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Portraits / Interviews

[Rencontre] Isabelle « NoMercy » Mercier, 20 ans dans le tourbillon du poker

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Isabelle Mercier a été l’une des figures les plus médiatisées du poker, joueuse humaine et attachante parmi les joueurs old school des années 2000. Celle qui passe la majeure partie de son temps du côté de la crypto ou à théoriser l’Open Face Chinese Poker, un format qu’elle adore depuis une dizaine d’années, revient sur sa carrière riche en émotions, anecdotes et coulisses du monde du poker sur deux décennies. Avec son co-auteur David Nathan, elle livre des « Chroniques d’une joueuse de poker passionnantes. Rencontre, depuis Las Vegas où elle vient de renouer avec les WSOP pour quelques jours.

Presque vingt ans après le succès de ton premier livre, paru chez Flammarion et écrit avec Marina Rozenman, quelle était la volonté derrière ce projet d’écriture avec David Nathan ?
C’était avant tout une volonté de revenir sur mes années poker, mais de façon ludique, à travers un format (36 chroniques) qui permettait de raconter les coulisses d’une joueuse de poker professionnelle, mais avec une certaine légèreté. David Nathan, qui a écrit beaucoup de chansons, notamment pour Garou qui est un ami commun, a très bien su trouver le ton juste pour retranscrire avec beaucoup d’humour ce que j’avais envie de raconter. 

Ce livre c’est aussi une façon de dire que je reviens sur la scène poker. C’est vrai que j’ai mis mes activités de joueuse en live entre parenthèses pendant plusieurs années, je me suis tenue loin des casinos, et je dois reconnaître que ça m’a beaucoup manqué. 

J’ai passé beaucoup de temps à travailler l’Open Face Chinese Poker, qui est devenu un de mes jeux de prédilection (NDLR: Isabelle a remporté le premier championnat du monde d’OFC format progressif en 2015) et étrangement, l’intérêt pour le No Limit Hold’em, un format que je n’aimais plus vraiment, est revenu grâce à YouTube et à la série Dans la tête d’un pro que je trouve vraiment addictive. J’ai une préférence pour les épisodes avec Adrian Mateos, de loin mon préféré. Je ne jouais plus du tout au NLHE et petit à petit, je me suis mise à refaire des tournois en ligne et en live. Je rejoue les Sunday Million de PokerStars, j’ai joué le Moneymaker Poker Tour au Playground de Montréal et je vais même parfois faire des petits tournois au casino de Wôlinak près de chez moi, un bon plan au passage pour tous les européens qui sont de passage au Québec. 

Tu viens de participer aux WSOP à Las Vegas ; quel attachement portes-tu à cette compétition ? Quels tournois joues-tu ?

C’est une banalité de le dire, mais décrocher un titre sur un WSOP est un rêve absolu, c’est un des titres les plus prestigieux du circuit avec les WPT. Las Vegas, c’est aussi beaucoup de souvenirs, ça me rappelle évidemment la période de ma vie, que j’évoque d’ailleurs beaucoup dans le livre, celle où je vivais littéralement dans mes valises, d’hôtel en hôtel. Chaque été je passais plusieurs mois au Bellagio et Las Vegas était devenue ma troisième ville d’adoption après Paris et Monaco. En ce qui concerne ces WSOP, je n’ai fait qu’un passage éclair d’une semaine, j’étais là notamment pour mon travail avec CoinPoker. J’ai joué le 1 500$ Freezeout et j’ai mis une bullet dans le Millionnaire Maker, malheureusement pas d’ITM. En revanche, j’ai pu faire du Cash Game en OFC et rien que pour ça, ça valait le coup d’être là !

Comment réussis-tu à te maintenir à jour niveau « technique » ? Qu’est-ce qui n’a pas changé, depuis tes débuts ? Quels bouleversements as-tu constaté ?

Le poker a beaucoup évolué, j’en ai bien conscience. Je ne me suis pas encore plongée à 100% dans la GTO, mais c’est un aspect technique que je veux explorer. Cela dit, je ne me vois pas devenir et une folle de la théorie et je ne veux pas que PioSOLVER soit mon meilleur ami ! J’assume être une joueuse à l’ancienne qui joue exploitant. Je fais confiance à mes lectures à table, mais je vais quand même muscler mon jeu théorique dans les prochains mois. Si Adrian fait du coaching, je ne suis pas contre! (rires). En ce qui concerne les changements et les choses qui sont restées les mêmes dans le milieu du poker, j’ai été agréablement surprise de constater qu’il y avait beaucoup moins de ce que j’appelle les Hoodie Boys, ces joueurs qui disparaissent littéralement dans leur capuche, derrière des lunettes de soleil et qui ne parlent jamais. Depuis la crise, j’ai remarqué que cette catégorie de joueurs tendait à disparaître, qu’il y avait chez les gens une envie, un besoin de se reconnecter, de plus parler aux tables notamment plutôt que de jouer au roi du silence. 

Dans ton livre, tu parles des personnes et des moments qui ont marqué ta vie de joueuse… Si tu ne devais NE RETENIR que les plus marquants, quels seraient-ils ?
Il y a évidemment mon ami Bruno Fitoussi, c’est lui qui m’a donné ma chance dans le monde du poker en m’intronisant en 1999 à l’Aviation Club de France (ACF) pour développer le club. C’est aussi lui qui m’a permis de faire mon premier tournoi à Amsterdam et c’est précisément CE tournoi qui m’a décidé à passer pro, donc je lui dois vraiment énormément. 

Gus Hansen, il a été mon mentor à mes débuts, j’ai beaucoup appris de son style agressif, à l’époque il faut se rappeler que le 3-bet et le c-bet étaient des nouveautés ! 

Impossible de ne pas mentionner Tony G, un ami de très longue date grâce à qui je suis devenue ambassadrice OFC pour TonyBet tout d’abord puis pour CoinPoker depuis 2017. C’est un joueur qui a toujours été avant-gardiste et avec une forte fibre entrepreneuriale, il m’a beaucoup inspiré. 

En ce qui concerne les moments les plus marquants, je dirais mon titre au WPT Ladies Night Out, car c’est grâce à ce tournoi que j’ai reçu de la part de Mike Sexton mon surnom de joueuse, une pensée pour lui. Autre moment gravé à jamais en moi, mais pas pour les bonnes raisons : la table finale du 5 000$ NLHE des WSOP en 2006, j’ai fait une énorme erreur en ne mettant pas Phil Hellmuth à tapis alors que j’étais en bluff. J’ai eu peur de mettre mon tournoi à risque et cette erreur me hante encore, j’étais si près d’un bracelet… J’ai pris la cinquième place. Enfin il y a eu mon titre en OFC progressif à Prague en 2015 dont je suis très fière, d’autant que la structure était… disons… assez lente, on a joué de 18h00 à 10h00 du matin, autant vous dire que je n’étais pas très fraîche pour jouer moins de cinq heures plus tard le Main Event !  

Ton livre débute par un bad beat, et sur le tilt… Comment t’es tu forgée un mental d’acier ? Est-ce que cela t’a aidé dans ta vie personnelle, hors des tables de poker ?
C’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en prenant des tonnes de bad beats qu’on finit par prendre la variance avec beaucoup plus de détachement. Mais en toute honnêteté, ça m’a pris des années pour avoir un bon mental à table, pour être capable de me reconcentrer rapidement après un coup violent. C’est le principe de l’hormèse qu’on retrouve au poker : plus on est confronté à un stress mental, en l’occurrence le bad beat, plus on se renforce et mieux on le gère les fois suivantes. Cette solidité mentale me sert dans la vie de tous les jours, je gère mieux les imprévus, j’ai développé un certain stoïcisme.

Qu’est-ce qui aurait pu être mieux fait, selon toi, dans ta carrière de joueuse ? Dans l’évolution de l’industrie du poker ?
Je trouve que la structure de certains tournois pourrait être améliorée. Je ne veux pas blâmer particulièrement les WSOP, c’est simplement l’exemple le plus récent que j’ai à donner, mais le fait de devoir jouer 14h00 par jour sans pause dîner dans une salle qui fait moins mille degrés, comme c’était le cas avec dans le Millionaire Maker, c’est très intense pour ne pas dire désagréable en tant que joueur ! Quand il y avait des tournois à Paris, à l’ACF, les pause repas était de 1H30, les joueurs avaient vraiment le temps de manger et je me suis très vite habituée à ce rythme. Je trouve que les pauses dîner de 45 minutes, quand tu dois traverser le casino pour aller au resto, faire la queue pour aller aux toilettes, c’est mission impossible pour faire un vrai repas, la plupart des joueurs mangent d’ailleurs un hot-dog à la va-vite. Il y a de la place pour améliorer les structures et pas uniquement la pause dîner.

Avec le recul, penses-tu que tu étais « destinée » à cette vie de joueuse ? Raconte-nous les moments qui ont fait basculer ta vie vers le poker…
Oui je pense que c’était ma destinée. Toute ma vie, le poker n’a pas arrêté de venir me faire de l’œil. Quand j’avais sept ans, mon père et mon oncle m’ont appris les rudiments des jeux de cartes. Quand j’ai fini mon stage à la Caisse de dépôt et placement du Québec après mes études de droit, on m’a proposé un poste à temps plein, mais le même soir, Bruno Fitoussi m’appelait pour me proposer un essai à l’ACF. Je n’ai pas hésité longtemps, j’ai dit oui au poker. Quand j’y repense, je me dis que si à l’époque (internet était encore balbutiant), j’avais su qu’il existait des championnats du monde de poker, je n’aurais sûrement jamais fini ma licence de droit et j’aurais pris le premier vol pour jouer Las Vegas.

Actuellement, et ce depuis plusieurs années, tu es active dans le monde de l’écriture et de la crypto – quelles sont tes activités en 2025 ? Quels sont tes projets ?
Je suis en train de finir un livre technique sur l’OFC qui va sortir avant la fin de l’année et on est en train de faire traduire Chroniques d’une joueuse de poker en anglais pour un lancement officiel du livre à Las Vegas en décembre. En ce qui concerne le poker, je vais être plus présente sur le circuit, je veux jouer l’EPT de Monaco et d’autres tournois majeurs. Sur le plan perso, je m’occupe de mes quatre poules, de mon jardin et je regarde pour monter ma maison d’édition. Dernier point perso, je vais faire le trip de ma vie en partant en croisière en Alaska avec mes deux amies d’enfance… et nos mères ! Wow, 6 filles en bateau, je sens qu’on va avoir du fun au casino!

Si tu devais « monter » une table pour passer une soirée amicale, qui inviterais-tu, et pourquoi ?
La vraie question, c’est de savoir si je veux passer une soirée poker sympa ou si je veux que la soirée soit rentable, parce que si j’invite mes joueurs préférés, ça risque d’être une table difficile. Mais idéalement, je ferais un six-max avec David « Devilfish » Ulliott, c’est un joueur et un ami qui était un vrai personnage comme on ne les fait plus, j’adorais son côté exubérant, il me manque beaucoup. Évidemment, il y aurait Doyle Brunson à ma table. Il avait toujours tout un tas d’anecdotes poker à raconter et c’était un homme absolument adorable à table, comme en privé, c’était un des meilleurs ambassadeurs pour le poker et je n’oublierai jamais le jour où il m’a choisi en premier dans la catégorie féminine pour être dans son équipe dans le cadre de la Professional Poker League. Mon père, qui m’a appris à jouer, ferait aussi partie de ce six-max idéal et imaginaire, c’est le genre de joueur vraiment fun à une table de poker et il n’a pas peur de bluffer et d’être agressif ! J’aimerais aussi que mon personnage de fiction préféré soit à la table, c’est Johnny Lawrence (Karate Kid / Cobra Kai), tu ne peux pas t’ennuyer avec ce personnage à une table de poker, il va trash talker tous les joueurs, mais avec tellement d’humour. Impossible de parler de trash talk sans penser à Tony G qui complèterait parfaitement la table. Shuffle up and Deal !

Livre paru : Chroniques d’une joueuse de poker, éditions 21M. Disponible en français sur Amazon.

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WSOP 2026 : Grégory Chochon & Bruno Fitoussi en interview exclusive !

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Le poker lie les générations et les aventures. Si le premier est sans conteste le Français le plus important de l’industrie poker depuis plusieurs années, le second a permis de modeler par sa vision ce qu’est devenu le poker moderne en France et en Europe. Le « patron » (Chief Operating Officer) des World Series of Poker était de passage à Prague pour les WSOP-E, qui ont été un énorme succès. C’était l’occasion de passer du temps avec Bruno Fitoussi, venu disputer quelques tournois, avec qui il partage l’amour du golf, du poker et des bonnes tables. À quelques semaines du début des WSOP à Las Vegas (programme complet à découvrir dans les pages suivantes), les deux hommes ont pu discuter en toute amitié de cette compétition qui reste indétrônable dans le cœur des joueurs et le panthéon des amoureux du beau jeu.

Par Jérôme Schmidt / photographies : Caroline Darcourt

 

Grégory, quelle est l’offre actuelle des World Series en termes de tournois live, de par le monde ?

Grégory Chochon : Il y a bien sûr les WSOP à Las Vegas, puis ce que l’on appelle les tournois majeurs : le WSOP Paradise, qui a lieu en fin d’année, et le WSOPE, qui se déroule pour la première fois à Prague en ce moment [note : au début du mois d’avril 2026], au King’s Casino – sans oublier les bracelets des WSOP online qui se déroule sur GGPoker, dans les pays où l’opérateur est disponible. En dessous, on retrouve les WSOP-Circuit, qui sont un peu comme une deuxième ligue, avec des Main Event à 1 500 € / 1 700 $ uniformisés. Cela correspond aussi à une offre qu’on va lancer en ligne, avec plus de cinq cents tickets de Main Event WSOP-C à gagner via l’appli, et les gens pourront aller jouer l’étape de leur choix dans le monde entier, sauf en Asie car c’est compliqué réglementairement. Le Vietnam a fermé le poker, par exemple, en Corée, à Jeju, les locaux n’ont pas le temps de jouer, au Japon, il va falloir attendre le casino d’Osaka en 2029… On préfère être prudent pour bien rester dans les lois de chaque pays.

 

Comment l’offre s’est-elle affinée avec le temps ?

Grégory Chochon : On a fait du WSOP Paradise un nouveau tournoi phare de l’année, dans une esthétique high-roller assumée qui attire un autre type de joueurs, une sorte de « convention » des high-rollers qui veulent bien finir l’année [rires] ! Côté WSOP à Las Vegas, on n’y touche pas au vu du succès qui ne fait que grandir, quant à l’Europe, on voulait tenter Prague, et a priori les chiffres nous donnent raison, les joueurs sont venus vraiment en masse. On a rajouté un Ladies, afin de créer un événement pour tout le monde. Côté buy-in, tu as 25 000 $ pour le Paradise, 10 000 $ pour Vegas et 5 000 € pour les WSOP-E. On veut que chacun de ces Main Event soit le plus important de l’année, dans sa propre catégorie, et je crois qu’on fait tout pour que ça soit le cas.

Bruno Fitoussi : Et comme vous rajoutez les WSOP-C, ça crée une pyramide vraiment bien construite en termes d’écosystème… Vegas reste mythique, c’est vraiment le sommet de la pyramide, même si, tu as raison Grégory, les WSOP Paradise prennent de plus en plus d’importance…

Grégory Chochon : Le prizepool global de Paradise rejoint petit à petit celui de Vegas, notamment car le buy-in est plus élevé, mais aussi car on autorise les re-entry. Aux Bahamas, tu peux buy-in en crypto, alors qu’à Vegas, c’est impossible. Pour te donner une idée, au moment de cash-out lors des WSOP Paradise, on a fait… trois virements bancaires seulement ! La très grande majeure partie des cash-out est faite soit via Luxon, soit en USDT.

 

Bruno, quel est votre avis sur l’évolution de ces buy-in au fil du temps – à la fois en tant que joueur et en tant que professionnel du poker ?

Bruno Fitoussi : C’est un très vaste sujet, car à l’époque de l’Aviation Club de France il y a environ vingt ans, le Grand Prix de Paris, qui était un tournoi brandé World Poker Tour, avait un buy-on de 10 000 €. En argent constant, cela donnerait du 17 000 €… Aujourd’hui, à part les Bahamas et tous les Triton, on ne propose plus de tournois supérieurs à 5 000 € en Europe. On assiste donc à une montée en gamme de certains buy-in avec les WSOP Paradise ou le succès des Triton  – qui est un écosystème à lui tout seul –, mais aussi à une multiplication des petits buy-in. Il suffit de regarder le succès des tournois Texapoker à 300 ou 500 €…

Grégory Chochon : Cela a été un vrai sujet pour les World Series lorsqu’on a décidé de proposer des buy-in plus faibles, à l’époque. Avant, comme on me l’a rappelé, les seuls tournois à 1 000 ou 1 500 $ c’était des… satellites [rires] !

Bruno Fitoussi : En fait, l’offre et la popularité des tournois se sont détachées avec des sommes faramineuses d’un côté et une scène high-roller qui n’a jamais été aussi folle, et de l’autre une explosion du nombre de joueurs dans les plus petits buy-in.

 

Quelle était votre volonté au sein des WSOP lorsque vous avez inventé le Colossus, par exemple ? C’était une volonté de démocratiser le poker ?

Grégory Chochon : Les WSOP sont une institution prestigieuse, mais ce n’est pas forcément réservé à une élite. Il ne faut pas oublier que la personne qui a fait rentrer le poker dans l’ère moderne, c’est Chris Moneymaker lorsqu’il remporte le Main Event… Donc un amateur venu de nulle part, qui élimine des pros et écrit la légende du poker du XXIe siècle. Donc, oui, il y a les meilleurs joueurs du monde, mais cela fait partie de l’histoire des WSOP d’avoir des inconnus qui se révèlent. L’année du premier Colossus, on a enregistré 8 000 nouveaux joueurs, des first-timers, qui n’avaient jamais participé aux WSOP auparavant. Comme l’a dit Bruno, à l’époque, même les joueurs récréatifs avaient des moyens et ils étaient prêts à jouer chers ; de nos jours, il y a énormément de passionnés qui n’ont pas les moyens de payer un trop gros buy-in, et il a fallu s’adapter. Avant qu’on ne propose ces « petits » tournois, les autres casinos de Vegas remplissaient leurs salles avec des festivals moins chers en parallèle, et cela a prouvé la demande énorme d’un tel type de public. Financièrement, ce n’est pas une opération très intéressante pour nous car il faut énormément de croupiers à payer pour de petits frais d’inscription, mais cela nous a permis d’entrer encore plus dans l’histoire, avec par exemple le plus gros tournoi live jamais organisé avec 28 000 entrants.

Bruno Fitoussi : Les WSOP, ce sont des chiffres et des légendes qui donnent le tournis depuis le début. Et c’est fabuleux que les nouvelles équipes de Grégory arrivent à ainsi continuer à en écrire une histoire à la fois aussi prestigieuse mais aussi encore plus populaire en termes de fréquentation. Et puis ça permet à de très bons joueurs qui n’ont pas encore une énorme bankroll de se lancer dans de très belles compétitions. Et puis 10 000 $ d’il y a vingt ans, ce n’est pas 10 000 $ en 2026… Donc, même si cela reste une grosse somme, c’est plus « simple » de pouvoir participer au Main Event à Las Vegas. Il ne faut pas oublier également les qualifications en ligne, qui n’existaient pas à l’époque. Et comme les WSOP ont pris la décision forte de ne pas proposer de re-buy ou de re-entry pour le Main Event, tout le monde part avec les mêmes chances. C’est génial, c’est vraiment un tournoi à part dans le cœur de tous les joueurs. Je n’en connais pas un qui ferait l’impasse sur le Main des WSOP à Las Vegas…

Grégory Chochon : Et on ne touchera jamais au côté freezeout du Main Event ! On essaie de garder près de quinze tournois durant les Series qui sont freezeout.

Bruno Fitoussi : Je peux concevoir le principe des re-entry, comme par exemple les EPT qui en proposent un seul, mais le fait de jouer des tournois avec des énormes prizepools et sans re-entry c’est tout de même beaucoup plus excitant ! Cela doit faire… trente ans [rires] que je viens aux WSOP, parce que c’est le plus grand rendez-vous de l’année. Sans oublier qu’on y retrouve tous ses amis, qu’on adore revenir à Las Vegas aussi.

 

Est-ce que l’explosion du coût de la vie à Las Vegas peut constituer un problème pour le public étranger ?

Grégory Chochon : Une des questions que l’on se pose toujours, c’est comment attirer plus de joueurs à Vegas pendant l’été ? C’est très difficile car pour venir, il faut du temps, de l’argent, des visas selon les pays, etc. Par exemple, on doit faire plus d’une centaine de lettres d’invitation pour des joueurs de certains pays afin qu’ils puissent entrer aux États-Unis… Mais il ne faut pas que les Français s’inquiètent pour leur visa, c’est une sorte d’ESTA un peu plus formel, mais à ma connaissance personne n’a jamais été refusé à cause d’un post sur Facebook ! Le tourisme n’est pas impacté par ça, surtout à Las Vegas… Et en plus, cette année, il y a un vol Air France direct qui va être opéré trois fois par semaine pendant l’été. Le public français est le quatrième en termes de contingent, derrière les États-Unis, le Canada et l’Angleterre mais devant le Brésil et l’Allemagne.

Bruno Fitoussi : Oui c’est génial, ça simplifie vraiment tout… Toi, tu penses que le cap de 10 000 joueurs inscrits au Main Event est une sorte de plafond de verre dans l’économie actuelle ?

Grégory Chochon : On a réussi à le faire exploser uniquement grâce à notre collaboration avec GGPoker, pour être honnête. Si tu regardes les chiffres entre 2015 et 2022 par exemple, ils ne bougent pas du tout, à une centaine de joueurs prêts. Cela montre que les gens sont fidèles, d’ailleurs, mais seuls les qualifiés online de GG ont permis de dépasser 10 000 joueurs. La seule façon d’arriver à 20 000 joueurs serait de qualifier 10 000 personnes en plus, soit via GG soit via des tickets toute l’année, mais organiquement, on ne peut pas faire autrement…

Bruno Fitoussi : À moins que le nombre de joueurs dans le monde ne double, pourquoi pas avec l’Asie, dans les années qui viennent… C’est vrai que le Main Event des WSOP, c’est un bon thermomètre de l’économie globale du poker.

Grégory Chochon : C’est aussi pour cela qu’on n’investit pas en marketing pour promouvoir en amont l’événement car tous les joueurs dans le monde savent qu’il y a le Main Event des WSOP chaque été ! On préfère investir dans la diffusion télévisée par exemple : on revient sur ESPN en prime time pour le Main Event, ce qui ne s’était pas fait depuis des années, avec plus de cent heures diffusées en live sur ESPN-One. C’est inédit et énorme la couverture médiatique de cette édition 2026 ! On va aussi avoir des partenariats « locaux » comme avec la diffusion en ligne en partenariat avec Winamax pour la France [voir news]. Avant le Main Event, tous les events seront consultables gratuitement sur notre YouTube pendant quarante jours dans le monde entier. Cela devrait nous permettre de toucher de nouvelles personnes qui n’ont jamais vu de poker télévisé. Cette année, on a cent événements avec bracelet, et on a rajouté un petit WSOP-C entre la fin des World Series au 15 juillet et la reprise de la table finale le 3 août. Ce hiatus permet de diffuser en télévision les émissions montées, façon November Nine, et connaître les personnalités des joueurs ainsi que leur storytelling lorsque la finale aura lieu. L’idée, c’est de donner une dimension humaine à la table finale. Côté spectacle, on a investi plusieurs millions de dollars pour le nouveau stage où ont lieu les tables télévisées, ça va juste être magnifique.

 

Ce qui a permis la démocratisation des WSOP, c’est aussi le déménagement qui a eu lieu il y a quelques années…

Bruno Fitoussi : Je pense que personne ne regrette le casino Rio, car ce que Grégory et ses équipes ont réussi au Paris, c’est vraiment génial, tout est tellement plus simple…

Grégory Chochon : Certains disent le regretter, mais il y en a aussi qui parlent encore du Binion’s [rires] ! De 2014, la date où je suis arrivé aux WSOP, à 2021, j’ai travaillé au casino du Rio, mais à part le parking facile d’accès, je n’en vois pas l’intérêt.

Bruno Fitoussi : Mais pas pour un touriste, qui préfère être sur le Strip, avec tout à portée de main. Vous aviez pensé au Caesar’s, autrement ?

Grégory Chochon : Oui, mais les salles de convention sont très disséminées et la seule grande salle qui aurait permis un tel tournoi n’a pas l’agrément pour accueillir des tables de jeu. Le casino Paris et le Horseshoe étaient donc la meilleure solution pour faire évoluer les WSOP et les rendre plus simples, plus accessibles. Cette année, on passe de 700 à 740 tables… Et il n’y a aucun casino sur le Strip qui peut te laisser une telle capacité pendant plus de cinq semaines. Les conventions et les salons sont nos concurrents en termes de location de salle, car ils sont prêts à payer cher pour avoir de tels espaces. Pour ma part, je suis fier de pouvoir proposer des chambres au Horseshoe à 90 $ pendant les World Series.

Bruno Fitoussi : L’année dernière, j’étais à la Tour Versailles, qui dépend du Paris, et c’est extraordinaire. La vue est incroyable, sur les fontaines du Bellagio, moi qui y ai dormi durant tant d’années. Tu as ton balcon sur le Strip et les fontaines, c’est un rapport qualité-prix imbattable. Et puis, il y a de bons restos, comme Mon Ami Gabi ou Nobu. C’est difficile d’imaginer mieux que cet endroit. Et puis, la révolution des inscriptions via l’application WSOP a vraiment tout changé, tu n’attends plus jamais, c’est d’une fluidité folle…

 

Cette appli, justement, comment elle s’est construite ?

Grégory Chochon : On a travaillé avec des développeurs en Corée du Sud qui travaillent déjà avec GGPoker. Ils ont tout remis à plat, créant des jonctions pour les joueurs européens avec Luxon. Et plein de nouveautés arrivent, notamment avec l’incorporation du stacking. C’est, là aussi, une bonne piste pour aider à développer les chiffres de fréquentation des tournois…

Bruno Fitoussi : Cela va se faire avec PokerStake ? Parce que j’y suis inscrit depuis longtemps, et c’est un logiciel vraiment formidable, créé par des pros qui ont tout compris au poker moderne.

Grégory Chochon : Oui, exactement, et PokerStake appartient au groupe d’ailleurs… Quand je parle du groupe, c’est une maison mère, une holding, qui détient à la fois GGPoker et les World Series. GG et les WSOP sont des sortes de cousins en fait [rires] !

Comment s’est passée votre adaptation à Las Vegas au départ ?

Grégory Chochon : Cela va faire douze ans cette année, ça va vite ! Je suis né à Paris, mais j’avais déjà vécu quelques mois à l’étranger, lorsque j’avais travaillé pour PartyPoker. Dans l’ordre, après un passage chez Havas, j’ai intégré le groupe Barrière en lançant le Barrière Poker Tour avec Lucille Denos, puis je suis allé chez PartyPoker, et je suis revenu au moment de l’aventure commune Barrière / Française des Jeux. À ce moment-là, on a accueilli les WSOP-E à Cannes puis Enghien-les-Bains, et c’est comme ça que j’ai connecté avec la marque WSOP. L’histoire, c’est que Ty Stewart, à la fin des WSOP-E à Enghien-les-Bains, a voulu aller voir le casino de Deauville et peut-être y organiser un futur WSOP-E. Un matin, j’ai donc pris ma voiture, et je l’ai emmené là-bas, ce qui nous a permis de sympathiser et de mieux se connaître. Et à la fin… j’étais embauché [rires] ! Parfois, la vie se tient à des tout petits détails, et quand j’en ai parlé avec ma femme, Karine, on n’a pas hésité longtemps pour se lancer dans cette nouvelle vie. En 2014, il y avait 2 millions d’habitants, et maintenant on est passés à trois millions ! J’ai d’ailleurs racheté la maison de Ty Stewart en 2016, à Henderson, et on adore cette ville. Notre fille se plaît tellement aussi là-bas, il y a le soleil tous les jours… On a la Green Card tous les deux, et on a donc une capacité de deux fois dix ans sur place. Pour nos vieux jours, on reviendra sûrement en France, mais il y a le temps !

Bruno Fitoussi : Moi c’est une ville que j’adore depuis des années, j’y ai vécu en tant que joueur pendant des mois et de mois. C’était au début des années 1990, je jouais en cash-game au Mirage tous les jours, et je logeais dans un petit motel. Je vivais uniquement poker à l’époque, je prenais ma voiture pour aller me reposer dans ma chambre de temps en temps, mais autrement, j’ai fait mes classes là-bas quasiment… Je m’y suis même marié avec celle qui est devenue mon épouse. En parallèle, j’avais aidé à ouvrir des tables de Pot Limit Omaha au… Maxims Casino avec Cowboy Wolford [rires] ! Tu imagines, c’était vraiment une autre époque… C’est une magie sans pareil, cela m’émerveille toujours autant. Il ne faut pas non plus avoir peur des prix pratiqués sur le Strip, parce que dès qu’on sort des gros casinos et qu’on va dans le Chinatown, par exemple, ou dans d’autres quartiers de la ville on peut toujours trouver des coins très sympas et moins chers. Moi, ce que je préfère à part le poker, c’est le golf, parfois avec Grégory d’ailleurs, c’est vraiment les plus beaux golfs du monde… J’avais découvert Vegas la première fois en 1977, durant l’été, mais je n’avais pas encore l’âge pour jouer au poker. J’étais avec un copain, on était partis dans un roadtrip dans tous les États-Unis, et on s’était même fait courser par la police parce qu’on n’avait pas l’âge légal [rires] !

 

Comment avez-vous vu la ville évoluer ces dernières années ?

Grégory Chochon : Vegas est une ville qui tente plein de choses, mais toutes les tentatives mal localisées ont connu des échecs. Le Fontainebleau par exemple a pensé qu’en étant à proximité du Wynn, cela pourrait fonctionner… Pareil, le Resorts World juste en face, qui vient de fermer des tables de poker, alors qu’ils avaient de très belles parties de mixed-games où Bruno jouait je crois… Le Wynn, c’est la limite psychologique sur le nord du Strip.

Bruno Fitoussi : Pareil avec le sud du Strip : derrière le MGM, ça commence à être de mauvais emplacements… Par contre, en effet, tu as des casinos de locaux, plus loin, comme le South Point, voire le Red Rock ou le Green Valley. Le seul espace libre qui existe, c’est bien celui entre le Fashion Show Mall et le Resorts ? Ça pourrait marcher là-bas…

Grégory Chochon : Le nouveau Hard Rock, à la place du Mirage, devrait être le nouveau casino à la mode en 2027, car c’est parfaitement placé. Et puis le stade de Baseball, situé juste avant le MGM, devrait aussi redynamiser la ville, comme la Sphere l’a fait il y a quelques années, ou le hockey et les événements de Formule 1. Et on parle même d’une équipe de NBA qui devrait être créée ! C’est une ville très dynamique, qui sait rebondir à chaque fois. La ville réduit de plus en plus les espaces de jeux dans les casinos car les boîtes de nuit et les restaurants ramènent plus d’argent que des machines à sous !

Quel est votre plus beau souvenir aux WSOP à Las Vegas ?

Bruno Fitoussi : Il y a bien sûr mon heads-up du 50 000 $ avec mon ami Freddy Deeb, mais la chose la plus émouvante n’a pas été immédiate, je l’ai réalisée bien plus tard… Cela remonte à l’année de Chris Moneymaker : j’étais chip leader du Main Event l’avant-dernier jour, et j’ai fait quinzième je crois lors de cette édition. Cela n’avait pas tant d’importance pour moi en temps réel, mais par la suite je me suis dit que cela aurait changé ma vie si j’avais été au bout. J’ai eu aussi beaucoup de grands moments avec les WPT du Bellagio ou de cash-games… Et puis bien sûr mon mariage il y a plus de trente ans.

Grégory Chochon : Heureusement que tu n’as pas gagné à la place de Moneymaker, on n’en serait peut-être pas là [rires] ! Pour ma part, ce sont les 10 000 joueurs inscrits au Main Event, c’était fou d’en arriver là aussi vite… L’aventure GGPoker est aussi très forte, car j’en ai été à l’initiative, et je ne pensais pas qu’on travaillerait aussi bien tous ensemble. Le passage Covid puis vente du groupe à une société coréenne, c’était un stress dont on n’a pas idée ! Il y aurait de quoi faire un film… Être à l’intérieur de cette aventure, pour finir avec 10 000 joueurs l’été suivant… c’était une sacrée émotion.

Bruno Fitoussi : J’ai une question pour toi, que beaucoup de gens se posent : a-t-on une chance de voir GGPoker en France ?

Grégory Chochon : Dans le contexte actuel, clairement non. Les marchés restent encore cloisonnés, notamment en France, en Espagne ou aux États-Unis, et ce n’est pas du tout une priorité aujourd’hui. Et il faut aussi reconnaître que les WSOP bénéficient en France d’un partenariat solide avec Winamax, ce qui nous convient très bien !

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Portraits / Interviews

Rencontre avec Julien Sitbon, Team Pro Winamax, au cœur du WiPT

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Au WiPT d’Aix-en-Provence, Julien Sitbon, pro du poker et leader du classement GPI France, livre ses conseils aux amateurs : comment rester solide, exploiter les erreurs des autres joueurs et aborder un Day 3 avec la bonne stratégie.

  • Salut Julien, comment se passe le festival pour toi ? Tu ne t’es pas qualifié pour le Main Event, mais j’ai vu que tu avais intégré le High Roller hier ?

Super ! Je suis arrivé mercredi matin, j’ai commencé par un paddle, et j’ai enchaîné avec le Battle Royale où j’ai terminé 5e, donc ça a été un bon début de festival. Ensuite, j’ai joué le Main Event le lendemain, mais je n’ai pas eu la chance de me qualifier. Hier, je me suis inscrit sur le High Roller, et aujourd’hui, à partir de 12h30, j’ai le Day 2 de ce même tournoi à jouer ! J’ai 1 million de jetons, sur un average à 450.000, donc c’est plutôt pas mal.

Hier, j’étais à la table d’Alexandre Reard et de Malcom, donc l’ambiance était conviviale, c’était cool !

  • Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant Pros et Amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans ?

Question intéressante ! Oui, il y a quand même une petite progression à ce niveau-là, surtout avec tous les contenus disponibles sur internet, les solvers  etc… Maintenant, même les amateurs commencent à regarder pas mal de vidéos et à progresser. Ils s’améliorent surtout dans leur agressivité, dans le fait de relancer plus préflop, d’avoir plus de mains en bluff. Personnellement, je trouve que le niveau n’a pas augmenté considérablement, mais il a augmenté quand même !

Il y a plus de réflexion, plus de compréhension du jeu, ça se sent aux tables. Il y a beaucoup de contenus gratuits aujourd’hui. Même nous, chez Winamax, on fait beaucoup de Masterclass, on fait des choses qui permettent d’avoir une base plus solide, surtout pour ce type d’événement.

  • Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 3 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre les Days 1 et 2, et le Day 3 ?

J’ai des différences d’approche, mais ce que je donnerais principalement comme conseil, ce serait de ne pas visualiser ça comme un Day 3 ! Il ne faut pas trop se mettre de pression, et surtout, jouer son jeu, et ne surtout pas essayer de changer sa façon de jouer. Bien évidemment, sur un Day 3 il y a déjà une notion d’ICM, dans le sens où on se rapproche des grosses sommes d’argent. Mais il ne faut surtout pas essayer des choses que l’on ne sait pas faire.

Quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants d’un move, il vaut mieux ne pas le faire, et encore une fois, se cantonner à ce que l’on sait faire ! Il faut prendre son temps, prendre du plaisir et ne pas s’éparpiller. Restez solide !

En plus, si tu fais quelque chose et que tu dévies de ce que tu sais faire, et que tu bust, tu vas le regretter… alors si tu joues normalement et que tu perds, tu auras beaucoup moins de regret.

  • Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée En tant que pro, comment tu t’adaptes à ce field, qui n’est sûrement pas le même que ceux que tu as l’habitude de jouer ?

Sur les tournois que je joue, ce n’est pas le même type d’amateur. Ce sont des amateurs réguliers qui font toujours les tournois à 500 € et à 1000 €, et qui sont des gens qui ont un peu d’argent, qui ont un travail à côté… Donc ils sont ce que j’appelle des amateurs réguliers.

Pour revenir à ta question, les gens ont deux approches avec nous. Hier, j’ai discuté un peu avec Romain et il m’a dit qu’il avait passé sa journée à se faire bluffer, dans des spots improbables ! En gros, soit ils veulent nous bluffer à tout prix, soit ils ne veulent pas du tout nous jouer car ils ont en quelque sorte « peur » de nous affronter. Il faut donc s’adapter et bien cerner les profils que tu as en face de toi.

Il y a aussi un truc, c’est ce que j’appelle « les fils qui se touchent ». Desfois, tu as des joueurs de poker qui sont très très sérieux, et d’un seul coup, ils craquent complètement ! Soit parce qu’ils ne sont pas habitués à la pression, ou qu’ils se retrouvent dans un spot qu’ils ne comprennent pas, donc ils envoient tout un peu n’importe comment… Donc voilà comment on s’adapte, il faut savoir repérer ces choses-là, et savoir les exploiter.

Moi je joue beaucoup plus les joueurs que les cartes quand je joue un tournoi comme le Main du WiPT, car en observant, je vais récupérer vraiment beaucoup d’informations sur la façon de jouer des joueurs.

  • Sur ce type de tournoi (le Main), quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?

Alors, je trouve qu’il y a encore pas mal de grosses erreurs, mais globalement il y en a beaucoup moins. Par exemple, on voit de moins en moins de limp préflop ! Sur le festival, je n’en ai presque pas vu, ce qui est assez incroyable.

Mais c’est comme on disait tout à l’heure, on fait énormément de vidéos sur Winamax, qui font beaucoup, beaucoup de vues, et dans ces vidéos, le sujet du limp était beaucoup abordé, donc à force, c’est rentré dans la tête des gens ! Ce qui ne m’arrange pas, parce que moi j’aime bien (rires). Je vais dire à Winamax de bloquer l’accès aux vidéos !

Aussi, c’est parfois difficile de se rendre compte des erreurs récurrentes sans voir de showdowns, mais parfois, quand j’en vois, je me rends compte que la sélection des mains, ce n’est pas toujours ça non plus…

  • Tu es premier au classement GPI France, donc maintenant, quel est ton objectif pour 2026 au poker ? C’est quoi le programme en poker live pour les mois à venir ?

Déjà, l’objectif serait de rester 1er du classement GPI France ! C’est un classement qui est très fluctuant, dans le sens où il dépend des performances que l’on fait sur trois ans, et à chaque fois,

ça reprend les trois meilleures performances, et ce, tous les 6 mois. En gros, ça évolue, et si l’un de mes concurrents fait d’énormes performances, il risque de repasser très vite devant. Ça fait donc partie de mes objectifs de garder ma place !

Aussi, j’ai comme objectif de très bien me préparer pour les WSOP, qui sont une série de tournois que j’aime beaucoup. En plus, j’ai un gros programme pour cette année ! Je veux donc être au top pour aborder les WSOP. Je vais jouer aussi le leaderboard, car maintenant, il y a un intérêt financier. Ça permet aussi de lisser la variance sur l’ensemble des trois festivals, que sont Pragues, Vegas, et les Bahamas.

En attendant, on va déjà essayer d’aller performer sur le High Roller de cet après-midi !

 

 

Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt 

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Portraits / Interviews

Vincent Reynaert lance le média « Les Enjeux »

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Vincent Reynaert, ancien de PMU Poker et du Groupe Barrière, vient de lancer un média pas comme les autres : Les Enjeux, une plateforme qui analyse un monde du gaming en pleine mutation. Rencontre.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours dans le monde du gaming ?

J’ai découvert l’univers du jeu en 2010, à un moment clé : celui de l’ouverture du marché français. À l’époque, tout était à construire. C’est dans ce contexte que j’ai rejoint Everest Poker, pour développer les partenariats sur un marché qui s’inventait chaque jour. C’était une période excitante, un peu folle aussi, avec beaucoup d’expérimentations et une vraie effervescence autour du poker en ligne.

Un peu moins de 2 ans plus tard, j’ai rejoint le PMU. 8 années passionnantes pendant lesquelles j’ai eu la chance de travailler sur le développement du poker dans une entreprise dont ce n’est pas le coeur de métier. C’est à ce moment-là qu’est né le France Poker Open (FPO), un circuit que nous avons créé avec l’ambition de surfer sur l’ADN poker live, la marque de fabrique de PMU Poker.

En 2020, j’ai intégré le groupe Barrière pour piloter le développement de leur offre digitale. L’objectif : préparer le futur des casinos physiques dans un monde de plus en plus connecté. Et juste avant de lancer Les-Enjeux.com, j’ai occupé le poste de directeur marketing et communication chez Texapoker, une aventure courte mais intense, au cœur de la plus belle scène du poker live. Ces expériences m’ont donné une vision globale du secteur, à la fois côté opérateurs, événementiel et communication et surtout une conviction : celle que l’industrie du jeu a besoin d’être mieux racontée.

Quelle est la volonté derrière “Les Enjeux” ?

Le jeu est un secteur fascinant, en pleine mutation. On assiste à une recomposition de fond : des acteurs comme Winamax ou Betclic ont complètement bouleversé les codes, les casinos physiques amorcent une transition vers le digital, la filière hippique doit se réinventer pour séduire une nouvelle génération de joueurs, et la régulation évolue vers plus d’ouverture, notamment avec la possible arrivée des casinos en ligne, le jeu est de moins en moins un tabou.

Bref, c’est un moment charnière. Et pourtant, il n’existait pas de média francophone pour documenter ces transformations. Les informations circulent, mais souvent de façon éclatée, entre des communiqués institutionnels, des sites d’actualité très spécialisés ou des analyses en anglais.

Avec Les Enjeux, on veut justement combler ce vide. Notre ambition est de devenir un point de convergence : un lieu où les différents acteurs, opérateurs, fournisseurs, régulateurs, start-up, juristes, etc. peuvent se retrouver, échanger, comprendre les grandes tendances, et surtout prendre du recul sur leurs métiers.

C’est aussi un média qui parle à tous les passionnés de jeux, pas seulement aux professionnels. On veut raconter les succès, les innovations, les débats, mais aussi les enjeux humains, économiques et sociétaux derrière cette industrie souvent caricaturée.

Que va apporter une telle publication en ligne, et quelle équipe va y travailler ?

Aujourd’hui, dans le monde francophone, il n’y a pas de média de référence capable de couvrir l’ensemble de l’écosystème du jeu, comme le font des titres anglo-saxons tels que iGaming Business ou EGR.
Nous, on veut occuper cette place.

Notre couverture sera large : la France, bien sûr, mais aussi la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, et une partie de l’Afrique francophone, notamment le Maroc, où l’activité casino et hippique est très dynamique. L’idée, c’est de créer un réseau francophone du jeu.

Mais au-delà de l’actu, Les Enjeux veut surtout changer la perception du secteur. Trop souvent, le jeu est résumé à ses excès ou à ses risques, alors qu’il s’agit d’un univers d’innovation, de savoir-faire et d’excellence française. Des milliers de personnes y travaillent, des start-ups y inventent la tech de demain, des groupes investissent dans la RSE, la data, la sécurité ou la formation.

Pour construire ce regard global, je m’entoure d’experts : des avocats fiscalistes, des consultants spécialisés, des technophiles, des pros du casino, du poker ou du pari hippique. Ce sont eux qui apporteront la rigueur, la crédibilité et la diversité de points de vue.

Et enfin, un point qui me tient à cœur : Les Enjeux veut aussi inspirer. En mettant en lumière les réussites, on espère attirer de nouveaux talents, de nouvelles idées et de nouvelles énergies vers le secteur.

Quelle est votre vision du jeu à 1, 5 ou 10 ans en France et en Europe ?

La France, c’est un marché paradoxal : très encadré, parfois rigide, mais incroyablement riche. On compte plus de 200 casinos, soit le maillage le plus dense d’Europe. On a deux opérateurs historiques, la FDJ et le PMU, qui ont su se réinventer pour devenir de véritables acteurs digitaux et européens. D’ailleurs, la FDJ vient de franchir un cap avec le rachat de Kindred Group, propriétaire d’Unibet : un signal fort de l’ambition française.

Dans les cinq prochaines années, on va assister à une recomposition majeure du paysage du jeu en ligne. L’ouverture du marché des casinos en ligne est, à mon sens, inévitable. La vraie question, ce sera : sur quel modèle ? Et avec quelles garanties de protection et de responsabilité ?
Plusieurs visions vont s’affronter : celle des opérateurs terrestres, celle des acteurs déjà en ligne, celle du régulateur, du politique et des moralisateurs… Ce sera un moment clé, comparable à ce qu’a été l’ouverture du marché des paris en 2010.

Sur le long terme, je crois que le secteur va continuer à se professionnaliser et à s’ouvrir. On va vers un écosystème plus mature, plus connecté à la tech, à la data et à l’expérience client. Et je pense aussi qu’on va assister à une forme de réconciliation entre le jeu et la société. Parce que le jeu, au fond, c’est aussi du divertissement, de la culture, et parfois même du patrimoine.

Et nous, chez Les Enjeux, notre rôle, c’est de raconter cette évolution, d’en décrypter les ressorts et d’en faire un sujet de société à part entière.

(crédit photo : Audran Sarzier)

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