adjuge coup sur coup le High-Roller à 25 500 $ et le Main Event à 10 300 $.

Cette double victoire en l’espace d’une semaine intervient alors que le joueur semblait connaître une traversée du désert. De son propre aveu, Adrian estimait être au creux de la vague en cette fin d’année.

« Cette victoire est particulière parce qu’elle intervient à un moment difficile de ma carrière. » confiera le Team Pro Winamax à l’issue de son double succès bahaméen. « Je vivais le plus gros downswing de ma carrière je pense et c’est incroyable d’enchaîner deux succès dans une période si difficile. Je n’ai jamais perdu la confiance dans mon jeu et ce succès fait un bien fou au moral ! ». Et au portefeuille, puisque cette double victoire lui rapporte environ 1 700 000 dollars. De quoi payer quelques cocktails sur la plage…

Retour sur un mois de folie

La renaissance prend forme lors du High Roller, un format que Mateos connaît très bien et sur lequel il a réalisé ses plus grandes performances. Devant un parterre de 125 concurrents, Adrian parvient à se hisser jusqu’en finale. Oui mais voilà : c’est bien sur les dernières marches qu’Adrian a tendance à trébucher ces derniers mois. Avec le cinquième tapis à l’entame de la table finale, le joueur espagnol voit enfin les cartes tourner en sa faveur, à l’instar de cette quinte trouvée runner runner face à Michael Zhang dès les premières mains de la finale.

Après l’élimination du Britannique Fraser en troisième place, Wilson et Mateos décident de s’accorder sur un deal, autorisé dans ces contrées exotiques. Si l’Américain possède environ 80 % des jetons en jeu, il décide de composer face au talentueux Adrian. Il faut dire que le meilleur résultat de Wilson en tournoi live est un gain de 65 000 dollars. Un complexe d’infériorité parfaitement légitime face à l’ogre ibérique est probablement à l’origine de ce deal très équilibré, puisque Brock repart à la maison avec 619 536 dollars garantis et que Mateos s’assure de son côté 520 464 $. Le trophée se joue sur quelques coins flip en faveur de l’Espagnol, vainqueur du tournoi mais avec un gain inférieur à son dauphin ! Mais l’essentiel était probablement ailleurs pour Adrian, qui renoue enfin avec la victoire après une disette qui aura duré un an et demi, sa dernière victoire sur le circuit remontant à juillet 2018.

Dès le lendemain de cette victoire, le joueur est à nouveau en lice sur le Main Event, tournoi sur lequel là encore Adrian a su adopter la bonne attitude face à de coriaces adversaires très actifs. Après les éliminations en demie-finale de redoutables prétendants à la victoire finale, comme Ryan Riess (13ème), Alex Foxen (12ème), ou le pro partypoker Philipp Gruissem (9ème), Mateos fait le dos rond face aux incessantes agressions de Chris Hunichen. Ce dernier possède environ 75% des jetons lorsque le podium est connu ! Mais les stacks s’équilibrent finalement et au retour d’un break, les trois joueurs annoncent avoir conclu un deal à l’ICM, parfaitement légal et homologué par l’organisation. Chris Hunichen s’octroie la part du lion avec 1 097 195 dollars, laissant à Adrian 1 062 805 $ et à Van Blarcum 970 000 $. Le titre allait donc se jouer pour la gloire et un enjeu de 100 000 $ tout de même. Le dénouement est dès lors rapide et de peu d’incidence et la victoire revient à Adrian, qui aura donc connu coup sur coup deux victoires à l’issue de négociations et d’un arrangement !

A noter également que le joueur espagnol n’aura éliminé qu’un seul adversaire lors de cette table finale, lors du heads-up évidemment.

A peine le temps de prendre quelques jours de repos à la maison et voilà Adrian Mateos de nouveau sur les routes du circuit. Destination Prague cette fois, pour un grand classique de l’hiver européen. La République Tchèque a toujours été une terre de poker et les projets pharaoniques de Leon Tsoukernik à Rozvadov et plus récemment à Prague ne font que renforcer cette tendance. Et dès son arrivée dans la capitale tchèque, Adrian nous refait le coup ! Devant un field limité mais très dense, le Team Pro Winamax remporte son troisième trophée de suite, le premier de ce festival. Si le gain est moindre, là encore, l’essentiel est ailleurs. Le retour en forme se confirme, dans une ambiance parfaitement opposée à ce qu’Adrian a connu aux Bahamas. La confiance est de nouveau à son maximum, avec des résultats qui s’enchaînent. Et pour conclure ce retour en grâce, Adrian signe un nouveau résultat quatre jours plus tard, en se hissant sur la troisième marche du podium du Super High Roller, un tournoi monstre à 50 000 euros de buy-in, réservé à l’élite la plus fortunée du poker international. Mais cette fois, la victoire se refuse et Mateos doit se contenter du bronze. Il est vrai qu’il avait fort à faire face à Bertrand Grospellier, runner-up et renouant également avec des résultats dignes de son standing, et Stephen Chidwick, numéro 1 mondial au classement GPI.

Un bilan plus que positif

Adrian s’est imposé sur les plus grandes tables de la planète poker : il a ainsi remporté au moins un titre majeur dans les principales capitales du jeu de la planète, comme Monaco, Macau, Vegas, Marrakech ou encore Deauville. Il s’est également imposé dans des circonstances qui lui tenaient particulièrement à cœur, comme sa victoire « a casa » à Madrid pour son premier tournoi live en 2012 ou lors du Main Event du Sismix 2018, tournoi emblématique de son sponsor historique, Winamax.

Adrian Mateos s’est frotté aux meilleurs. Et l’a très souvent emporté, montrant ainsi qu’il savait parfaitement gérer la pression et la concurrence. Ainsi de ses dernières tables finales à Prague, où il s’est retrouvé face à Bertrand Grospellier (deux fois), le Français qui affiche lui aussi un retour en grande forme, Steve O’Dwyer, l’Américain aux 30 millions de dollars de gain en tournoi ou encore l’Anglais Stephen Chidwick, numéro 1 mondial au classement GPI et véritable épouvantail de cette année 2019 avec six titres à son compteur !

A Nassau, la concurrence avait été tout aussi rude et ses adversaires n’étaient pas venus pour les plages ou les fiestas déjantées qui ont fait la réputation de la destination caraïbéenne. Avec des noms tels que Davidi Kitai, un autre Team Pro Winamax, le Français Benjamin Pollak, habitué des High-Rollers, les Américains William Foxen (numéro 2 mondial au dernier pointage GPI juste devant… Adrian Mateos !) et Ryan Riess, champion du monde WSOP, auxquels on se doit d’ajouter le toujours redoutable contingent allemand (emmené par Rainer Kempe, Philipp Gruissem et autres Manig Loeser), le spot balnéaire n’avait décidément rien d’une sinécure !

A 25 ans, quelle suite va désormais connaître sa carrière ?

Déjà en tête de la fameuse All Time Money List de son pays depuis 2017, Adrian conforte sa position, avec quasiment huit millions de dollars de gain d’avance sur son dauphin, le légendaire Carlos Mortensen. La place bronzée revient pour le moment à Sergio Aido, très ami avec Adrian sur le circuit et en dehors, et également très performant en 2019, avec notamment une victoire au Super High Roller sur l’EPT Monte-Carlo en avril dernier pour un gain de plus de 1,7 millions de dollars !

Au niveau mondial, ces performances permettent à Adrian d’intégrer le top 30 des plus gros gains de l’histoire du poker. Il dépasse désormais des joueurs qu’il croise régulièrement aux tables high-stake de la planète, comme le Russe Igor Kurganov, l’Allemand Dominik Nitsche ou l’Américain Jason Mercier. En ligne de mire, et une fois dépassée la barre symbolique des vingt millions de dollars de gain en tournoi, figurent désormais les Allemands Christoph Vogelsang (21ème place), Rainer Kempe (24ème position) ou encore l’Anglais en semi-retraite Sam Trickett (23ème du All Time Money List mondial).

Alors avec un palmarès aussi conséquent à seulement 25 ans, qu’est-ce qui pousse encore le jeune prodige à arpenter la planète poker toute l’année ?

Bien sûr, l’Espagnol a encore quelques trophées et records à aller chasser. Ainsi, un titre de numéro un mondial au classement Global Poker Index (GPI) peut être un objectif majeur, au même titre qu’une triple couronne (c’est-à-dire posséder un titre EPT, WSOP et WPT).

Compte tenu des niveaux de buy-in que le joueur pratique, il peut également viser une place dans le top du top des plus gros gains en tournoi. A l’heure actuelle, c’est l’Américain Bryn Kenney qui trône au sommet de la fameuse All Time Money List avec plus de 56 millions de dollars amassés en tournois live (dont plus de 20 millions glanés lors de sa seconde place obtenue sur le tournoi le plus cher de l’histoire du poker, le Triton Poker Super High Roller Series de Londres cette année, au faramineux buy-in de plus de 1 million de livres sterling).

Mais finalement, le moteur d’Adrian est peut-être tout simplement son appétit insatiable pour la compétition. Cette soif de victoire est en soi une motivation suffisante pour continuer à jouer à ce niveau. Si Adrian est indéniablement doué pour ce jeu, c’est aussi un travailleur acharné qui ne cesse d’améliorer son jeu, d’affiner son analyse, d’étudier les tendances émergentes. Il possède également une hygiène de vie digne d’un sportif de haut niveau lorsqu’il est en compétition. Enfin, il semble évoluer dans un environnement personnel, affectif, familial et amical stable et sain, ce qui contribue grandement à éloigner les sources de stress quotidien.  Il en est de même de son staff professionnel, à commencer par les équipes de son sponsor Winamax, qui gère l’essentiel des questions logistiques et avec lesquelles il passe de longs moments en tournoi ou en séminaire.

Après avoir été un modèle de précocité, Adrian Mateos sera-t-il également un modèle de longévité ? Compte tenu de ce que le joueur a prouvé au cours de ces sept années passées sur le circuit professionnel, on ne peut pas douter du sérieux de la gestion de sa carrière. Dès lors, la question à poser est davantage « voudra-t-il avoir une carrière longue dans le poker ? » que « le pourra-t-il ? ». Choisira-t-il la voie d’un Elky, dont la reconversion des jeux vidéo au poker date déjà de 2005, et qui a récemment retrouvé le chemin du succès aux tables après avoir vécu des années de disette ? Ou optera-t-il plutôt pour celle d’un Fedor Holz qui annonçait en 2016 vouloir prendre du champ avec le poker, à seulement 22 ans, afin de voyager et de diversifier ses activités ?

Les premières échéances de 2020 devraient nous donner quelques indications sur l’avenir du prodige espagnol. Mais au vu des résultats accumulés au cours de sa jeune carrière, et de ses toutes récentes performances, nul doute qu’Adrian Mateos a les armes pour écrire encore quelques pages de l’histoire du poker.

 

La carrière d’Adrian Mateos en quelques chiffres

 

19 984 937 $ de gain en tournois live en carrière

 

2012, l’année de sa première victoire dans un tournoi. C’était à Madrid, lors du tournoi Main Event CNP770, au buy-in de 600 euros. Adrian avait empoché un peu plus de 36 000 euros pour sa performance. Il s’agissait également de… sa première participation à un tournoi puisque le joueur était âgé d’à peine 18 ans !

 

25 ans, l’âge qu’a eu Adrian le 1er juillet dernier

 

17 victoires en tournoi depuis le début de sa carrière en 2012

 

3 bracelets WSOP (Main Event WSOPE 2013 pour 1 000 000 €, Event #33 Summer Solstice WSOP 2016 pour 409 000 $ et Event #15 WSOP 2017 pour 336 000 $)

 

1 victoire EPT (EPT Main Event Grand Final Monte-Carlo 2015 pour 1 082 000 €)

 

 

 

Retour en chiffres sur les quatre performances XXL d’Adrian Mateos

 

Top 10 du Super High Roller partypoker Millions World Bahamas (25 500$ No Limit Hold’Em – 18-19 Novembre 2019)

Entrées : 125

Prize-pool : 3 125 000 $

* après deal

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 520 464 $*

 

Runner-up : Brock Wilson (Etats-Unis) – 619 536 $*

3ème : Christopher Fraser (Angleterre)- 326 250 $

4ème : David Eldridge (Etats-Unis) – 255 000 $

5ème : Niall Farrell (Ecosse) – 200 000 $

6ème : Benjamin Pollak (France) – 160 000 $

7ème : Orpen Kisacikoglu (Turquie) – 135 000 $

8ème : Michael Zhang (Angleterre) – 115 000 $

9ème : Darren Elias (Etats-Unis) – 100 000 $

10ème : Jeremy Ausmus (Etats-Unis) – 90 000 $

 

 

Top 10 du Main Event partypoker Millions World Bahamas (10 300$ No Limit Hold’Em – 19-23 Novembre 2019)

Entrées : 948

Prize-pool : 9 480 000 $

* après deal ICM

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 1 162 805 $*

Runner-up : Aaron Van Blarcum (Etats-Unis) – 970 000 $*

3ème : Chris Hunichen (Etats-Unis) – 1 097 195 $*

4ème : Scott Wellenbach (Canada) – 650 000 $

5ème : William Blais (Canada) – 500 000 $

6ème : Oleg Mandzjuk (Allemagne) – 350 000 $

7ème : Peter Jetten (Canada) – 250 000 $

8ème : Gregory Baird  (Etats-Unis) – 180 000 $

9ème : Philipp Gruissem (Allemagne) – 140 000 $

10ème : Oskar Prehm (Allemagne) – 100 000 $

 

 

Résultats du High Roller EPT Prague (10 300€ No Limit Hold’Em 8-Handed – 6-7 Décembre 2019)

Entrées : 61

Prize-pool : 591 700 €

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 177 500 €

Runner-up : Anton Yakuba (Russie) – 128 400 €

3ème : Derek Ip (Hong-Kong) – 82 840 €

4ème : Vladimir Troyanovskiy (Russie) – 62 720 €

5ème : Bertrand « Elky » Grospellier (France) – 48 520 €

6ème : Tsugunari Toma Japon) – 37 870 €

7ème : Orpen Kisacikoglu (Turquie) – 30 180 €

8ème : Arsenii Karmatckii (Russie) – 23 670 €

 

Résultats du Super High Roller EPT Prague (50 000€ No Limit Hold’Em – 9-11 Décembre 2019)

Entrées : 44

Prize-pool : 2 134 440 €

 

Vainqueur : Stephen Chidwick (Angleterre)- 725 710 €

Runner-up : Bertrand « Elky » Grospellier (France) – 501 590 €

3ème : Adrian Mateos (Espagne) – 320 170 €

4ème : Steve O’Dwyer (Etats-Unis) – 245 460 €

5ème : Jean-Noël Thorel (France) – 192 100 €

6ème : Ben Heath (Angleterre) – 149 410 €

 

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Interviews

Du high stakes au WPO, Benjamin Chalot ouvre un nouveau chapitre avec ATM et Winamax

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Présent à Aix-les-Bains pour son premier WPO, Benjamin Chalot revient sur le rapprochement entre ATM et Winamax, son regard sur le niveau du field, les adaptations nécessaires face aux joueurs amateurs et ses projets pour les mois à venir. Entre développement de la chaîne YouTube, coaching, voyages et envie de lever un peu le pied sur les Triton, le joueur français se livre sur une période de transition dans sa carrière.

  1. Benjamin, cela fait maintenant quelques mois qu’ATM collabore avec Winamax, notamment à travers vos contenus vidéo. Comment ce rapprochement s’est-il concrétisé, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?

C’est une continuité logique et naturelle, on va dire. Cela fait environ 2 ans et demi que la chaîne a été créée, et elle a grossi vite. Il y avait déjà eu des discussions en interne, mais on n’était pas assez gros. L’année dernière, ça s’est fait assez naturellement. On a aussi été approchés par d’autres rooms, mais on a refusé ! Nous, ce qui nous intéressait, c’était de travailler avec le numéro un français.

Winamax, ce sont les meilleurs en termes d’innovation ! Là, c’est mon premier WPO et, franchement, je kiffe. Pour te dire, j’ai un vol dans 30 minutes, mais je zappe et je vais aller jouer le High Roller. Je vais aussi aller commenter le stream avec Flavien juste après !

  1. Est-ce qu’on peut s’attendre à voir ATM davantage sur les événements Winamax, ou même imaginer de nouveaux projets communs qui dépasseraient le cadre de vos vidéos ?

Oui, à 100 % ! Surtout après cette expérience du WPO. Ici, le cadre est vraiment stylé. Pour Clément Richez, ça va être compliqué, car il vit au Mexique, mais moi, de mon côté, pour l’Europe, je suis complètement partant.

Pour l’instant, on va se focus sur YouTube et promouvoir Winamax via notre chaîne, afin que Winamax puisse également promouvoir ATM, et on verra par la suite. Après, en termes de concepts de vidéos, on en a déjà trois différents qui sont dans les tuyaux ! Axel, le directeur de notre communication, a déjà terminé la première vidéo, et il y en a deux autres qui vont suivre et qui seront très différentes de « Zero Bluff ». Voilà, il y a déjà des innovations comme ça. Donc maintenant, à voir comment ça performe sur YouTube et si les gens aiment !

  1. Quand vous passez d’une table composée de professionnels de classe mondiale à un field comme celui du WPO, avec de nombreux amateurs, est-ce que vous devez finalement réapprendre à jouer certains spots ? Est-ce que vous avez parfois tendance à trop réfléchir face à des adversaires qui abordent le jeu de manière beaucoup plus instinctive ?

Bien sûr, j’ai pu voir quelques profils un peu atypiques à mes tables, comme on en voit un peu moins souvent aux Triton. Mais franchement, ma première table durant le Main de ce WPO, c’était incroyable ! Ça jouait très bien, j’avais l’impression de jouer un 200 € online ! D’habitude, il y a un rapport de 50, donc là, je suis censé jouer comme sur un 10 €, mais honnêtement ici, ça jouait super bien.

J’ai vu plein de moves techniques intéressants, de bons sizings… Il y avait bien évidemment de petites erreurs que je pouvais exploiter, mais globalement, ça jouait extrêmement bien ! À part quelques joueurs qui ne connaissaient pas les ranges préflop (rires), la plupart des joueurs que j’ai croisés à mes tables étaient bons.

Au Day 2, par contre, c’était plus facile ! J’ai vu plus d’erreurs, j’ai pu grind 20 blindes très rapidement, alors que normalement, on est bien soumis à la distribution des cartes. Mais les deux Days 1, franchement, c’était dur ! On m’a dit que c’était polarisé, qu’il y avait les meilleurs regs online qui venaient ici pour l’ambiance et pour profiter, donc j’ai sûrement dû déchatter les tables (rires).

  1. On imagine qu’il y a beaucoup de joueurs présents ici qui regardent vos vidéos et celles d’ATM. Si vous deviez leur donner un seul conseil pour améliorer leurs résultats sur un festival comme le WPO, quel serait-il ?

Grosso modo, je trouve que ça fold quand même encore beaucoup ! Donc on peut encore être assez agressif. On m’avait dit de ne pas bluffer sur ce genre d’événements, que j’allais me faire bluff catch très souvent, mais au final, il y a encore de la place pour l’agressivité. Donc, sans hésitation : jouez agressif, et ce, dès le préflop !

  1. Quand vous jouez un tournoi à 500 € face à des amateurs, est-ce que vous considérez que vous disposez d’un avantage technique suffisant pour compenser la variance d’un field aussi important ?

La réponse est non ! Évidemment que je vais faire mieux que le joueur moyen, mais comme je te disais, mes deux premières tables étaient très difficiles. Si j’ai des confrontations qui ne sont pas à mon avantage, où je dois partir à tapis avec top paire/mauvais kicker dans un spot contre un mec qui est bon et agressif, eh bien, je vais le faire, car ça joue bien ! L’idée n’est pas de se dire : « Le field est tellement nul, donc je peux me permettre de trouver des folds aussi facilement. »

Aussi, je respecte le jeu, je ne viens pas pour jeter mon stack ! Il y a beaucoup de gens qui viennent me faire des compliments, beaucoup de joueurs amateurs sont contents de venir jouer des spots contre moi, donc je trouverais ça irrespectueux de ne pas donner le meilleur de moi-même. Et si quelqu’un me roule dessus, eh bien, c’est le jeu, et c’est un bon souvenir pour eux !

  1. Avec les outils dont disposent aujourd’hui les professionnels, on a parfois l’impression que tout le monde travaille les mêmes spots et utilise les mêmes solutions. À très haut niveau, comment est-ce qu’on peut encore construire un avantage technique sur ses adversaires ?

Tu sais, quand on arrive à très très haut niveau, le field est compris entre 30 et 50 joueurs. Si t’es professionnel, tu peux les étudier et les connaître par cœur, ou quasiment. Il y en a peu qui le font, mais c’est possible. Donc, c’est toujours important de connaître la théorie, mais c’est encore plus important de savoir exploiter. Si tu sais comment joue un joueur en début ou en fin de tournoi, quelles faiblesses il a, quelles forces… tu peux jouer précisément contre l’adversaire !

Aussi, il y a certaines facettes du jeu qui ne sont pas encore très exploitées par les joueurs. Je te donne un exemple : les tournois KO, PKO, ou les Space KO. Il y a beaucoup de situations différentes, et c’est très dur ! Si tu travailles certains aspects de ces formats, tu vas créer un edge, car peu de joueurs les travaillent vraiment.

  1. Pour finir, quels sont vos objectifs pour 2027 ?

Je suis un peu dans l’indécision à cause d’événements personnels. Donc maintenant, surtout, l’objectif va être de faire grossir la chaîne YouTube ! Je pense que je vais jouer moins de Triton pendant environ un an, même si avant, mon objectif était d’en gagner un. Maintenant, c’est un peu passé au second plan parce que j’ai envie de réfléchir à ce que je veux. J’ai envie d’acheter un appartement dans ma ville de cœur, qui est Budapest, donc je pense à tout ça…

Je continue à jouer, mais par périodes ! Pendant les Winamax Series, je peux jouer à fond pendant deux ou trois semaines, puis ralentir, coacher les gars de la Team, voyager un peu…Par exemple, je ne pense pas que j’irai au Triton à Chypre en novembre.

Merci pour ton interview, c’était cool !

 

 

 

 

Crédit photo : Medusv / Caroline Darcourt 

 

 

 

 

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Interviews

Entre rap et poker, S.Pri Noir cultive son esprit de compétition

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De la scène aux tables de poker, S.Pri Noir s’est découvert une nouvelle passion ! Présent au Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains, le rappeur français nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur ses premiers pas dans le poker, son apprentissage du jeu et ses ambitions grandissantes. Entre conseils de Kool Shen, pression des tournois et rêves de WSOP à Las Vegas, l’artiste se confie sur un univers qui le passionne de plus en plus !

  1. On vous connaît avant tout pour votre carrière musicale, mais on vous retrouve désormais régulièrement sur les festivals Winamax. Comment avez-vous découvert le poker et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans les tournois live ?

J’ai découvert le poker dans mon quartier, on se retrouvait dans la rue pour jouer. On aimait se rassembler pour jouer au poker, pour tuer le temps et aussi faire un peu d’argent (rire). Et donc, c’est comme ça que j’ai découvert le jeu. Au début, je ne jouais pas du tout en ligne. J’ai commencé bien après à faire quelques parties, mais c’était vraiment rare !

Par la suite, j’ai été invité par Fred de Skyrock à un tournoi Winamax, et à ce moment-là, c’était la première fois que je jouais un vrai tournoi dans de vraies conditions live. J’ai vraiment kiffé !

Ensuite, l’équipe de Winamax m’a dit qu’ils organisaient des tournois un peu partout en France et en Europe, et ma première invitation, c’était à Bratislava ! J’ai découvert un univers que j’ai adoré. En termes de sensations, c’était incroyable.

  1. Vous avez déjà participé à plusieurs événements Winamax. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces festivals et comment abordez-vous cette nouvelle édition du WPO ? Vous venez avant tout pour l’ambiance ou avec de véritables ambitions de performances ?

– Ce qui me plaît, c’est la rencontre avec les gens, mais aussi la rencontre avec moi-même. J’ai découvert que le poker reflétait pas mal d’aspects de la vie en général. Par rapport aux choix que tu fais, aux configurations que tu peux rencontrer, ou encore par rapport aux gens que tu rencontres… C’est un jeu qui te met face à des choix, parfois difficiles, et du coup, tu dois gérer tes émotions, gérer tes engagements. Tu peux faire preuve d’orgueil ou de résilience. Je trouve que c’est un beau parallèle avec la vie ! J’ai appris pas mal sur moi-même et ça m’a confirmé des choses sur ma personnalité, sur qui j’étais, et c’est ça que je trouve cool.

En ce qui concerne ta deuxième question, je viens surtout pour m’amuser, mais je me suis pris au jeu, je ne te cache pas. Je travaille le jeu, je suis un compétiteur ! Je suis un ancien sportif, le rap aussi, c’est de la compétition, donc je me suis pris au jeu et je nourris des ambitions. Si je suis là, autant essayer d’aller le plus loin possible, voire d’aller au bout.

Marrakech m’a donné encore plus envie, car j’ai terminé 283e du Main Event sur 3 500 joueurs. Du coup, ça m’a vraiment donné envie de m’investir plus. Mais je me suis rendu compte que c’était un vrai sport. Mentalement, il faut être solide pour jouer autant d’heures sans vaciller !

  1. Aujourd’hui, quelle place occupe réellement le poker dans votre quotidien ? Est-ce que vous prenez le temps de travailler votre jeu, d’étudier la stratégie ou d’échanger avec des joueurs professionnels, ou est-ce que vous préférez conserver une approche plus instinctive ?

– Un peu des deux ! À Marrakech, j’ai pas mal échangé avec Bruno (Kool Shen) pendant les deux journées sur le Main. À chaque pause, j’allais le voir et je lui expliquais comment ça s’était passé, comment je me sentais… Et il m’a donné un super conseil ! J’avais l’impression d’être toujours short, autour des 20 BB, et je lui expliquais que ça m’angoissait un peu, car avec les blindes qui évoluent, je ne me voyais jamais devant et solide par rapport à la structure. Il m’a expliqué qu’un bon joueur de tournoi devait être capable de gérer un stack de 20 BB. Il est un peu rentré dans les détails, et ça m’a pas mal aidé à rentrer dans la zone.

Après, je travaille mon jeu en ligne ou même avec des amis. J’aime jouer avec les gens qui me connaissent, car ça m’oblige à varier mon jeu, à essayer d’être plus imprévisible ! Mais pour l’instant, j’évite de rentrer dans des considérations techniques trop compliquées. Je joue plus l’homme que les probabilités. Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, j’y vais doucement sur la technique.

  1. Le rap et le poker sont deux univers très différents, mais dans lesquels la confiance en soi, la créativité et la gestion de la pression peuvent jouer un rôle important. Est-ce que vous retrouvez certaines similitudes entre la préparation d’un concert et la compétition autour d’une table de poker ?

– Nan, c’est complètement différent à mon sens. Quand je suis en concert, je suis pressé de jouer ma musique. Dans le poker, au début, j’avais une pression de dingue ! Et c’est d’ailleurs ça qui m’a accroché. Quand je rentrais dans la salle, j’avais l’impression que tout le monde voulait m’abattre, c’était impressionnant ! Les premières fois, j’ai mis une heure à redescendre, mon cœur battait, c’était dingue. Je ne sais pas si c’était du stress, mais en tout cas, j’avais la pression. Aussi, je voulais bien faire, je ne joue pas trop en live, donc il y avait aussi la pression de ne pas faire d’erreur sur les mises, les antes, etc.

En plus, j’ai le badge WIP, donc je suis un peu la personne à abattre, donc deux fois plus de pression. Au final, après, j’ai fait avec les armes que j’avais. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux, même si je ressens encore un peu de pression lors de la première heure à la table.

Ce qui est drôle, c’est que dans le rap, je ne ressens pas la même pression, et pourtant, il y a beaucoup plus d’enjeux, c’est ma vie, c’est ma passion ! Mais le poker… c’est une dinguerie (rire) ! C’est violent, l’élimination est très brutale, et l’échec est instantané. Alors que dans la vie, tu as plus le temps de prendre ton échec en compte et d’avancer.

  1. Quand vous arrivez à une table de poker, une partie de vos adversaires vous connaissent déjà grâce à votre musique. Est-ce que vous avez l’impression que cette notoriété influence leur manière de jouer contre vous ? Est-ce que certains cherchent davantage à vous bluffer ou, au contraire, à vous éviter ?

– Personnellement, je ne ressens pas ça. J’ai quand même l’impression d’être considéré comme n’importe quel autre joueur, mais je pense que ça doit jouer quand même un minimum, il faudrait demander aux joueurs ! Souvent, ils déclarent qu’ils me connaissent une heure ou deux après avoir commencé la partie. Mais globalement, je me fais discret. Puis il faut dire une chose, je trouve que les gens sont particulièrement bienveillants ! Hier, j’ai fait l’argent sur un tournoi du festival, les gens étaient contents pour moi, c’est vraiment cool.

Mais pour revenir à ce qu’on disait avant, à partir du moment où un joueur me dit qu’il me connaît, ça me met dans un bon mood. Je vais pouvoir parler de ma musique à quelqu’un qui s’y intéresse, par exemple, et ça va me permettre de discuter un peu avec la personne et de dégager des traits de personnalité de mon adversaire ! Je scanne tout et du coup, ça m’aide.

  1. Après avoir participé à plusieurs festivals Winamax, est-ce que vous envisagez d’aller plus loin dans le poker ? Est-ce que vous aimeriez, par exemple, participer un jour au Main Event des WSOP à Las Vegas, ou est-ce que vous souhaitez avant tout continuer à jouer pour le plaisir ?

Oui, je kifferais ! Je suis déjà allé à Vegas, mais plus pour la roulette (rire). Mais l’été prochain, moi, je suis partant, tant que je suis disponible par rapport aux concerts et aux tournées. Il y a toujours moyen de trouver des spots. Aller là-bas et gagner un tournoi, ce serait dingue !

  1. Pour terminer, parlons un peu de musique. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets artistiques ? Est-ce que vous préparez de nouveaux morceaux, un album ou une tournée ? Et comment arrivez-vous à concilier votre activité musicale avec votre passion pour le poker ?

– Oui, je prépare de nouveaux projets, je fais plein de choses pour d’autres musiciens. Il y a beaucoup de sons, beaucoup de collaborations à venir… Je me suis fait kiffer ! Je trouve qu’en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui sont très forts. J’arrive à concilier la musique et le poker, mais ce n’est pas facile (rire).

Par exemple, quand je suis arrivé sur le festival, je venais de passer pas mal d’heures en studio, je n’avais pas beaucoup dormi. Donc je suis arrivé, je me suis mis à jouer directement, c’était un peu dur, mais ça va !

Sinon, habituellement, je joue en ligne pour des petites sommes et je travaille mon jeu comme ça. Ça me permet de voir des cartes et de travailler mes stratégies à ma manière.

Merci pour l’interview, c’était cool !

 

 

 

 

Crédit photo : Medusv 

 

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Leo Margets, une table finale historique et toujours la même soif de progresser

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Quelques mois après son incroyable parcours sur le Main Event des WSOP 2025, Leo Margets est de retour aux tables du Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains ! L’occasion de revenir avec elle sur l’une des plus grandes performances de sa carrière, mais aussi d’évoquer ses ambitions pour les années à venir. Entre ses envies de découvrir les Triton ONE, son rapport au travail et sa vision de l’évolution du poker moderne, la joueuse espagnole nous livre un entretien dans lequel elle affirme une chose : sa table finale des WSOP n’est certainement pas une finalité !

  1. Leo, un peu plus d’un an après votre 7e place au Main Event des WSOP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette performance ? Est-ce que vous avez maintenant pleinement réalisé ce que vous aviez accompli et l’impact que cette table finale a eu sur votre carrière ?

– Je pense que c’est l’une des expériences les plus intenses de ma vie, et pas seulement au poker, car j’ai pu partager ça avec des amis très proches pendant tout le tournoi, et ça, ça a complètement changé l’aventure. C’est une super expérience de vie, mais à la fois, je ne veux pas avoir l’étiquette de la femme qui a fait la table finale, et je pense qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui peuvent arriver encore. Même si c’est très difficile de faire une performance vraiment bonne, on sait tous que ce n’est pas habituel de faire un résultat comme ça, alors c’est quelque chose de super dont je me souviendrai toute ma vie, mais je dois continuer d’avancer et ne pas m’arrêter sur cette table finale du Main Event. Je suis quelqu’un qui peut réussir à faire beaucoup plus de choses dans le poker. Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait quelque chose d’énorme, c’est comme si c’était fini, mais non ! En somme, je n’en fais pas une finalité.

  1. Au-delà du résultat et des émotions, est-ce que ce parcours vous a permis de découvrir quelque chose sur votre propre jeu ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux que vous avez décidé de travailler différemment depuis cette expérience ?

– Je suis super fière globalement. Faire des erreurs fait partie du jeu, mais j’aurais été OK d’en faire encore plus, c’est le poker ! On ne doit pas avoir peur de faire des erreurs, mais je pense que j’ai pu briller en me donnant à 100 % dans un moment où j’ai eu le plus de pression de ma vie, et je ne peux qu’être heureuse. Bien sûr, on peut toujours s’améliorer, mais je suis super contente. J’étais tellement dans le flow que ça a été incroyable. J’étais très connectée aux émotions des autres, au jeu… J’ai fait quelques erreurs, mais je ne vais pas me punir, tu sais. Sur 10 jours, on fait forcément des erreurs avec la fatigue. Je vais continuer à travailler mon jeu, et ce résultat m’a permis de me donner un gros boost de motivation !

  1. Ici, vous allez rencontrer de nombreux joueurs amateurs, bien loin des fields que vous avez l’habitude d’affronter sur le circuit international. Comment adaptez-vous votre jeu à ces profils ? Est-ce qu’un field moins expérimenté peut parfois vous poser des problèmes stratégiques inattendus ?

– Oui ! La clé au poker, c’est de s’adapter, et si tu veux performer, tu dois faire en fonction des joueurs en face. C’est bien d’avoir deux ou trois récréatifs à table, mais parfois, quand tu t’assois et qu’il y a une table entière de joueurs récréatifs, c’est plus difficile, car tu vas jouer beaucoup de pots multiway, et c’est parfois compliqué de comprendre les ranges qu’ils jouent. Mais c’est sympa quand même ! L’ambiance à la table est vraiment bonne, on rigole, ce sont toujours de bons moments. Parfois, dans certains endroits du monde, les joueurs ne parlent pas, ils ont des casques… Ça n’est pas toujours aussi sympathique que sur un festival comme le WPO !

  1. Vous avez remporté un bracelet WSOP et atteint la table finale du Main Event. Après de telles performances, comment parvient-on à se fixer de nouveaux objectifs ? Est-ce que vos ambitions ont évolué, notamment concernant les tournois et les circuits auxquels vous souhaitez participer ?

– En fait, je n’ai jamais eu d’ambitions qui se basent sur les résultats. J’essaye toujours de m’améliorer, et ensuite je transforme ça en résultats qui sont les conséquences de mes efforts. J’ai encore très envie de devenir une meilleure joueuse, et ce n’est pas que je vais sauter dans les super high stakes, mais peut-être que je vais m’essayer aux Triton One et jouer un peu plus cher que mon average buy-in actuel. Je suis consciente de mon edge sur tel ou tel field, je pense que je peux être gagnante sur les tournois de Triton One, mais j’ai toujours voulu jouer mon action à 100 %, donc je vais y aller progressivement. C’est pour ça aussi que je veux progresser en tant que joueuse. Mon average buy-in est peut-être de 3 000 à 4 000 €, tandis que sur Triton One, je jouerais en moyenne pour 5 000 ou 6 000 €. Peut-être que je pourrais jouer un 25 000 € qui serait super beau, mais je n’ai pas trop envie de jouer des super high rollers de manière régulière. De plus, j’aime la complexité du jeu, j’aime étudier, mais je sais que pour l’instant, je ne suis pas au niveau des joueurs qui jouent les super high rollers. Alors je n’aime pas trop me battre sur un field où je sais que je n’ai pas d’edge, ou très peu. Je suis consciente que je ne fais pas assez d’heures de travail comme le font ces joueurs qui performent sur les super high rollers. Je veux sentir que je suis au top contre les gens que j’affronte, et c’est pour ça que je veux bien choisir les tournois que je joue.

  1. Le niveau du poker professionnel ne cesse de progresser, et les outils de travail sont devenus de plus en plus performants. Comment organisez-vous aujourd’hui votre travail personnel en dehors des tables ? Est-ce que vos méthodes d’apprentissage ont évolué ces dernières années, notamment depuis votre table finale aux WSOP ?

– Entre nous, je préférais presque le poker avant. C’était plus un poker d’instinct. Maintenant, le poker est devenu un jeu où il faut plus travailler les solvers que les autres pour s’en sortir face aux joueurs de haut niveau. Bien sûr, il faut connaître la théorie pour pouvoir jouer de manière optimale, mais ensuite, il faut savoir s’adapter et dévier de cette théorie pour pouvoir exploiter ses adversaires au mieux. Avant, il n’y avait pas de logiciel pour savoir ce qui était optimal ou non. Tout dépendait de l’expérience et de la façon de travailler de chaque joueur. Maintenant, c’est beaucoup de travail, il faut étudier les lines qui vont te permettre de te rapporter le plus d’EV possible. Après, même quand tu les connais, il faut parfois savoir ne plus en tenir compte en fonction de qui tu es en train de jouer, et t’adapter. Ces lines que tu apprends avec les logiciels, au final, te permettent de gagner de manière optimale face à quelqu’un qui jouerait 100 % GTO, or, autour des tables, on ne joue pas face à des robots, mais contre des humains qui ont des émotions et qui ne répondront pas de la même façon que le solver !

  1. Ici, au WPO, vous allez notamment affronter de nombreux joueurs amateurs aux profils très différents. Est-ce que vous abordez ce type de tournoi avec la même exigence et le même esprit de compétition qu’un Main Event des WSOP ? Ou est-ce que vous vous permettez de jouer un poker plus instinctif, en accordant davantage de place au plaisir ?

– Vraiment, j’essaye de prendre chaque tournoi avec la même attitude. Quand je suis à la table, j’oublie le buy-in, j’essaye de prendre les meilleures décisions quoi qu’il arrive ! Mais c’est vrai que tu n’as pas forcément les mêmes sensations que sur un tournoi comme le Main Event, et c’est normal. C’est beau que certains tournois nous fassent ressentir quelque chose de spécial. En tout cas, globalement, ça n’est pas possible pour moi de m’asseoir et de me dire que je n’essayerai pas de jouer mon A-game. Parfois, je ne peux pas forcément le développer, mais je veux toujours avoir l’esprit de compétition dans tous les cas.

  1. Vous évoluez au plus haut niveau depuis de nombreuses années. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Est-ce que vous souhaitez continuer à vous consacrer pleinement à la compétition ou est-ce que vous envisagez de développer d’autres projets autour du poker ?

– Je ne sais pas ! On aime parfois sentir qu’on a un chemin tout tracé pour enlever de l’incertitude, mais je pense que je vais jouer toute ma vie, oui, sauf si je sens qu’à un moment, je n’ai plus faim d’amélioration quant à mon niveau. Après, je suis ouverte à des projets. Mais tu sais, j’ai fait un grand bond de niveau depuis 5 ans, car avant, j’étais toujours en train de penser à un plan B hors poker. Je mettais du temps dans le poker, je travaillais le jeu, mais je faisais quand même des formations dans tel ou tel domaine pour avoir comme un filet de sécurité si jamais le poker n’allait pas bien ! Et ça, ça n’est pas bon pour devenir meilleure. Globalement, je pense que tu dois pouvoir être « all-in » dans ce que tu fais si tu veux progresser et arriver au meilleur niveau. Sinon, tu divises ton attention, tu es moins focus, ça n’est pas bon. Je me suis rendu compte que ce que je faisais à côté du poker, c’était comme pour me trouver une excuse pour ne pas m’investir à 100 %. Maintenant, j’ai changé ça, je suis coachée, je fais faire des simulations pour travailler, je partage beaucoup avec des joueurs de poker dans des groupes… Je veux pouvoir arriver à mon meilleur niveau !

 

 

 

Crédit photo : Edu Agreda 

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