Portraits / Interviews
Interview : Davidi Kitai, le génie à plein temps
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1 an agoon
Nous n’avions jamais rencontré de génie dans notre vie, c’est désormais chose faite : Davidi Kitai, l’homme aux 11.5 millions de gains nous a accordé un entretien en marge du Sismix, compétition qu’il a déjà remporté lors de la toute première édition en 2014.
- Comment se passe le festival ? Vous restez jusqu’au 26 ? Grosse remontada hier sur le Main, non ?
Oui, je reste jusqu’au 26, tout se passe très bien, j’ai réussi à me qualifier pour le Day 2 et à monter des jetons sans avoir à re-entry. D’habitude, je re-entry un maximum pour pouvoir me qualifier, mais là, j’ai pu passer le Day 1A sans avoir à remettre la main au portefeuille, donc je vais pouvoir me prendre deux jours off.
Effectivement, j’étais descendu très bas, en passant du starting stack (50k) à 20k jetons en tout début de Day, mais on était encore assez deep donc tout est relatif. J’ai réussi à remonter 80k juste avant le dinner break, et ensuite, ça s’est très bien goupillé ! J’ai été patient, et finalement, je clôture le Day à plus de 800k.
- Vous serez aux WSOP cette année, à quelle fréquence allez-vous jouer ?
Oui effectivement j’y serai ! Je ne vais pas tout jouer, mais quand même, je vais rester plus d’un mois, du 15 juin au 17 juillet, donc ça va être quand même assez intense. Je suis très motivé et je le sens bien cette année ! D’ailleurs, j’ai fait le break le plus important de ma carrière cette année, j’ai pris 3 mois de pause entre janvier et Mars étant donné que l’EPT Paris a été annulé, et en dehors de ça, il n’y avait pas de tournois très excitants. J’en ai donc profité pour travailler mon jeu, que ce soit la technique, mais surtout le mental ! Je me sens vraiment bien !
- On parle souvent de vous comme étant un “joueur instinctif”. Comment définissez-vous cet instinct ? Est-ce inné ou ça se travaille ?
Je pense que c’est un peu naturel chez moi. Tout le monde a de l’instinct en réalité, mais certains l’ont plus développé que d’autres. J’ai vite compris que l’instinct, le côté psychologie, et l’analyse des tells faisaient partie de mes qualités et que je devais appuyer là-dessus pour avoir un avantage sur les autres. La plupart des joueurs de poker sont globalement plus attirés par le côté mathématique, et délaissent souvent le côté instinctif.
Enfaite, selon les personnes, je conseille parfois de ne pas trop écouter leur instinct, surtout quand je sens que ce n’est pas spécialement leur qualité. Moi je ressens quelque chose dans les décisions importantes, un instinct assez fort, alors avec l’expérience, j’essaye d’écouter cet instinct de plus en plus, surtout si j’arrive à mettre un raisonnement derrière. Parfois, on a envie de payer un bet à la river, mais ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons, donc prudence.
- Quel est le plus grand défi que vous ayez rencontré dans votre carrière ? Vous êtes vous déjà senti distancé techniquement par de jeunes joueurs ? Quelle adaptions avez-vous réalisées pour rester compétitif ?
Au fil de ma carrière, j’ai réalisé pas mal d’adaptations pour pouvoir rester au top niveau. La dernière adaptation a surtout été en rapport avec la GTO. Maintenant, les jeunes réussissent à rattraper très très vite le retard grâce aux logiciels et autres. À l’époque, il était impossible de rattraper le niveau d’un joueur d’expérience en si peu de temps, alors que maintenant, c’est tout à fait possible. En travaillant beaucoup, un jeune joueur peu réussir à devenir très bon techniquement.
À titre personnel, maintenant que je suis père de famille, j’ai naturellement moins de temps à consacrer au travail du jeu, en comparaison avec des jeunes joueurs qui peuvent consacrer 100 % de leur temps au poker. J’ai donc un petit désavantage face à eux de ce côté-là, mais par contre, j’ai tout de même 20 ans d’expérience en tant que joueur de poker, du coup, j’ai quand même confiance en ma technique. Le challenge est donc de réussir à optimiser mon temps, et de travailler moins, mais mieux. Je ne vais pas travailler 10h par jour, mais quand je bosse, j’essaye de travailler intelligemment.
L’année dernière, je n’ai pas fait une très bonne année, donc je me suis beaucoup remis en question. J’ai surtout travaillé mon mental avec Stephane Matheu. Le poker est un jeu très cruel, avec beaucoup de variance, donc il est absolument crucial d’être solide mentalement. Il faut accepter les coups durs et être capable de revenir sans être trop affecté, que ce soit par les mauvais résultats, ou même les bons d’ailleurs !
- Avez-vous déjà pensé à coacher ou à écrire un livre sur votre vision du jeu ? Vous êtes quand même le joueur le plus titré d’Europe ! Vous auriez des choses à raconter !
J’y ai vaguement pensé effectivement, des gens sont venus vers moi pour me proposer des choses, mais je pense que le temps n’est pas encore venu. Je pense que ça viendra, mais en fin de carrière. Puis en dehors de ça, je pense que ça n’est plus forcément un format idéal pour transmettre de l’information. C’était plus le cas il y a 20 ans. Je partage à ma manière, en faisant du stream, des interviews, en échangeant avec les joueurs, ou même en réalisant des blogs etc…
Mon temps est important et limité, je ne peux pas tout faire, donc j’essayer de prioriser.
- Avez-vous une routine mentale ou physique pour rester au top, notamment lors des gros tournois ?
Je n’ai jamais vraiment eu de routine, mais effectivement, avec l’âge, ça devient un peu plus dur, surtout par rapport à la concentration et à l’aspect physique. Durant le Main Event, il y a deux ans, j’avais fait Day 5 et j’ai vraiment ressenti la fatigue. J’éprouvais le besoin de me lever régulièrement et J’avais un peu mal partout physiquement. Ce sont des journées de 12h, c’est assez éprouvant !
Maintenant, j’essaye de m’imposer quelques petits exercices, même si je ne suis pas un grand sportif. Avec Stephane Matheu, j’ai pas mal travaillé pour optimiser ma concentration. J’ai appris à m’économiser et à me déconcentrer entre les mains. Il m’a enseigné des techniques qui me permettent de tenir toute une journée, et de gérer au mieux mon énergie. Maintenant, je laisse un peu passer quelques informations à la table pour pouvoir être à 100 % quand je joue une main.
- Comment travaillez-vous votre jeu ?
J’ai un coach mental qui est Stephane Matheu, que je fréquente depuis très longtemps. On s’entretient une fois par semaine et on bosse plus la théorie. Il est très fort dans ce domaine, et il a d’ailleurs sorti un livre qui s’appelle « vous avez les cartes en main ». Il explique tout sur le coaching mental en général, et il est vraiment très très bon. Son coaching est très personnalisé, en fonction de mes besoins.
J’ai aussi un mentor, qui est un peu mon coach stratégie, qui est dans le milieu des affaires. Il m’aide beaucoup et a une vision très utile pour le milieu du poker. On sort de la technique pure, et on travaille le côté stratégique de manière globale. D’ailleurs à mon sens, cet aspect du jeu est encore très largement sous-estimé par les jeunes joueurs. Moi, j’appuie plutôt là-dessus, même si je continue de travailler la technique à ma manière, en regardant par exemple des tables finales ou en faisant un peu de solver deux ou trois fois par semaine.
Je vais par exemple essayer d’aller trouver des solutions sur des spots qui me posent problème. Je n’ai jamais eu recours à un coach technique, j’ai toujours préféré être indépendant dans ce domaine.
- On ne vous voit pas encore sur des festivals comme les Tritons, est-ce que vous seriez tenté de les jouer dans le futur ?
À vrai dire, je ne me presse pas. Je me dis que si ça doit se faire, ça se fera naturellement. Pour l’instant, je suis à l’aise sur les buy-ins jusqu’à 25.000 €. Pour les tournois plus chers, je pourrais vendre des parts, mais j’ai un peu peur de ne pas être 100 % confortable sur ces buy-ins. Il y a 7 ou 8 ans, j’avais déjà joué ces buy-ins pendant un ou deux ans, et ça ne s’était pas spécialement bien passé, donc j’avais décidé de stopper.
Et puis il faut dire que les rendements sur ces tournois ne sont pas énormes, donc je n’ai pas spécialement envie de gamble dessus. Les organisateurs des Tritons ont annoncé qu’ils proposeraient des buy-ins un peu moins chers, donc si ça devient le cas dans le futur, je pense que j’irai les jouer plus souvent.
- Si on devait faire un film sur votre vie de joueur, qui jouerait Davidi Kitai ? (question un peu fun pour clôturer)
Question intéressante ! Pendant un temps, beaucoup de gens disaient que je ressemblais un peu à Adrien Brody. En plus, c’est un excellent acteur ! Ce serait un honneur qu’il puisse jouer mon rôle, pourquoi pas !
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Interviews
Du high stakes au WPO, Benjamin Chalot ouvre un nouveau chapitre avec ATM et Winamax
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3 semaines agoon
1 octobre 2026
Présent à Aix-les-Bains pour son premier WPO, Benjamin Chalot revient sur le rapprochement entre ATM et Winamax, son regard sur le niveau du field, les adaptations nécessaires face aux joueurs amateurs et ses projets pour les mois à venir. Entre développement de la chaîne YouTube, coaching, voyages et envie de lever un peu le pied sur les Triton, le joueur français se livre sur une période de transition dans sa carrière.
- Benjamin, cela fait maintenant quelques mois qu’ATM collabore avec Winamax, notamment à travers vos contenus vidéo. Comment ce rapprochement s’est-il concrétisé, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble ?
C’est une continuité logique et naturelle, on va dire. Cela fait environ 2 ans et demi que la chaîne a été créée, et elle a grossi vite. Il y avait déjà eu des discussions en interne, mais on n’était pas assez gros. L’année dernière, ça s’est fait assez naturellement. On a aussi été approchés par d’autres rooms, mais on a refusé ! Nous, ce qui nous intéressait, c’était de travailler avec le numéro un français.
Winamax, ce sont les meilleurs en termes d’innovation ! Là, c’est mon premier WPO et, franchement, je kiffe. Pour te dire, j’ai un vol dans 30 minutes, mais je zappe et je vais aller jouer le High Roller. Je vais aussi aller commenter le stream avec Flavien juste après !
- Est-ce qu’on peut s’attendre à voir ATM davantage sur les événements Winamax, ou même imaginer de nouveaux projets communs qui dépasseraient le cadre de vos vidéos ?
Oui, à 100 % ! Surtout après cette expérience du WPO. Ici, le cadre est vraiment stylé. Pour Clément Richez, ça va être compliqué, car il vit au Mexique, mais moi, de mon côté, pour l’Europe, je suis complètement partant.
Pour l’instant, on va se focus sur YouTube et promouvoir Winamax via notre chaîne, afin que Winamax puisse également promouvoir ATM, et on verra par la suite. Après, en termes de concepts de vidéos, on en a déjà trois différents qui sont dans les tuyaux ! Axel, le directeur de notre communication, a déjà terminé la première vidéo, et il y en a deux autres qui vont suivre et qui seront très différentes de « Zero Bluff ». Voilà, il y a déjà des innovations comme ça. Donc maintenant, à voir comment ça performe sur YouTube et si les gens aiment !
- Quand vous passez d’une table composée de professionnels de classe mondiale à un field comme celui du WPO, avec de nombreux amateurs, est-ce que vous devez finalement réapprendre à jouer certains spots ? Est-ce que vous avez parfois tendance à trop réfléchir face à des adversaires qui abordent le jeu de manière beaucoup plus instinctive ?
Bien sûr, j’ai pu voir quelques profils un peu atypiques à mes tables, comme on en voit un peu moins souvent aux Triton. Mais franchement, ma première table durant le Main de ce WPO, c’était incroyable ! Ça jouait très bien, j’avais l’impression de jouer un 200 € online ! D’habitude, il y a un rapport de 50, donc là, je suis censé jouer comme sur un 10 €, mais honnêtement ici, ça jouait super bien.
J’ai vu plein de moves techniques intéressants, de bons sizings… Il y avait bien évidemment de petites erreurs que je pouvais exploiter, mais globalement, ça jouait extrêmement bien ! À part quelques joueurs qui ne connaissaient pas les ranges préflop (rires), la plupart des joueurs que j’ai croisés à mes tables étaient bons.
Au Day 2, par contre, c’était plus facile ! J’ai vu plus d’erreurs, j’ai pu grind 20 blindes très rapidement, alors que normalement, on est bien soumis à la distribution des cartes. Mais les deux Days 1, franchement, c’était dur ! On m’a dit que c’était polarisé, qu’il y avait les meilleurs regs online qui venaient ici pour l’ambiance et pour profiter, donc j’ai sûrement dû déchatter les tables (rires).
- On imagine qu’il y a beaucoup de joueurs présents ici qui regardent vos vidéos et celles d’ATM. Si vous deviez leur donner un seul conseil pour améliorer leurs résultats sur un festival comme le WPO, quel serait-il ?
Grosso modo, je trouve que ça fold quand même encore beaucoup ! Donc on peut encore être assez agressif. On m’avait dit de ne pas bluffer sur ce genre d’événements, que j’allais me faire bluff catch très souvent, mais au final, il y a encore de la place pour l’agressivité. Donc, sans hésitation : jouez agressif, et ce, dès le préflop !
- Quand vous jouez un tournoi à 500 € face à des amateurs, est-ce que vous considérez que vous disposez d’un avantage technique suffisant pour compenser la variance d’un field aussi important ?
La réponse est non ! Évidemment que je vais faire mieux que le joueur moyen, mais comme je te disais, mes deux premières tables étaient très difficiles. Si j’ai des confrontations qui ne sont pas à mon avantage, où je dois partir à tapis avec top paire/mauvais kicker dans un spot contre un mec qui est bon et agressif, eh bien, je vais le faire, car ça joue bien ! L’idée n’est pas de se dire : « Le field est tellement nul, donc je peux me permettre de trouver des folds aussi facilement. »
Aussi, je respecte le jeu, je ne viens pas pour jeter mon stack ! Il y a beaucoup de gens qui viennent me faire des compliments, beaucoup de joueurs amateurs sont contents de venir jouer des spots contre moi, donc je trouverais ça irrespectueux de ne pas donner le meilleur de moi-même. Et si quelqu’un me roule dessus, eh bien, c’est le jeu, et c’est un bon souvenir pour eux !
- Avec les outils dont disposent aujourd’hui les professionnels, on a parfois l’impression que tout le monde travaille les mêmes spots et utilise les mêmes solutions. À très haut niveau, comment est-ce qu’on peut encore construire un avantage technique sur ses adversaires ?
Tu sais, quand on arrive à très très haut niveau, le field est compris entre 30 et 50 joueurs. Si t’es professionnel, tu peux les étudier et les connaître par cœur, ou quasiment. Il y en a peu qui le font, mais c’est possible. Donc, c’est toujours important de connaître la théorie, mais c’est encore plus important de savoir exploiter. Si tu sais comment joue un joueur en début ou en fin de tournoi, quelles faiblesses il a, quelles forces… tu peux jouer précisément contre l’adversaire !
Aussi, il y a certaines facettes du jeu qui ne sont pas encore très exploitées par les joueurs. Je te donne un exemple : les tournois KO, PKO, ou les Space KO. Il y a beaucoup de situations différentes, et c’est très dur ! Si tu travailles certains aspects de ces formats, tu vas créer un edge, car peu de joueurs les travaillent vraiment.
- Pour finir, quels sont vos objectifs pour 2027 ?
Je suis un peu dans l’indécision à cause d’événements personnels. Donc maintenant, surtout, l’objectif va être de faire grossir la chaîne YouTube ! Je pense que je vais jouer moins de Triton pendant environ un an, même si avant, mon objectif était d’en gagner un. Maintenant, c’est un peu passé au second plan parce que j’ai envie de réfléchir à ce que je veux. J’ai envie d’acheter un appartement dans ma ville de cœur, qui est Budapest, donc je pense à tout ça…
Je continue à jouer, mais par périodes ! Pendant les Winamax Series, je peux jouer à fond pendant deux ou trois semaines, puis ralentir, coacher les gars de la Team, voyager un peu…Par exemple, je ne pense pas que j’irai au Triton à Chypre en novembre.
Merci pour ton interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv / Caroline Darcourt
Interviews
Entre rap et poker, S.Pri Noir cultive son esprit de compétition
Published
4 semaines agoon
26 septembre 2026
De la scène aux tables de poker, S.Pri Noir s’est découvert une nouvelle passion ! Présent au Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains, le rappeur français nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur ses premiers pas dans le poker, son apprentissage du jeu et ses ambitions grandissantes. Entre conseils de Kool Shen, pression des tournois et rêves de WSOP à Las Vegas, l’artiste se confie sur un univers qui le passionne de plus en plus !
- On vous connaît avant tout pour votre carrière musicale, mais on vous retrouve désormais régulièrement sur les festivals Winamax. Comment avez-vous découvert le poker et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans les tournois live ?
J’ai découvert le poker dans mon quartier, on se retrouvait dans la rue pour jouer. On aimait se rassembler pour jouer au poker, pour tuer le temps et aussi faire un peu d’argent (rire). Et donc, c’est comme ça que j’ai découvert le jeu. Au début, je ne jouais pas du tout en ligne. J’ai commencé bien après à faire quelques parties, mais c’était vraiment rare !
Par la suite, j’ai été invité par Fred de Skyrock à un tournoi Winamax, et à ce moment-là, c’était la première fois que je jouais un vrai tournoi dans de vraies conditions live. J’ai vraiment kiffé !
Ensuite, l’équipe de Winamax m’a dit qu’ils organisaient des tournois un peu partout en France et en Europe, et ma première invitation, c’était à Bratislava ! J’ai découvert un univers que j’ai adoré. En termes de sensations, c’était incroyable.
- Vous avez déjà participé à plusieurs événements Winamax. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces festivals et comment abordez-vous cette nouvelle édition du WPO ? Vous venez avant tout pour l’ambiance ou avec de véritables ambitions de performances ?
– Ce qui me plaît, c’est la rencontre avec les gens, mais aussi la rencontre avec moi-même. J’ai découvert que le poker reflétait pas mal d’aspects de la vie en général. Par rapport aux choix que tu fais, aux configurations que tu peux rencontrer, ou encore par rapport aux gens que tu rencontres… C’est un jeu qui te met face à des choix, parfois difficiles, et du coup, tu dois gérer tes émotions, gérer tes engagements. Tu peux faire preuve d’orgueil ou de résilience. Je trouve que c’est un beau parallèle avec la vie ! J’ai appris pas mal sur moi-même et ça m’a confirmé des choses sur ma personnalité, sur qui j’étais, et c’est ça que je trouve cool.
En ce qui concerne ta deuxième question, je viens surtout pour m’amuser, mais je me suis pris au jeu, je ne te cache pas. Je travaille le jeu, je suis un compétiteur ! Je suis un ancien sportif, le rap aussi, c’est de la compétition, donc je me suis pris au jeu et je nourris des ambitions. Si je suis là, autant essayer d’aller le plus loin possible, voire d’aller au bout.
Marrakech m’a donné encore plus envie, car j’ai terminé 283e du Main Event sur 3 500 joueurs. Du coup, ça m’a vraiment donné envie de m’investir plus. Mais je me suis rendu compte que c’était un vrai sport. Mentalement, il faut être solide pour jouer autant d’heures sans vaciller !
- Aujourd’hui, quelle place occupe réellement le poker dans votre quotidien ? Est-ce que vous prenez le temps de travailler votre jeu, d’étudier la stratégie ou d’échanger avec des joueurs professionnels, ou est-ce que vous préférez conserver une approche plus instinctive ?
– Un peu des deux ! À Marrakech, j’ai pas mal échangé avec Bruno (Kool Shen) pendant les deux journées sur le Main. À chaque pause, j’allais le voir et je lui expliquais comment ça s’était passé, comment je me sentais… Et il m’a donné un super conseil ! J’avais l’impression d’être toujours short, autour des 20 BB, et je lui expliquais que ça m’angoissait un peu, car avec les blindes qui évoluent, je ne me voyais jamais devant et solide par rapport à la structure. Il m’a expliqué qu’un bon joueur de tournoi devait être capable de gérer un stack de 20 BB. Il est un peu rentré dans les détails, et ça m’a pas mal aidé à rentrer dans la zone.
Après, je travaille mon jeu en ligne ou même avec des amis. J’aime jouer avec les gens qui me connaissent, car ça m’oblige à varier mon jeu, à essayer d’être plus imprévisible ! Mais pour l’instant, j’évite de rentrer dans des considérations techniques trop compliquées. Je joue plus l’homme que les probabilités. Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, j’y vais doucement sur la technique.
- Le rap et le poker sont deux univers très différents, mais dans lesquels la confiance en soi, la créativité et la gestion de la pression peuvent jouer un rôle important. Est-ce que vous retrouvez certaines similitudes entre la préparation d’un concert et la compétition autour d’une table de poker ?
– Nan, c’est complètement différent à mon sens. Quand je suis en concert, je suis pressé de jouer ma musique. Dans le poker, au début, j’avais une pression de dingue ! Et c’est d’ailleurs ça qui m’a accroché. Quand je rentrais dans la salle, j’avais l’impression que tout le monde voulait m’abattre, c’était impressionnant ! Les premières fois, j’ai mis une heure à redescendre, mon cœur battait, c’était dingue. Je ne sais pas si c’était du stress, mais en tout cas, j’avais la pression. Aussi, je voulais bien faire, je ne joue pas trop en live, donc il y avait aussi la pression de ne pas faire d’erreur sur les mises, les antes, etc.
En plus, j’ai le badge WIP, donc je suis un peu la personne à abattre, donc deux fois plus de pression. Au final, après, j’ai fait avec les armes que j’avais. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux, même si je ressens encore un peu de pression lors de la première heure à la table.
Ce qui est drôle, c’est que dans le rap, je ne ressens pas la même pression, et pourtant, il y a beaucoup plus d’enjeux, c’est ma vie, c’est ma passion ! Mais le poker… c’est une dinguerie (rire) ! C’est violent, l’élimination est très brutale, et l’échec est instantané. Alors que dans la vie, tu as plus le temps de prendre ton échec en compte et d’avancer.
- Quand vous arrivez à une table de poker, une partie de vos adversaires vous connaissent déjà grâce à votre musique. Est-ce que vous avez l’impression que cette notoriété influence leur manière de jouer contre vous ? Est-ce que certains cherchent davantage à vous bluffer ou, au contraire, à vous éviter ?
– Personnellement, je ne ressens pas ça. J’ai quand même l’impression d’être considéré comme n’importe quel autre joueur, mais je pense que ça doit jouer quand même un minimum, il faudrait demander aux joueurs ! Souvent, ils déclarent qu’ils me connaissent une heure ou deux après avoir commencé la partie. Mais globalement, je me fais discret. Puis il faut dire une chose, je trouve que les gens sont particulièrement bienveillants ! Hier, j’ai fait l’argent sur un tournoi du festival, les gens étaient contents pour moi, c’est vraiment cool.
Mais pour revenir à ce qu’on disait avant, à partir du moment où un joueur me dit qu’il me connaît, ça me met dans un bon mood. Je vais pouvoir parler de ma musique à quelqu’un qui s’y intéresse, par exemple, et ça va me permettre de discuter un peu avec la personne et de dégager des traits de personnalité de mon adversaire ! Je scanne tout et du coup, ça m’aide.
- Après avoir participé à plusieurs festivals Winamax, est-ce que vous envisagez d’aller plus loin dans le poker ? Est-ce que vous aimeriez, par exemple, participer un jour au Main Event des WSOP à Las Vegas, ou est-ce que vous souhaitez avant tout continuer à jouer pour le plaisir ?
Oui, je kifferais ! Je suis déjà allé à Vegas, mais plus pour la roulette (rire). Mais l’été prochain, moi, je suis partant, tant que je suis disponible par rapport aux concerts et aux tournées. Il y a toujours moyen de trouver des spots. Aller là-bas et gagner un tournoi, ce serait dingue !
- Pour terminer, parlons un peu de musique. Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets artistiques ? Est-ce que vous préparez de nouveaux morceaux, un album ou une tournée ? Et comment arrivez-vous à concilier votre activité musicale avec votre passion pour le poker ?
– Oui, je prépare de nouveaux projets, je fais plein de choses pour d’autres musiciens. Il y a beaucoup de sons, beaucoup de collaborations à venir… Je me suis fait kiffer ! Je trouve qu’en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui sont très forts. J’arrive à concilier la musique et le poker, mais ce n’est pas facile (rire).
Par exemple, quand je suis arrivé sur le festival, je venais de passer pas mal d’heures en studio, je n’avais pas beaucoup dormi. Donc je suis arrivé, je me suis mis à jouer directement, c’était un peu dur, mais ça va !
Sinon, habituellement, je joue en ligne pour des petites sommes et je travaille mon jeu comme ça. Ça me permet de voir des cartes et de travailler mes stratégies à ma manière.
Merci pour l’interview, c’était cool !
Crédit photo : Medusv
Interviews
Leo Margets, une table finale historique et toujours la même soif de progresser
Published
4 semaines agoon
25 septembre 2026
Quelques mois après son incroyable parcours sur le Main Event des WSOP 2025, Leo Margets est de retour aux tables du Winamax Poker Open d’Aix-les-Bains ! L’occasion de revenir avec elle sur l’une des plus grandes performances de sa carrière, mais aussi d’évoquer ses ambitions pour les années à venir. Entre ses envies de découvrir les Triton ONE, son rapport au travail et sa vision de l’évolution du poker moderne, la joueuse espagnole nous livre un entretien dans lequel elle affirme une chose : sa table finale des WSOP n’est certainement pas une finalité !
- Leo, un peu plus d’un an après votre 7e place au Main Event des WSOP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette performance ? Est-ce que vous avez maintenant pleinement réalisé ce que vous aviez accompli et l’impact que cette table finale a eu sur votre carrière ?
– Je pense que c’est l’une des expériences les plus intenses de ma vie, et pas seulement au poker, car j’ai pu partager ça avec des amis très proches pendant tout le tournoi, et ça, ça a complètement changé l’aventure. C’est une super expérience de vie, mais à la fois, je ne veux pas avoir l’étiquette de la femme qui a fait la table finale, et je pense qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui peuvent arriver encore. Même si c’est très difficile de faire une performance vraiment bonne, on sait tous que ce n’est pas habituel de faire un résultat comme ça, alors c’est quelque chose de super dont je me souviendrai toute ma vie, mais je dois continuer d’avancer et ne pas m’arrêter sur cette table finale du Main Event. Je suis quelqu’un qui peut réussir à faire beaucoup plus de choses dans le poker. Ce que je veux dire, c’est que lorsqu’on fait quelque chose d’énorme, c’est comme si c’était fini, mais non ! En somme, je n’en fais pas une finalité.
- Au-delà du résultat et des émotions, est-ce que ce parcours vous a permis de découvrir quelque chose sur votre propre jeu ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux que vous avez décidé de travailler différemment depuis cette expérience ?
– Je suis super fière globalement. Faire des erreurs fait partie du jeu, mais j’aurais été OK d’en faire encore plus, c’est le poker ! On ne doit pas avoir peur de faire des erreurs, mais je pense que j’ai pu briller en me donnant à 100 % dans un moment où j’ai eu le plus de pression de ma vie, et je ne peux qu’être heureuse. Bien sûr, on peut toujours s’améliorer, mais je suis super contente. J’étais tellement dans le flow que ça a été incroyable. J’étais très connectée aux émotions des autres, au jeu… J’ai fait quelques erreurs, mais je ne vais pas me punir, tu sais. Sur 10 jours, on fait forcément des erreurs avec la fatigue. Je vais continuer à travailler mon jeu, et ce résultat m’a permis de me donner un gros boost de motivation !
- Ici, vous allez rencontrer de nombreux joueurs amateurs, bien loin des fields que vous avez l’habitude d’affronter sur le circuit international. Comment adaptez-vous votre jeu à ces profils ? Est-ce qu’un field moins expérimenté peut parfois vous poser des problèmes stratégiques inattendus ?
– Oui ! La clé au poker, c’est de s’adapter, et si tu veux performer, tu dois faire en fonction des joueurs en face. C’est bien d’avoir deux ou trois récréatifs à table, mais parfois, quand tu t’assois et qu’il y a une table entière de joueurs récréatifs, c’est plus difficile, car tu vas jouer beaucoup de pots multiway, et c’est parfois compliqué de comprendre les ranges qu’ils jouent. Mais c’est sympa quand même ! L’ambiance à la table est vraiment bonne, on rigole, ce sont toujours de bons moments. Parfois, dans certains endroits du monde, les joueurs ne parlent pas, ils ont des casques… Ça n’est pas toujours aussi sympathique que sur un festival comme le WPO !
- Vous avez remporté un bracelet WSOP et atteint la table finale du Main Event. Après de telles performances, comment parvient-on à se fixer de nouveaux objectifs ? Est-ce que vos ambitions ont évolué, notamment concernant les tournois et les circuits auxquels vous souhaitez participer ?
– En fait, je n’ai jamais eu d’ambitions qui se basent sur les résultats. J’essaye toujours de m’améliorer, et ensuite je transforme ça en résultats qui sont les conséquences de mes efforts. J’ai encore très envie de devenir une meilleure joueuse, et ce n’est pas que je vais sauter dans les super high stakes, mais peut-être que je vais m’essayer aux Triton One et jouer un peu plus cher que mon average buy-in actuel. Je suis consciente de mon edge sur tel ou tel field, je pense que je peux être gagnante sur les tournois de Triton One, mais j’ai toujours voulu jouer mon action à 100 %, donc je vais y aller progressivement. C’est pour ça aussi que je veux progresser en tant que joueuse. Mon average buy-in est peut-être de 3 000 à 4 000 €, tandis que sur Triton One, je jouerais en moyenne pour 5 000 ou 6 000 €. Peut-être que je pourrais jouer un 25 000 € qui serait super beau, mais je n’ai pas trop envie de jouer des super high rollers de manière régulière. De plus, j’aime la complexité du jeu, j’aime étudier, mais je sais que pour l’instant, je ne suis pas au niveau des joueurs qui jouent les super high rollers. Alors je n’aime pas trop me battre sur un field où je sais que je n’ai pas d’edge, ou très peu. Je suis consciente que je ne fais pas assez d’heures de travail comme le font ces joueurs qui performent sur les super high rollers. Je veux sentir que je suis au top contre les gens que j’affronte, et c’est pour ça que je veux bien choisir les tournois que je joue.
- Le niveau du poker professionnel ne cesse de progresser, et les outils de travail sont devenus de plus en plus performants. Comment organisez-vous aujourd’hui votre travail personnel en dehors des tables ? Est-ce que vos méthodes d’apprentissage ont évolué ces dernières années, notamment depuis votre table finale aux WSOP ?
– Entre nous, je préférais presque le poker avant. C’était plus un poker d’instinct. Maintenant, le poker est devenu un jeu où il faut plus travailler les solvers que les autres pour s’en sortir face aux joueurs de haut niveau. Bien sûr, il faut connaître la théorie pour pouvoir jouer de manière optimale, mais ensuite, il faut savoir s’adapter et dévier de cette théorie pour pouvoir exploiter ses adversaires au mieux. Avant, il n’y avait pas de logiciel pour savoir ce qui était optimal ou non. Tout dépendait de l’expérience et de la façon de travailler de chaque joueur. Maintenant, c’est beaucoup de travail, il faut étudier les lines qui vont te permettre de te rapporter le plus d’EV possible. Après, même quand tu les connais, il faut parfois savoir ne plus en tenir compte en fonction de qui tu es en train de jouer, et t’adapter. Ces lines que tu apprends avec les logiciels, au final, te permettent de gagner de manière optimale face à quelqu’un qui jouerait 100 % GTO, or, autour des tables, on ne joue pas face à des robots, mais contre des humains qui ont des émotions et qui ne répondront pas de la même façon que le solver !
- Ici, au WPO, vous allez notamment affronter de nombreux joueurs amateurs aux profils très différents. Est-ce que vous abordez ce type de tournoi avec la même exigence et le même esprit de compétition qu’un Main Event des WSOP ? Ou est-ce que vous vous permettez de jouer un poker plus instinctif, en accordant davantage de place au plaisir ?
– Vraiment, j’essaye de prendre chaque tournoi avec la même attitude. Quand je suis à la table, j’oublie le buy-in, j’essaye de prendre les meilleures décisions quoi qu’il arrive ! Mais c’est vrai que tu n’as pas forcément les mêmes sensations que sur un tournoi comme le Main Event, et c’est normal. C’est beau que certains tournois nous fassent ressentir quelque chose de spécial. En tout cas, globalement, ça n’est pas possible pour moi de m’asseoir et de me dire que je n’essayerai pas de jouer mon A-game. Parfois, je ne peux pas forcément le développer, mais je veux toujours avoir l’esprit de compétition dans tous les cas.
- Vous évoluez au plus haut niveau depuis de nombreuses années. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Est-ce que vous souhaitez continuer à vous consacrer pleinement à la compétition ou est-ce que vous envisagez de développer d’autres projets autour du poker ?
– Je ne sais pas ! On aime parfois sentir qu’on a un chemin tout tracé pour enlever de l’incertitude, mais je pense que je vais jouer toute ma vie, oui, sauf si je sens qu’à un moment, je n’ai plus faim d’amélioration quant à mon niveau. Après, je suis ouverte à des projets. Mais tu sais, j’ai fait un grand bond de niveau depuis 5 ans, car avant, j’étais toujours en train de penser à un plan B hors poker. Je mettais du temps dans le poker, je travaillais le jeu, mais je faisais quand même des formations dans tel ou tel domaine pour avoir comme un filet de sécurité si jamais le poker n’allait pas bien ! Et ça, ça n’est pas bon pour devenir meilleure. Globalement, je pense que tu dois pouvoir être « all-in » dans ce que tu fais si tu veux progresser et arriver au meilleur niveau. Sinon, tu divises ton attention, tu es moins focus, ça n’est pas bon. Je me suis rendu compte que ce que je faisais à côté du poker, c’était comme pour me trouver une excuse pour ne pas m’investir à 100 %. Maintenant, j’ai changé ça, je suis coachée, je fais faire des simulations pour travailler, je partage beaucoup avec des joueurs de poker dans des groupes… Je veux pouvoir arriver à mon meilleur niveau !
Crédit photo : Edu Agreda
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