Portraits / Interviews
Rencontre avec… Julien Martini
Published
4 ans agoon
Il y a tout juste an, nous consacrions une couverture à Julien Martini, récent détenteur d’un quatrième bracelet, aux WSOP 2022, en Championship Razz à 10 000$. Pour l’occasion, nous publions à nouveau cet entretien in extenso de l’Ambassadeur de PMU Poker !
Julien Martini est un des spécialistes mondiaux de cash game en hautes limites, mais c’est son explosion en tournois ces dernières années qui l’a fait connaître aux yeux du grand public – notamment son bracelet gagné au Omaha Hi-Lo 8 or Better des WSOP 2018. Devenu un streamer régulier de la chaîne Twitch de PMU, il a mis en vente début mai sa « Méthode Cashgame » (990 euros) mise au point spécifiquement pour crusher les tables françaises online. Il a bien voulu aborder avec nous son actualité récente et les secrets de sa méthode iconoclaste.
Est-ce que tu peux rappeler rapidement rappeler ton parcours, comment tu t’es lancé dans le poker ? Quelles sont parmi tes performances celles dont tu es le plus fier ?
J’ai commencé à jouer au poker il y a 15 ans, quand j’avais 14 ans, dans le milieu associatif, à Achères, en banlieue parisienne, au club poker 78. J’ai essayé une première expérience en tant que professionnel lorsque j’ai atteint ma majorité, qui ne s’est pas forcément bien passée. Je suis ensuite rentré dans la vie active. En 2017, je suis parti à Taïwan et j’ai fait toutes mes armes, c’était le début des solvers, j’ai été un des premiers à les utiliser et ça s’est très bien passé, j’ai eu beaucoup de réussite. Je jouais principalement en cash game. Je suis passé de tables mid stakes à des tables super high stakes en l’espace d’un an (de la 1-2 à la 100-200), c’était une sacrée ascension. En 2018, j’étais exilé à Taïwan et je voulais justifier vis-à-vis de ma famille, de mes amis, que l’argent ne tombait pas du ciel, et j’ai donc essayé de me mettre aux tournois, je me suis concentré là-dessus. J’avais comme idée de jouer les WSOP en 2018, j’ai fait un gros entraînement, j’ai eu énormément de réussite et de chance, j’ai gagné un bracelet cette année-là. J’ai été ensuite second de l’EPT national à Barcelone ; quelques mois plus tard, j’ai été second du PSPC 25K Players Championship aux Bahamas.
La crise a beaucoup changé ta pratique du jeu ?
Complètement, puisque je faisais surtout du cash game live, et là je suis passé online. Ça se passe très bien, mais c’est du changement. Le principal étant de ne pas voyager. Avant la crise, je me rendais sur 3-4 spots, Los Angeles, Las Vegas et Macao, qui sont les 3 pôles des high stakes en cash game, et de temps en temps Taïwan. Alors que là, je vis en Angleterre et je reste à la maison toute la journée.
Maintenant que tu as pratiqué extensivement les deux, est-ce que tu as une préférence entre le live et le online ?
C’est très différent. Je préfère le live parce que je trouve ça plus humain, il y a plus d’interactions sociales et ça rend le jeu plus humain aussi ; ce n’est pas que des pseudos, que des clics, on prend les jetons, on regarde l’adversaire dans les yeux, c’est une interaction. Mais je prends du plaisir aussi à jouer online, et à jouer au poker en général.
Tu es donc installé à Manchester ?
Oui, j’y vis depuis décembre 2018.
Y a-t-il une raison pour laquelle tu as préféré Manchester à Londres ? C’est à cause du football ?
Il y a une part de ça. Depuis que je suis gamin, je suis fan de United, et je me suis dit que c’était la bonne occasion. Dans le cadre de mon ancien métier, je me déplaçais beaucoup à Londres, et c’est une ville où il y a beaucoup de stress, et pour un joueur de poker, vu qu’on peut jouer n’importe où, j’avais l’impression que Manchester était le meilleur compromis pour vivre en Angleterre, et la ville est plutôt sympa.
Peux-tu nous parler de ta collaboration avec PMU ?
Je suis très content de collaborer avec PMU puisque ça me permet vraiment de diffuser des choses, de partager, mais je n’ai pas d’obligations vis-à-vis d’eux, je suis ce qu’ils appellent ambassadeur.
Tu as commencé à streamer sous l’impulsion de PMU ou tu le faisais déjà de ton côté ?
J’avais ma chaîne sur laquelle de temps en temps je streamais tard la nuit, à 3-4 heures du matin, des super high stakes, ce qui plaisait énormément aux gens. Au début j’avais 50 personnes, puis 60, 150, 200 puis 300 et j’essayais de partager le plus possible. Très rapidement, ça s’est su, et du coup des joueurs contre qui je jouais prenaient beaucoup d’informations, et j’essayais de le faire mais de manière très ponctuelle et sans forcément avertir. Là où je me suis vraiment mis à streamer plus, c’est lorsqu’on avait monté de l’argent avec Davidi Kitai et Romain Lewis pour la Fondation de France, pour aider les gens du personnel hospitalier avec un soutien psychologique, et on avait monté 6-7000 euros, et là je streamais tous les jours, de manière régulière, de 16 à 23 heures. C’était sur ma chaîne d’abord et maintenant c’est plus sur PMU.
Est-ce que tu t’imposes un certain volume de stream par rapport à ton audience ?
Pas du tout. Généralement, je commence à stream lorsque les gens me disent : ça fait longtemps, ce serait quand même cool que tu le fasses, même si avec PMU, on a essayé de mettre en place deux streams par mois au minimum, pour créer une certaine continuité, pour capitaliser sur les viewers, évidemment c’est ce qui les intéresse, et je comprends ça. C’est un rythme qui me va parfaitement.
Est-ce que tu considères que ça a une influence sur ton jeu ? Sur ta concentration ?
Bien sûr, quand je ne streame pas, je joue entre 8 et 12 tables, focus à fond, et rien ne m’échappe. Quand je streame, j’explique les coups, je parle au chat, je lui répond, je bégaye quand je joue 4 tables, ça n’a rien à voir. Je suis beaucoup plus productif hors stream.
Est-ce que tu apprécies d’avoir une communauté de followers ? C’est important pour toi ?
Ce n’est pas important, mais je suis content que ça plaise aux gens. C’est-à-dire que je ne cherche pas à monter des followers, mais je suis ravi quand quelqu’un me dit : c’était génial, j’ai vraiment envie de jouer, j’ai appris plein de trucs, tu m’as redonné la passion. Par contre, mon nombre de followers, de viewers, ça intéresse les gens qui organisent les streams, mais pas moi.
Tu organises souvent des parties de « Marbles » pour offrir des cadeaux à tes viewers, comment cela t’es venu ?
Marbles, c’est un truc que j’ai vu en suivant le stream d’un joueur qui s’appelle ToD ; c’est Yoan Merlo, un des plus grands joueurs de l’histoire de Warcraft III, peut-être le plus grand joueur, il est français. Je suis souvent sur son stream, parce qu’on est très proches, et quand j’ai vu ça, je me suis dit : c’est génial, il faut qu’on introduise ça dans le milieu du poker et je vois que c’est repris de plus en plus et tant mieux parce que je trouve ça super fun. Quand on joue au poker, on est un petit peu gambler, et je trouve que les courses de billes, c’est le summum du gamble, et en même temps, c’est simple et drôle.
Tu as dit dans une interview que tu avais depuis longtemps le désir de faire une masterclass. Au moment de la préparer, est-ce que tu avais toi-même eu recours au coaching dans ta carrière ? Est-ce que tu avais déjà été coach pour des gens ?
Quand je suis parti vivre à Taïwan en 2017, c’était parce que j’avais rencontré quelqu’un qui s’appelle James Chen, qui jouait à l’époque les plus grosses parties de Macau, et qui m’a dit : j’ai besoin d’un partenaire d’entraînement, mais il faut que cette personne-là ne soit pas un concurrent direct. Et lui, il mettait les sous pour toutes les ressources possibles et imaginables, et on a travaillé à deux sur les nouveaux outils tels que les solvers, et en ça je dirais que c’était une forme de coaching dans le sens où lui venait des très high stakes live, moi je jouais en low stakes mid stakes, en online, et j’ai eu ce mentoring pendant toute ma progression, j’ai vu un mec qui était parti de 50 dollars et qui a monté des dizaines de millions. Il connaît le chemin, il m’a montré le chemin, et en ça je considère que c’est du coaching.
Et avant de faire cette masterclass, j’ai pris sous mon aile quelqu’un d’autre en tournois, qui s’appelle Sébastien Grax, c’est un ancien joueur de foot. Je le coache depuis septembre, ça fait huit mois. On a déjà passé des centaines et des centaines d’heures à étudier le jeu, c’est du one-to-one, et c’est la première et la dernière fois que je fais ça c’est clair, parce que ça me prend énormément de temps. C’est beaucoup de plaisir, mais c’est vraiment très prenant, c’est comme mon enfant presque : j’ai vraiment envie qu’il en sache le plus possible.
Par rapport à la partie masterclass, après que j’ai gagné mon bracelet, je voulais tout simplement arrêter le poker. J’étais trop la tête dans le guidon, j’avais gagné énormément d’argent, et je me suis dit peut-être que c’est le moment de faire autre chose de ma vie, de découvrir si je n’ai pas d’autres passions, et je voulais laisser quelque chose derrière moi, apporter à la communauté, sans partir avec toutes les connaissances que j’ai acquises et qu’elles soient perdues. En décembre 2018, je suis parti dans un projet beaucoup trop ambitieux en MTT, je voulais vraiment faire un truc de fou, 100 heures de vidéos, une masterclass pour apprendre de A à Z. J’ai commencé à la faire et au bout de 10 heures de record qui m’avait pris 50 heures, je me suis dit que c’était un projet trop important. J’avais mis le grind de côté, j’avais arrêté de travailler le jeu, et je perdais beaucoup trop de temps par rapport aux autres, et donc j’avais mis ce projet de côté et je l’avais complètement abandonné. Et puis pendant le covid, j’ai reçu de très nombreux messages m’encourageant à en profiter pour faire ma masterclass. Je me suis mis à grind online, notamment sur le .fr, et je me suis dit pourquoi pas faire ma masterclass là-dessus, pour relever globalement le niveau de jeu et faire ce que j’appelle « la méthode cash game ». C’est vraiment une masterclass très différente de ce que je voulais faire dans mon premier modèle sur le MTT : à l’époque, je m’étais lancé avec une approche très philosophique et globale du jeu. Là, c’est vraiment très exploitant, comment faire pour gagner : ça, ça fonctionne, on le fait ensemble et on vous montre que ça marche. C’est plus dans cette optique-là.
Tu considères donc que c’est plus facile de donner des conseils pour le cash game ?
Oui, les gens considèrent que le cash game est plus difficile mais aujourd’hui on voit que le tournoi est infiniment plus complexe, parce qu’il y a plein de tailles de stack différentes, on est plus ou moins proche de la bulle, il y a plus ou moins d’ICM. Le tournoi est très dur à expliquer globalement, en tout cas pour moi. Il y a de très bonnes masterclass qui sont sorties sur le .com, je pense à Nick Petrangelo, à Patrick Leonard par exemple, mais moi je n’en suis pas capable.
Lors du test de ta méthode que tu as mené sur février-mars 2021, tu as joué 125000 mains pour un gain de 47000 euros (soit 8,7 BB pour 100 mains). Tu as dit que c’était un échantillon peu important mais que tu étais prêt à prendre des paris avec qui que ce soit sur sa rentabilité à long terme. Est-ce que tu vas quand même continuer le test de ton côté ?
En ce moment, je m’occupe des gens qui ont acheté la méthode, par exemple il y a des vidéos où les gens demandent plus d’explications, donc je refais les vidéos, je passe beaucoup de temps pour le moment à faire du « service après-vente », mais je parlerais plutôt d’accompagnement autour de la méthode. Ensuite je vais être en préparation intensive pour les WSOP, et puis je continue à côté de ça mes parties de super high stakes, des parties privées sur internet qui me prennent du temps, de l’énergie. Donc pour moi, ou pour le plaisir, ou pour gagner de l’argent, je ne le ferai pas, mais si quelqu’un veut bet contre moi, je le ferai sans problème. Je trouverai le temps et les moyens. Je garantis que je fais plus de 5 BB au 100 en appliquant strictement la méthode en NL200+, sur 300 ou 400000 mains, je n’ai pas de souci à prendre n’importe quel bet à n’importe quel tarif là-dessus.
Peux-tu nous décrire brièvement le contenu de ta masterclass, et le public à laquelle elle s’adresse ?
Le contenu est très simple, c’est 4 heures de théorie, c’est volontairement extrêmement court. Il faut savoir que pour chaque heure, j’ai passé entre 3 et 4 heures à enregistrer, parce qu’en fait c’est monté, coupé, on va aux explications essentielles, il y a 5 minutes de Piosolver seulement, c’est un peu différent de ce qui se fait aujourd’hui, où dans toutes les masterclass, les mecs ouvrent des tables au Pio, ils commentent ce qu’ils voient. Pour moi, c’est vraiment : voici ce qui fonctionne, et pourquoi ça fonctionne, voici dans quel cas de figure vous devez l’appliquer. Et ça, c’est le process à chaque fois, et pendant 4 heures et sur toutes les phases de jeu. On ne va pas en détail dans la compréhension du jeu. On va dans ce qu’il faut faire pour que ça fonctionne. En fait, je donne des armes aux gens qui sont déjà rodées, et ils les appliquent, dans tel ou tel cas de figure. Ensuite, il y a 31 heures de live play, où je suis en session, j’ai 4 tables, et je commente en temps réel. Ce n’est pas un commentaire après coup, parce que c’est trop facile, tu as déjà vu la main adverse ; je commente, j’applique la méthode et je décris les difficultés que je rencontre et les explications sur mes actions. Le fait de commenter en live fait que tu vas rencontrer les mêmes problèmes que la personne et que tu ne connais pas le résultat et donc quand tu dis qu’un bluff ou un value fonctionne très souvent, et que ça marche, tu as la récompense directe. Dans tes explications, tu ne dois pas te tromper et je trouvais l’exercice super cool parce que j’ai été mis en difficulté, je me suis pris des bad beats, les gens ont fait des hero calls face à moi et globalement sur les 30 heures, on a crush, on a gagné plein de sous, et la méthode s’est appliquée de manière très satisfaisante.
Il me reste 5 heures à faire où je vais coacher des gens qui ont acheté la méthode et on va mettre ça dans le cadre de la masterclass. Donc je commenterai leurs erreurs éventuelles et les choses qu’ils peuvent faire pour les corriger. Au total, le contenu fera 40 heures.
Tu as adapté la méthode aux salles françaises, dont le field semble démontrer des faiblesses importantes. N’as-tu pas peur que les joueurs s’adaptent et rendent de ce fait ta méthode obsolète à terme ?
C’est sûr qu’au bout d’un certain temps la méthode sera obsolète. De toute façon, c’est comme tout, le poker est un jeu où on est en permanente adaptation. Il y a 4 ou 5 ans, on disait qu’on avait atteint le summum du niveau du poker, que plus personne ne pourrait battre les tables de cash game, et depuis il n’y a jamais eu autant de nouveaux joueurs qui sont apparus avec des nouvelles façons de jouer et qui ont tout défoncé. Je pars quand même du principe que sur le .fr, le field et les pros sont très en retard par rapport au .com : une table en 5-10 sur le .fr, ça vaut une table en 1-2 sur le .com. Clairement, il y a un gap de niveau absolument immense, et c’est lié au fait que les joueurs récréatifs sont toujours les mêmes, les pros aussi, ça fait maintenant 5 ou 10 ans qu’ils jouent ensemble dans le même écosystème et les pros n’ont jamais eu besoin de s’améliorer pour gagner plus ou battre le field. Ils ont des tendances qui fonctionnent bien, mais ce sont des joueurs qui sont trop passifs et trop tight. Je ne dis pas que tous les français sont nuls : il y a des joueurs exceptionnels et il y a des joueurs vraiment très bons, mais cela représente une poignée, et généralement ils ne jouent qu’en 5-10 ou en 10-20. Mais la masterclass est destinée à des gens qui vont jouer en NL50, NL100 et NL200 et ça va leur permettre de step up et de booster leur win rate. On appuie sur les défauts principaux, le jeu tight et passif, et on met l’accent sur comment gagner de l’argent contre ces joueurs-là.
Dans ta promo, tu sembles indiquer que la rentabilité de la méthode tient au fait d’aller le moins souvent possible au showdown, pour remporter des petits pots qui vont finir par s’accumuler pour former de gros gains.
Voilà, l’idée est d’aller le moins souvent possible au showdown, et pour ça, j’explique comment il faut faire. Mais du coup, quelle est la différence entre un joueur récréatif et nous ? Parce que lui aussi, il va essayer de bluffer toutes les mains. Justement, l’idée que j’explique dans ma méthode est qu’on est face à des joueurs passifs et qui vont systématiquement commettre les mêmes erreurs, sur lesquelles on va appuyer, pour gagner ces pots-là. En revanche, sur d’autres actions, sur d’autres run-outs par exemple, lorsque notre adversaire a touché, il faut juste garder le pot le plus petit possible, ou même se coucher. Donc l’idée est de voler tous les pots que les gens ne veulent pas, et les gros pots où les gens ont les nuts ou des gros jeux, de vraiment les identifier et d’essayer de mettre le moins d’argent possible lorsqu’ils arrivent. C’est une approche qui est très différente de ce qu’on voit aujourd’hui sur le .fr, très peu de joueurs jouent comme ça.
Tu es content des premiers retours sur ta masterclass ?
Pour le moment, 60 masterclass ont été vendues, ce qui est vraiment bien, même si je n’avais pas d’espérance en termes de résultat : je suis content du contenu, et maintenant je peux mourir demain, il y aura quelque chose de moi disponible. Et les gens sont heureux, on a un Discord privé sur lequel ils échangent beaucoup. Ils ont vraiment le sentiment de progresser et que ça se passe bien, même si pour le moment, ça ne fait que quinze jours et qu’on est sur du très court terme, donc je dis à tout le monde de se calmer et d’attendre d’avoir fait beaucoup plus de mains. Il y a deux choses importantes pour moi : déjà les gens qui me disent qu’ils s’étaient mis au PLO parce qu’ils n’avaient plus de plaisir à jouer et qu’ils l’ont retrouvé avec la méthode, qu’ils ont de nouveau hâte de commencer leurs sessions : je trouve ça génial, parce qu’en plus que les membres gagnent plus d’argent, ils prennent du plaisir et ça c’est très important, surtout quand les gens veulent en faire leur métier ou en tout cas si c’est leur passion ; et la deuxième chose, c’est que j’ai joué pendant ces deux mois des joueurs professionnels de hautes limites, et parmi eux, il y en a une partie qui a également acheté la masterclass et être reconnu par ses pairs, c’est quelque chose de génial. Ils me disent, « tu fais chier, tu as dévoilé plein de trucs », c’est marrant ; ou bien « ça je ne savais pas », ou « ça j’avais un doute et ça m’a réconforté dans mon idée », et ça c’est vraiment du bonheur pour moi.
Est-ce que les échanges sur Discord, le fait de conseiller les gens, de voir leurs propres idées, apportent à ton jeu ? Est-ce que tu crées des liens avec certains d’entre eux ?
C’est marrant que tu en parles, parce qu’on se donne rendez-vous tous les dimanches pendant une heure et demie pour des reviews de mains en vocal, on en parle tous ensemble. Il y a vraiment des mecs qui ont super bien assimilé la méthode et notamment un gars qui m’a bouleversé, il a fait un play, je n’y avais pas pensé mais c’était génial. Donc la réponse est oui. Pour le moment, je suis encore beaucoup derrière eux, je réponds à toutes les questions et ils me demandent toujours confirmation, mais je pense qu’au bout d’un moment, ça ne va plus être un rapport professeur-élève, ça va plutôt être un échange et ça va être encore plus présent pour moi.
Évidemment, on crée des liens, on partage nos succès, nos défaites, on essaye de tous s’entraider, ça crée une forme de communauté, et ça me donne envie de faire une sorte d’école ou de coacher des gens et de les aider sur le long terme. La réalité, c’est que je n’ai juste pas le temps, mais il faudrait que je le fasse un jour. C’est quelque chose qui me plairait clairement parce que c’est plaisant de voir des mecs qui jouent en NL25, qui montent et qui dans 6 mois seront en NL100, etc. Le fait de transmettre est une part du bonheur et c’est peut-être le seul secteur dans la vie que j’ai suffisamment travaillé pour réussir à transmettre quelque chose.
Est-ce que tu as envie de marquer l’histoire du poker ? Et penses-tu que cela passe par d’autres résultats dans des gros tournois comme les WSOP ?
Que je marque ou pas l’histoire, ce sont les gens qui décident. En revanche, ce que je vais essayer de faire, c’est de gagner le plus de bracelets possible, mais c’est un objectif personnel. C’est peut-être la chose qui me fait aujourd’hui le plus vibrer, je vais tout faire pour. Ce qui est important lorsque tu passes autant de temps dans un domaine, c’est de ne pas seulement le faire pour toi, mais c’est aussi de le faire pour ceux qui veulent apprendre. Il y a quelqu’un qui m’a montré le chemin et ça m’a permis d’y arriver. Si je peux permettre à d’autres gens d’y arriver, ou au contraire, de leur éviter les erreurs que j’ai pu faire, je le fais naturellement.
Quant à marquer l’histoire du poker, je pense vraiment que la différence entre un inconnu et un champion, c’est 3 jours de run good. Gagner un tournoi, c’est juste avoir de la chance pendant 4 jours et rien de plus. Alors après, mettre toutes ses chances de son côté avant le tournoi, en travaillant, en se préparant, c’est le prérequis. Je le fais, mais il y a des dizaines d’autres joueurs qui le font, et celui qui gagnera le tournoi, ça sera le plus chanceux sur son run.
Contrairement à de nombreux joueurs pros français, qui préfèrent grinder là où ils sont sûrs d’avoir un edge sur le reste du field, tu sembles aimer affronter les joueurs des très hautes limites.
Je comprends leur point de vue et ce sont peut-être eux qui ont raison, si tu es dans l’optique de jouer au poker pour gagner de l’argent, tu préfères qu’il y est 5 joueurs qui soient moins forts que toi, plutôt que 3 qui soient meilleurs que toi, un qui soit à peu près pareil, et un qui soit légèrement plus faible. Je joue en NLHE jusqu’à 100-200 online sur le .com, donc je joue vraiment les plus gros joueurs ; de manière régulière, je joue la 25-50. Ce sont des limites où il y a des joueurs qui sont largement plus forts que moi et je pense que si jamais ils ne faisaient pas du poker, ils construiraient des fusées, ce sont de vraies génies. C’est le challenge de toujours être up sur ces limites-là qui me passionne, ce n’est pas gagner de l’argent. C’est vraiment toujours d’être au top niveau en cash game et d’être gagnant, même si j’ai bien conscience que je ne suis pas le plus gros gagnant dans ces limites-là. Je fais entre 2,5 et 3 BB au 100 – par comparaison, sur le .fr, dans le cadre de la méthode j’ai bien runné, j’ai fait 8,5 sans rake back mais en dehors de la méthode, quand je joue A-game, je fais du 12 ou 13 BB, ça n’a rien à voir. Ces limites sont beaucoup plus dures, mais le challenge de jouer les meilleurs, c’est aussi ce qui me fait vibrer. Aujourd’hui, malheureusement, il y a toutes ces histoires de RTA, donc je joue des parties qui sont un petit peu plus sélects, je ne vais jouer que des gens que je connais en live et dont je sais qu’ils sont éthiquement corrects. C’est possible, GG notamment le fait très bien. En mix games, en ce moment je joue une game en 800-1600, c’est une très grosse game. Alors après, j’ai fait de très grosses games à Macao, aujourd’hui j’ai un peu plus de maturité et l’excès ne me va pas. Je n’ai plus envie de faire des swings à 500k en une journée. D’abord parce que je peux mettre en péril ma bankroll et ensuite, humainement, c’est indécent. Ma mère travaille 35 heures par semaine pour gagner 1300 euros, et tu te retrouves dans des parties où son salaire mensuel, c’est une big blind, c’est ridicule. Ce n’est pas censé exister. Je joue ces parties-là parce que je peux affronter les meilleurs, mais si je pouvais les jouer en 1-2, je le ferai.
Est-ce que tu peux citer quelques joueurs qui te donnent mal à la tête ?
En tournoi, je dirais Chidwick, que tout le monde connaît ; peut-être en moins connu, il y a Michael Addamo, un Australien, qui est redoutable, et son meilleur ami, Michael Zhang. Il y a une tripotée de joueurs qui sont mille fois meilleurs que moi et qui sont vraiment impressionnants. En cash game, c’est pareil, je suis toujours époustouflé par le niveau des autres et ce qu’ils arrivent à trouver, c’est une compétition permanente, mais on se respecte beaucoup les uns les autres, on a tous plus ou moins le niveau, tout le monde a ses qualités et ses défauts, mais il y a des joueurs qui sont parfaits, du type Linus Löliger, qui est absolument époustouflant.
Tu continues de beaucoup travailler ton jeu ?
Il faut renouveler son jeu en permanence, observer ce que les autres font et ne jamais être en retard. Dès qu’une main un peu bizarre a été jouée, la première chose qu’on va faire, c’est la checker, on a des groupes de travail qui permettent de mettre ça en commun, de regarder ce que le joueur a fait, on cherche à comprendre, on passe du temps dessus. L’idée est vraiment de ne jamais rater le train qui avance.
Est-ce qu’il y a des variantes de poker que tu n’aimes pas ? D’autres que tu apprécies particulièrement ?
Je joue à tous les mix games, sauf le PLO. Je joue à quelque chose comme 25 jeux, mais pas le PLO, parce qu’aujourd’hui c’est une discipline à part entière, et généralement les tournois et le cash game sont full PLO, et du coup, je ne veux pas passer des centaines d’heures juste pour devenir un joueur moyen dans un jeu. Je vais plutôt me concentrer pour maîtriser 5 ou 6 jeux et devenir un des meilleurs dans ces variantes qui sont peut-être moins jouées.
J’adore le Deuce to Seven single draw NL, j’ai fait 3ème sur le 10k Championship RAZZ aux WSOP, j’aime aussi le Deuce to Seven triple draw, l’Omaha Hi-Lo, le RAZZ 2-7, le Badugi. Je préfère les mix games au NLHE. Il y a quelques mix games que je n’aime pas : le Limit Hold’em, le Stud Hi-Lo, et le Stud d’une manière générale.
You may like
Interviews
WSOP 2026 : Grégory Chochon & Bruno Fitoussi en interview exclusive !
Published
2 semaines agoon
27 mai 2026
Le poker lie les générations et les aventures. Si le premier est sans conteste le Français le plus important de l’industrie poker depuis plusieurs années, le second a permis de modeler par sa vision ce qu’est devenu le poker moderne en France et en Europe. Le « patron » (Chief Operating Officer) des World Series of Poker était de passage à Prague pour les WSOP-E, qui ont été un énorme succès. C’était l’occasion de passer du temps avec Bruno Fitoussi, venu disputer quelques tournois, avec qui il partage l’amour du golf, du poker et des bonnes tables. À quelques semaines du début des WSOP à Las Vegas (programme complet à découvrir dans les pages suivantes), les deux hommes ont pu discuter en toute amitié de cette compétition qui reste indétrônable dans le cœur des joueurs et le panthéon des amoureux du beau jeu.
Par Jérôme Schmidt / photographies : Caroline Darcourt
Grégory, quelle est l’offre actuelle des World Series en termes de tournois live, de par le monde ?
Grégory Chochon : Il y a bien sûr les WSOP à Las Vegas, puis ce que l’on appelle les tournois majeurs : le WSOP Paradise, qui a lieu en fin d’année, et le WSOPE, qui se déroule pour la première fois à Prague en ce moment [note : au début du mois d’avril 2026], au King’s Casino – sans oublier les bracelets des WSOP online qui se déroule sur GGPoker, dans les pays où l’opérateur est disponible. En dessous, on retrouve les WSOP-Circuit, qui sont un peu comme une deuxième ligue, avec des Main Event à 1 500 € / 1 700 $ uniformisés. Cela correspond aussi à une offre qu’on va lancer en ligne, avec plus de cinq cents tickets de Main Event WSOP-C à gagner via l’appli, et les gens pourront aller jouer l’étape de leur choix dans le monde entier, sauf en Asie car c’est compliqué réglementairement. Le Vietnam a fermé le poker, par exemple, en Corée, à Jeju, les locaux n’ont pas le temps de jouer, au Japon, il va falloir attendre le casino d’Osaka en 2029… On préfère être prudent pour bien rester dans les lois de chaque pays.
Comment l’offre s’est-elle affinée avec le temps ?
Grégory Chochon : On a fait du WSOP Paradise un nouveau tournoi phare de l’année, dans une esthétique high-roller assumée qui attire un autre type de joueurs, une sorte de « convention » des high-rollers qui veulent bien finir l’année [rires] ! Côté WSOP à Las Vegas, on n’y touche pas au vu du succès qui ne fait que grandir, quant à l’Europe, on voulait tenter Prague, et a priori les chiffres nous donnent raison, les joueurs sont venus vraiment en masse. On a rajouté un Ladies, afin de créer un événement pour tout le monde. Côté buy-in, tu as 25 000 $ pour le Paradise, 10 000 $ pour Vegas et 5 000 € pour les WSOP-E. On veut que chacun de ces Main Event soit le plus important de l’année, dans sa propre catégorie, et je crois qu’on fait tout pour que ça soit le cas.
Bruno Fitoussi : Et comme vous rajoutez les WSOP-C, ça crée une pyramide vraiment bien construite en termes d’écosystème… Vegas reste mythique, c’est vraiment le sommet de la pyramide, même si, tu as raison Grégory, les WSOP Paradise prennent de plus en plus d’importance…
Grégory Chochon : Le prizepool global de Paradise rejoint petit à petit celui de Vegas, notamment car le buy-in est plus élevé, mais aussi car on autorise les re-entry. Aux Bahamas, tu peux buy-in en crypto, alors qu’à Vegas, c’est impossible. Pour te donner une idée, au moment de cash-out lors des WSOP Paradise, on a fait… trois virements bancaires seulement ! La très grande majeure partie des cash-out est faite soit via Luxon, soit en USDT.
Bruno, quel est votre avis sur l’évolution de ces buy-in au fil du temps – à la fois en tant que joueur et en tant que professionnel du poker ?
Bruno Fitoussi : C’est un très vaste sujet, car à l’époque de l’Aviation Club de France il y a environ vingt ans, le Grand Prix de Paris, qui était un tournoi brandé World Poker Tour, avait un buy-on de 10 000 €. En argent constant, cela donnerait du 17 000 €… Aujourd’hui, à part les Bahamas et tous les Triton, on ne propose plus de tournois supérieurs à 5 000 € en Europe. On assiste donc à une montée en gamme de certains buy-in avec les WSOP Paradise ou le succès des Triton – qui est un écosystème à lui tout seul –, mais aussi à une multiplication des petits buy-in. Il suffit de regarder le succès des tournois Texapoker à 300 ou 500 €…
Grégory Chochon : Cela a été un vrai sujet pour les World Series lorsqu’on a décidé de proposer des buy-in plus faibles, à l’époque. Avant, comme on me l’a rappelé, les seuls tournois à 1 000 ou 1 500 $ c’était des… satellites [rires] !
Bruno Fitoussi : En fait, l’offre et la popularité des tournois se sont détachées avec des sommes faramineuses d’un côté et une scène high-roller qui n’a jamais été aussi folle, et de l’autre une explosion du nombre de joueurs dans les plus petits buy-in.
Quelle était votre volonté au sein des WSOP lorsque vous avez inventé le Colossus, par exemple ? C’était une volonté de démocratiser le poker ?
Grégory Chochon : Les WSOP sont une institution prestigieuse, mais ce n’est pas forcément réservé à une élite. Il ne faut pas oublier que la personne qui a fait rentrer le poker dans l’ère moderne, c’est Chris Moneymaker lorsqu’il remporte le Main Event… Donc un amateur venu de nulle part, qui élimine des pros et écrit la légende du poker du XXIe siècle. Donc, oui, il y a les meilleurs joueurs du monde, mais cela fait partie de l’histoire des WSOP d’avoir des inconnus qui se révèlent. L’année du premier Colossus, on a enregistré 8 000 nouveaux joueurs, des first-timers, qui n’avaient jamais participé aux WSOP auparavant. Comme l’a dit Bruno, à l’époque, même les joueurs récréatifs avaient des moyens et ils étaient prêts à jouer chers ; de nos jours, il y a énormément de passionnés qui n’ont pas les moyens de payer un trop gros buy-in, et il a fallu s’adapter. Avant qu’on ne propose ces « petits » tournois, les autres casinos de Vegas remplissaient leurs salles avec des festivals moins chers en parallèle, et cela a prouvé la demande énorme d’un tel type de public. Financièrement, ce n’est pas une opération très intéressante pour nous car il faut énormément de croupiers à payer pour de petits frais d’inscription, mais cela nous a permis d’entrer encore plus dans l’histoire, avec par exemple le plus gros tournoi live jamais organisé avec 28 000 entrants.
Bruno Fitoussi : Les WSOP, ce sont des chiffres et des légendes qui donnent le tournis depuis le début. Et c’est fabuleux que les nouvelles équipes de Grégory arrivent à ainsi continuer à en écrire une histoire à la fois aussi prestigieuse mais aussi encore plus populaire en termes de fréquentation. Et puis ça permet à de très bons joueurs qui n’ont pas encore une énorme bankroll de se lancer dans de très belles compétitions. Et puis 10 000 $ d’il y a vingt ans, ce n’est pas 10 000 $ en 2026… Donc, même si cela reste une grosse somme, c’est plus « simple » de pouvoir participer au Main Event à Las Vegas. Il ne faut pas oublier également les qualifications en ligne, qui n’existaient pas à l’époque. Et comme les WSOP ont pris la décision forte de ne pas proposer de re-buy ou de re-entry pour le Main Event, tout le monde part avec les mêmes chances. C’est génial, c’est vraiment un tournoi à part dans le cœur de tous les joueurs. Je n’en connais pas un qui ferait l’impasse sur le Main des WSOP à Las Vegas…
Grégory Chochon : Et on ne touchera jamais au côté freezeout du Main Event ! On essaie de garder près de quinze tournois durant les Series qui sont freezeout.
Bruno Fitoussi : Je peux concevoir le principe des re-entry, comme par exemple les EPT qui en proposent un seul, mais le fait de jouer des tournois avec des énormes prizepools et sans re-entry c’est tout de même beaucoup plus excitant ! Cela doit faire… trente ans [rires] que je viens aux WSOP, parce que c’est le plus grand rendez-vous de l’année. Sans oublier qu’on y retrouve tous ses amis, qu’on adore revenir à Las Vegas aussi.
Est-ce que l’explosion du coût de la vie à Las Vegas peut constituer un problème pour le public étranger ?
Grégory Chochon : Une des questions que l’on se pose toujours, c’est comment attirer plus de joueurs à Vegas pendant l’été ? C’est très difficile car pour venir, il faut du temps, de l’argent, des visas selon les pays, etc. Par exemple, on doit faire plus d’une centaine de lettres d’invitation pour des joueurs de certains pays afin qu’ils puissent entrer aux États-Unis… Mais il ne faut pas que les Français s’inquiètent pour leur visa, c’est une sorte d’ESTA un peu plus formel, mais à ma connaissance personne n’a jamais été refusé à cause d’un post sur Facebook ! Le tourisme n’est pas impacté par ça, surtout à Las Vegas… Et en plus, cette année, il y a un vol Air France direct qui va être opéré trois fois par semaine pendant l’été. Le public français est le quatrième en termes de contingent, derrière les États-Unis, le Canada et l’Angleterre mais devant le Brésil et l’Allemagne.
Bruno Fitoussi : Oui c’est génial, ça simplifie vraiment tout… Toi, tu penses que le cap de 10 000 joueurs inscrits au Main Event est une sorte de plafond de verre dans l’économie actuelle ?
Grégory Chochon : On a réussi à le faire exploser uniquement grâce à notre collaboration avec GGPoker, pour être honnête. Si tu regardes les chiffres entre 2015 et 2022 par exemple, ils ne bougent pas du tout, à une centaine de joueurs prêts. Cela montre que les gens sont fidèles, d’ailleurs, mais seuls les qualifiés online de GG ont permis de dépasser 10 000 joueurs. La seule façon d’arriver à 20 000 joueurs serait de qualifier 10 000 personnes en plus, soit via GG soit via des tickets toute l’année, mais organiquement, on ne peut pas faire autrement…
Bruno Fitoussi : À moins que le nombre de joueurs dans le monde ne double, pourquoi pas avec l’Asie, dans les années qui viennent… C’est vrai que le Main Event des WSOP, c’est un bon thermomètre de l’économie globale du poker.
Grégory Chochon : C’est aussi pour cela qu’on n’investit pas en marketing pour promouvoir en amont l’événement car tous les joueurs dans le monde savent qu’il y a le Main Event des WSOP chaque été ! On préfère investir dans la diffusion télévisée par exemple : on revient sur ESPN en prime time pour le Main Event, ce qui ne s’était pas fait depuis des années, avec plus de cent heures diffusées en live sur ESPN-One. C’est inédit et énorme la couverture médiatique de cette édition 2026 ! On va aussi avoir des partenariats « locaux » comme avec la diffusion en ligne en partenariat avec Winamax pour la France [voir news]. Avant le Main Event, tous les events seront consultables gratuitement sur notre YouTube pendant quarante jours dans le monde entier. Cela devrait nous permettre de toucher de nouvelles personnes qui n’ont jamais vu de poker télévisé. Cette année, on a cent événements avec bracelet, et on a rajouté un petit WSOP-C entre la fin des World Series au 15 juillet et la reprise de la table finale le 3 août. Ce hiatus permet de diffuser en télévision les émissions montées, façon November Nine, et connaître les personnalités des joueurs ainsi que leur storytelling lorsque la finale aura lieu. L’idée, c’est de donner une dimension humaine à la table finale. Côté spectacle, on a investi plusieurs millions de dollars pour le nouveau stage où ont lieu les tables télévisées, ça va juste être magnifique.
Ce qui a permis la démocratisation des WSOP, c’est aussi le déménagement qui a eu lieu il y a quelques années…
Bruno Fitoussi : Je pense que personne ne regrette le casino Rio, car ce que Grégory et ses équipes ont réussi au Paris, c’est vraiment génial, tout est tellement plus simple…
Grégory Chochon : Certains disent le regretter, mais il y en a aussi qui parlent encore du Binion’s [rires] ! De 2014, la date où je suis arrivé aux WSOP, à 2021, j’ai travaillé au casino du Rio, mais à part le parking facile d’accès, je n’en vois pas l’intérêt.
Bruno Fitoussi : Mais pas pour un touriste, qui préfère être sur le Strip, avec tout à portée de main. Vous aviez pensé au Caesar’s, autrement ?
Grégory Chochon : Oui, mais les salles de convention sont très disséminées et la seule grande salle qui aurait permis un tel tournoi n’a pas l’agrément pour accueillir des tables de jeu. Le casino Paris et le Horseshoe étaient donc la meilleure solution pour faire évoluer les WSOP et les rendre plus simples, plus accessibles. Cette année, on passe de 700 à 740 tables… Et il n’y a aucun casino sur le Strip qui peut te laisser une telle capacité pendant plus de cinq semaines. Les conventions et les salons sont nos concurrents en termes de location de salle, car ils sont prêts à payer cher pour avoir de tels espaces. Pour ma part, je suis fier de pouvoir proposer des chambres au Horseshoe à 90 $ pendant les World Series.
Bruno Fitoussi : L’année dernière, j’étais à la Tour Versailles, qui dépend du Paris, et c’est extraordinaire. La vue est incroyable, sur les fontaines du Bellagio, moi qui y ai dormi durant tant d’années. Tu as ton balcon sur le Strip et les fontaines, c’est un rapport qualité-prix imbattable. Et puis, il y a de bons restos, comme Mon Ami Gabi ou Nobu. C’est difficile d’imaginer mieux que cet endroit. Et puis, la révolution des inscriptions via l’application WSOP a vraiment tout changé, tu n’attends plus jamais, c’est d’une fluidité folle…
Cette appli, justement, comment elle s’est construite ?
Grégory Chochon : On a travaillé avec des développeurs en Corée du Sud qui travaillent déjà avec GGPoker. Ils ont tout remis à plat, créant des jonctions pour les joueurs européens avec Luxon. Et plein de nouveautés arrivent, notamment avec l’incorporation du stacking. C’est, là aussi, une bonne piste pour aider à développer les chiffres de fréquentation des tournois…
Bruno Fitoussi : Cela va se faire avec PokerStake ? Parce que j’y suis inscrit depuis longtemps, et c’est un logiciel vraiment formidable, créé par des pros qui ont tout compris au poker moderne.
Grégory Chochon : Oui, exactement, et PokerStake appartient au groupe d’ailleurs… Quand je parle du groupe, c’est une maison mère, une holding, qui détient à la fois GGPoker et les World Series. GG et les WSOP sont des sortes de cousins en fait [rires] !
Comment s’est passée votre adaptation à Las Vegas au départ ?
Grégory Chochon : Cela va faire douze ans cette année, ça va vite ! Je suis né à Paris, mais j’avais déjà vécu quelques mois à l’étranger, lorsque j’avais travaillé pour PartyPoker. Dans l’ordre, après un passage chez Havas, j’ai intégré le groupe Barrière en lançant le Barrière Poker Tour avec Lucille Denos, puis je suis allé chez PartyPoker, et je suis revenu au moment de l’aventure commune Barrière / Française des Jeux. À ce moment-là, on a accueilli les WSOP-E à Cannes puis Enghien-les-Bains, et c’est comme ça que j’ai connecté avec la marque WSOP. L’histoire, c’est que Ty Stewart, à la fin des WSOP-E à Enghien-les-Bains, a voulu aller voir le casino de Deauville et peut-être y organiser un futur WSOP-E. Un matin, j’ai donc pris ma voiture, et je l’ai emmené là-bas, ce qui nous a permis de sympathiser et de mieux se connaître. Et à la fin… j’étais embauché [rires] ! Parfois, la vie se tient à des tout petits détails, et quand j’en ai parlé avec ma femme, Karine, on n’a pas hésité longtemps pour se lancer dans cette nouvelle vie. En 2014, il y avait 2 millions d’habitants, et maintenant on est passés à trois millions ! J’ai d’ailleurs racheté la maison de Ty Stewart en 2016, à Henderson, et on adore cette ville. Notre fille se plaît tellement aussi là-bas, il y a le soleil tous les jours… On a la Green Card tous les deux, et on a donc une capacité de deux fois dix ans sur place. Pour nos vieux jours, on reviendra sûrement en France, mais il y a le temps !
Bruno Fitoussi : Moi c’est une ville que j’adore depuis des années, j’y ai vécu en tant que joueur pendant des mois et de mois. C’était au début des années 1990, je jouais en cash-game au Mirage tous les jours, et je logeais dans un petit motel. Je vivais uniquement poker à l’époque, je prenais ma voiture pour aller me reposer dans ma chambre de temps en temps, mais autrement, j’ai fait mes classes là-bas quasiment… Je m’y suis même marié avec celle qui est devenue mon épouse. En parallèle, j’avais aidé à ouvrir des tables de Pot Limit Omaha au… Maxims Casino avec Cowboy Wolford [rires] ! Tu imagines, c’était vraiment une autre époque… C’est une magie sans pareil, cela m’émerveille toujours autant. Il ne faut pas non plus avoir peur des prix pratiqués sur le Strip, parce que dès qu’on sort des gros casinos et qu’on va dans le Chinatown, par exemple, ou dans d’autres quartiers de la ville on peut toujours trouver des coins très sympas et moins chers. Moi, ce que je préfère à part le poker, c’est le golf, parfois avec Grégory d’ailleurs, c’est vraiment les plus beaux golfs du monde… J’avais découvert Vegas la première fois en 1977, durant l’été, mais je n’avais pas encore l’âge pour jouer au poker. J’étais avec un copain, on était partis dans un roadtrip dans tous les États-Unis, et on s’était même fait courser par la police parce qu’on n’avait pas l’âge légal [rires] !
Comment avez-vous vu la ville évoluer ces dernières années ?
Grégory Chochon : Vegas est une ville qui tente plein de choses, mais toutes les tentatives mal localisées ont connu des échecs. Le Fontainebleau par exemple a pensé qu’en étant à proximité du Wynn, cela pourrait fonctionner… Pareil, le Resorts World juste en face, qui vient de fermer des tables de poker, alors qu’ils avaient de très belles parties de mixed-games où Bruno jouait je crois… Le Wynn, c’est la limite psychologique sur le nord du Strip.
Bruno Fitoussi : Pareil avec le sud du Strip : derrière le MGM, ça commence à être de mauvais emplacements… Par contre, en effet, tu as des casinos de locaux, plus loin, comme le South Point, voire le Red Rock ou le Green Valley. Le seul espace libre qui existe, c’est bien celui entre le Fashion Show Mall et le Resorts ? Ça pourrait marcher là-bas…
Grégory Chochon : Le nouveau Hard Rock, à la place du Mirage, devrait être le nouveau casino à la mode en 2027, car c’est parfaitement placé. Et puis le stade de Baseball, situé juste avant le MGM, devrait aussi redynamiser la ville, comme la Sphere l’a fait il y a quelques années, ou le hockey et les événements de Formule 1. Et on parle même d’une équipe de NBA qui devrait être créée ! C’est une ville très dynamique, qui sait rebondir à chaque fois. La ville réduit de plus en plus les espaces de jeux dans les casinos car les boîtes de nuit et les restaurants ramènent plus d’argent que des machines à sous !
Quel est votre plus beau souvenir aux WSOP à Las Vegas ?
Bruno Fitoussi : Il y a bien sûr mon heads-up du 50 000 $ avec mon ami Freddy Deeb, mais la chose la plus émouvante n’a pas été immédiate, je l’ai réalisée bien plus tard… Cela remonte à l’année de Chris Moneymaker : j’étais chip leader du Main Event l’avant-dernier jour, et j’ai fait quinzième je crois lors de cette édition. Cela n’avait pas tant d’importance pour moi en temps réel, mais par la suite je me suis dit que cela aurait changé ma vie si j’avais été au bout. J’ai eu aussi beaucoup de grands moments avec les WPT du Bellagio ou de cash-games… Et puis bien sûr mon mariage il y a plus de trente ans.
Grégory Chochon : Heureusement que tu n’as pas gagné à la place de Moneymaker, on n’en serait peut-être pas là [rires] ! Pour ma part, ce sont les 10 000 joueurs inscrits au Main Event, c’était fou d’en arriver là aussi vite… L’aventure GGPoker est aussi très forte, car j’en ai été à l’initiative, et je ne pensais pas qu’on travaillerait aussi bien tous ensemble. Le passage Covid puis vente du groupe à une société coréenne, c’était un stress dont on n’a pas idée ! Il y aurait de quoi faire un film… Être à l’intérieur de cette aventure, pour finir avec 10 000 joueurs l’été suivant… c’était une sacrée émotion.
Bruno Fitoussi : J’ai une question pour toi, que beaucoup de gens se posent : a-t-on une chance de voir GGPoker en France ?
Grégory Chochon : Dans le contexte actuel, clairement non. Les marchés restent encore cloisonnés, notamment en France, en Espagne ou aux États-Unis, et ce n’est pas du tout une priorité aujourd’hui. Et il faut aussi reconnaître que les WSOP bénéficient en France d’un partenariat solide avec Winamax, ce qui nous convient très bien !
Portraits / Interviews
Rencontre avec Julien Sitbon, Team Pro Winamax, au cœur du WiPT
Published
3 mois agoon
29 mars 2026
Au WiPT d’Aix-en-Provence, Julien Sitbon, pro du poker et leader du classement GPI France, livre ses conseils aux amateurs : comment rester solide, exploiter les erreurs des autres joueurs et aborder un Day 3 avec la bonne stratégie.
- Salut Julien, comment se passe le festival pour toi ? Tu ne t’es pas qualifié pour le Main Event, mais j’ai vu que tu avais intégré le High Roller hier ?
Super ! Je suis arrivé mercredi matin, j’ai commencé par un paddle, et j’ai enchaîné avec le Battle Royale où j’ai terminé 5e, donc ça a été un bon début de festival. Ensuite, j’ai joué le Main Event le lendemain, mais je n’ai pas eu la chance de me qualifier. Hier, je me suis inscrit sur le High Roller, et aujourd’hui, à partir de 12h30, j’ai le Day 2 de ce même tournoi à jouer ! J’ai 1 million de jetons, sur un average à 450.000, donc c’est plutôt pas mal.
Hier, j’étais à la table d’Alexandre Reard et de Malcom, donc l’ambiance était conviviale, c’était cool !
- Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant Pros et Amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans ?
Question intéressante ! Oui, il y a quand même une petite progression à ce niveau-là, surtout avec tous les contenus disponibles sur internet, les solvers etc… Maintenant, même les amateurs commencent à regarder pas mal de vidéos et à progresser. Ils s’améliorent surtout dans leur agressivité, dans le fait de relancer plus préflop, d’avoir plus de mains en bluff. Personnellement, je trouve que le niveau n’a pas augmenté considérablement, mais il a augmenté quand même !
Il y a plus de réflexion, plus de compréhension du jeu, ça se sent aux tables. Il y a beaucoup de contenus gratuits aujourd’hui. Même nous, chez Winamax, on fait beaucoup de Masterclass, on fait des choses qui permettent d’avoir une base plus solide, surtout pour ce type d’événement.
- Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 3 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre les Days 1 et 2, et le Day 3 ?
J’ai des différences d’approche, mais ce que je donnerais principalement comme conseil, ce serait de ne pas visualiser ça comme un Day 3 ! Il ne faut pas trop se mettre de pression, et surtout, jouer son jeu, et ne surtout pas essayer de changer sa façon de jouer. Bien évidemment, sur un Day 3 il y a déjà une notion d’ICM, dans le sens où on se rapproche des grosses sommes d’argent. Mais il ne faut surtout pas essayer des choses que l’on ne sait pas faire.
Quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants d’un move, il vaut mieux ne pas le faire, et encore une fois, se cantonner à ce que l’on sait faire ! Il faut prendre son temps, prendre du plaisir et ne pas s’éparpiller. Restez solide !
En plus, si tu fais quelque chose et que tu dévies de ce que tu sais faire, et que tu bust, tu vas le regretter… alors si tu joues normalement et que tu perds, tu auras beaucoup moins de regret.
- Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée En tant que pro, comment tu t’adaptes à ce field, qui n’est sûrement pas le même que ceux que tu as l’habitude de jouer ?
Sur les tournois que je joue, ce n’est pas le même type d’amateur. Ce sont des amateurs réguliers qui font toujours les tournois à 500 € et à 1000 €, et qui sont des gens qui ont un peu d’argent, qui ont un travail à côté… Donc ils sont ce que j’appelle des amateurs réguliers.
Pour revenir à ta question, les gens ont deux approches avec nous. Hier, j’ai discuté un peu avec Romain et il m’a dit qu’il avait passé sa journée à se faire bluffer, dans des spots improbables ! En gros, soit ils veulent nous bluffer à tout prix, soit ils ne veulent pas du tout nous jouer car ils ont en quelque sorte « peur » de nous affronter. Il faut donc s’adapter et bien cerner les profils que tu as en face de toi.
Il y a aussi un truc, c’est ce que j’appelle « les fils qui se touchent ». Desfois, tu as des joueurs de poker qui sont très très sérieux, et d’un seul coup, ils craquent complètement ! Soit parce qu’ils ne sont pas habitués à la pression, ou qu’ils se retrouvent dans un spot qu’ils ne comprennent pas, donc ils envoient tout un peu n’importe comment… Donc voilà comment on s’adapte, il faut savoir repérer ces choses-là, et savoir les exploiter.
Moi je joue beaucoup plus les joueurs que les cartes quand je joue un tournoi comme le Main du WiPT, car en observant, je vais récupérer vraiment beaucoup d’informations sur la façon de jouer des joueurs.
- Sur ce type de tournoi (le Main), quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?
Alors, je trouve qu’il y a encore pas mal de grosses erreurs, mais globalement il y en a beaucoup moins. Par exemple, on voit de moins en moins de limp préflop ! Sur le festival, je n’en ai presque pas vu, ce qui est assez incroyable.
Mais c’est comme on disait tout à l’heure, on fait énormément de vidéos sur Winamax, qui font beaucoup, beaucoup de vues, et dans ces vidéos, le sujet du limp était beaucoup abordé, donc à force, c’est rentré dans la tête des gens ! Ce qui ne m’arrange pas, parce que moi j’aime bien (rires). Je vais dire à Winamax de bloquer l’accès aux vidéos !
Aussi, c’est parfois difficile de se rendre compte des erreurs récurrentes sans voir de showdowns, mais parfois, quand j’en vois, je me rends compte que la sélection des mains, ce n’est pas toujours ça non plus…
- Tu es premier au classement GPI France, donc maintenant, quel est ton objectif pour 2026 au poker ? C’est quoi le programme en poker live pour les mois à venir ?
Déjà, l’objectif serait de rester 1er du classement GPI France ! C’est un classement qui est très fluctuant, dans le sens où il dépend des performances que l’on fait sur trois ans, et à chaque fois,
ça reprend les trois meilleures performances, et ce, tous les 6 mois. En gros, ça évolue, et si l’un de mes concurrents fait d’énormes performances, il risque de repasser très vite devant. Ça fait donc partie de mes objectifs de garder ma place !
Aussi, j’ai comme objectif de très bien me préparer pour les WSOP, qui sont une série de tournois que j’aime beaucoup. En plus, j’ai un gros programme pour cette année ! Je veux donc être au top pour aborder les WSOP. Je vais jouer aussi le leaderboard, car maintenant, il y a un intérêt financier. Ça permet aussi de lisser la variance sur l’ensemble des trois festivals, que sont Pragues, Vegas, et les Bahamas.
En attendant, on va déjà essayer d’aller performer sur le High Roller de cet après-midi !
Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt
Portraits / Interviews
Vincent Reynaert lance le média « Les Enjeux »
Published
8 mois agoon
16 octobre 2025
Vincent Reynaert, ancien de PMU Poker et du Groupe Barrière, vient de lancer un média pas comme les autres : Les Enjeux, une plateforme qui analyse un monde du gaming en pleine mutation. Rencontre.
Pouvez-vous nous rappeler votre parcours dans le monde du gaming ?
J’ai découvert l’univers du jeu en 2010, à un moment clé : celui de l’ouverture du marché français. À l’époque, tout était à construire. C’est dans ce contexte que j’ai rejoint Everest Poker, pour développer les partenariats sur un marché qui s’inventait chaque jour. C’était une période excitante, un peu folle aussi, avec beaucoup d’expérimentations et une vraie effervescence autour du poker en ligne.
Un peu moins de 2 ans plus tard, j’ai rejoint le PMU. 8 années passionnantes pendant lesquelles j’ai eu la chance de travailler sur le développement du poker dans une entreprise dont ce n’est pas le coeur de métier. C’est à ce moment-là qu’est né le France Poker Open (FPO), un circuit que nous avons créé avec l’ambition de surfer sur l’ADN poker live, la marque de fabrique de PMU Poker.
En 2020, j’ai intégré le groupe Barrière pour piloter le développement de leur offre digitale. L’objectif : préparer le futur des casinos physiques dans un monde de plus en plus connecté. Et juste avant de lancer Les-Enjeux.com, j’ai occupé le poste de directeur marketing et communication chez Texapoker, une aventure courte mais intense, au cœur de la plus belle scène du poker live. Ces expériences m’ont donné une vision globale du secteur, à la fois côté opérateurs, événementiel et communication et surtout une conviction : celle que l’industrie du jeu a besoin d’être mieux racontée.
Quelle est la volonté derrière “Les Enjeux” ?
Le jeu est un secteur fascinant, en pleine mutation. On assiste à une recomposition de fond : des acteurs comme Winamax ou Betclic ont complètement bouleversé les codes, les casinos physiques amorcent une transition vers le digital, la filière hippique doit se réinventer pour séduire une nouvelle génération de joueurs, et la régulation évolue vers plus d’ouverture, notamment avec la possible arrivée des casinos en ligne, le jeu est de moins en moins un tabou.
Bref, c’est un moment charnière. Et pourtant, il n’existait pas de média francophone pour documenter ces transformations. Les informations circulent, mais souvent de façon éclatée, entre des communiqués institutionnels, des sites d’actualité très spécialisés ou des analyses en anglais.
Avec Les Enjeux, on veut justement combler ce vide. Notre ambition est de devenir un point de convergence : un lieu où les différents acteurs, opérateurs, fournisseurs, régulateurs, start-up, juristes, etc. peuvent se retrouver, échanger, comprendre les grandes tendances, et surtout prendre du recul sur leurs métiers.
C’est aussi un média qui parle à tous les passionnés de jeux, pas seulement aux professionnels. On veut raconter les succès, les innovations, les débats, mais aussi les enjeux humains, économiques et sociétaux derrière cette industrie souvent caricaturée.
Que va apporter une telle publication en ligne, et quelle équipe va y travailler ?
Aujourd’hui, dans le monde francophone, il n’y a pas de média de référence capable de couvrir l’ensemble de l’écosystème du jeu, comme le font des titres anglo-saxons tels que iGaming Business ou EGR.
Nous, on veut occuper cette place.
Notre couverture sera large : la France, bien sûr, mais aussi la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, et une partie de l’Afrique francophone, notamment le Maroc, où l’activité casino et hippique est très dynamique. L’idée, c’est de créer un réseau francophone du jeu.
Mais au-delà de l’actu, Les Enjeux veut surtout changer la perception du secteur. Trop souvent, le jeu est résumé à ses excès ou à ses risques, alors qu’il s’agit d’un univers d’innovation, de savoir-faire et d’excellence française. Des milliers de personnes y travaillent, des start-ups y inventent la tech de demain, des groupes investissent dans la RSE, la data, la sécurité ou la formation.
Pour construire ce regard global, je m’entoure d’experts : des avocats fiscalistes, des consultants spécialisés, des technophiles, des pros du casino, du poker ou du pari hippique. Ce sont eux qui apporteront la rigueur, la crédibilité et la diversité de points de vue.
Et enfin, un point qui me tient à cœur : Les Enjeux veut aussi inspirer. En mettant en lumière les réussites, on espère attirer de nouveaux talents, de nouvelles idées et de nouvelles énergies vers le secteur.
Quelle est votre vision du jeu à 1, 5 ou 10 ans en France et en Europe ?
La France, c’est un marché paradoxal : très encadré, parfois rigide, mais incroyablement riche. On compte plus de 200 casinos, soit le maillage le plus dense d’Europe. On a deux opérateurs historiques, la FDJ et le PMU, qui ont su se réinventer pour devenir de véritables acteurs digitaux et européens. D’ailleurs, la FDJ vient de franchir un cap avec le rachat de Kindred Group, propriétaire d’Unibet : un signal fort de l’ambition française.
Dans les cinq prochaines années, on va assister à une recomposition majeure du paysage du jeu en ligne. L’ouverture du marché des casinos en ligne est, à mon sens, inévitable. La vraie question, ce sera : sur quel modèle ? Et avec quelles garanties de protection et de responsabilité ?
Plusieurs visions vont s’affronter : celle des opérateurs terrestres, celle des acteurs déjà en ligne, celle du régulateur, du politique et des moralisateurs… Ce sera un moment clé, comparable à ce qu’a été l’ouverture du marché des paris en 2010.
Sur le long terme, je crois que le secteur va continuer à se professionnaliser et à s’ouvrir. On va vers un écosystème plus mature, plus connecté à la tech, à la data et à l’expérience client. Et je pense aussi qu’on va assister à une forme de réconciliation entre le jeu et la société. Parce que le jeu, au fond, c’est aussi du divertissement, de la culture, et parfois même du patrimoine.
Et nous, chez Les Enjeux, notre rôle, c’est de raconter cette évolution, d’en décrypter les ressorts et d’en faire un sujet de société à part entière.
(crédit photo : Audran Sarzier)
[WSOP 2026 – jour 18] Michel Abécassis termine 2e du 5000$ Seniors au Wynn !
Pas de « rake » chez PMU Poker ce 14 juin !
[WSOP 2026 – jour 17] Richard Aslup remporte le Monster Stack pour 1 302 125 $
Buzz
-
Classements13 ans ago
Abonnez-vous à Poker52 et recevez le livre Macao Men de Gabriel Guillet
-
Online13 ans ago
Viktor Blom remporte le Main Event des SCOOP 2013
-
News9 ans ago
François Pelletant, alias« PEPEL56», nouveau Champion de France RedCactus Poker !
-
Classements10 ans ago
Cyril Mouly et Arnaud Mimran à la Une de… Mediapart
-
Magazine2 ans ago
L’incroyable come-back de Gus Hansen
-
Magazine3 ans ago
Quand naissait le web poker français, il y a 30 ans : l’incroyable saga !






