Portraits / Interviews
Antony Lellouche, le sage du poker
Published
6 ans agoon
En pantalon à motifs africains, en forme physique inédite, un large sourire au lèvre qui barre son visage bronzé par le soleil sénégalais, Antony Lellouche est transfiguré. Cet ancien pilier du Team Winamax, idole de toute une génération de champions français —qui inclut des personnalités aussi fortes et attachantes que Fabrice Soulier—, a disparu de la scène poker depuis près de cinq ans. Sa dernière performance ? Une table finale aux WSOP en 2014 et puis… rien. Quelques places payées au casino Terrou-bi, bien sûr, sa deuxième maison au Sénégal, mais autrement aucune trace de ce pilier du cash-game qui a préféré prendre les chemins de traverse plutôt que de continuer dans le poker médiatique. Alors qu’il passait à Paris il y a quelques semaines, il s’est confié en exclusivité à Poker52.
Comment vous étiez-vous décidé à changer de vie et partir au Sénégal ?
Je suis passé pour la première fois au Sénégal il y a sept ans environ, pour jouer au quotidien en cash-game, suite à la fermeture des cercles de jeu et un petit souci judiciaire causé par une partie privée que je fréquentais. En gros, on me prenait pour un organisateur alors que je ne faisais que connaître les joueurs. J’ai été condamné à du sursis, mais j’ai fait appel, et c’est encore en cours. L’organisateur a pris deux ans, sans mandat de dépôt, en première instance, je crois… C’était l’équivalent d’une belle table à 1000€ parisienne, mais ça jouait beaucoup. Au Sénégal, il y a une grosse communauté libanaise francophone ici, qui joue depuis plusieurs générations au Sénégal, et ils m’ont proposé de rejoindre la partie qui se tenait dans un casino de Dakar. J’y suis resté de plus en plus, pour m’installer depuis trois ans sur place. J’y ai monté deux business en parallèle, l’un dans l’agro-alimentaire —qui a fermé— et l’autre dans le digital, avec un bouquet satellite pour les habitants. Ma vie a changé : on joue de 15h à 20h, avec des hommes d’affaire, avec des écarts plus raisonnable, de 7 à 8000€ environ. Tout est particulièrement safe, sans triche, sans stress…
Quels autres pays aviez-vous été visiter avant de vous fixer là-bas ?
J’avais été voir à Barcelone, dans les pays de l’Est ou au Maroc, mais c’est pénible quand je ne connais personne et qu’on ne parle pas ma langue. Quand on ne parle ni anglais, ni français, c’est ennuyeux car moi j’adore parler à table, c’est aussi un moment social. Au Sénégal, lorsqu’il y a des évènements en plus, pas mal d’étrangers passent par le pays et il se monte des PLO 15-30 qui sont très actives. On fait du mixed-game au quotidien, et même si je suis gagnant, je suis heureux que le niveau général de nos parties se soit élevé, notamment grâce à moi. Ca me fait plaisir, même si je gagne moins !
La réouverture des clubs de jeu à Paris, cela vous concerne ?
J’avoue qu’au vu du rake et des soucis pour caver en liquide, avec une calculette au milieu de la table, ça ne fera pas rechanger de vie ! (rires) J’y passerai, bien sûr, pour voir, mais pour « travailler » comme je le fais au quotidien, je n’ai pas trouvé mieux que le Sénégal… Et puis, aussi, quand je passe à Paris, j’ai tous mes amis, je n’ai pas envie de jouer. Surtout que, même si j’adore Dakar, la ville n’est pas non plus géniale…
Quelle est votre journée type à Dakar ?
Je me lève tôt, je travaille le matin sur mes projets, je déjeune depuis la terrasse de mon appartement, qui doit avoir la plus belle vue de Dakar, et ensuite petite sieste, et je vais jouer de 15h à 20h. Je rentre, et je fais du sport. Une vie saine, quoi ! (rires)
Est-ce que vous regrettez parfois la vie d’équipe que vous aviez connue avec le Team Winamax ?
C’était une époque géniale de ma vie, mais je ne regrette pas à proprement dire car j’ai toujours été un solitaire et j’étais un peu plus âgé que mes coéquipiers. Je ne suis pas un brainstormer du poker. Cela ne me manque pas mais j’ai adoré toutes ces années.
Et le poker de tournoi ?
Cela fait deux ans que Las Vegas me travaille… En tant que tournois WSOP, je veux dire. Il y a deux ans, j’ai été empêché, et cette année, j’ai eu trop de travail, mais en 2020, je compte bien y revenir dans les meilleures conditions physiques et le faire à fond, pour quarante tournois. Je ne veux pas regretter d’avoir été mal préparé. Je me donne un an pour travailler là-dessus : physiquement, bien sûr, mais aussi la technique poker, car en Texas Hold’Em, j’ai vraiment perdu. J’ai des lacunes dans des tranches de blindes, comme de 20 à 35 blindes, et je veux régler cela avec un coach. Je connais plein de joueurs, donc j’ai le choix… Je peux demander à mon ami Idriss Ambraisse de me trouver un joueur online, car il connaît bien le milieu. Je ne joue plus du tout, car je n’avais pas le temps d’y travailler et que je ne veux pas utiliser de trackers, parce que je n’ai simplement pas envie d’apprendre ça ! (rires)
Cela implique quelle bankroll de partir aux WSOP ?
Environ 100 000$, parce que la première année, je ne vais pas jouer le Player’s Championship, ni les tournois les plus coûteux. Surtout que cela fait des années que je n’ai plus joué à des jeux de Limit… Je suis un peu rouillé. Les Hi-Lo et le Pot Limit, je suis serein, mais les Limit technique comme le Razz, le Stud ou les Triple-Draw, il faut que je réétudie cela… Quant au cash-game, peut-être irai-je en 150-300 Limit, pour me refaire un peu de technique.
Pourquoi cette envie de retourner dans ce milieu des tournois ?
Cela ne me manque pas mais j’ai un sentiment d’inachevé ! J’ai encore quelque chose à faire… une sorte de come-back, pour moi-même ! (rires) Si la première année, je cartonne, je décroche un bracelet et que je me prouve que j’ai encore un beau niveau, alors je serai vraiment heureux. Les six ans passés en cash-game me lassent un peu, et j’ai envie de nouveaux défis. J’avais arrêté d’être sponsorisé par la meilleure room possible car je voulais être libre, et ne pas travailler en plus du poker, donc je pense que j’irai sans logo à Las Vegas !
Vous jouez encore souvent au Maroc ?
Cela fait six ans ou presque que je n’y suis pas allé… Je jouais surtout où étais Roger Hairabedian, je l’ai suivi un peu, et ensuite comme le rake augmentait, les parties ont disparu, et l’argent qui allait avec. Avant, les parties allaient jusqu’à des 10 000€… On jouait avec une personne de la famille royale, qui avait aménagé un appartement dingue à Rabat, spécialement pour le poker. C’était fabuleux, il jouait d’ailleurs super bien, et les trois Français, c’était Roger, David Benyamine et moi, avec parfois Thomas Bichon. La nourriture était hallucinante, elle changeait tous les jours : chinois, espagnol, italien, etc. On faisait des parties de dix à douze heures, de 20h à 6h du matin.
Tout ce monde des parties privées high-stakes, nos lecteurs les connaissent peu…
Je ne les ai fréquentées qu’en France et au Maroc. Ou alors du Rami, mais pas vraiment des parties privées. En France, j’ai vécu la malhonnêteté de pas mal de parties… Dans l’une d’elle, par exemple, il y avait un boitier qui lisait les cartes sous la table, et le complice recevait un texto du boitier quand il était gagnant sur le coup. Je me suis fait littéralement déchirer… Je m’en suis rendu compte par plusieurs coups répétitifs, et Benyamine, qui était dans cette partie, m’a envoyé le lien d’une vidéo de triche deux ans plus tard, avec le même système, et j’ai compris pourquoi j’avais tant perdu à l’époque ! J’avais perdu une somme à six chiffres en une poignée de séances. Je connaissais bien l’organisateur à l’époque, et j’avoue que je préfère ne pas le croiser à nouveau ! (rires)
Au début de votre carrière poker, vous pensiez avoir ce genre de trajectoire ?
En vrai, je pensais faire ça toute ma vie, mais j’ai trop joué, et je me suis lassé… J’ai 38 ans, et je me suis un peu « auto-saoulé » au poker (rires). Moi je pensais que je n’arrêterais pas, que j’étais le meilleur, un point c’est tout ! Bon, j’ai eu de la chance, mais cela m’est arrivé de perdre… J’ai un talent inné pour les cartes, je jouais au Rami à 5 ans, etc. mais si tu ne travailles pas, tu te fais rattraper. C’est ce qui m’est arrivé, par flemme, et je me suis fait rattraper sans le savoir. Je m’en suis voulu a posteriori, notamment pour les NLHE en tournoi. Ce n’est pas parce que tu as un talent qu’il ne faut pas travailler. Tu as tellement de vidéos en ligne que tu peux regarder pour avancer. Bon, je ne le fais toujours pas, mais je vais m’y mettre ! (rires) En live, il faut savoir contre qui tu joues, et avoir toutes les armes existantes pour bien le contrer. Ce sont ces armes qu’il faut que j’apprenne, pour avoir un éventail plus large.
Quelle a été la partie la plus chère que vous n’auriez pas dû jouer, car elle était trop chère ?
C’était au (feu) Cercle Gaillon et c’était littéralement hors de prix ! (rires) Je m’y étais assis, alors que c’était du 100-200-400, option 800, en No Limit… Et ça jouait deep, avec uniquement des flambeurs : deux types qui ne savaient pas du tout jouer, mais quand ca dure quelques jours et qu’ils ont cave illimitée, c’est compliqué ; il y avait Arnaud Mimran, et tous les gros flambeurs de l’Aviation, avec Mouly, etc. Un jour, je me suis quand même cavé à 500 000€, et au mieux je perdais 320 000€, et j’étais content de ne perdre que 50 000€ à la fin ! (rires) J’ai joué avec des risques, mais c’était normal. Cyril Mouly, par exemple, joue très bien, quand il était revenu au bout de quinze ans, il avait une énorme force financière et connaissait personnellement bien la psychologie des humains. S’il est bien dans sa tête, Mouly peut battre les plus grands. Ce n’était pas le cas de Mimran… Tous ces « personnages », on ne les verra plus jamais en France, c’est certain.
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Portraits / Interviews
Rencontre avec Julien Sitbon, Team Pro Winamax, au cœur du WiPT
Published
1 mois agoon
29 mars 2026
Au WiPT d’Aix-en-Provence, Julien Sitbon, pro du poker et leader du classement GPI France, livre ses conseils aux amateurs : comment rester solide, exploiter les erreurs des autres joueurs et aborder un Day 3 avec la bonne stratégie.
- Salut Julien, comment se passe le festival pour toi ? Tu ne t’es pas qualifié pour le Main Event, mais j’ai vu que tu avais intégré le High Roller hier ?
Super ! Je suis arrivé mercredi matin, j’ai commencé par un paddle, et j’ai enchaîné avec le Battle Royale où j’ai terminé 5e, donc ça a été un bon début de festival. Ensuite, j’ai joué le Main Event le lendemain, mais je n’ai pas eu la chance de me qualifier. Hier, je me suis inscrit sur le High Roller, et aujourd’hui, à partir de 12h30, j’ai le Day 2 de ce même tournoi à jouer ! J’ai 1 million de jetons, sur un average à 450.000, donc c’est plutôt pas mal.
Hier, j’étais à la table d’Alexandre Reard et de Malcom, donc l’ambiance était conviviale, c’était cool !
- Le WiPT est connu comme étant un tournoi mélangeant Pros et Amateurs. Est-ce que tu ressens une différence de niveau entre aujourd’hui et il y a 5 ans ?
Question intéressante ! Oui, il y a quand même une petite progression à ce niveau-là, surtout avec tous les contenus disponibles sur internet, les solvers etc… Maintenant, même les amateurs commencent à regarder pas mal de vidéos et à progresser. Ils s’améliorent surtout dans leur agressivité, dans le fait de relancer plus préflop, d’avoir plus de mains en bluff. Personnellement, je trouve que le niveau n’a pas augmenté considérablement, mais il a augmenté quand même !
Il y a plus de réflexion, plus de compréhension du jeu, ça se sent aux tables. Il y a beaucoup de contenus gratuits aujourd’hui. Même nous, chez Winamax, on fait beaucoup de Masterclass, on fait des choses qui permettent d’avoir une base plus solide, surtout pour ce type d’événement.
- Quel conseil donnerais-tu à un amateur qui se serait qualifié pour le Day 3 ? Y a-t-il une différence d’approche à avoir entre les Days 1 et 2, et le Day 3 ?
J’ai des différences d’approche, mais ce que je donnerais principalement comme conseil, ce serait de ne pas visualiser ça comme un Day 3 ! Il ne faut pas trop se mettre de pression, et surtout, jouer son jeu, et ne surtout pas essayer de changer sa façon de jouer. Bien évidemment, sur un Day 3 il y a déjà une notion d’ICM, dans le sens où on se rapproche des grosses sommes d’argent. Mais il ne faut surtout pas essayer des choses que l’on ne sait pas faire.
Quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants d’un move, il vaut mieux ne pas le faire, et encore une fois, se cantonner à ce que l’on sait faire ! Il faut prendre son temps, prendre du plaisir et ne pas s’éparpiller. Restez solide !
En plus, si tu fais quelque chose et que tu dévies de ce que tu sais faire, et que tu bust, tu vas le regretter… alors si tu joues normalement et que tu perds, tu auras beaucoup moins de regret.
- Tu as dû jouer pas mal de joueurs amateurs depuis ton arrivée En tant que pro, comment tu t’adaptes à ce field, qui n’est sûrement pas le même que ceux que tu as l’habitude de jouer ?
Sur les tournois que je joue, ce n’est pas le même type d’amateur. Ce sont des amateurs réguliers qui font toujours les tournois à 500 € et à 1000 €, et qui sont des gens qui ont un peu d’argent, qui ont un travail à côté… Donc ils sont ce que j’appelle des amateurs réguliers.
Pour revenir à ta question, les gens ont deux approches avec nous. Hier, j’ai discuté un peu avec Romain et il m’a dit qu’il avait passé sa journée à se faire bluffer, dans des spots improbables ! En gros, soit ils veulent nous bluffer à tout prix, soit ils ne veulent pas du tout nous jouer car ils ont en quelque sorte « peur » de nous affronter. Il faut donc s’adapter et bien cerner les profils que tu as en face de toi.
Il y a aussi un truc, c’est ce que j’appelle « les fils qui se touchent ». Desfois, tu as des joueurs de poker qui sont très très sérieux, et d’un seul coup, ils craquent complètement ! Soit parce qu’ils ne sont pas habitués à la pression, ou qu’ils se retrouvent dans un spot qu’ils ne comprennent pas, donc ils envoient tout un peu n’importe comment… Donc voilà comment on s’adapte, il faut savoir repérer ces choses-là, et savoir les exploiter.
Moi je joue beaucoup plus les joueurs que les cartes quand je joue un tournoi comme le Main du WiPT, car en observant, je vais récupérer vraiment beaucoup d’informations sur la façon de jouer des joueurs.
- Sur ce type de tournoi (le Main), quelles sont les erreurs que tu vois encore souvent chez les amateurs ?
Alors, je trouve qu’il y a encore pas mal de grosses erreurs, mais globalement il y en a beaucoup moins. Par exemple, on voit de moins en moins de limp préflop ! Sur le festival, je n’en ai presque pas vu, ce qui est assez incroyable.
Mais c’est comme on disait tout à l’heure, on fait énormément de vidéos sur Winamax, qui font beaucoup, beaucoup de vues, et dans ces vidéos, le sujet du limp était beaucoup abordé, donc à force, c’est rentré dans la tête des gens ! Ce qui ne m’arrange pas, parce que moi j’aime bien (rires). Je vais dire à Winamax de bloquer l’accès aux vidéos !
Aussi, c’est parfois difficile de se rendre compte des erreurs récurrentes sans voir de showdowns, mais parfois, quand j’en vois, je me rends compte que la sélection des mains, ce n’est pas toujours ça non plus…
- Tu es premier au classement GPI France, donc maintenant, quel est ton objectif pour 2026 au poker ? C’est quoi le programme en poker live pour les mois à venir ?
Déjà, l’objectif serait de rester 1er du classement GPI France ! C’est un classement qui est très fluctuant, dans le sens où il dépend des performances que l’on fait sur trois ans, et à chaque fois,
ça reprend les trois meilleures performances, et ce, tous les 6 mois. En gros, ça évolue, et si l’un de mes concurrents fait d’énormes performances, il risque de repasser très vite devant. Ça fait donc partie de mes objectifs de garder ma place !
Aussi, j’ai comme objectif de très bien me préparer pour les WSOP, qui sont une série de tournois que j’aime beaucoup. En plus, j’ai un gros programme pour cette année ! Je veux donc être au top pour aborder les WSOP. Je vais jouer aussi le leaderboard, car maintenant, il y a un intérêt financier. Ça permet aussi de lisser la variance sur l’ensemble des trois festivals, que sont Pragues, Vegas, et les Bahamas.
En attendant, on va déjà essayer d’aller performer sur le High Roller de cet après-midi !
Crédit photo : Winamax / Caroline Darcourt
Portraits / Interviews
Vincent Reynaert lance le média « Les Enjeux »
Published
7 mois agoon
16 octobre 2025
Vincent Reynaert, ancien de PMU Poker et du Groupe Barrière, vient de lancer un média pas comme les autres : Les Enjeux, une plateforme qui analyse un monde du gaming en pleine mutation. Rencontre.
Pouvez-vous nous rappeler votre parcours dans le monde du gaming ?
J’ai découvert l’univers du jeu en 2010, à un moment clé : celui de l’ouverture du marché français. À l’époque, tout était à construire. C’est dans ce contexte que j’ai rejoint Everest Poker, pour développer les partenariats sur un marché qui s’inventait chaque jour. C’était une période excitante, un peu folle aussi, avec beaucoup d’expérimentations et une vraie effervescence autour du poker en ligne.
Un peu moins de 2 ans plus tard, j’ai rejoint le PMU. 8 années passionnantes pendant lesquelles j’ai eu la chance de travailler sur le développement du poker dans une entreprise dont ce n’est pas le coeur de métier. C’est à ce moment-là qu’est né le France Poker Open (FPO), un circuit que nous avons créé avec l’ambition de surfer sur l’ADN poker live, la marque de fabrique de PMU Poker.
En 2020, j’ai intégré le groupe Barrière pour piloter le développement de leur offre digitale. L’objectif : préparer le futur des casinos physiques dans un monde de plus en plus connecté. Et juste avant de lancer Les-Enjeux.com, j’ai occupé le poste de directeur marketing et communication chez Texapoker, une aventure courte mais intense, au cœur de la plus belle scène du poker live. Ces expériences m’ont donné une vision globale du secteur, à la fois côté opérateurs, événementiel et communication et surtout une conviction : celle que l’industrie du jeu a besoin d’être mieux racontée.
Quelle est la volonté derrière “Les Enjeux” ?
Le jeu est un secteur fascinant, en pleine mutation. On assiste à une recomposition de fond : des acteurs comme Winamax ou Betclic ont complètement bouleversé les codes, les casinos physiques amorcent une transition vers le digital, la filière hippique doit se réinventer pour séduire une nouvelle génération de joueurs, et la régulation évolue vers plus d’ouverture, notamment avec la possible arrivée des casinos en ligne, le jeu est de moins en moins un tabou.
Bref, c’est un moment charnière. Et pourtant, il n’existait pas de média francophone pour documenter ces transformations. Les informations circulent, mais souvent de façon éclatée, entre des communiqués institutionnels, des sites d’actualité très spécialisés ou des analyses en anglais.
Avec Les Enjeux, on veut justement combler ce vide. Notre ambition est de devenir un point de convergence : un lieu où les différents acteurs, opérateurs, fournisseurs, régulateurs, start-up, juristes, etc. peuvent se retrouver, échanger, comprendre les grandes tendances, et surtout prendre du recul sur leurs métiers.
C’est aussi un média qui parle à tous les passionnés de jeux, pas seulement aux professionnels. On veut raconter les succès, les innovations, les débats, mais aussi les enjeux humains, économiques et sociétaux derrière cette industrie souvent caricaturée.
Que va apporter une telle publication en ligne, et quelle équipe va y travailler ?
Aujourd’hui, dans le monde francophone, il n’y a pas de média de référence capable de couvrir l’ensemble de l’écosystème du jeu, comme le font des titres anglo-saxons tels que iGaming Business ou EGR.
Nous, on veut occuper cette place.
Notre couverture sera large : la France, bien sûr, mais aussi la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, et une partie de l’Afrique francophone, notamment le Maroc, où l’activité casino et hippique est très dynamique. L’idée, c’est de créer un réseau francophone du jeu.
Mais au-delà de l’actu, Les Enjeux veut surtout changer la perception du secteur. Trop souvent, le jeu est résumé à ses excès ou à ses risques, alors qu’il s’agit d’un univers d’innovation, de savoir-faire et d’excellence française. Des milliers de personnes y travaillent, des start-ups y inventent la tech de demain, des groupes investissent dans la RSE, la data, la sécurité ou la formation.
Pour construire ce regard global, je m’entoure d’experts : des avocats fiscalistes, des consultants spécialisés, des technophiles, des pros du casino, du poker ou du pari hippique. Ce sont eux qui apporteront la rigueur, la crédibilité et la diversité de points de vue.
Et enfin, un point qui me tient à cœur : Les Enjeux veut aussi inspirer. En mettant en lumière les réussites, on espère attirer de nouveaux talents, de nouvelles idées et de nouvelles énergies vers le secteur.
Quelle est votre vision du jeu à 1, 5 ou 10 ans en France et en Europe ?
La France, c’est un marché paradoxal : très encadré, parfois rigide, mais incroyablement riche. On compte plus de 200 casinos, soit le maillage le plus dense d’Europe. On a deux opérateurs historiques, la FDJ et le PMU, qui ont su se réinventer pour devenir de véritables acteurs digitaux et européens. D’ailleurs, la FDJ vient de franchir un cap avec le rachat de Kindred Group, propriétaire d’Unibet : un signal fort de l’ambition française.
Dans les cinq prochaines années, on va assister à une recomposition majeure du paysage du jeu en ligne. L’ouverture du marché des casinos en ligne est, à mon sens, inévitable. La vraie question, ce sera : sur quel modèle ? Et avec quelles garanties de protection et de responsabilité ?
Plusieurs visions vont s’affronter : celle des opérateurs terrestres, celle des acteurs déjà en ligne, celle du régulateur, du politique et des moralisateurs… Ce sera un moment clé, comparable à ce qu’a été l’ouverture du marché des paris en 2010.
Sur le long terme, je crois que le secteur va continuer à se professionnaliser et à s’ouvrir. On va vers un écosystème plus mature, plus connecté à la tech, à la data et à l’expérience client. Et je pense aussi qu’on va assister à une forme de réconciliation entre le jeu et la société. Parce que le jeu, au fond, c’est aussi du divertissement, de la culture, et parfois même du patrimoine.
Et nous, chez Les Enjeux, notre rôle, c’est de raconter cette évolution, d’en décrypter les ressorts et d’en faire un sujet de société à part entière.
(crédit photo : Audran Sarzier)
Portraits / Interviews
Rencontre : Fivebet, poker et vision d’avenir avec Thomas Gimie
Published
8 mois agoon
20 septembre 2025
Alors que le poker live connaît un nouvel essor en France, certains acteurs se démarquent par leur énergie et leur volonté de dynamiser le milieu. C’est le cas de Fivebet, une jeune structure qui s’impose peu à peu comme un nom à suivre dans l’univers du poker live. À sa tête, Thomas Gimie et benjamin Camps, passionnés de la première heure, entendent proposer une expérience différente : plus humaine, plus structurée, et résolument tournée vers les joueurs.
- Pouvez-vous présenter votre société et vos activités, ainsi que votre parcours dans le poker ?
Avec benjamin, mon associé et co-fondateur, on s’est rencontrés il y a plus de 15 ans, et on a eu une carrière qui nous a fait beaucoup travailler ensemble, même si on était dans des endroits différents. On travaillait dans les tournois, partout dans le monde, et un peu à tous les postes.
Benjamin a pris des postes à plein temps, et moi, j’ai toujours été très indépendant en étant sur des tournois dans un cadre plutôt événementiel ! J’ai finalement dirigé beaucoup de tournois avant de monter Fivebet avec Benjamin.
- Comment interagissez-vous avec vos équipes, celle du casino et celles de Winamax ?
C’est une bonne question ! Mon rôle ici est d’être l’intermédiaire entre tout le monde. Légalement, l’organisateur, c’est le casino. Winamax est le sponsor propriétaire de la marque avec son cahier des charges et ses process, tandis que moi, je suis là pour que tout le monde puisse marcher main dans la main, et réaliser l’objectif qu’on a tous, c’est-à-dire régaler les joueurs et créer des événements qui fassent date !
Moi, j’amène tous les extras poker. Christophe (le responsable du casino) de son côté a aussi d’autres extras comme la sécurité, les barmans… Au niveau des employés de jeu, on a 250 personnes supplémentaires que je manage pour le compte de Christophe, en vue d’assurer l’événement de Winamax.
- Quels autres grands évènements organisez-vous dans l’année ?
Ici, on a au moins deux rendez-vous importants par an, qui sont les Swiss Poker Series mais aussi les Kill Tilt Poker Series. Ce sont des festivals qui fonctionnent vraiment bien.
Aussi, il y a une stratégie d’événements qui se veulent très gros et très ambitieux, mais il y a aussi des ambitions plus humbles qui sont d’aller combler des territoires qui sont en manque de poker. C’est ce qu’on essaye aussi de faire avec d’autres marques dans d’autres endroits de France où il y a une demande, mais très peu d’offres.
- Avec la prééminence de Texapoker dans le live, comment avez-vous trouvé votre place et qu’apportez-vous comme savoir-faire ?
Le but était de développer une nouvelle part de marché, plutôt que d’essayer d’en grignoter à TexaPoker, et je crois que c’est ce qu’on a fait ! Soit on est allé faire du poker d’une autre manière dans des établissements qui en proposaient déjà, soit on est allé en faire dans des casinos qui n’en faisaient tout simplement pas. Tu vois par exemple, on ne travaille pas sur des casinos qui travaillaient avec TexaPoker avant qu’on arrive, ce qui fait que la concurrence est bénéfique pour le marché puisqu’on fait grossir le gâteau ! C’est notre approche des choses…
Nous ne sommes pas sur la multiplication du volume, et nous n’avons pas non plus pour objectif de décliner des produits qui sont les mêmes partout. Comme on est une jeune entreprise, on essaye de valoriser notre flexibilité et de développer des produits sur mesure en fonction d’un site. Le but est de mettre un peu d’âme dans tout ça !
Crédit photo : Caroline Darcourt
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