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Portraits / Interviews

Roger Hairabedian, invité de "L’Equipe 21"

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Roger Hairabedian était l’invité de « L’Equipe du Matin Week-end » ce dimanche 23 février  sur « L’Equipe 21 ». Une interview à suivre à partir de la 14ème minute.

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Portraits / Interviews

Mike Sexton, figure historique du WPT, est décédé

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C’était avec une immense tristesse que nous avions appris il y a une semaine que Mike Sexton, l’une des figures les plus importantes du poker mondial, était touché par une terrible maladie. La communauté poker américaine, de Daniel Negreanu à Phil Hellmuth, en passant par la jeune génération, s’était mobilisée pour soutenir le joueur et présentateur historique du World Poker Tour dans ses derniers jours.

Mike Sexton était depuis plusieurs décennies l’un des hérauts du poker dans le monde entier. Joueur émérite, pédagogue hors pair, présentateur ultra-populaire du WPT, il a contribué plus que quiconque à l’essor du poker aux Etats-Unis, en Europe et même en Asie. A 72 ans, le World Poker Tour venait de renommer sa Champions Cup en « Mike Sexton WPT Champions Cup », afin de célébrer son nom et sa mémoire.  Sa bonne humeur et sa proximité avec les joueurs de tous horizons seront regrettés par tous.

Pour Poker52, nous l’avions rencontré au Bellagio il y a quelques années, en marge des WSOP, alors qu’il jouait à une table de mixed-games high-stakes. Nous reproduisons ici un extrait de notre rencontre

« Vous souvenez de votre premier tournoi à Vegas ?

Je me souviens très bien de ma première participation aux World Series : c’était en 1984, et cela a changé ma vie. Je vivais en Caroline du Nord, et c’était la première fois que je voyageais aussi loin pendant longtemps. A cette époque, il y avait très peu de tournois : trois au total. Et dès ma première inscription, j’ai fait deux tables finales et ca m’a propulsé dans le monde du poker. Ensuite, j’ai décidé de déménager à Las Vegas, pour devenir un joueur professionnel, ce qui ne m’avait pas encore traversé l’esprit.

Qui étaient les grands joueurs ?

A l’époque, on craignait tous les grands joueurs high-stakes : Chip Reese, Puggy Pearson, Doyle Brunson ou Stu Ungar. Ils jouaient à des tables incroyables. Et je pense que Stu Ungar sera toujours le meilleur joueur de poker au monde. Un type incroyable, au QI de génie, imbattable en No Limit Hold’Em. Personne n’a jamais eu son talent, loin de là, même… Sa capacité à lire les adversaires était phénoménale.

Vous étiez très proche de Stu…

J’ai un nombre important d’anecdotes incroyables au sujet de Stu Ungar. Un jour, je le regardais jouer dans une très grosse partie de Limit, et j’étais broke, impossible de jouer. Il se retourne vers moi : « Je dois aller aux toilettes, joue ma prochaine main, Sexton ! » Il se lève en courant, et je prends sa place… Et j’ai 9-10 de carreau, relancé par 4 joueurs tout au long de la main, et je touche une quinte hauteur Dame à la river. Je 3-bet mes adversaires, et Stu débarque tout à coup à table et il a éclaté de rire : « Les mecs, je vous écrase même quand je ne suis pas là pour jouer ! » Il m’a donné quelques milliers de dollars pour me remercier et j’ai été les jouer à une plus petite table… ce qui m’a permis de me refaire !

En quoi le WPT a participé à l’explosion du poker ?

Le World Poker Tour a beaucoup changé la face du monde du poker : l’explosion du poker vient du WPT. C’était la première fois que l’on voyait les cartes des joueurs à la télévision, et cela a fait exploser le No Limit Hold’Em. C’était bien plus important que Chris Moneymaker, par exemple. Après, plus rien n’a été pareil… Toutes ces années, passées à commenter le WPT, sont magnifiques. J’ai pleuré lorsque Doyle a gagné son WPT au Bicycle, tellement c’était émouvant. Et il faut bien se souvenir que tous les gagnants des premières saisons sont devenus des stars du poker online ensuite : ils étaient au bon endroit au bon moment !

Avez-vous déjà commenté vos propres mains ?

Lors de la saison 6 et 7, nous avons eu le droit de jouer enfin aux WPT. Ils avaient peur qu’on pense que c’était truqué si on se trouvait en table finale ! J’ai fait une table finale cette année, et c’était assez amusant de me commenter par la suite… J’ai signé trois belles places payées, et j’en suis content car les fields sont beaux, avec des jeunes joueurs brillants et sans peur. »

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People

Dans nos archives… Rencontre avec Michel Abecassis

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Il y a quelques mois, Michel « Mik22 » Abécassis a annoncé son départ du Team W, et plus généralement du monde du poker. Voix de « Dans la tête d’un pro », joueur émérite et figure incontournable du poker hexagonal depuis plusieurs décennies, l’homme est à la fois un puits de science, de culture et une des personnalités les plus attachantes et populaires qui soit. Avant de se replonger un peu plus encore dans le monde du bridge – sa passion première, avec le cinéma –, Michel Abécassis nous a accordé un long entretien à Saint-Germain-des-Prés, ce quartier qu’il habite depuis si longtemps. 

Par Benjamin Gallen & Jérôme Schmidt

 

Vous prenez votre « retraite » et, tout de suite, vous êtes déjà repartis à un tournoi professionnel à Monaco, mais de bridge cette fois-ci…

Il y a beaucoup moins d’argent dans le bridge que dans le poker, on ne peut pas en vivre ! Il y a des tournois privés, comme à Monaco, mais c’est très rare. L’argent qui y est présent est dû aux enchères que les « acheteurs » font sur les paires ou les équipes. Il y a un droit d’engagement assez élevé, et ces ventes aux enchères des paires qui peuvent partir à trois ou quatre mille euros. Ensuite cette « action » peut être revendue par parts. Mais cela dépend beaucoup de la population présente. Autrefois, quand cela avait lieu à Las Vegas, les sponsors américains faisaient entrer énormément d’argent dans le prizepool, qui était partagé ensuite parmi les gagnants du field, environ 20 %. Maintenant, l’avenir du bridge se joue en Chine, et en Asie en général, car les Chinois et les Indiens s’intéressent énormément à ce jeu. Je vais aller aux Championnats du monde en Chine au mois de septembre car je suis qualifié après avoir remporté l’an dernier le tournoi senior. L’idée est de se faire repérer par des sponsors chinois, qui ne sont pas des marques, mais souvent des joueurs eux-mêmes qui veulent se faire coacher et incorporer une équipe qui leur permet de jouer avec l’élite.

Comment évolue le jeu de bridge ? Il y a des modes de stratégie comme au poker ?

La technique a énormément progressé avec le temps. Avant, beaucoup de gens, même les professionnels, ne travaillaient pas beaucoup leur jeu… Au bridge, chacun a ses réglages en équipe, et toute cette communication a beaucoup évolué. En paire, tu mets en place des systèmes élaborés, qu’il faut d’ailleurs expliquer à ses adversaires avant de jouer. Le but est de marquer des points, ou d’empêcher tes adversaires d’en marquer. Le bridge est un jeu d’information permanente, comme le poker, où il faut interpréter. C’est là où l’entraînement entre joueurs d’une paire est très important. Si tu travailles sérieusement, il faut étudier plus d’une centaine de pages pour bien connaître le système. D’ailleurs, il y en a qui finissent par pas mal s’engueuler dans une paire ! Plus jeune, j’avoue que ça m’arrivait souvent… Tu es tributaire de tes coéquipiers, donc c’est sûr que cela peut créer des situations embarrassantes. La logique, les probabilités, la psychologie : comme au poker, c’est indispensable dans le bridge. Le jeu est d’ailleurs devenu de plus en plus agressif. Avant c’était plus conservateur, avec des enchères moins risquées. Aujourd’hui, on veut perturber au maximum l’adversaire et sa communication, plutôt que de jouer dans son coin.

Vous aviez commencé le poker en même temps que le bridge ?

Non, j’ai découvert le poker très tard ! Cela ne fait que vingt ans, depuis 1997 pour être plus précis. C’était une partie entre amis, et c’est là que j’ai connu Patrick Bruel. C’est pour cela que Roger Hairabedian explique que je suis le plus grand voleur de la terre et que j’avais amené Patrick dans des parties truquées où je touchais des pourcentages des organisateurs [rires] ! Et il ajoute que c’est des « pointures corses » qui lui ont dit ça. Enfin, toujours le grand n’importe quoi… On jouait peu cher à l’époque, des parties à 300-400 francs, et c’était très sympathique. Il y avait parfois le judoka Thierry Rey, mais aussi Vincent Lindon ou Gérard Darmon. Lindon est un très gros joueur, il adore ça, mais il ne joue qu’en privé. De là, j’ai découvert l’Aviation Club de France, qui était déjà très fréquenté. L’après-midi, tu ne trouvais souvent aucune place. Il y avait une demi-douzaine de tables à l’époque. J’étais plus intéressé par la compétition des tournois que par les cash-games. À l’époque, j’avais quitté le magazine Elle après que le directeur Jean-Dominique Bauby ait eu une attaque cérébrale. C’est lui qui écrira plus tard Le Scaphandre et le Papillon, qui est un livre bouleversant sur le locked-in syndrome. Nous étions très proches et j’allais le voir très souvent à l’hôpital, à Berck, pendant sa convalescence. J’avais fondé une association pour faire découvrir cette maladie au public et même au monde médical : les gens passaient pour des légumes, car ils ne bougent que les yeux. Mais en fait, ils ont toutes leurs capacités mentales… Le premier exemple dans la littérature, c’est dans Le Comte de Monte-Cristo, où le père du procureur a ce même accident. À cette époque, j’ai commencé à apprendre le poker en lisant énormément de livres, que j’avais achetés dans des boutiques spécialisées, comme le libraire de Las Vegas situé vers l’Arts District.

Qui étaient les bons joueurs français à l’époque ?

À la grosse partie, il y avait Jan Boubli, mais aussi Benjamin Hanouna, un vieux pro, mais aussi Marc Rénier, des gens qui ont disparu… Ils venaient du poker fermé, à l’ancienne. C’était une époque qu’on n’imagine pas. Il y avait Patrick Bruel, bien sûr, Elie Marciano, et des étrangers comme Dave « Devilfish » Ulliott, David Kennedy ou Surinder Sunar. La baleine, c’était Georges le Grec, qui distribuait son argent à tout le monde ! Il avait fini en table finale du WPT Paris remporté par David Benyamine. Il avait un don exceptionnel, David. Il avait démarré au Wagram avec des parties à 100 francs, comme Antony Lellouche, que je suivais depuis longtemps. Son père tenait d’ailleurs un club de jeu, il a été à bonne école ! Moi j’avais appris les jeux de cartes au lycée, à Henri IV. C’était en plein mai 1968, il y avait des barricades partout et moi je ne pensais qu’au bridge [rires] ! Je me rappelle avoir fait le tour de Paris pour trouver mon magazine de bridge préféré au mois de mai 1968 alors que c’était le blocage intégral. Je ne l’ai jamais trouvé… Ça a d’ailleurs été le sujet de mon premier édito lorsque j’ai pris la direction de ce même magazine trente ans plus tard.

En mettant un terme à ta carrière dans le poker, tu as mis un terme à une aventure de combien d’années ?

Près de quinze ans… J’étais au tout début de Winamax, avec Alexandre Roos, Christophe Schaming et bien sûr Patrick Bruel. On a été rapidement cinq ou six au départ, avec Aurélien « Guignol » Guiglini que j’avais rencontré à Deauville lors d’un tournoi. J’avais ensuite contacté Benjamin Gallen juste après, que je connaissais du « Tournoi des As », une émission que Bruno Fitoussi organisait à la télévision. Mais Benjo n’a pas voulu tout de suite nous rejoindre [rires] ! Winamax a commencé dans un appartement, avec des tables Ongame dotées d’une décoration Winamax. On a voulu faire quelque chose de différent d’entrée de jeu, en créant une communauté. C’est comme cela qu’est né WAM, en promouvant des valeurs réelles : compétition, progression, passion, convivialité. J’ai voulu développer des conseils et des échanges entre les joueurs. On a lancé Winamax en août 2006, et au mois de septembre, Patrick Bruel qui présentait le WPT a appelé un vendredi matin, à quelques heures de la diffusion : ils n’avaient plus d’annonceurs, et on avait la possibilité de promouvoir notre marque. Mais il fallait que ça soit un site gratuit en play-money… On a créé une page internet dans l’heure, que l’on a appelée WAM. Ça rappelait Winamax et ça marchait bien ! On a créé des comptes pour initier quelques sujets de conversation… Le premier post, c’est Guignol sous pseudo avec un message du genre : « Vous connaissez Winamax ? C’est super ! » [rires]

Et ça a tout de suite pris ?

Le soir même, le site a explosé à cause d’un nombre de connexions invraisemblable. Ensuite, on a engagé des modérateurs, etc. mais au départ j’étais le seul à m’en occuper avec Guignol, puis avec FdC. Pour être honnête, on ne pensait pas que ça prendrait si vite et si fort. Le seul qui imaginait ça, c’était Aurélien en fait… Il avait même fait un pari avec les patrons, et c’est lui qui a gagné… Ceci dit, les dirigeants étaient contents de perdre ce pari [rires] ! À l’époque, le leader était PartyPoker, mais comme ils étaient cotés en bourse, ils se sont retirés du marché américain, de peur de perdre leurs agréments. Ils se sont fait doubler immédiatement par PokerStars, qui ne s’était pas posé de questions. À l’époque, PokerRoom, une salle online, m’avait contacté pour lancer leur site en France. EuroPoker et CDPoker, un site obscur qui promettait monts et merveilles, m’avaient aussi demandé de faire ambassadeur. Il y avait aussi Poker770 avec un certain « Eric » dont personne ne connaissait le nom, qui livrait l’argent des buy-in en valises d’argent liquide à Las Vegas… C’était le Far West et toutes ces rooms ont disparu depuis. Comme j’avais fait la première émission de télévision sur le poker, sur Eurosport puis RTL, que j’avais créé LivePoker et tenais un blog, les gens me prenaient pour un interlocuteur incontournable en France. Quand j’ai vu que Patrick Bruel, qui était déjà un ami, était derrière le projet de Winamax, j’ai foncé. Et j’ai eu bien raison ! Ce qui a fait notre succès, c’est aussi que c’était une équipe ramassée, avec des chaînes de décision rapides, sur place, en France. Nous, on était dans le salon et les boss dans la chambre, donc ça allait vite… On déjeunait tous ensemble, on allait boire des verres après, dans le 15e vers l’appartement, et on était en brainstorming permanent en fait ! En 2007, les RG nous ont convoqués, Patrick et moi, avec mise en garde à vue [rires], pour nous questionner quant à savoir la nature de notre activité réelle. Ils m’ont demandé si je connaissais Winamax, si je connaissais M. Roos et M. Schaming, etc. La ligne de défense, c’était que tout était uniquement WAM Poker, un site gratuit. Winamax était officiellement en Angleterre. Les RG m’ont dit que j’allais avoir des ennuis si je continuais la promotion d’une maison de jeu, et ils sont venus quelques semaines plus tard à 6 heures du matin faire une perquisition chez moi ! C’est à cette époque que nous avons tous déménagé à Londres pour pouvoir travailler tranquillement. Et on devait embaucher une personne par jour quasiment, tellement l’activité avait explosé.

C’était votre volonté de faire un site éditorialisé, avec beaucoup de contenu en plus ?

Oui, je voulais que les gens s’éduquent en même temps qu’ils jouent. On avait organisé des masterclass pour parler stratégie, par exemple. On avait acheté à prix d’or une interface pour cela à François Montmirel, qui était très actif dans le business poker. C’était un peu comme « Dans la tête d’un pro » mais sans vidéo, on commentait les mains et la stratégie derrière. C’est aussi pour cela que j’ai voulu créer une équipe, avec des personnalités fortes que les gens aiment. On a commencé Patrick et moi, puis Vikash Dhorasoo que j’avais connu lors de l’émission des WSOP en tant qu’invité. Et puis j’ai pris Antony Lellouche, qui était un type adorable et brillant. Un peu poil dans la main quand même [rires] ! Il m’a téléphoné il y a trois jours d’ailleurs… Il vit au Sénégal maintenant, en jouant à la grosse partie du casino Terrou-bi et a lancé quelques applications iPhone. Ensuite, il y a eu Nicolas Levi, Ludovic Lacay, Anthony Roux et Arnaud Mattern, et ensuite Alexia Portal et Almira Skripchenko en 2007-2008. Et même Éric Koskas ! Qu’on n’oubliera jamais en finale contre Jason Mercier en faisant le pire bluff de l’histoire [rires]. C’est lui qui lancé la carrière de Mercier en fait… Quand tu le vois en direct, et que tu le connais, tu sais très bien qu’il n’a rien vu. Tu sais très bien qu’il surjoue tellement la joie en se levant et faisant des signes au poker.

Quel membre de l’équipe vous a le plus surpris, positivement parlant, avec le temps ?

Honnêtement, la plupart. Il y a des gens qui ont été un peu décevants car ils n’avaient pas le niveau comme Alexia Portal ou Éric Koskas, mais autrement, c’est l’inverse. Les jeunes bossent énormément le poker et c’est d’ailleurs une raison pour laquelle j’arrête… Mais Sylvain Loosli m’avait déjà énormément surpris, et aussi Guillaume Diaz. Il est arrivé en Top Shark, ce qui est un CDD dans le Team, et avec le temps il a tellement étudié et a tellement appris qu’il me bluffe. En plus c’est une personnalité géniale, une « belle personne » comme on dit.

Comment expliquer qu’Antony Lellouche, qui était sûrement le plus prometteur, n’ait jamais remporté de gros tournoi ?

Je crois que ce n’est pas son truc, le tournoi. En fait, ça l’emmerde même [rires] ! Et puis comme il y avait les impôts, il a vite arrêté le poker de tournoi sponsorisé. Il devait gagner beaucoup d’argent car il a une très large famille à charge. Il est généreux de façon vraiment dingue. Il a quitté de son plein gré le Team Winamax parce qu’il est plus à l’aise dans l’ombre, quand on ne fait pas attention à lui. Derrière le sourire, il n’aimait pas être médiatisé. Il voulait juste vivre sa vie, sortir avec ses amis, jouer ses cash-games. Et Dieu sait qu’on a essayé de le retenir… Tout le monde l’adorait, on lui a même proposé un contrat ne l’engageant à rien, mais il a préféré aller ailleurs. Mais de façon générale, tous les membres du Team m’ont marqué. Avec Davidi Kitai, avec Ludovic Riehl et Guillaume Diaz, on a des rapports quasi filiaux, et avec les autres, de l’amitié profonde.

Comment recrutiez-vous tous ces talents ?

Pour Davidi, j’étais à un salon du poker avec Guignol, en Belgique, et je l’ai rencontré sur place. C’était un petit joueur à l’époque, mais il avait une manière très agréable de parler de poker, et je l’ai observé jouer. Il avait déjà une personnalité forte, ce qui est indispensable. Les gens s’étonnent souvent en te disant « Mais pourquoi vous ne prenez pas untel, alors qu’il est si bon ? » Mais nous, on cherchait de la complémentarité dans l’équipe. C’est un écosystème ! Tu ne peux pas prendre trois Ludovic Lacay – déjà un, c’est beaucoup [rires] ! Il n’y a pas que la valeur du poker qui est prise en compte… Et le nombre d’amateurs qui me demandent aussi d’entrer dans l’équipe. Des joueurs comme David Benyamine, par exemple, ce ne sont pas des bonnes recrues pour une équipe. On a longuement discuté avec lui à une époque, mais ça ne s’est pas fait, car il était juste là pour prendre l’argent du sponsoring, et rien de plus. Au final, il s’est retourné vers des stackers, ce qui est plus logique pour lui… même s’il a un peu disparu, ce qui est dommage car c’est un type très brillant. Mais quand tu penses qu’il est persuadé qu’il peut « battre » les machines à sous ! Si on l’avait engagé, il aurait fait jouer les membres du Team pour lui, oui [rires] ! Comment un type aussi doué peut avoir ce grain-là ? Il a perdu des millions aux jeux de casino…

Est-ce que vous pensez que sans vous, ces joueurs n’auraient pas explosé ?

C’est certain que le sponsoring et le Team, cela les a aidés à jouer avec une autre bankroll qu’un petit joueur de casino ! La cohésion du Team et les échanges permanents les ont fait progresser bien plus vite… C’est une vie solitaire, joueur, cela peut être très difficile de faire le circuit solo. Là, c’est un vrai groupe qui se marre sincèrement et s’apprécie. Les meilleurs moments de ma carrière, cela reste tout de même l’esprit réel d’équipe lors des dîners en marge des tournois. Dans le poker, le Team Winamax a longtemps été la seule vraie « équipe », soudée.

Et comment voyez-vous la reconversion des anciens membres de l’équipe ?

Ce qui est certain, c’est que je n’imagine aucun membre du Team actuel continuer à être joueur pro dans dix ans. Tout simplement parce qu’il faut de l’envie pour continuer à gagner, et avec le temps on perd cette sensation. Ils ont tous plus ou moins des projets pros en parallèle. Loosli, par exemple, je ne m’inquiète pas pour lui, c’est un sacré gestionnaire ! Davidi, lui, il investit comme Adrian Mateos dans des dizaines de jeunes « poulains ». Guillaume de la Gorce, par exemple, c’était un phénomène du online et il est devenu très riche en se lançant ensuite dans l’immobilier… Lui, je l’avais découvert avec Loïc Sabatte, un des types les plus adorables du monde du poker français, qui avait un site, poker.fr, et continuait malgré tout à vendre chaque matin ses crêpes sur le marché du Mans ! De la Gorce gagnait tellement sur le site associé à poker.fr que Loïc m’a demandé de vérifier son jeu, car il le soupçonnait de tricher vu qu’il gagnait tout le temps à toutes les limites… Et en fait, non : il vidait les liquidités du site juste parce qu’il était simplement doué. Lui, il a joué au poker en pro juste pour financer son business immobilier ensuite. Il n’avait pas envie d’être une star du poker avec sa photo dans les journaux. D’autres, comme Anthony Roux, ils ne sont pas faits pour l’argent : son but c’est juste de se cultiver. Il a arrêté le poker après avoir gagné plein d’argent, et depuis, il lit, il regarde des films, etc. Moi, je ne me suis jamais considéré comme un joueur pro de poker : j’ai toujours eu une activité autour du poker, ce qui est différent. Quand je jouais au bridge, j’étais médecin, puis journaliste. Je n’ai eu que deux années où j’ai joué non-stop, entre 2003 et 2005. J’ai besoin de ne pas être enfermé dans le quotidien d’un joueur. Des gens comme Fabrice Soulier ou Bruno Fitoussi, c’est pareil : ils font autre chose que simplement jouer. Les jeunes qui marchent sur les tables, ils vivent poker 24h/24, c’est autre chose.

Quel projet inachevé regrettez-vous ?

J’avais eu comme idée de faire une émission télévisée de « Duplicate Poker » où les différentes tables joueraient tous avec les mêmes cartes et le même board. Cela aurait permis de véritablement comparer les façons de jouer, les tactiques, les interactions entre joueurs. J’avais été assez loin dans le développement du concept, mais finalement cela ne s’est jamais fait.

Ils ont dit…

« Mes plus gros fous rires dans le Team sont sans nul doute partis de tes anecdotes. De ton passage à l’armée à ta rencontre avec Mike Tyson en passant par la bise à Bernadette, les histoires sont multiples. Oh, je pourrais bien les décrire dans cette lettre mais elles tomberaient rapidement à plat, ta force étant la narration, la montée en puissance et la justesse du détail pour nous plonger dans l’hilarité. »

Gaëlle Baumann, Team W

 

« Tu fais partie de mes plus belles rencontres dans le milieu. »

Nicolas Chaï, Club Poker

 

« Merci pour les échanges que vous avez eus avec mon fils Guillaume Diaz et tout ce que vous lui avez apporté au-delà du poker. »

Jean-Michel Diaz, père de Guillaume Diaz, pro Winamax

 

« Tu vas nous manquer Michel ; il faudra bien que je te saoule encore de temps en temps avec mes histoires ! »

Antonin Teisseire, vainqueur du PPT

 

« Un immense plaisir d’avoir pu échanger avec toi Michel… Tant d’anecdotes de vie à partager ! »

Adrien Guyon, ancien membre du Team W

 

« Nous aussi allons suivre tes exploits en tant que champion de bridge… et j’ai déjà hâte de te croiser au détour d’une table de craps à l’Aria. »

Aurélie Réard, joueuse pro

 

« Tu étais un des rares à considérer le travail des “ouvriers du spectacle” autour de ces grands shows – preuve de ta clairvoyance et de ton humanisme. »

Guillaume Gleize, directeur de tournoi

 

« Tu as une personnalité fabuleuse et ton expérience et ta sagesse ont toujours transpiré dans tes paroles. Tu vas nous manquer sur le circuit. Tu restes et resteras l’une des grandes personnalités du poker français. »

Jimmy Guerrero, joueur pro

 

« Pour moi tu étais déjà un grand champion de bridge bien avant de devenir une personnalité incontournable du poker ! Alors bon retour à tes premières amours. »

Alana Pariente, joueuse

 

« Une pensée pour tous les super moments qu’on a partagés tous ensemble entre Vegas, Deauville et Macao. »

Claire Renaut, joueuse et blogueuse

 

« Tu es une figure emblématique à qui on doit beaucoup pour le développement du poker en France. Tu as fait énormément de bien à notre jeu préféré ! »

Valentin Messina, joueur pro

 

« Toujours le bon mot et la phrase juste. Tu es et resteras un modèle pour moi et pour beaucoup de monde. »

Julien Brécard, joueur et présentateur

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Portraits / Interviews

Dans nos archives… Profession : masseuse de joueur de poker

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« Massage girls », un métier où l’on ne compte pas ses heures mais qui peut rapporter gros. Dans une journée standard, les filles peuvent allègrement engranger plus de 1 000 euros et parfois certains clients laissent de gros pourboires… En France, l’exercice de cette activité a été interdit au début des années 2010. Retour sur une profession bannie, objet de nombreux fantasmes.

par Martin Garagnon

Le business du massage aux tables de poker s’est mis en place très tôt aux États-Unis et s’est développé et professionnalisé parallèlement au boom du poker dans les années 2000.

Les grandes franchises de poker, les World Series of Poker en tête, ont rapidement compris le gain qu’elles pouvaient en attendre. À raison de 2 dollars la minute de massage et compte tenu de l’affluence que génèrent les grands rendez-vous internationaux, c’est un bien juteux business de plusieurs dizaines de millions de dollars qu’il s’agissait de capter. En recrutant leurs propres équipes, les principales enseignes poursuivaient un objectif triple : dégager une nouvelle source de revenus, proposer aux joueurs une prestation de qualité, assurer la sécurité et l’intégrité du jeu.

En 2018 à Las Vegas, ce sont environ 400 masseuses estampillées « Professional Massage Inc » qui se relayaient jour et nuit dans les salles du Rio pendant les WSOP pour satisfaire les joueurs. Les plus efficaces pouvaient empocher jusqu’à 20 000 dollars pour un mois et demi de travail ! Pas mal pour un boulot manuel…

Les consignes à respecter n’impliquent pas particulièrement de maîtriser les règles du poker : elles sont relativement basiques mais doivent être scrupuleusement suivies, sous peine de se voir retirer l’autorisation d’exercer aux tables. La masseuse ne doit pas parler à table, à moins qu’on ne lui adresse expressément la parole. Elle doit autant que faire se peut ne pas être en position de découvrir la valeur des cartes du joueur qu’elle masse ou de n’importe quel autre joueur de la table ou d’une table voisine. Enfin, elle ne doit en aucun cas exprimer un avis ou commenter le jeu en cours (ce qui revient tacitement à la règle premièrement énoncée).

Parmi les « métiers de l’ombre » de l’industrie du poker, voilà une profession exercée quasi exclusivement par des femmes, surtout en Europe et en Asie, et c’est bien là une exception dans l’univers très masculin du jeu.

Nombre de joueurs professionnels font appel à leurs services, comme Gus Hansen ou Jonathan Duhamel, grands consommateurs de massages. Le professionnel belge Arne Coulier a également la réputation de raffoler de ces massages réalisés aux tables. Les siens peuvent durer jusqu’à dix heures ! Il lui arrive régulièrement de garder une masseuse en activité pendant toute la journée de jeu. Quant à Phil Ivey, il figure parmi les professionnels les plus généreux : il lui est déjà arrivé de laisser 1 000 dollars de pourboire pour un massage de trois heures !

Du côté des amateurs, la plupart rêvent de se payer un moment de détente tout en pratiquant leur loisir préféré.

De Nassau à Rozvadov, en passant par Vegas, Macao ou Marrakech, les « massage girls » déambulent toute l’année entre les tables des tournois les plus prestigieux.

 

Mais, une fois n’est pas coutume, la France a décidé de se singulariser en devenant l’un des rares pays qui a interdit l’exercice du massage aux tables de poker.

En effet, depuis le début des années 2010, les joueurs de poker n’ont plus la possibilité de se faire masser dans l’Hexagone pendant que se déroulent leurs parties de cartes, que ce soit en cash-game ou en tournois. La raison de cette exception bleu-blanc-rouge ? La sécurité et l’intégrité du jeu.

C’est en tout cas la raison officielle invoquée par les pouvoirs publics. L’interdiction a été mise en place dans le sillage de la médiatisation de quelques affaires de triche qui, à l’époque, avaient fait scandale. Et une en particulier : l’affaire Tekintamgac, du nom du joueur allemand, Ali Tekintamgac, pris la main dans le sac lors de la table finale du Main Event du Partouche Poker Tour en 2010. Le tournoi à 8 500 € de buy-in se disputait à Cannes et avait finalement été remporté par l’américaine Vanessa Selbst cette année-là. Mais c’est bien l’exclusion de l’Allemand qui avait alors retenu toute l’attention. Le système de triche était bien simple mais rudement efficace. Avec la complicité de couvreurs dûment accrédités, Ali bénéficiait d’informations de premier ordre sur les cartes de ses adversaires. Il suffisait aux journalistes complices de se positionner stratégiquement pour apercevoir les cartes adverses et de communiquer en temps réel l’information via une gestuelle codée et discrète. Le système avait fait ses preuves quelques semaines auparavant lors du WPT Spanish Championship à Barcelone, remporté par Tekintamgac pour un gain de 278 000 €. Mais comme souvent, les tricheurs ont été démasqués. Déclaré persona non grata dans les principaux casinos européens, puis arrêté en septembre 2013, Ali Tekintamgac a finalement été condamné en juillet 2014 à plusieurs années de prison par une cour allemande.

Si l’affaire aura lésé et frustré de nombreux joueurs, elle aura aussi fait une victime collatérale : la profession de masseuse aux tables.

Car dans la foulée du scandale, les pouvoirs publics ont durci les conditions d’accès aux tables. Dans un premier temps, seuls les personnels de l’organisation ont eu droit de circuler dans la zone de jeu. Puis les professionnels des médias ont été à nouveau autorisés à travailler autour des tables, avec un contrôle accru de la part des organisateurs. Mais les masseuses, elles, sont restées de l’autre côté du cordon de sécurité.

La décision a fait grincer bien des dents à l’époque et paraît toujours incompréhensible à l’heure actuelle. D’un côté, l’autorité de régulation fait valoir l’application stricto sensu du principe de précaution dans l’intérêt du joueur lui-même, afin de préserver l’intégrité du jeu. De l’autre, on pourra noter que la masseuse ne décide pas qui ni quand elle va masser et ne peut donc choisir son positionnement aux tables, lesquelles sont d’ailleurs régulièrement modifiées au gré des éliminations des joueurs. Enfin, les affaires de triche qui ont été mises à jour n’ont jamais impliqué la profession, contrairement aux croupiers et journalistes.

En off, il se dit également que les pouvoirs publics voulaient limiter la circulation d’argent liquide dans la zone de tournoi et estimaient que la plupart de l’activité des masseuses échappait à l’impôt, celles-ci se faisant souvent payer « au black ». Surtout, la police des jeux considérait la profession comme une plate-forme potentielle de trafics en tout genre : deal de drogue, services de prostitution, etc.

Le bilan de cette décision s’est avéré catastrophique pour le business. La plupart des masseuses ont vu leur activité s’arrêter du jour au lendemain, après avoir su patiemment nouer des partenariats avec des casinotiers et gagner la confiance des grandes licences internationales pour pouvoir exercer leurs talents dans les enceintes de poker. D’autres, plus rares, ont su rebondir et s’exporter.

Le portrait à quatre mains

Et parmi les masseuses qui ont su se relancer, nous sommes allés à la rencontre de Johanna de Castilho, masseuse et propriétaire de la marque Goldfinger. Tous les joueurs fréquentant la côte d’Azur ou le casino de Marrakech ont forcément croisé le regard bleu pétillant de Johanna, à défaut d’avoir eu la chance de passer entre ses mains expertes.

À peine âgée de 37 ans, Johanna fait pourtant figure de vétéran dans la profession. Basée à Cannes, elle exerce la profession de masseuse depuis maintenant dix-sept ans. Titulaire d’un brevet professionnel d’esthétique, Johanna pratique des massages dits de bien-être, et donc non thérapeutiques, et suit tout au long de l’année des formations pour appréhender de nouvelles techniques de massage, que ce soit du shiatsu ou de l’ayurvédique, dans l’idée de toujours pouvoir proposer à ses clients une prestation au plus près de leurs désirs.

Johanna de Castilho a créé sa société en 2007, Goldfinger Massage, et exerce dans l’univers du poker depuis 2009.

Poker52 : Comment es-tu devenue masseuse de poker ?

Johanna de Castilho : Un de mes clients à mon cabinet à Cannes était joueur de poker et je le massais régulièrement au lendemain de ses longues nuits de jeu. Nous avions un bon contact et avons sympathisé. Il a commencé à me parler des masseuses qu’il voyait sur les tournois et m’a demandé si ça pouvait m’intéresser. L’idée m’a tout de suite séduite et j’ai démarché le casino Palm Beach, qui organisait à l’époque le Partouche Poker Tour. C’est comme ça qu’on a commencé à travailler dans le poker, avec ma collègue Maeva.

Que représente le poker dans ton activité globale ?

L’interdiction des massages en France m’a fait très mal. Je continue d’exercer sur les tournois de poker à Marrakech et un petit peu à San Remo. Aujourd’hui, ça représente environ un quart de mon activité, en termes de chiffre d’affaires.

Combien ça coûte de faire appel à tes services ?

Mes prix sont d’un euro cinquante la minute de massage. C’est un tarif standard. À l’époque, sur le circuit des European Poker Tour, le tarif passait à 2 euros la minute.

À Marrakech, je ne reverse aucun pourcentage au casino. J’ai la chance d’avoir d’excellents rapports avec eux et ils m’autorisent à exercer là-bas gratuitement. Les frais de déplacement, de logement et de restauration restent bien entendu à ma charge.

Avec PokerStars, on devait reverser la moitié de nos recettes à l’organisation, et les frais restaient à notre charge également, Je travaillais donc pour un euro la minute mais il y avait beaucoup de volume, alors ça restait un très bon business.

Où travailles-tu sur le circuit ?

Essentiellement à Marrakech. Je travaille un peu à San Remo. Et l’année dernière, grâce à la recommandation d’Hermance Blum (WPT), j’ai eu l’autorisation du casino Barcelona de travailler pendant le festival WPT, uniquement dans la zone tournoi.

Quelle est ta destination préférée ?

J’adore Marrakech ! Je travaille avec eux depuis dix ans, et je fais tous les gros tournois. L’équipe est devenue une seconde famille, le Es-Saadi une seconde maison. On y retrouve souvent les mêmes joueurs, c’est agréable. J’ai la chance d’avoir une super relation de confiance avec eux et ils ne m’ont jamais lâchée. Je masse aussi en cash-game au casino de Marrakech et ça me permet de faire de gros volumes horaires. J’y vais même en vacances désormais.

Ton client préféré ?

[Rires] Ceux qui laissent de gros pourboires !

J’aime bien tous les clients, à vrai dire. Je ne fais pas de différence. Mais avec certains, on a développé une relation de confiance et d’intimité.

Parfois, il y en a qui disparaissent un peu de la circulation, soit parce que la chance a tourné et qu’ils n’ont plus les mêmes moyens ou plus récemment parce que le fisc est après eux. Des joueurs qui avant me prenaient une dizaine d’heures sur la totalité du tournoi ne peuvent plus se payer qu’une petite demi-heure par-ci par-là. Alors ça me fait de la peine, mais bon ça reste un business, tu es obligé de te protéger un peu.

Mais si je devais te citer un joueur parmi les grands fans de massage que je vois régulièrement à Marrakech et qui est très agréable à masser : Bruno Fitoussi.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Je me souviens d’avoir massé Ilari Sahamies pendant plus de sept heures de suite à Barcelone. On ne se connaissait pas mais il semblait apprécier mon massage et me demandait de continuer au fur et à mesure. Pendant tout le temps de mon massage, il a connu un super run et je crois qu’il y avait un peu de superstition. Du coup, je me suis retrouvée à le masser quasiment jusqu’à la fin de son tournoi. Mais il a fini par perdre… (Ndlr : le tournoi en question est le Main Event de l’EPT Barcelone 2012 dans lequel Ilari prend la deuxième place pour un gain de 630 000 €, deux jours après avoir fini en quatrième position lors du Super High Roller à 50 000 €, pour un gain de 290 000 €. À ce jour, il s’agit des deux plus gros gains en tournoi live du Finlandais…)

As-tu déjà refusé de masser un joueur et pour quelles raisons ?

Heureusement ça m’arrive très rarement ! C’est avant tout un gagne-pain donc tu as tendance à dire oui à tout le monde mais parfois tu as un mauvais ressenti avec un client. Dans ces cas-là, j’esquive la demande sous prétexte d’un engagement auprès d’un autre joueur. Parfois, le type dégage quelque chose de malsain dans son attitude et tu sais, avec l’expérience, que ça va être galère. Et parfois, c’est aussi une question d’hygiène douteuse… Mais là quand tu t’en rends compte, c’est souvent trop tard [rires].

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