Portraits / Interviews
Rencontre : Le nouveau Phil Hellmuth est arrivé !
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5 ans agoon
Magie noire ou magie blanche, personne ne saurait le déterminer, mais s’il existe un champion mythique du poker qui reste compétiteur dans l’âme, c’est bien Phil Hellmuth, enterré à de maintes reprises par ses congénères, et toujours ressuscité à la force de son mental. Récent auteur d’un livre qui met en exergue l’importance d’être « PO-SI-TIF », le sale gosse du poker s’est petit à petit débarrassé des oripeaux de sa grande gueule médiatique pour redevenir le garçon poli et éduqué qu’il a toujours été au plus profond de lui-même. Alors qu’il achève pour la chaîne online PokerGO une série de heads-up contre son ami Antonio Esfandiari (et mène la bataille), il nous a accordé un entretien exclusif, actuel et rétrospectif. Respect.
Par Jérôme Schmidt
Vous venez tout juste de publier un ouvrage qui parle de « positivité ». Pouvez-vous revenir pour nous lecteurs sur le concept de ce livre, et en quoi « penser positif » a changé votre manière de vivre… et de jouer ?
Durant toute ma vie, j’ai dû connaître les affres du doute, depuis mes années d’étudiant qui n’y arrivait pas toujours facilement et qui ne croyait pas en lui, jusqu’à mon statut autoproclamé de « plus grand joueur de poker au monde » ; de mes fautes de grammaire lors de mes cours d’anglais à New York, au moment où je suis devenu un écrivain à best-sellers ; de joueur débutant qui voulait devenir professionnel, à vainqueur de bracelets WSOP. Pour cette dernière phase, cela a été plutôt rapide ! Mon épouse, que j’ai rencontré juste après ma victoire lors du Main Event des WSOP en 1989, disait de moi que j’étais un « diamant encore brut et mal taillé ».
Dans mon livre #POSITIVITÉ, je révèle huit axiomes de la vie, huit choses qui ont rendu ma trajectoire possible. Ces axiomes m’ont aidé à escalader des montagnes au poker ; la moitié de ces axiomes sont des tactiques et des processus que j’utilisais bien avant ma victoire au Main Event des WSOP en 1989. Dès le début, ils m’ont aidé à voir grand, à m’attaquer à des défis énormes et, finalement, à réussir ! Je vais vous en dévoiler un pour vos lecteurs : couchez tout simplement vos « objectifs annuels » sur le papier, ceux de l’année 2021 à venir, et scotchez-les à côté de votre miroir dans la salle de bain. Avec ces objectifs annuels que vous verrez tous les jours, et même plusieurs fois par jour, vous allez vous motiver, consciemment et inconsciemment. J’ai des centaines de lecteurs qui m’envoient des messages pour me remercier, car ils viennent d’atteindre l’un ou l’autre de ces objectifs annuels !
Ces axiomes sont très simples à réaliser, et mon livre prend une grosse heure à lire, et ils m’ont pourtant profondément changé ! Pourquoi n’aurais-je pas le droit de devenir le plus grand joueur de poker de tous les temps ? Avec ces axiomes, je sais désormais que je suis quelqu’un de bien, et que j’ai le droit de réaliser de bonnes choses. Lorsque je regarde en arrière et que j’analyse mon histoire personnelle, je me rends compte que ces axiomes m’ont autorisé à me dire : « Et pourquoi ce ne serait pas à mon tour ? » Ils m’ont motivé !
Vous êtes considéré comme l’un des plus grands joueurs de poker de l’histoire, surtout dans le domaine des tournois. Comment expliquez-vous cette constance dans l’excellence ?
Les axiomes dont je viens de vous parler, et que j’ai dévoilé dans mon livre, m’ont énormément aidé dans ma trajectoire, mais il n’y a pas qu’eux. Je crois que disposer d’une très bonne capacité de lecture de son adversaire m’ont permis de ne pas m’enferrer dans toutes les théories du poker qui sont à la mode, et qui ensuite passent de mode. Cette lecture de mon adversaire, je l’appelle « Magie Blanche ». Pourquoi ? Il y a dix ans environ, lors d’un tournoi des WSOP, j’étais en grosse blinde, et tout le monde rend ses cartes jusqu’au joueur de petite blinde, qui va à tapis. J’ai 12 BB devant moi, et je sais qu’en théorie, je dois payer instantanément. Mais plutôt que de m’exécuter de suite, je réfléchis, et demande à mon jeune adversaire une question anodine, puis je réfléchis à nouveau, et je comprends qu’il me bat, alors je rends les cartes. Il était très agacé, car je crois qu’il me battait de loin !
Le même jour, je discutais avec un jeune joueur très respecté, et je lui expliquais que j’étais bien dans le tournoi, et je lui ai alors évoqué ce fold. Il était très surpris : « Hein ? Mais tu dois payer tout de suite ! C’est mathématique. » Et je lui ai répondu : « Selon moi, il avait As-Valet. » Lui, « Je ne comprends pas ta réaction… » Et moi, je me disais, « Mais il ne sait pas ce que c’est de lire son adversaire ? C’est de la Magie Noire pour lui, on dirait… Mes lectures, c’est de la Magie Noire pour ce type super intelligent qui est tellement bon au poker ; il a des vraies œillères ! Il ne comprend rien au jeu ! » Ma génération a été formée ainsi au poker, tout sur la lecture de l’autre. On ne peut pas prétendre être un grand joueur sans développer cette qualité. La nouvelle génération vient du online. Il sont incollables sur les maths, les stats et la théorie du jeu, mais la plupart ne sait pas lire le jeu de son adversaire.
Comme je trouve que le terme « Magie Noire » est connoté de façon négative, je préfère utiliser celui de « Magie Blanche ». On ne peut pas apprendre le poker de très haut niveau sans se donner d’une bonne lecture des autres. Ces jeunes sont des petits génies en math, s’améliorent chaque jour du côté de la théorie, et abusent de stratégies qui ne leur permettent d’éviter qu’un territoire : celui de la psychologie et de la lecture. En fait, ils développent et inventent des nouvelles théories afin de ne pas s’aventurer là-dedans…. C’est brillant. Admirable. Payant, pour un temps. Mais cela ne suffit pas. Pas si vous voulez être parmi les meilleurs. Je suis encore là grâce à ma lecture des autres. Je dois me tenir au courant des dernières théories en vogue, bien sûr, afin de pouvoir contre-attaquer ces jeunes. Je ne fais pas partie de leur monde, je suis à part, dans ma bulle. La masse avance groupée, ce qui rend ma stratégie de contre-attaque plus aisée. Le poker n’est pas simple ! Mais si tout le monde pense pareil, c’est plus simple d’aller à contre-courant.
Comment avez-vous vécu l’annulation des WSOP en live cette année ? Pensez-vous que le monde du poker sera le même après cette pandémie ?
Heureusement pour nous, il y a des personnes très intelligentes dans le monde et qui font tout pour résoudre des problèmes apparemment impossibles. J’espère, et je crois, que l’on va trouver bientôt un vaccin efficace. Et que les protocoles de soin pour les patients vont s’améliorer énormément. Au fur et à mesure que ces données vont ainsi être compilées, et que de plus en plus de gens vont être testés, le taux de mortalité va plonger. Ces trois évolution —vaccin, protocoles améliorés, mortalité en baisse— vont nous ramener à un monde meilleur !
J’espère que je pourrai ainsi participer en personne aux WSOP en 2021 à Las Vegas ! Et je suis vraiment persuadé qu’au pire, l’édition de 2022 aura lieu. Au-delà des WSOP, avec les améliorations en terme de tests, nous allons pouvoir en parallèle filmer des centaines d’heures de nouveau contenu dans les studios de Poker Go, ce qui a déjà commencé !
Vous êtes actuellement en train de tourner une série de heads-up avec Antonio Esfandiari pour Poker Go… Quelles sont les faiblesses du « Magicien » ? Comment avez-vous tenté de les exploiter ?
Antionio est une terreur absolue ! Tout le monde le sait, d’ailleurs… C’est un sacré mano a mano. Je ne le sous-estime à aucun moment ! Lors du premier match, j’ai dû ajuster mon jeu en temps réel et sortir quelque gros bluffs. Il fallait aller au charbon ! S’il m’avait payé avec son brelan de roi à un moment de la partie, j’étais fini. Mais j’ai réussi à convertir ma petite paire en bluff, et c’est passé… On va jouer le 3ème Round dans quelques jours, avec 400 000$ à la gagne…
Quelles sont les qualités essentielles pour être un grands joueur ?
Lecture, psychologie et esprit mathématique.
Comment continuez-vous à étudier et pratiquer le poker depuis chez vous ? En jouant online ? En discutant entre professionnels ?
En fait, et cela pourra vous étonner, mais je ne parle stratégie, tactique et concept qu’avec une seule personne, mon ami Mike « The Mouth » Matusow. Mike m’a énormément appris en Omaha Hi-Lo et Stud Hi-Lo. En 2018, lors d’un tournoi à Los Angeles au Commerce Casino, Mike et moi nous sommes retrouvés en tête à tête d’un tournoi Hi-Lo Stud et Omaha. Cinquante joueurs au départ seulement, mais c’était chouette car j’ai fini par le remporter. Je parle aussi beaucoup de stratégie NLHE avec lui. Mike est un esprit brillant, et il fera d’ailleurs partie du Hall of Fame un de ces jours. Il sait s’adapter à tout type de situations, n’est jamais dogmatique et il reste ouvert à tout ce qui pourrait l’aider à s’améliorer.
Il y a quelques années de cela, j’avais dit à Mike qu’il se sous-estimait beaucoup trop ; qu’il était bien meilleur en NLHE de tournoi qu’il ne le croyait. Après avoir participé à quelques WPT, il a enfin compris qu’il était très bon dans ce format également. Et en analysant son jeu sur les rediffusions Poker Go, il a vu les grosses erreurs que les joueurs faisaient habituellement. Il s’est réveillé à ce moment-là. On passe des milliers d’heure à parler tactique au téléphone ensemble.
Que pensez-vous de l’affrontement prévu entre Daniel Negreanu et Doug Polk, en heads-up online : est-ce bon pour l’image du poker ?
J’apprécie beaucoup les deux joueurs, et même si chacun m’a déjà critiqué avec véhémence, je partagerai un dîner avec plaisir avec l’un ou l’autre, n’importe quand. Et tous deux font beaucoup pour le poker, surtout Daniel.
Il y a longtemps, on m’avait dit que si je me disputais avec un autre grand joueur, cela serait positif pour l’un et l’autre. On m’avait alors proposé d’organiser cet affrontement, mais je respectais beaucoup cet autre joueur en question pour accepter. J’ai préféré être en paix avec lui.
Mais là, ce n’est pas artificiel : Polk et Negreanu ne s’aiment vraiment pas du tout ! Ils arrivent chacun à se faire disjoncter mutuellement ! Ils passent leur temps à ça sur les réseaux sociaux. En fait, Doug se comporte également comme le faisait Daniel il y a dix ans ! Daniel incarnait un personnage agressif, et là, il est devenu la proie de Doug. Daniel avait jusqu’alors réussi à ne pas se défendre des attaques de Doug, car il ne voulait pas lui offrir trop de médiatisation. C’était ce qu’il fallait faire : ne pas donner trop de lumière à son détracteur.
Daniel affirme qu’il n’a jamais dit ce que Polk lui reproche depuis des années : « Augmenter le prélèvement est bon pour le poker. » Mais tout le monde sait que Daniel touchait 3 000 000$ de prélèvement par an en provenance de PokerStars à l’époque où ils ont décidé d’augmenter le taux de prélèvement. Daniel ne pouvait pas tenir cette position, et même s’il n’a peut-être pas utilisé cette formule exacte, c’était ce qu’il voulait dire : il était pour que le prélèvement augmente. Techniquement, il n’a pas dit ces mots, je le sais pertinemment, mais dans l’idée, c’était le sens. Daniel a commis une erreur ce jour-là. Il aurait dû réagir différemment. Il voulait surement dire que le prélèvement était bon dans des parties privées de cash-game. Mais pourquoi se prononcer sur ce sujet ? Il est passé pour un bon petit soldat de son sponsor, PokerStars. Doug a attaqué Daniel sur ce sujet… « Augmenter le prélèvement est bon pour le poker… » 99% du monde du poker a cru que c’était ce que pensait Daniel…
Si le match se passait en live, Daniel serait un large favori. Et en plus, il est très bon en raisonnement mathématique. Sauf qu’online, c’est ce qui domine. Mais Doug est excellent, et si ca se passe mal, il saura s’adapter très vite. Cet affrontement est bon pour le poker, car cela redonne un peu d’action dans ce monde très ennuyeux en ce moment.
Avant la pandémie, vous passiez votre temps à traverser le monde… Comment faites-vous actuellement ?
J’ai fait plusieurs fois le tour du monde pour le poker, en effet ! De Las Vegas à Los Angeles, de San Jose à Sacramento, du Connecticut (Foxwoods) à Atlantic City, de Londres à Paris (la ville-lumière), de Baden (et son Casino Austria) à Vienne (le Concord, à seulement 40 minutes), d’Amsterdam à Cannes, du Pays de Galles à Malte, d’Alabama à Jacksonville et Miami, d’une croisière dans les Caraïbes à Melbourne, de Venise à Aruba, de Lafayette en Louisiane à l’Océan Pacifique et ses bateaux-casinos, de Rio de Janeiro à Pampano Beach en Floride.
Heureusement, ces derniers temps, j’ai fait de bons investissements hors du poker. J’ai beaucoup investi dans des toutes jeunes entreprises ainsi que des grands noms bien installés. Du côté des jeunes pousses, je fais désormais partie de neuf conseils d’administration ! Et l’une d’elles (End Game Talent Agency) vaut désormais 100 millions de dollars (je possède 5% des parts). Une autre, Lasso Gear, fabrique des chaussettes médicalisées portées par la star de la NFL Cam Newton ! Tout comme James Harden, une star NBA, qui les met à chaque match ! Et tout ça sans être même sponsorisés…
Côté entreprises bien installées, j’ai investi 300 000$ dans DMYT, en tant que sponsor spécial, ce qui veut dire que je peux tout perdre si dans les 18 mois, nous n’avons pas trouvé une société acquéreuse. Mais si nous en trouvons une, je peux gagner une somme à sept chiffres… Et, coup de chance, on a trouvé un acquéreur ! Rush Street Interactive, la plus grosse société américaine de casino en ligne. Avec à la clé, un accord à 2 milliards de dollars ! DMYT et Rush Street m’ont payé pour avoir fait le lien entre eux ; c’était aussi payant que de finir à la 4ème place du Main Event des WSOP en 2019. J’ai ensuite investi 500 000$ dans une seconde compagnie DMYD, et la même somme dans une autre tout récemment. Je suis dans un vortex d’investissements très positif ! Mais même si tout se passe bien de ce côté, je ne voyage quasiment plus. J’ai pas mal de temps libre afin de me remettre au poker en ligne. J’ai remporté 700 000$ sur divers sites en ligne. De février à août, j’ai beaucoup gagné en cash-game high-stakers et mid-stakes.
A ce jour, mi-octobre, je suis dans une grosse partie 10-20-40$ qui propose des swings de plus de 100 000$ par soir. Lorsque je me sens bien, je joue là. Si j’étais encore un pro du poker à plein temps, j’y serais 24h/24, mais vie n’est pas celle-là, et je ne joue plus que lorsque j’en ai vraiment envie.
Revenons un peu sur votre carrière… Comment évoqueriez-vous le gamin que vous étiez encore lors de votre victoire au Main Event des WSOP en 1989 ? Quels sont vos souvenirs les plus vivaces de cette période qui a constitué un tournant dans votre vie ?
En 1988, il y avait seulement quatre tournois qui faisaient rêver tous les joueurs : le Main Event des WSOP, le Main Event du « Hall of Fame of Poker », le Diamond Jim Brady (au Bicycle) et le Super Bowl of Poker d’Amarillo Slim. Et, bien sûr, n’importe quel tournoi avec un bracelet WSOP. J’avais remporté le Diamond Jim de 1988, après avoir fini runner-up du NLHE 1000$. Lors de la finale, j’avais dû affronter Erik Seidel ! On a joué en heads-up pendant des heures, avant qu’il ne remporte le titre. Je m’en voulais énormément car j’avais fait beaucoup d’erreurs ! Non pas que je veuille diminuer l’excellence d’Erik Seidel, mais j’avais commis énormément de fautes, et cela m’avait rendu dingue. On avait passé un accord afin de partager l’argent à parts égales. Après le match, je suis parti courir longuement dans le quartier de Bells Garden à 2h du matin —ce qui est une très mauvaise idée !—, et je repassais en tête toutes les erreurs que j’avais pu faire. En courant, je me souviens que je me suis dit : « Tu vas peut-être devoir attendre pas mal de temps avant de te retrouver à nouveau en heads-up et pouvoir corriger ton jeu. » J’avais tort !
Le lendemain, on a débuté le Main Event à 5000$. Tous les grands noms étaient là. Je me souviens que les trois meilleurs joueurs de poker du monde (en tournois) étaient en table finale avec moi ! Il y avait Johnny Chan (champion en titre), TJ Cloutier et Jack Keller. On s’est vite retrouvés à trois joueurs. Le premier remportait 145 000$ (contrairement à ce qu’indique HendonMob). J’ai demandé à Jack Keller si on pouvait passer un accord, avec le dernier en lice, Glen Abney. A l’époque, c’était encore 40% pour le premier, 20% pour le second et 10% pour le troisième. Jack a voulu nous arnaquer ! J’ai refusé. Il m’a dit, « Si je prends un gros pot, on est à égalité ». Je me suis dit, « J’ai pas intérêt à le laisser revenir… » Jack jouait très agressif, et j’ai fini par le payer avec As-Dame, auteur As. Et ca a tenu, et il est sorti ! J’étais très loin devant, et j’ai repensé à mon dernier heads-up, 44 heures plus tôt. « Finis-le tout de suite, Phil ! » J’ai gagné, puis suis allé à Sapgos. Je faisais la couverture de tous les magazines de poker. Chan, Seidel et moi étions considérés comme la nouvelle génération de moins de trente ans. Et je disais à qui voulait l’entendre que j’allais remporter le Main Event des WSOP de 1989 !
Mon père voulait venir à Las Vegas pour me voir au Main Even. Il n’avait pas du tout approuvé mon choix de devenir joueur de poker, mais comme il voyait que je gagnais très bien ma vie, il changeait petit à petit d’avis. C’était la première fois qu’il venait me voir jouer. Il est arrivé à Vegas un vendredi soir, a foncé tout droit au Horseshoe et… j’étais en table finale ! Pour un tournoi de Pot Limit Omaha, dont je sors cinquième vers 22h30. Je suis sorti sur la même main que TJ Cloutier. Le Main Event commençait lundi et finissait jeudi. Je dormais au Golden Nugget et j’ai demandé à mon père de venir me réveiller tous les matins à 11h. Le premier jour, il ne m’a pas amené le petit-déjeuner que je lui avais demandé, et j’étais très énervé. Il ne s’est pas trompé les jours suivants… Une petite chaîne que personne ne connaissait alors, ESPN, filmait le Main Event pour la première fois, uniquement la table finale.
Il y avait Johnny Chan (qui était en lice pour remporter le titre pour la troisième fois d’affilée), Lyle Berman, le pro Don Zewin, Steve Lott et le futur champion du monde Noel Furlong. A quatre joueurs restants, j’ai relancé avec Ax-10x, Don a payé avec paire de 10, Steve a fait tapis pour 91 000 jetons depuis la BB, et après réflexion, j’ai payé. Et là, Don va à tapis à son tour ! D’un point de vue mathématique, je dois payer immédiatement, mais j’ai pris mon temps, et j’ai fini par payer, en pensant que Don avec paire de 9 ou de 8 ou Valets. Don avec paire de 10, Steve paire de 2, et au flop, tout de suite un As ! J’ai éliminé les deux adversaires, et je me suis retrouvé en heads-up contre Johnny Chan.
Au bout de vingt minutes environ, j’ai dit à Johnny, « Je vais jouer parfaitement. Il va falloir que tu sois au maximum de ton niveau et qu’en plus tu aies de la chance si tu veux me battre. » Au bout de 31 minutes, au blindes 5-10 000, je mise 35 000 avec As-7 de carreau. Chan sur-relance à 165 000. Grosse relance ! Je me suis dit… « Il veut changer de vitesse. » Quatre mains plus tard, je découvre une paire de 9, et mise à nouveau 35 000, et je savais déjà ce que j’allais faire si Chan me sur-relançait à nouveau. Chan a relancé comme prévu à 165 000, et j’ai tout de suite annoncé tapis. On trouve facilement cette scène sur YouTube : je vais à tapis d’un mouvement des deux mains, sans toucher les jetons.
Je suis resté immobile. Chan devait avoir 600 000 devant lui, et moi 1 200 000. Je m’étais entraîné à ne pas bouger d’un iota. Alors que le temps s’écoule, je me demande : « Est-ce que j’ai envie d’être payé ? Pas certain. Il aurait déjà payé avec n’importe quelle paire. Ou avec As-10 et mieux. » Il avait peut-être une main comme Roi-Dame. Je n’ai rien dit et l’ai laissé réfléchir. Si je l’avais poussé à rendre ses cartes, cela aurait pu me couter mon rêve de toujours : un titre WSOP au Main Event ! Au bout de trois minutes, Chan a annoncé : « C’est le moment de prendre des risques. C’est payé. » Et il a retourné As-7 de pique.
J’étais large favori… Le flop est tombé : Roi-Roi-10. Turn, une Dame. J’étais pourtant certain que Chan allait toucher un As ou un Valet à la dernière. Je l’avais vu faire ça trois fois lors de son premier titre et ses deux Hall of Fame. Et pourtant, à la river, juste un 6 ! J’ai levé les mains au ciel, et j’ai cherché du regard mon père dans la salle. Les gardes l’ont laissé venir courir vers moi sans souci (il y avait seulement un dollar symbolique sur la table !) et je l’ai pris dans mes bras !
Qui étaient les grands noms de l’époque ?
Johnny Chan, TJ Coutier Jack Keller, Chip Reese et Doyle Brunson, Berry Johnston, Lyle Berman, Bobby Baldwin, Yosh Nakano… pour n’en citer qu’une poignée.
Quels ont été les autres grands moments de votre carrière ?
Chaque victoire aux WSOP ! Le NBC Heads Up de 2005, aussi. Et le Main Event des WSOPE bien sûr. Ainsi que le Diamond Jim Brady du début, en 1988. Et parmi mes objectifs dans ma vie, c’était d’entrer dans la liste des best-sellers du New York Times, ce que j’ai fait ! Et de continuer à être toujours au top niveau dans le poker.
Quel regard portez-vous sur la scène poker actuelle ? Avez-vous des regrets quant au passé ?
Je respecte beaucoup tous ces jeunes qui jouent en hautes limites, mais ce ne sont pas les meilleurs joueurs au monde ! Soyons clair : certains d’entre eux font partie de la crème de la crème, mais la plupart, non. C’est une autre façon de jouer. Je pense que je me débrouillerais bien contre eux, sans aucun souci.
Fedor Holz a récemment déclaré que j’avais balancé plusieurs fois des buy-in de tournois à 300 000$, sans bien jouer. J’ai tout de suite abondé en son sens. Cela m’est arrivé. Dans l’un des cas, en Day 2, j’étais exténué et j’ai joué n’importe comment. Mais ce n’est pour autant qu’il faut oublier toutes mes victoires ! J’aimerais beaucoup que ces jeunes puissent voir mes cartes lors des compétitions des années 80 à maintenant. S’ils avaient pu voir tout ce que je faisais, tous mes bluffs, ma patiences et les hero-calls que j’ai pu faire, je crois qu’ils penseraient tout autre chose de moi ! On n’atteint pas mon statut sans avoir un instinct affûté et un jeu subtil, en nuances !
Pour finir, qui inviteriez-vous pour une partie de poker amicale et une soirée agréable ?
Un cash-game chez mon ami Chamath, avec mes meilleurs amis comme Chamath Palihapitiya, Bill Lee, Sky Dayton, et David Sacks.
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WSOP 2026 : Grégory Chochon & Bruno Fitoussi en interview exclusive !
Published
2 jours agoon
27 mai 2026
Le poker lie les générations et les aventures. Si le premier est sans conteste le Français le plus important de l’industrie poker depuis plusieurs années, le second a permis de modeler par sa vision ce qu’est devenu le poker moderne en France et en Europe. Le « patron » (Chief Operating Officer) des World Series of Poker était de passage à Prague pour les WSOP-E, qui ont été un énorme succès. C’était l’occasion de passer du temps avec Bruno Fitoussi, venu disputer quelques tournois, avec qui il partage l’amour du golf, du poker et des bonnes tables. À quelques semaines du début des WSOP à Las Vegas (programme complet à découvrir dans les pages suivantes), les deux hommes ont pu discuter en toute amitié de cette compétition qui reste indétrônable dans le cœur des joueurs et le panthéon des amoureux du beau jeu.
Par Jérôme Schmidt / photographies : Caroline Darcourt
Grégory, quelle est l’offre actuelle des World Series en termes de tournois live, de par le monde ?
Grégory Chochon : Il y a bien sûr les WSOP à Las Vegas, puis ce que l’on appelle les tournois majeurs : le WSOP Paradise, qui a lieu en fin d’année, et le WSOPE, qui se déroule pour la première fois à Prague en ce moment [note : au début du mois d’avril 2026], au King’s Casino – sans oublier les bracelets des WSOP online qui se déroule sur GGPoker, dans les pays où l’opérateur est disponible. En dessous, on retrouve les WSOP-Circuit, qui sont un peu comme une deuxième ligue, avec des Main Event à 1 500 € / 1 700 $ uniformisés. Cela correspond aussi à une offre qu’on va lancer en ligne, avec plus de cinq cents tickets de Main Event WSOP-C à gagner via l’appli, et les gens pourront aller jouer l’étape de leur choix dans le monde entier, sauf en Asie car c’est compliqué réglementairement. Le Vietnam a fermé le poker, par exemple, en Corée, à Jeju, les locaux n’ont pas le temps de jouer, au Japon, il va falloir attendre le casino d’Osaka en 2029… On préfère être prudent pour bien rester dans les lois de chaque pays.
Comment l’offre s’est-elle affinée avec le temps ?
Grégory Chochon : On a fait du WSOP Paradise un nouveau tournoi phare de l’année, dans une esthétique high-roller assumée qui attire un autre type de joueurs, une sorte de « convention » des high-rollers qui veulent bien finir l’année [rires] ! Côté WSOP à Las Vegas, on n’y touche pas au vu du succès qui ne fait que grandir, quant à l’Europe, on voulait tenter Prague, et a priori les chiffres nous donnent raison, les joueurs sont venus vraiment en masse. On a rajouté un Ladies, afin de créer un événement pour tout le monde. Côté buy-in, tu as 25 000 $ pour le Paradise, 10 000 $ pour Vegas et 5 000 € pour les WSOP-E. On veut que chacun de ces Main Event soit le plus important de l’année, dans sa propre catégorie, et je crois qu’on fait tout pour que ça soit le cas.
Bruno Fitoussi : Et comme vous rajoutez les WSOP-C, ça crée une pyramide vraiment bien construite en termes d’écosystème… Vegas reste mythique, c’est vraiment le sommet de la pyramide, même si, tu as raison Grégory, les WSOP Paradise prennent de plus en plus d’importance…
Grégory Chochon : Le prizepool global de Paradise rejoint petit à petit celui de Vegas, notamment car le buy-in est plus élevé, mais aussi car on autorise les re-entry. Aux Bahamas, tu peux buy-in en crypto, alors qu’à Vegas, c’est impossible. Pour te donner une idée, au moment de cash-out lors des WSOP Paradise, on a fait… trois virements bancaires seulement ! La très grande majeure partie des cash-out est faite soit via Luxon, soit en USDT.
Bruno, quel est votre avis sur l’évolution de ces buy-in au fil du temps – à la fois en tant que joueur et en tant que professionnel du poker ?
Bruno Fitoussi : C’est un très vaste sujet, car à l’époque de l’Aviation Club de France il y a environ vingt ans, le Grand Prix de Paris, qui était un tournoi brandé World Poker Tour, avait un buy-on de 10 000 €. En argent constant, cela donnerait du 17 000 €… Aujourd’hui, à part les Bahamas et tous les Triton, on ne propose plus de tournois supérieurs à 5 000 € en Europe. On assiste donc à une montée en gamme de certains buy-in avec les WSOP Paradise ou le succès des Triton – qui est un écosystème à lui tout seul –, mais aussi à une multiplication des petits buy-in. Il suffit de regarder le succès des tournois Texapoker à 300 ou 500 €…
Grégory Chochon : Cela a été un vrai sujet pour les World Series lorsqu’on a décidé de proposer des buy-in plus faibles, à l’époque. Avant, comme on me l’a rappelé, les seuls tournois à 1 000 ou 1 500 $ c’était des… satellites [rires] !
Bruno Fitoussi : En fait, l’offre et la popularité des tournois se sont détachées avec des sommes faramineuses d’un côté et une scène high-roller qui n’a jamais été aussi folle, et de l’autre une explosion du nombre de joueurs dans les plus petits buy-in.
Quelle était votre volonté au sein des WSOP lorsque vous avez inventé le Colossus, par exemple ? C’était une volonté de démocratiser le poker ?
Grégory Chochon : Les WSOP sont une institution prestigieuse, mais ce n’est pas forcément réservé à une élite. Il ne faut pas oublier que la personne qui a fait rentrer le poker dans l’ère moderne, c’est Chris Moneymaker lorsqu’il remporte le Main Event… Donc un amateur venu de nulle part, qui élimine des pros et écrit la légende du poker du XXIe siècle. Donc, oui, il y a les meilleurs joueurs du monde, mais cela fait partie de l’histoire des WSOP d’avoir des inconnus qui se révèlent. L’année du premier Colossus, on a enregistré 8 000 nouveaux joueurs, des first-timers, qui n’avaient jamais participé aux WSOP auparavant. Comme l’a dit Bruno, à l’époque, même les joueurs récréatifs avaient des moyens et ils étaient prêts à jouer chers ; de nos jours, il y a énormément de passionnés qui n’ont pas les moyens de payer un trop gros buy-in, et il a fallu s’adapter. Avant qu’on ne propose ces « petits » tournois, les autres casinos de Vegas remplissaient leurs salles avec des festivals moins chers en parallèle, et cela a prouvé la demande énorme d’un tel type de public. Financièrement, ce n’est pas une opération très intéressante pour nous car il faut énormément de croupiers à payer pour de petits frais d’inscription, mais cela nous a permis d’entrer encore plus dans l’histoire, avec par exemple le plus gros tournoi live jamais organisé avec 28 000 entrants.
Bruno Fitoussi : Les WSOP, ce sont des chiffres et des légendes qui donnent le tournis depuis le début. Et c’est fabuleux que les nouvelles équipes de Grégory arrivent à ainsi continuer à en écrire une histoire à la fois aussi prestigieuse mais aussi encore plus populaire en termes de fréquentation. Et puis ça permet à de très bons joueurs qui n’ont pas encore une énorme bankroll de se lancer dans de très belles compétitions. Et puis 10 000 $ d’il y a vingt ans, ce n’est pas 10 000 $ en 2026… Donc, même si cela reste une grosse somme, c’est plus « simple » de pouvoir participer au Main Event à Las Vegas. Il ne faut pas oublier également les qualifications en ligne, qui n’existaient pas à l’époque. Et comme les WSOP ont pris la décision forte de ne pas proposer de re-buy ou de re-entry pour le Main Event, tout le monde part avec les mêmes chances. C’est génial, c’est vraiment un tournoi à part dans le cœur de tous les joueurs. Je n’en connais pas un qui ferait l’impasse sur le Main des WSOP à Las Vegas…
Grégory Chochon : Et on ne touchera jamais au côté freezeout du Main Event ! On essaie de garder près de quinze tournois durant les Series qui sont freezeout.
Bruno Fitoussi : Je peux concevoir le principe des re-entry, comme par exemple les EPT qui en proposent un seul, mais le fait de jouer des tournois avec des énormes prizepools et sans re-entry c’est tout de même beaucoup plus excitant ! Cela doit faire… trente ans [rires] que je viens aux WSOP, parce que c’est le plus grand rendez-vous de l’année. Sans oublier qu’on y retrouve tous ses amis, qu’on adore revenir à Las Vegas aussi.
Est-ce que l’explosion du coût de la vie à Las Vegas peut constituer un problème pour le public étranger ?
Grégory Chochon : Une des questions que l’on se pose toujours, c’est comment attirer plus de joueurs à Vegas pendant l’été ? C’est très difficile car pour venir, il faut du temps, de l’argent, des visas selon les pays, etc. Par exemple, on doit faire plus d’une centaine de lettres d’invitation pour des joueurs de certains pays afin qu’ils puissent entrer aux États-Unis… Mais il ne faut pas que les Français s’inquiètent pour leur visa, c’est une sorte d’ESTA un peu plus formel, mais à ma connaissance personne n’a jamais été refusé à cause d’un post sur Facebook ! Le tourisme n’est pas impacté par ça, surtout à Las Vegas… Et en plus, cette année, il y a un vol Air France direct qui va être opéré trois fois par semaine pendant l’été. Le public français est le quatrième en termes de contingent, derrière les États-Unis, le Canada et l’Angleterre mais devant le Brésil et l’Allemagne.
Bruno Fitoussi : Oui c’est génial, ça simplifie vraiment tout… Toi, tu penses que le cap de 10 000 joueurs inscrits au Main Event est une sorte de plafond de verre dans l’économie actuelle ?
Grégory Chochon : On a réussi à le faire exploser uniquement grâce à notre collaboration avec GGPoker, pour être honnête. Si tu regardes les chiffres entre 2015 et 2022 par exemple, ils ne bougent pas du tout, à une centaine de joueurs prêts. Cela montre que les gens sont fidèles, d’ailleurs, mais seuls les qualifiés online de GG ont permis de dépasser 10 000 joueurs. La seule façon d’arriver à 20 000 joueurs serait de qualifier 10 000 personnes en plus, soit via GG soit via des tickets toute l’année, mais organiquement, on ne peut pas faire autrement…
Bruno Fitoussi : À moins que le nombre de joueurs dans le monde ne double, pourquoi pas avec l’Asie, dans les années qui viennent… C’est vrai que le Main Event des WSOP, c’est un bon thermomètre de l’économie globale du poker.
Grégory Chochon : C’est aussi pour cela qu’on n’investit pas en marketing pour promouvoir en amont l’événement car tous les joueurs dans le monde savent qu’il y a le Main Event des WSOP chaque été ! On préfère investir dans la diffusion télévisée par exemple : on revient sur ESPN en prime time pour le Main Event, ce qui ne s’était pas fait depuis des années, avec plus de cent heures diffusées en live sur ESPN-One. C’est inédit et énorme la couverture médiatique de cette édition 2026 ! On va aussi avoir des partenariats « locaux » comme avec la diffusion en ligne en partenariat avec Winamax pour la France [voir news]. Avant le Main Event, tous les events seront consultables gratuitement sur notre YouTube pendant quarante jours dans le monde entier. Cela devrait nous permettre de toucher de nouvelles personnes qui n’ont jamais vu de poker télévisé. Cette année, on a cent événements avec bracelet, et on a rajouté un petit WSOP-C entre la fin des World Series au 15 juillet et la reprise de la table finale le 3 août. Ce hiatus permet de diffuser en télévision les émissions montées, façon November Nine, et connaître les personnalités des joueurs ainsi que leur storytelling lorsque la finale aura lieu. L’idée, c’est de donner une dimension humaine à la table finale. Côté spectacle, on a investi plusieurs millions de dollars pour le nouveau stage où ont lieu les tables télévisées, ça va juste être magnifique.
Ce qui a permis la démocratisation des WSOP, c’est aussi le déménagement qui a eu lieu il y a quelques années…
Bruno Fitoussi : Je pense que personne ne regrette le casino Rio, car ce que Grégory et ses équipes ont réussi au Paris, c’est vraiment génial, tout est tellement plus simple…
Grégory Chochon : Certains disent le regretter, mais il y en a aussi qui parlent encore du Binion’s [rires] ! De 2014, la date où je suis arrivé aux WSOP, à 2021, j’ai travaillé au casino du Rio, mais à part le parking facile d’accès, je n’en vois pas l’intérêt.
Bruno Fitoussi : Mais pas pour un touriste, qui préfère être sur le Strip, avec tout à portée de main. Vous aviez pensé au Caesar’s, autrement ?
Grégory Chochon : Oui, mais les salles de convention sont très disséminées et la seule grande salle qui aurait permis un tel tournoi n’a pas l’agrément pour accueillir des tables de jeu. Le casino Paris et le Horseshoe étaient donc la meilleure solution pour faire évoluer les WSOP et les rendre plus simples, plus accessibles. Cette année, on passe de 700 à 740 tables… Et il n’y a aucun casino sur le Strip qui peut te laisser une telle capacité pendant plus de cinq semaines. Les conventions et les salons sont nos concurrents en termes de location de salle, car ils sont prêts à payer cher pour avoir de tels espaces. Pour ma part, je suis fier de pouvoir proposer des chambres au Horseshoe à 90 $ pendant les World Series.
Bruno Fitoussi : L’année dernière, j’étais à la Tour Versailles, qui dépend du Paris, et c’est extraordinaire. La vue est incroyable, sur les fontaines du Bellagio, moi qui y ai dormi durant tant d’années. Tu as ton balcon sur le Strip et les fontaines, c’est un rapport qualité-prix imbattable. Et puis, il y a de bons restos, comme Mon Ami Gabi ou Nobu. C’est difficile d’imaginer mieux que cet endroit. Et puis, la révolution des inscriptions via l’application WSOP a vraiment tout changé, tu n’attends plus jamais, c’est d’une fluidité folle…
Cette appli, justement, comment elle s’est construite ?
Grégory Chochon : On a travaillé avec des développeurs en Corée du Sud qui travaillent déjà avec GGPoker. Ils ont tout remis à plat, créant des jonctions pour les joueurs européens avec Luxon. Et plein de nouveautés arrivent, notamment avec l’incorporation du stacking. C’est, là aussi, une bonne piste pour aider à développer les chiffres de fréquentation des tournois…
Bruno Fitoussi : Cela va se faire avec PokerStake ? Parce que j’y suis inscrit depuis longtemps, et c’est un logiciel vraiment formidable, créé par des pros qui ont tout compris au poker moderne.
Grégory Chochon : Oui, exactement, et PokerStake appartient au groupe d’ailleurs… Quand je parle du groupe, c’est une maison mère, une holding, qui détient à la fois GGPoker et les World Series. GG et les WSOP sont des sortes de cousins en fait [rires] !
Comment s’est passée votre adaptation à Las Vegas au départ ?
Grégory Chochon : Cela va faire douze ans cette année, ça va vite ! Je suis né à Paris, mais j’avais déjà vécu quelques mois à l’étranger, lorsque j’avais travaillé pour PartyPoker. Dans l’ordre, après un passage chez Havas, j’ai intégré le groupe Barrière en lançant le Barrière Poker Tour avec Lucille Denos, puis je suis allé chez PartyPoker, et je suis revenu au moment de l’aventure commune Barrière / Française des Jeux. À ce moment-là, on a accueilli les WSOP-E à Cannes puis Enghien-les-Bains, et c’est comme ça que j’ai connecté avec la marque WSOP. L’histoire, c’est que Ty Stewart, à la fin des WSOP-E à Enghien-les-Bains, a voulu aller voir le casino de Deauville et peut-être y organiser un futur WSOP-E. Un matin, j’ai donc pris ma voiture, et je l’ai emmené là-bas, ce qui nous a permis de sympathiser et de mieux se connaître. Et à la fin… j’étais embauché [rires] ! Parfois, la vie se tient à des tout petits détails, et quand j’en ai parlé avec ma femme, Karine, on n’a pas hésité longtemps pour se lancer dans cette nouvelle vie. En 2014, il y avait 2 millions d’habitants, et maintenant on est passés à trois millions ! J’ai d’ailleurs racheté la maison de Ty Stewart en 2016, à Henderson, et on adore cette ville. Notre fille se plaît tellement aussi là-bas, il y a le soleil tous les jours… On a la Green Card tous les deux, et on a donc une capacité de deux fois dix ans sur place. Pour nos vieux jours, on reviendra sûrement en France, mais il y a le temps !
Bruno Fitoussi : Moi c’est une ville que j’adore depuis des années, j’y ai vécu en tant que joueur pendant des mois et de mois. C’était au début des années 1990, je jouais en cash-game au Mirage tous les jours, et je logeais dans un petit motel. Je vivais uniquement poker à l’époque, je prenais ma voiture pour aller me reposer dans ma chambre de temps en temps, mais autrement, j’ai fait mes classes là-bas quasiment… Je m’y suis même marié avec celle qui est devenue mon épouse. En parallèle, j’avais aidé à ouvrir des tables de Pot Limit Omaha au… Maxims Casino avec Cowboy Wolford [rires] ! Tu imagines, c’était vraiment une autre époque… C’est une magie sans pareil, cela m’émerveille toujours autant. Il ne faut pas non plus avoir peur des prix pratiqués sur le Strip, parce que dès qu’on sort des gros casinos et qu’on va dans le Chinatown, par exemple, ou dans d’autres quartiers de la ville on peut toujours trouver des coins très sympas et moins chers. Moi, ce que je préfère à part le poker, c’est le golf, parfois avec Grégory d’ailleurs, c’est vraiment les plus beaux golfs du monde… J’avais découvert Vegas la première fois en 1977, durant l’été, mais je n’avais pas encore l’âge pour jouer au poker. J’étais avec un copain, on était partis dans un roadtrip dans tous les États-Unis, et on s’était même fait courser par la police parce qu’on n’avait pas l’âge légal [rires] !
Comment avez-vous vu la ville évoluer ces dernières années ?
Grégory Chochon : Vegas est une ville qui tente plein de choses, mais toutes les tentatives mal localisées ont connu des échecs. Le Fontainebleau par exemple a pensé qu’en étant à proximité du Wynn, cela pourrait fonctionner… Pareil, le Resorts World juste en face, qui vient de fermer des tables de poker, alors qu’ils avaient de très belles parties de mixed-games où Bruno jouait je crois… Le Wynn, c’est la limite psychologique sur le nord du Strip.
Bruno Fitoussi : Pareil avec le sud du Strip : derrière le MGM, ça commence à être de mauvais emplacements… Par contre, en effet, tu as des casinos de locaux, plus loin, comme le South Point, voire le Red Rock ou le Green Valley. Le seul espace libre qui existe, c’est bien celui entre le Fashion Show Mall et le Resorts ? Ça pourrait marcher là-bas…
Grégory Chochon : Le nouveau Hard Rock, à la place du Mirage, devrait être le nouveau casino à la mode en 2027, car c’est parfaitement placé. Et puis le stade de Baseball, situé juste avant le MGM, devrait aussi redynamiser la ville, comme la Sphere l’a fait il y a quelques années, ou le hockey et les événements de Formule 1. Et on parle même d’une équipe de NBA qui devrait être créée ! C’est une ville très dynamique, qui sait rebondir à chaque fois. La ville réduit de plus en plus les espaces de jeux dans les casinos car les boîtes de nuit et les restaurants ramènent plus d’argent que des machines à sous !
Quel est votre plus beau souvenir aux WSOP à Las Vegas ?
Bruno Fitoussi : Il y a bien sûr mon heads-up du 50 000 $ avec mon ami Freddy Deeb, mais la chose la plus émouvante n’a pas été immédiate, je l’ai réalisée bien plus tard… Cela remonte à l’année de Chris Moneymaker : j’étais chip leader du Main Event l’avant-dernier jour, et j’ai fait quinzième je crois lors de cette édition. Cela n’avait pas tant d’importance pour moi en temps réel, mais par la suite je me suis dit que cela aurait changé ma vie si j’avais été au bout. J’ai eu aussi beaucoup de grands moments avec les WPT du Bellagio ou de cash-games… Et puis bien sûr mon mariage il y a plus de trente ans.
Grégory Chochon : Heureusement que tu n’as pas gagné à la place de Moneymaker, on n’en serait peut-être pas là [rires] ! Pour ma part, ce sont les 10 000 joueurs inscrits au Main Event, c’était fou d’en arriver là aussi vite… L’aventure GGPoker est aussi très forte, car j’en ai été à l’initiative, et je ne pensais pas qu’on travaillerait aussi bien tous ensemble. Le passage Covid puis vente du groupe à une société coréenne, c’était un stress dont on n’a pas idée ! Il y aurait de quoi faire un film… Être à l’intérieur de cette aventure, pour finir avec 10 000 joueurs l’été suivant… c’était une sacrée émotion.
Bruno Fitoussi : J’ai une question pour toi, que beaucoup de gens se posent : a-t-on une chance de voir GGPoker en France ?
Grégory Chochon : Dans le contexte actuel, clairement non. Les marchés restent encore cloisonnés, notamment en France, en Espagne ou aux États-Unis, et ce n’est pas du tout une priorité aujourd’hui. Et il faut aussi reconnaître que les WSOP bénéficient en France d’un partenariat solide avec Winamax, ce qui nous convient très bien !
Portraits / Interviews
Rencontre avec Julien Sitbon, Team Pro Winamax, au cœur du WiPT
Published
2 mois agoon
29 mars 2026
Au WiPT d’Aix-en-Provence, Julien Sitbon, pro du poker et leader du classement GPI France, livre ses conseils aux amateurs : comment rester solide, exploiter les erreurs des autres joueurs et aborder un Day 3 avec la bonne stratégie.
- Salut Julien, comment se passe le festival pour toi ? Tu ne t’es pas qualifié pour le Main Event, mais j’ai vu que tu avais intégré le High Roller hier ?
Super ! Je suis arrivé mercredi matin, j’ai commencé par un paddle, et j’ai enchaîné avec le Battle Royale où j’ai terminé 5e, donc ça a été un bon début de festival. Ensuite, j’ai joué le Main Event le lendemain, mais je n’ai pas eu la chance de me qualifier. Hier, je me suis inscrit sur le High Roller, et aujourd’hui, à partir de 12h30, j’ai le Day 2 de ce même tournoi à jouer ! J’ai 1 million de jetons, sur un average à 450.000, donc c’est plutôt pas mal.
Hier, j’étais à la table d’Alexandre Reard et de Malcom, donc l’ambiance était conviviale, c’était cool !
- Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant Pros et Amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans ?
Question intéressante ! Oui, il y a quand même une petite progression à ce niveau-là, surtout avec tous les contenus disponibles sur internet, les solvers etc… Maintenant, même les amateurs commencent à regarder pas mal de vidéos et à progresser. Ils s’améliorent surtout dans leur agressivité, dans le fait de relancer plus préflop, d’avoir plus de mains en bluff. Personnellement, je trouve que le niveau n’a pas augmenté considérablement, mais il a augmenté quand même !
Il y a plus de réflexion, plus de compréhension du jeu, ça se sent aux tables. Il y a beaucoup de contenus gratuits aujourd’hui. Même nous, chez Winamax, on fait beaucoup de Masterclass, on fait des choses qui permettent d’avoir une base plus solide, surtout pour ce type d’événement.
- Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 3 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre les Days 1 et 2, et le Day 3 ?
J’ai des différences d’approche, mais ce que je donnerais principalement comme conseil, ce serait de ne pas visualiser ça comme un Day 3 ! Il ne faut pas trop se mettre de pression, et surtout, jouer son jeu, et ne surtout pas essayer de changer sa façon de jouer. Bien évidemment, sur un Day 3 il y a déjà une notion d’ICM, dans le sens où on se rapproche des grosses sommes d’argent. Mais il ne faut surtout pas essayer des choses que l’on ne sait pas faire.
Quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants d’un move, il vaut mieux ne pas le faire, et encore une fois, se cantonner à ce que l’on sait faire ! Il faut prendre son temps, prendre du plaisir et ne pas s’éparpiller. Restez solide !
En plus, si tu fais quelque chose et que tu dévies de ce que tu sais faire, et que tu bust, tu vas le regretter… alors si tu joues normalement et que tu perds, tu auras beaucoup moins de regret.
- Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée En tant que pro, comment tu t’adaptes à ce field, qui n’est sûrement pas le même que ceux que tu as l’habitude de jouer ?
Sur les tournois que je joue, ce n’est pas le même type d’amateur. Ce sont des amateurs réguliers qui font toujours les tournois à 500 € et à 1000 €, et qui sont des gens qui ont un peu d’argent, qui ont un travail à côté… Donc ils sont ce que j’appelle des amateurs réguliers.
Pour revenir à ta question, les gens ont deux approches avec nous. Hier, j’ai discuté un peu avec Romain et il m’a dit qu’il avait passé sa journée à se faire bluffer, dans des spots improbables ! En gros, soit ils veulent nous bluffer à tout prix, soit ils ne veulent pas du tout nous jouer car ils ont en quelque sorte « peur » de nous affronter. Il faut donc s’adapter et bien cerner les profils que tu as en face de toi.
Il y a aussi un truc, c’est ce que j’appelle « les fils qui se touchent ». Desfois, tu as des joueurs de poker qui sont très très sérieux, et d’un seul coup, ils craquent complètement ! Soit parce qu’ils ne sont pas habitués à la pression, ou qu’ils se retrouvent dans un spot qu’ils ne comprennent pas, donc ils envoient tout un peu n’importe comment… Donc voilà comment on s’adapte, il faut savoir repérer ces choses-là, et savoir les exploiter.
Moi je joue beaucoup plus les joueurs que les cartes quand je joue un tournoi comme le Main du WiPT, car en observant, je vais récupérer vraiment beaucoup d’informations sur la façon de jouer des joueurs.
- Sur ce type de tournoi (le Main), quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?
Alors, je trouve qu’il y a encore pas mal de grosses erreurs, mais globalement il y en a beaucoup moins. Par exemple, on voit de moins en moins de limp préflop ! Sur le festival, je n’en ai presque pas vu, ce qui est assez incroyable.
Mais c’est comme on disait tout à l’heure, on fait énormément de vidéos sur Winamax, qui font beaucoup, beaucoup de vues, et dans ces vidéos, le sujet du limp était beaucoup abordé, donc à force, c’est rentré dans la tête des gens ! Ce qui ne m’arrange pas, parce que moi j’aime bien (rires). Je vais dire à Winamax de bloquer l’accès aux vidéos !
Aussi, c’est parfois difficile de se rendre compte des erreurs récurrentes sans voir de showdowns, mais parfois, quand j’en vois, je me rends compte que la sélection des mains, ce n’est pas toujours ça non plus…
- Tu es premier au classement GPI France, donc maintenant, quel est ton objectif pour 2026 au poker ? C’est quoi le programme en poker live pour les mois à venir ?
Déjà, l’objectif serait de rester 1er du classement GPI France ! C’est un classement qui est très fluctuant, dans le sens où il dépend des performances que l’on fait sur trois ans, et à chaque fois,
ça reprend les trois meilleures performances, et ce, tous les 6 mois. En gros, ça évolue, et si l’un de mes concurrents fait d’énormes performances, il risque de repasser très vite devant. Ça fait donc partie de mes objectifs de garder ma place !
Aussi, j’ai comme objectif de très bien me préparer pour les WSOP, qui sont une série de tournois que j’aime beaucoup. En plus, j’ai un gros programme pour cette année ! Je veux donc être au top pour aborder les WSOP. Je vais jouer aussi le leaderboard, car maintenant, il y a un intérêt financier. Ça permet aussi de lisser la variance sur l’ensemble des trois festivals, que sont Pragues, Vegas, et les Bahamas.
En attendant, on va déjà essayer d’aller performer sur le High Roller de cet après-midi !
Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt
Portraits / Interviews
Vincent Reynaert lance le média « Les Enjeux »
Published
8 mois agoon
16 octobre 2025
Vincent Reynaert, ancien de PMU Poker et du Groupe Barrière, vient de lancer un média pas comme les autres : Les Enjeux, une plateforme qui analyse un monde du gaming en pleine mutation. Rencontre.
Pouvez-vous nous rappeler votre parcours dans le monde du gaming ?
J’ai découvert l’univers du jeu en 2010, à un moment clé : celui de l’ouverture du marché français. À l’époque, tout était à construire. C’est dans ce contexte que j’ai rejoint Everest Poker, pour développer les partenariats sur un marché qui s’inventait chaque jour. C’était une période excitante, un peu folle aussi, avec beaucoup d’expérimentations et une vraie effervescence autour du poker en ligne.
Un peu moins de 2 ans plus tard, j’ai rejoint le PMU. 8 années passionnantes pendant lesquelles j’ai eu la chance de travailler sur le développement du poker dans une entreprise dont ce n’est pas le coeur de métier. C’est à ce moment-là qu’est né le France Poker Open (FPO), un circuit que nous avons créé avec l’ambition de surfer sur l’ADN poker live, la marque de fabrique de PMU Poker.
En 2020, j’ai intégré le groupe Barrière pour piloter le développement de leur offre digitale. L’objectif : préparer le futur des casinos physiques dans un monde de plus en plus connecté. Et juste avant de lancer Les-Enjeux.com, j’ai occupé le poste de directeur marketing et communication chez Texapoker, une aventure courte mais intense, au cœur de la plus belle scène du poker live. Ces expériences m’ont donné une vision globale du secteur, à la fois côté opérateurs, événementiel et communication et surtout une conviction : celle que l’industrie du jeu a besoin d’être mieux racontée.
Quelle est la volonté derrière “Les Enjeux” ?
Le jeu est un secteur fascinant, en pleine mutation. On assiste à une recomposition de fond : des acteurs comme Winamax ou Betclic ont complètement bouleversé les codes, les casinos physiques amorcent une transition vers le digital, la filière hippique doit se réinventer pour séduire une nouvelle génération de joueurs, et la régulation évolue vers plus d’ouverture, notamment avec la possible arrivée des casinos en ligne, le jeu est de moins en moins un tabou.
Bref, c’est un moment charnière. Et pourtant, il n’existait pas de média francophone pour documenter ces transformations. Les informations circulent, mais souvent de façon éclatée, entre des communiqués institutionnels, des sites d’actualité très spécialisés ou des analyses en anglais.
Avec Les Enjeux, on veut justement combler ce vide. Notre ambition est de devenir un point de convergence : un lieu où les différents acteurs, opérateurs, fournisseurs, régulateurs, start-up, juristes, etc. peuvent se retrouver, échanger, comprendre les grandes tendances, et surtout prendre du recul sur leurs métiers.
C’est aussi un média qui parle à tous les passionnés de jeux, pas seulement aux professionnels. On veut raconter les succès, les innovations, les débats, mais aussi les enjeux humains, économiques et sociétaux derrière cette industrie souvent caricaturée.
Que va apporter une telle publication en ligne, et quelle équipe va y travailler ?
Aujourd’hui, dans le monde francophone, il n’y a pas de média de référence capable de couvrir l’ensemble de l’écosystème du jeu, comme le font des titres anglo-saxons tels que iGaming Business ou EGR.
Nous, on veut occuper cette place.
Notre couverture sera large : la France, bien sûr, mais aussi la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, et une partie de l’Afrique francophone, notamment le Maroc, où l’activité casino et hippique est très dynamique. L’idée, c’est de créer un réseau francophone du jeu.
Mais au-delà de l’actu, Les Enjeux veut surtout changer la perception du secteur. Trop souvent, le jeu est résumé à ses excès ou à ses risques, alors qu’il s’agit d’un univers d’innovation, de savoir-faire et d’excellence française. Des milliers de personnes y travaillent, des start-ups y inventent la tech de demain, des groupes investissent dans la RSE, la data, la sécurité ou la formation.
Pour construire ce regard global, je m’entoure d’experts : des avocats fiscalistes, des consultants spécialisés, des technophiles, des pros du casino, du poker ou du pari hippique. Ce sont eux qui apporteront la rigueur, la crédibilité et la diversité de points de vue.
Et enfin, un point qui me tient à cœur : Les Enjeux veut aussi inspirer. En mettant en lumière les réussites, on espère attirer de nouveaux talents, de nouvelles idées et de nouvelles énergies vers le secteur.
Quelle est votre vision du jeu à 1, 5 ou 10 ans en France et en Europe ?
La France, c’est un marché paradoxal : très encadré, parfois rigide, mais incroyablement riche. On compte plus de 200 casinos, soit le maillage le plus dense d’Europe. On a deux opérateurs historiques, la FDJ et le PMU, qui ont su se réinventer pour devenir de véritables acteurs digitaux et européens. D’ailleurs, la FDJ vient de franchir un cap avec le rachat de Kindred Group, propriétaire d’Unibet : un signal fort de l’ambition française.
Dans les cinq prochaines années, on va assister à une recomposition majeure du paysage du jeu en ligne. L’ouverture du marché des casinos en ligne est, à mon sens, inévitable. La vraie question, ce sera : sur quel modèle ? Et avec quelles garanties de protection et de responsabilité ?
Plusieurs visions vont s’affronter : celle des opérateurs terrestres, celle des acteurs déjà en ligne, celle du régulateur, du politique et des moralisateurs… Ce sera un moment clé, comparable à ce qu’a été l’ouverture du marché des paris en 2010.
Sur le long terme, je crois que le secteur va continuer à se professionnaliser et à s’ouvrir. On va vers un écosystème plus mature, plus connecté à la tech, à la data et à l’expérience client. Et je pense aussi qu’on va assister à une forme de réconciliation entre le jeu et la société. Parce que le jeu, au fond, c’est aussi du divertissement, de la culture, et parfois même du patrimoine.
Et nous, chez Les Enjeux, notre rôle, c’est de raconter cette évolution, d’en décrypter les ressorts et d’en faire un sujet de société à part entière.
(crédit photo : Audran Sarzier)
[WSOP 2026 – jour 4] Les championnats du monde démarrent fort pour Julien Sitbon !
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