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Portraits / Interviews

Adrian Mateos dégrippe la machine

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En l’espace d’un mois, Adrian Mateos a enchaîné quatre ITM, pour trois victoires et une troisième place, aux partypoker Millions Bahamas et à l’EPT Prague. S’il est vrai que le Team Pro Winamax nous a habitué à des performances pantagruéliques, celui que l’on surnomme « la Maquina » semblait néanmoins connaître quelques grippages en 2019… Avec cette passe de quatre réalisée lors de tournois de standing international, au field massif et de grande qualité, le prodige espagnol remet les pendules à l’heure et s’affirme un peu plus comme l’un des patrons du poker High Stake mondial. Retour sur l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération.

A cheval sur deux continents, l’incroyable good run d’Adrian Mateos ne connaît ni frontière, ni repos. Des Bahamas à la République tchèque, le joueur semble passer sans difficulté aucune du climat tropical des Caraïbes au froid austère des plaines glacées d’Europe centrale.

Avec trois titres et un podium, Adrian Mateos frappe un grand coup. Le buy-in moyen sur ces quatre tournois s’élève à un peu plus de 25 000 dollars et son gain moyen sur ces événements s’élève à près de 560 000 dollars ! N’en jetez plus, les chiffres sont affolants. A tout juste 25 ans, Adrian flirte déjà avec la barre des vingt millions de dollars de gain en tournoi live !

Déjà propriétaires de quatre breloques estampillées WSOP et EPT, Adrian a commencé par compléter sa collection aux Bahamas, à l’occasion des partypoker LIVE MILLIONS Caribbean Poker Party. Dans l’enceinte du Resort Baha Mar, à Nassau, capitale de l’archipel des Bahamas, Adrian s’adjuge coup sur coup le High-Roller à 25 500 $ et le Main Event à 10 300 $.

Cette double victoire en l’espace d’une semaine intervient alors que le joueur semblait connaître une traversée du désert. De son propre aveu, Adrian estimait être au creux de la vague en cette fin d’année.

« Cette victoire est particulière parce qu’elle intervient à un moment difficile de ma carrière. » confiera le Team Pro Winamax à l’issue de son double succès bahaméen. « Je vivais le plus gros downswing de ma carrière je pense et c’est incroyable d’enchaîner deux succès dans une période si difficile. Je n’ai jamais perdu la confiance dans mon jeu et ce succès fait un bien fou au moral ! ». Et au portefeuille, puisque cette double victoire lui rapporte environ 1 700 000 dollars. De quoi payer quelques cocktails sur la plage…

Retour sur un mois de folie

La renaissance prend forme lors du High Roller, un format que Mateos connaît très bien et sur lequel il a réalisé ses plus grandes performances. Devant un parterre de 125 concurrents, Adrian parvient à se hisser jusqu’en finale. Oui mais voilà : c’est bien sur les dernières marches qu’Adrian a tendance à trébucher ces derniers mois. Avec le cinquième tapis à l’entame de la table finale, le joueur espagnol voit enfin les cartes tourner en sa faveur, à l’instar de cette quinte trouvée runner runner face à Michael Zhang dès les premières mains de la finale.

Après l’élimination du Britannique Fraser en troisième place, Wilson et Mateos décident de s’accorder sur un deal, autorisé dans ces contrées exotiques. Si l’Américain possède environ 80 % des jetons en jeu, il décide de composer face au talentueux Adrian. Il faut dire que le meilleur résultat de Wilson en tournoi live est un gain de 65 000 dollars. Un complexe d’infériorité parfaitement légitime face à l’ogre ibérique est probablement à l’origine de ce deal très équilibré, puisque Brock repart à la maison avec 619 536 dollars garantis et que Mateos s’assure de son côté 520 464 $. Le trophée se joue sur quelques coins flip en faveur de l’Espagnol, vainqueur du tournoi mais avec un gain inférieur à son dauphin ! Mais l’essentiel était probablement ailleurs pour Adrian, qui renoue enfin avec la victoire après une disette qui aura duré un an et demi, sa dernière victoire sur le circuit remontant à juillet 2018.

Dès le lendemain de cette victoire, le joueur est à nouveau en lice sur le Main Event, tournoi sur lequel là encore Adrian a su adopter la bonne attitude face à de coriaces adversaires très actifs. Après les éliminations en demie-finale de redoutables prétendants à la victoire finale, comme Ryan Riess (13ème), Alex Foxen (12ème), ou le pro partypoker Philipp Gruissem (9ème), Mateos fait le dos rond face aux incessantes agressions de Chris Hunichen. Ce dernier possède environ 75% des jetons lorsque le podium est connu ! Mais les stacks s’équilibrent finalement et au retour d’un break, les trois joueurs annoncent avoir conclu un deal à l’ICM, parfaitement légal et homologué par l’organisation. Chris Hunichen s’octroie la part du lion avec 1 097 195 dollars, laissant à Adrian 1 062 805 $ et à Van Blarcum 970 000 $. Le titre allait donc se jouer pour la gloire et un enjeu de 100 000 $ tout de même. Le dénouement est dès lors rapide et de peu d’incidence et la victoire revient à Adrian, qui aura donc connu coup sur coup deux victoires à l’issue de négociations et d’un arrangement !

A noter également que le joueur espagnol n’aura éliminé qu’un seul adversaire lors de cette table finale, lors du heads-up évidemment.

A peine le temps de prendre quelques jours de repos à la maison et voilà Adrian Mateos de nouveau sur les routes du circuit. Destination Prague cette fois, pour un grand classique de l’hiver européen. La République Tchèque a toujours été une terre de poker et les projets pharaoniques de Leon Tsoukernik à Rozvadov et plus récemment à Prague ne font que renforcer cette tendance. Et dès son arrivée dans la capitale tchèque, Adrian nous refait le coup ! Devant un field limité mais très dense, le Team Pro Winamax remporte son troisième trophée de suite, le premier de ce festival. Si le gain est moindre, là encore, l’essentiel est ailleurs. Le retour en forme se confirme, dans une ambiance parfaitement opposée à ce qu’Adrian a connu aux Bahamas. La confiance est de nouveau à son maximum, avec des résultats qui s’enchaînent. Et pour conclure ce retour en grâce, Adrian signe un nouveau résultat quatre jours plus tard, en se hissant sur la troisième marche du podium du Super High Roller, un tournoi monstre à 50 000 euros de buy-in, réservé à l’élite la plus fortunée du poker international. Mais cette fois, la victoire se refuse et Mateos doit se contenter du bronze. Il est vrai qu’il avait fort à faire face à Bertrand Grospellier, runner-up et renouant également avec des résultats dignes de son standing, et Stephen Chidwick, numéro 1 mondial au classement GPI.

Un bilan plus que positif

Adrian s’est imposé sur les plus grandes tables de la planète poker : il a ainsi remporté au moins un titre majeur dans les principales capitales du jeu de la planète, comme Monaco, Macau, Vegas, Marrakech ou encore Deauville. Il s’est également imposé dans des circonstances qui lui tenaient particulièrement à cœur, comme sa victoire « a casa » à Madrid pour son premier tournoi live en 2012 ou lors du Main Event du Sismix 2018, tournoi emblématique de son sponsor historique, Winamax.

Adrian Mateos s’est frotté aux meilleurs. Et l’a très souvent emporté, montrant ainsi qu’il savait parfaitement gérer la pression et la concurrence. Ainsi de ses dernières tables finales à Prague, où il s’est retrouvé face à Bertrand Grospellier (deux fois), le Français qui affiche lui aussi un retour en grande forme, Steve O’Dwyer, l’Américain aux 30 millions de dollars de gain en tournoi ou encore l’Anglais Stephen Chidwick, numéro 1 mondial au classement GPI et véritable épouvantail de cette année 2019 avec six titres à son compteur !

A Nassau, la concurrence avait été tout aussi rude et ses adversaires n’étaient pas venus pour les plages ou les fiestas déjantées qui ont fait la réputation de la destination caraïbéenne. Avec des noms tels que Davidi Kitai, un autre Team Pro Winamax, le Français Benjamin Pollak, habitué des High-Rollers, les Américains William Foxen (numéro 2 mondial au dernier pointage GPI juste devant… Adrian Mateos !) et Ryan Riess, champion du monde WSOP, auxquels on se doit d’ajouter le toujours redoutable contingent allemand (emmené par Rainer Kempe, Philipp Gruissem et autres Manig Loeser), le spot balnéaire n’avait décidément rien d’une sinécure !

A 25 ans, quelle suite va désormais connaître sa carrière ?

Déjà en tête de la fameuse All Time Money List de son pays depuis 2017, Adrian conforte sa position, avec quasiment huit millions de dollars de gain d’avance sur son dauphin, le légendaire Carlos Mortensen. La place bronzée revient pour le moment à Sergio Aido, très ami avec Adrian sur le circuit et en dehors, et également très performant en 2019, avec notamment une victoire au Super High Roller sur l’EPT Monte-Carlo en avril dernier pour un gain de plus de 1,7 millions de dollars !

Au niveau mondial, ces performances permettent à Adrian d’intégrer le top 30 des plus gros gains de l’histoire du poker. Il dépasse désormais des joueurs qu’il croise régulièrement aux tables high-stake de la planète, comme le Russe Igor Kurganov, l’Allemand Dominik Nitsche ou l’Américain Jason Mercier. En ligne de mire, et une fois dépassée la barre symbolique des vingt millions de dollars de gain en tournoi, figurent désormais les Allemands Christoph Vogelsang (21ème place), Rainer Kempe (24ème position) ou encore l’Anglais en semi-retraite Sam Trickett (23ème du All Time Money List mondial).

Alors avec un palmarès aussi conséquent à seulement 25 ans, qu’est-ce qui pousse encore le jeune prodige à arpenter la planète poker toute l’année ?

Bien sûr, l’Espagnol a encore quelques trophées et records à aller chasser. Ainsi, un titre de numéro un mondial au classement Global Poker Index (GPI) peut être un objectif majeur, au même titre qu’une triple couronne (c’est-à-dire posséder un titre EPT, WSOP et WPT).

Compte tenu des niveaux de buy-in que le joueur pratique, il peut également viser une place dans le top du top des plus gros gains en tournoi. A l’heure actuelle, c’est l’Américain Bryn Kenney qui trône au sommet de la fameuse All Time Money List avec plus de 56 millions de dollars amassés en tournois live (dont plus de 20 millions glanés lors de sa seconde place obtenue sur le tournoi le plus cher de l’histoire du poker, le Triton Poker Super High Roller Series de Londres cette année, au faramineux buy-in de plus de 1 million de livres sterling).

Mais finalement, le moteur d’Adrian est peut-être tout simplement son appétit insatiable pour la compétition. Cette soif de victoire est en soi une motivation suffisante pour continuer à jouer à ce niveau. Si Adrian est indéniablement doué pour ce jeu, c’est aussi un travailleur acharné qui ne cesse d’améliorer son jeu, d’affiner son analyse, d’étudier les tendances émergentes. Il possède également une hygiène de vie digne d’un sportif de haut niveau lorsqu’il est en compétition. Enfin, il semble évoluer dans un environnement personnel, affectif, familial et amical stable et sain, ce qui contribue grandement à éloigner les sources de stress quotidien.  Il en est de même de son staff professionnel, à commencer par les équipes de son sponsor Winamax, qui gère l’essentiel des questions logistiques et avec lesquelles il passe de longs moments en tournoi ou en séminaire.

Après avoir été un modèle de précocité, Adrian Mateos sera-t-il également un modèle de longévité ? Compte tenu de ce que le joueur a prouvé au cours de ces sept années passées sur le circuit professionnel, on ne peut pas douter du sérieux de la gestion de sa carrière. Dès lors, la question à poser est davantage « voudra-t-il avoir une carrière longue dans le poker ? » que « le pourra-t-il ? ». Choisira-t-il la voie d’un Elky, dont la reconversion des jeux vidéo au poker date déjà de 2005, et qui a récemment retrouvé le chemin du succès aux tables après avoir vécu des années de disette ? Ou optera-t-il plutôt pour celle d’un Fedor Holz qui annonçait en 2016 vouloir prendre du champ avec le poker, à seulement 22 ans, afin de voyager et de diversifier ses activités ?

Les premières échéances de 2020 devraient nous donner quelques indications sur l’avenir du prodige espagnol. Mais au vu des résultats accumulés au cours de sa jeune carrière, et de ses toutes récentes performances, nul doute qu’Adrian Mateos a les armes pour écrire encore quelques pages de l’histoire du poker.

 

La carrière d’Adrian Mateos en quelques chiffres

 

19 984 937 $ de gain en tournois live en carrière

 

2012, l’année de sa première victoire dans un tournoi. C’était à Madrid, lors du tournoi Main Event CNP770, au buy-in de 600 euros. Adrian avait empoché un peu plus de 36 000 euros pour sa performance. Il s’agissait également de… sa première participation à un tournoi puisque le joueur était âgé d’à peine 18 ans !

 

25 ans, l’âge qu’a eu Adrian le 1er juillet dernier

 

17 victoires en tournoi depuis le début de sa carrière en 2012

 

3 bracelets WSOP (Main Event WSOPE 2013 pour 1 000 000 €, Event #33 Summer Solstice WSOP 2016 pour 409 000 $ et Event #15 WSOP 2017 pour 336 000 $)

 

1 victoire EPT (EPT Main Event Grand Final Monte-Carlo 2015 pour 1 082 000 €)

 

 

 

Retour en chiffres sur les quatre performances XXL d’Adrian Mateos

 

Top 10 du Super High Roller partypoker Millions World Bahamas (25 500$ No Limit Hold’Em – 18-19 Novembre 2019)

Entrées : 125

Prize-pool : 3 125 000 $

* après deal

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 520 464 $*

 

Runner-up : Brock Wilson (Etats-Unis) – 619 536 $*

3ème : Christopher Fraser (Angleterre)- 326 250 $

4ème : David Eldridge (Etats-Unis) – 255 000 $

5ème : Niall Farrell (Ecosse) – 200 000 $

6ème : Benjamin Pollak (France) – 160 000 $

7ème : Orpen Kisacikoglu (Turquie) – 135 000 $

8ème : Michael Zhang (Angleterre) – 115 000 $

9ème : Darren Elias (Etats-Unis) – 100 000 $

10ème : Jeremy Ausmus (Etats-Unis) – 90 000 $

 

 

Top 10 du Main Event partypoker Millions World Bahamas (10 300$ No Limit Hold’Em – 19-23 Novembre 2019)

Entrées : 948

Prize-pool : 9 480 000 $

* après deal ICM

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 1 162 805 $*

Runner-up : Aaron Van Blarcum (Etats-Unis) – 970 000 $*

3ème : Chris Hunichen (Etats-Unis) – 1 097 195 $*

4ème : Scott Wellenbach (Canada) – 650 000 $

5ème : William Blais (Canada) – 500 000 $

6ème : Oleg Mandzjuk (Allemagne) – 350 000 $

7ème : Peter Jetten (Canada) – 250 000 $

8ème : Gregory Baird  (Etats-Unis) – 180 000 $

9ème : Philipp Gruissem (Allemagne) – 140 000 $

10ème : Oskar Prehm (Allemagne) – 100 000 $

 

 

Résultats du High Roller EPT Prague (10 300€ No Limit Hold’Em 8-Handed – 6-7 Décembre 2019)

Entrées : 61

Prize-pool : 591 700 €

 

Vainqueur : Adrian Mateos (Espagne) – 177 500 €

Runner-up : Anton Yakuba (Russie) – 128 400 €

3ème : Derek Ip (Hong-Kong) – 82 840 €

4ème : Vladimir Troyanovskiy (Russie) – 62 720 €

5ème : Bertrand « Elky » Grospellier (France) – 48 520 €

6ème : Tsugunari Toma Japon) – 37 870 €

7ème : Orpen Kisacikoglu (Turquie) – 30 180 €

8ème : Arsenii Karmatckii (Russie) – 23 670 €

 

Résultats du Super High Roller EPT Prague (50 000€ No Limit Hold’Em – 9-11 Décembre 2019)

Entrées : 44

Prize-pool : 2 134 440 €

 

Vainqueur : Stephen Chidwick (Angleterre)- 725 710 €

Runner-up : Bertrand « Elky » Grospellier (France) – 501 590 €

3ème : Adrian Mateos (Espagne) – 320 170 €

4ème : Steve O’Dwyer (Etats-Unis) – 245 460 €

5ème : Jean-Noël Thorel (France) – 192 100 €

6ème : Ben Heath (Angleterre) – 149 410 €

 

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Dans nos archives… Rencontre avec Michel Abecassis

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Il y a quelques mois, Michel « Mik22 » Abécassis a annoncé son départ du Team W, et plus généralement du monde du poker. Voix de « Dans la tête d’un pro », joueur émérite et figure incontournable du poker hexagonal depuis plusieurs décennies, l’homme est à la fois un puits de science, de culture et une des personnalités les plus attachantes et populaires qui soit. Avant de se replonger un peu plus encore dans le monde du bridge – sa passion première, avec le cinéma –, Michel Abécassis nous a accordé un long entretien à Saint-Germain-des-Prés, ce quartier qu’il habite depuis si longtemps. 

Par Benjamin Gallen & Jérôme Schmidt

 

Vous prenez votre « retraite » et, tout de suite, vous êtes déjà repartis à un tournoi professionnel à Monaco, mais de bridge cette fois-ci…

Il y a beaucoup moins d’argent dans le bridge que dans le poker, on ne peut pas en vivre ! Il y a des tournois privés, comme à Monaco, mais c’est très rare. L’argent qui y est présent est dû aux enchères que les « acheteurs » font sur les paires ou les équipes. Il y a un droit d’engagement assez élevé, et ces ventes aux enchères des paires qui peuvent partir à trois ou quatre mille euros. Ensuite cette « action » peut être revendue par parts. Mais cela dépend beaucoup de la population présente. Autrefois, quand cela avait lieu à Las Vegas, les sponsors américains faisaient entrer énormément d’argent dans le prizepool, qui était partagé ensuite parmi les gagnants du field, environ 20 %. Maintenant, l’avenir du bridge se joue en Chine, et en Asie en général, car les Chinois et les Indiens s’intéressent énormément à ce jeu. Je vais aller aux Championnats du monde en Chine au mois de septembre car je suis qualifié après avoir remporté l’an dernier le tournoi senior. L’idée est de se faire repérer par des sponsors chinois, qui ne sont pas des marques, mais souvent des joueurs eux-mêmes qui veulent se faire coacher et incorporer une équipe qui leur permet de jouer avec l’élite.

Comment évolue le jeu de bridge ? Il y a des modes de stratégie comme au poker ?

La technique a énormément progressé avec le temps. Avant, beaucoup de gens, même les professionnels, ne travaillaient pas beaucoup leur jeu… Au bridge, chacun a ses réglages en équipe, et toute cette communication a beaucoup évolué. En paire, tu mets en place des systèmes élaborés, qu’il faut d’ailleurs expliquer à ses adversaires avant de jouer. Le but est de marquer des points, ou d’empêcher tes adversaires d’en marquer. Le bridge est un jeu d’information permanente, comme le poker, où il faut interpréter. C’est là où l’entraînement entre joueurs d’une paire est très important. Si tu travailles sérieusement, il faut étudier plus d’une centaine de pages pour bien connaître le système. D’ailleurs, il y en a qui finissent par pas mal s’engueuler dans une paire ! Plus jeune, j’avoue que ça m’arrivait souvent… Tu es tributaire de tes coéquipiers, donc c’est sûr que cela peut créer des situations embarrassantes. La logique, les probabilités, la psychologie : comme au poker, c’est indispensable dans le bridge. Le jeu est d’ailleurs devenu de plus en plus agressif. Avant c’était plus conservateur, avec des enchères moins risquées. Aujourd’hui, on veut perturber au maximum l’adversaire et sa communication, plutôt que de jouer dans son coin.

Vous aviez commencé le poker en même temps que le bridge ?

Non, j’ai découvert le poker très tard ! Cela ne fait que vingt ans, depuis 1997 pour être plus précis. C’était une partie entre amis, et c’est là que j’ai connu Patrick Bruel. C’est pour cela que Roger Hairabedian explique que je suis le plus grand voleur de la terre et que j’avais amené Patrick dans des parties truquées où je touchais des pourcentages des organisateurs [rires] ! Et il ajoute que c’est des « pointures corses » qui lui ont dit ça. Enfin, toujours le grand n’importe quoi… On jouait peu cher à l’époque, des parties à 300-400 francs, et c’était très sympathique. Il y avait parfois le judoka Thierry Rey, mais aussi Vincent Lindon ou Gérard Darmon. Lindon est un très gros joueur, il adore ça, mais il ne joue qu’en privé. De là, j’ai découvert l’Aviation Club de France, qui était déjà très fréquenté. L’après-midi, tu ne trouvais souvent aucune place. Il y avait une demi-douzaine de tables à l’époque. J’étais plus intéressé par la compétition des tournois que par les cash-games. À l’époque, j’avais quitté le magazine Elle après que le directeur Jean-Dominique Bauby ait eu une attaque cérébrale. C’est lui qui écrira plus tard Le Scaphandre et le Papillon, qui est un livre bouleversant sur le locked-in syndrome. Nous étions très proches et j’allais le voir très souvent à l’hôpital, à Berck, pendant sa convalescence. J’avais fondé une association pour faire découvrir cette maladie au public et même au monde médical : les gens passaient pour des légumes, car ils ne bougent que les yeux. Mais en fait, ils ont toutes leurs capacités mentales… Le premier exemple dans la littérature, c’est dans Le Comte de Monte-Cristo, où le père du procureur a ce même accident. À cette époque, j’ai commencé à apprendre le poker en lisant énormément de livres, que j’avais achetés dans des boutiques spécialisées, comme le libraire de Las Vegas situé vers l’Arts District.

Qui étaient les bons joueurs français à l’époque ?

À la grosse partie, il y avait Jan Boubli, mais aussi Benjamin Hanouna, un vieux pro, mais aussi Marc Rénier, des gens qui ont disparu… Ils venaient du poker fermé, à l’ancienne. C’était une époque qu’on n’imagine pas. Il y avait Patrick Bruel, bien sûr, Elie Marciano, et des étrangers comme Dave « Devilfish » Ulliott, David Kennedy ou Surinder Sunar. La baleine, c’était Georges le Grec, qui distribuait son argent à tout le monde ! Il avait fini en table finale du WPT Paris remporté par David Benyamine. Il avait un don exceptionnel, David. Il avait démarré au Wagram avec des parties à 100 francs, comme Antony Lellouche, que je suivais depuis longtemps. Son père tenait d’ailleurs un club de jeu, il a été à bonne école ! Moi j’avais appris les jeux de cartes au lycée, à Henri IV. C’était en plein mai 1968, il y avait des barricades partout et moi je ne pensais qu’au bridge [rires] ! Je me rappelle avoir fait le tour de Paris pour trouver mon magazine de bridge préféré au mois de mai 1968 alors que c’était le blocage intégral. Je ne l’ai jamais trouvé… Ça a d’ailleurs été le sujet de mon premier édito lorsque j’ai pris la direction de ce même magazine trente ans plus tard.

En mettant un terme à ta carrière dans le poker, tu as mis un terme à une aventure de combien d’années ?

Près de quinze ans… J’étais au tout début de Winamax, avec Alexandre Roos, Christophe Schaming et bien sûr Patrick Bruel. On a été rapidement cinq ou six au départ, avec Aurélien « Guignol » Guiglini que j’avais rencontré à Deauville lors d’un tournoi. J’avais ensuite contacté Benjamin Gallen juste après, que je connaissais du « Tournoi des As », une émission que Bruno Fitoussi organisait à la télévision. Mais Benjo n’a pas voulu tout de suite nous rejoindre [rires] ! Winamax a commencé dans un appartement, avec des tables Ongame dotées d’une décoration Winamax. On a voulu faire quelque chose de différent d’entrée de jeu, en créant une communauté. C’est comme cela qu’est né WAM, en promouvant des valeurs réelles : compétition, progression, passion, convivialité. J’ai voulu développer des conseils et des échanges entre les joueurs. On a lancé Winamax en août 2006, et au mois de septembre, Patrick Bruel qui présentait le WPT a appelé un vendredi matin, à quelques heures de la diffusion : ils n’avaient plus d’annonceurs, et on avait la possibilité de promouvoir notre marque. Mais il fallait que ça soit un site gratuit en play-money… On a créé une page internet dans l’heure, que l’on a appelée WAM. Ça rappelait Winamax et ça marchait bien ! On a créé des comptes pour initier quelques sujets de conversation… Le premier post, c’est Guignol sous pseudo avec un message du genre : « Vous connaissez Winamax ? C’est super ! » [rires]

Et ça a tout de suite pris ?

Le soir même, le site a explosé à cause d’un nombre de connexions invraisemblable. Ensuite, on a engagé des modérateurs, etc. mais au départ j’étais le seul à m’en occuper avec Guignol, puis avec FdC. Pour être honnête, on ne pensait pas que ça prendrait si vite et si fort. Le seul qui imaginait ça, c’était Aurélien en fait… Il avait même fait un pari avec les patrons, et c’est lui qui a gagné… Ceci dit, les dirigeants étaient contents de perdre ce pari [rires] ! À l’époque, le leader était PartyPoker, mais comme ils étaient cotés en bourse, ils se sont retirés du marché américain, de peur de perdre leurs agréments. Ils se sont fait doubler immédiatement par PokerStars, qui ne s’était pas posé de questions. À l’époque, PokerRoom, une salle online, m’avait contacté pour lancer leur site en France. EuroPoker et CDPoker, un site obscur qui promettait monts et merveilles, m’avaient aussi demandé de faire ambassadeur. Il y avait aussi Poker770 avec un certain « Eric » dont personne ne connaissait le nom, qui livrait l’argent des buy-in en valises d’argent liquide à Las Vegas… C’était le Far West et toutes ces rooms ont disparu depuis. Comme j’avais fait la première émission de télévision sur le poker, sur Eurosport puis RTL, que j’avais créé LivePoker et tenais un blog, les gens me prenaient pour un interlocuteur incontournable en France. Quand j’ai vu que Patrick Bruel, qui était déjà un ami, était derrière le projet de Winamax, j’ai foncé. Et j’ai eu bien raison ! Ce qui a fait notre succès, c’est aussi que c’était une équipe ramassée, avec des chaînes de décision rapides, sur place, en France. Nous, on était dans le salon et les boss dans la chambre, donc ça allait vite… On déjeunait tous ensemble, on allait boire des verres après, dans le 15e vers l’appartement, et on était en brainstorming permanent en fait ! En 2007, les RG nous ont convoqués, Patrick et moi, avec mise en garde à vue [rires], pour nous questionner quant à savoir la nature de notre activité réelle. Ils m’ont demandé si je connaissais Winamax, si je connaissais M. Roos et M. Schaming, etc. La ligne de défense, c’était que tout était uniquement WAM Poker, un site gratuit. Winamax était officiellement en Angleterre. Les RG m’ont dit que j’allais avoir des ennuis si je continuais la promotion d’une maison de jeu, et ils sont venus quelques semaines plus tard à 6 heures du matin faire une perquisition chez moi ! C’est à cette époque que nous avons tous déménagé à Londres pour pouvoir travailler tranquillement. Et on devait embaucher une personne par jour quasiment, tellement l’activité avait explosé.

C’était votre volonté de faire un site éditorialisé, avec beaucoup de contenu en plus ?

Oui, je voulais que les gens s’éduquent en même temps qu’ils jouent. On avait organisé des masterclass pour parler stratégie, par exemple. On avait acheté à prix d’or une interface pour cela à François Montmirel, qui était très actif dans le business poker. C’était un peu comme « Dans la tête d’un pro » mais sans vidéo, on commentait les mains et la stratégie derrière. C’est aussi pour cela que j’ai voulu créer une équipe, avec des personnalités fortes que les gens aiment. On a commencé Patrick et moi, puis Vikash Dhorasoo que j’avais connu lors de l’émission des WSOP en tant qu’invité. Et puis j’ai pris Antony Lellouche, qui était un type adorable et brillant. Un peu poil dans la main quand même [rires] ! Il m’a téléphoné il y a trois jours d’ailleurs… Il vit au Sénégal maintenant, en jouant à la grosse partie du casino Terrou-bi et a lancé quelques applications iPhone. Ensuite, il y a eu Nicolas Levi, Ludovic Lacay, Anthony Roux et Arnaud Mattern, et ensuite Alexia Portal et Almira Skripchenko en 2007-2008. Et même Éric Koskas ! Qu’on n’oubliera jamais en finale contre Jason Mercier en faisant le pire bluff de l’histoire [rires]. C’est lui qui lancé la carrière de Mercier en fait… Quand tu le vois en direct, et que tu le connais, tu sais très bien qu’il n’a rien vu. Tu sais très bien qu’il surjoue tellement la joie en se levant et faisant des signes au poker.

Quel membre de l’équipe vous a le plus surpris, positivement parlant, avec le temps ?

Honnêtement, la plupart. Il y a des gens qui ont été un peu décevants car ils n’avaient pas le niveau comme Alexia Portal ou Éric Koskas, mais autrement, c’est l’inverse. Les jeunes bossent énormément le poker et c’est d’ailleurs une raison pour laquelle j’arrête… Mais Sylvain Loosli m’avait déjà énormément surpris, et aussi Guillaume Diaz. Il est arrivé en Top Shark, ce qui est un CDD dans le Team, et avec le temps il a tellement étudié et a tellement appris qu’il me bluffe. En plus c’est une personnalité géniale, une « belle personne » comme on dit.

Comment expliquer qu’Antony Lellouche, qui était sûrement le plus prometteur, n’ait jamais remporté de gros tournoi ?

Je crois que ce n’est pas son truc, le tournoi. En fait, ça l’emmerde même [rires] ! Et puis comme il y avait les impôts, il a vite arrêté le poker de tournoi sponsorisé. Il devait gagner beaucoup d’argent car il a une très large famille à charge. Il est généreux de façon vraiment dingue. Il a quitté de son plein gré le Team Winamax parce qu’il est plus à l’aise dans l’ombre, quand on ne fait pas attention à lui. Derrière le sourire, il n’aimait pas être médiatisé. Il voulait juste vivre sa vie, sortir avec ses amis, jouer ses cash-games. Et Dieu sait qu’on a essayé de le retenir… Tout le monde l’adorait, on lui a même proposé un contrat ne l’engageant à rien, mais il a préféré aller ailleurs. Mais de façon générale, tous les membres du Team m’ont marqué. Avec Davidi Kitai, avec Ludovic Riehl et Guillaume Diaz, on a des rapports quasi filiaux, et avec les autres, de l’amitié profonde.

Comment recrutiez-vous tous ces talents ?

Pour Davidi, j’étais à un salon du poker avec Guignol, en Belgique, et je l’ai rencontré sur place. C’était un petit joueur à l’époque, mais il avait une manière très agréable de parler de poker, et je l’ai observé jouer. Il avait déjà une personnalité forte, ce qui est indispensable. Les gens s’étonnent souvent en te disant « Mais pourquoi vous ne prenez pas untel, alors qu’il est si bon ? » Mais nous, on cherchait de la complémentarité dans l’équipe. C’est un écosystème ! Tu ne peux pas prendre trois Ludovic Lacay – déjà un, c’est beaucoup [rires] ! Il n’y a pas que la valeur du poker qui est prise en compte… Et le nombre d’amateurs qui me demandent aussi d’entrer dans l’équipe. Des joueurs comme David Benyamine, par exemple, ce ne sont pas des bonnes recrues pour une équipe. On a longuement discuté avec lui à une époque, mais ça ne s’est pas fait, car il était juste là pour prendre l’argent du sponsoring, et rien de plus. Au final, il s’est retourné vers des stackers, ce qui est plus logique pour lui… même s’il a un peu disparu, ce qui est dommage car c’est un type très brillant. Mais quand tu penses qu’il est persuadé qu’il peut « battre » les machines à sous ! Si on l’avait engagé, il aurait fait jouer les membres du Team pour lui, oui [rires] ! Comment un type aussi doué peut avoir ce grain-là ? Il a perdu des millions aux jeux de casino…

Est-ce que vous pensez que sans vous, ces joueurs n’auraient pas explosé ?

C’est certain que le sponsoring et le Team, cela les a aidés à jouer avec une autre bankroll qu’un petit joueur de casino ! La cohésion du Team et les échanges permanents les ont fait progresser bien plus vite… C’est une vie solitaire, joueur, cela peut être très difficile de faire le circuit solo. Là, c’est un vrai groupe qui se marre sincèrement et s’apprécie. Les meilleurs moments de ma carrière, cela reste tout de même l’esprit réel d’équipe lors des dîners en marge des tournois. Dans le poker, le Team Winamax a longtemps été la seule vraie « équipe », soudée.

Et comment voyez-vous la reconversion des anciens membres de l’équipe ?

Ce qui est certain, c’est que je n’imagine aucun membre du Team actuel continuer à être joueur pro dans dix ans. Tout simplement parce qu’il faut de l’envie pour continuer à gagner, et avec le temps on perd cette sensation. Ils ont tous plus ou moins des projets pros en parallèle. Loosli, par exemple, je ne m’inquiète pas pour lui, c’est un sacré gestionnaire ! Davidi, lui, il investit comme Adrian Mateos dans des dizaines de jeunes « poulains ». Guillaume de la Gorce, par exemple, c’était un phénomène du online et il est devenu très riche en se lançant ensuite dans l’immobilier… Lui, je l’avais découvert avec Loïc Sabatte, un des types les plus adorables du monde du poker français, qui avait un site, poker.fr, et continuait malgré tout à vendre chaque matin ses crêpes sur le marché du Mans ! De la Gorce gagnait tellement sur le site associé à poker.fr que Loïc m’a demandé de vérifier son jeu, car il le soupçonnait de tricher vu qu’il gagnait tout le temps à toutes les limites… Et en fait, non : il vidait les liquidités du site juste parce qu’il était simplement doué. Lui, il a joué au poker en pro juste pour financer son business immobilier ensuite. Il n’avait pas envie d’être une star du poker avec sa photo dans les journaux. D’autres, comme Anthony Roux, ils ne sont pas faits pour l’argent : son but c’est juste de se cultiver. Il a arrêté le poker après avoir gagné plein d’argent, et depuis, il lit, il regarde des films, etc. Moi, je ne me suis jamais considéré comme un joueur pro de poker : j’ai toujours eu une activité autour du poker, ce qui est différent. Quand je jouais au bridge, j’étais médecin, puis journaliste. Je n’ai eu que deux années où j’ai joué non-stop, entre 2003 et 2005. J’ai besoin de ne pas être enfermé dans le quotidien d’un joueur. Des gens comme Fabrice Soulier ou Bruno Fitoussi, c’est pareil : ils font autre chose que simplement jouer. Les jeunes qui marchent sur les tables, ils vivent poker 24h/24, c’est autre chose.

Quel projet inachevé regrettez-vous ?

J’avais eu comme idée de faire une émission télévisée de « Duplicate Poker » où les différentes tables joueraient tous avec les mêmes cartes et le même board. Cela aurait permis de véritablement comparer les façons de jouer, les tactiques, les interactions entre joueurs. J’avais été assez loin dans le développement du concept, mais finalement cela ne s’est jamais fait.

Ils ont dit…

« Mes plus gros fous rires dans le Team sont sans nul doute partis de tes anecdotes. De ton passage à l’armée à ta rencontre avec Mike Tyson en passant par la bise à Bernadette, les histoires sont multiples. Oh, je pourrais bien les décrire dans cette lettre mais elles tomberaient rapidement à plat, ta force étant la narration, la montée en puissance et la justesse du détail pour nous plonger dans l’hilarité. »

Gaëlle Baumann, Team W

 

« Tu fais partie de mes plus belles rencontres dans le milieu. »

Nicolas Chaï, Club Poker

 

« Merci pour les échanges que vous avez eus avec mon fils Guillaume Diaz et tout ce que vous lui avez apporté au-delà du poker. »

Jean-Michel Diaz, père de Guillaume Diaz, pro Winamax

 

« Tu vas nous manquer Michel ; il faudra bien que je te saoule encore de temps en temps avec mes histoires ! »

Antonin Teisseire, vainqueur du PPT

 

« Un immense plaisir d’avoir pu échanger avec toi Michel… Tant d’anecdotes de vie à partager ! »

Adrien Guyon, ancien membre du Team W

 

« Nous aussi allons suivre tes exploits en tant que champion de bridge… et j’ai déjà hâte de te croiser au détour d’une table de craps à l’Aria. »

Aurélie Réard, joueuse pro

 

« Tu étais un des rares à considérer le travail des “ouvriers du spectacle” autour de ces grands shows – preuve de ta clairvoyance et de ton humanisme. »

Guillaume Gleize, directeur de tournoi

 

« Tu as une personnalité fabuleuse et ton expérience et ta sagesse ont toujours transpiré dans tes paroles. Tu vas nous manquer sur le circuit. Tu restes et resteras l’une des grandes personnalités du poker français. »

Jimmy Guerrero, joueur pro

 

« Pour moi tu étais déjà un grand champion de bridge bien avant de devenir une personnalité incontournable du poker ! Alors bon retour à tes premières amours. »

Alana Pariente, joueuse

 

« Une pensée pour tous les super moments qu’on a partagés tous ensemble entre Vegas, Deauville et Macao. »

Claire Renaut, joueuse et blogueuse

 

« Tu es une figure emblématique à qui on doit beaucoup pour le développement du poker en France. Tu as fait énormément de bien à notre jeu préféré ! »

Valentin Messina, joueur pro

 

« Toujours le bon mot et la phrase juste. Tu es et resteras un modèle pour moi et pour beaucoup de monde. »

Julien Brécard, joueur et présentateur

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Portraits / Interviews

Dans nos archives… Profession : masseuse de joueur de poker

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« Massage girls », un métier où l’on ne compte pas ses heures mais qui peut rapporter gros. Dans une journée standard, les filles peuvent allègrement engranger plus de 1 000 euros et parfois certains clients laissent de gros pourboires… En France, l’exercice de cette activité a été interdit au début des années 2010. Retour sur une profession bannie, objet de nombreux fantasmes.

par Martin Garagnon

Le business du massage aux tables de poker s’est mis en place très tôt aux États-Unis et s’est développé et professionnalisé parallèlement au boom du poker dans les années 2000.

Les grandes franchises de poker, les World Series of Poker en tête, ont rapidement compris le gain qu’elles pouvaient en attendre. À raison de 2 dollars la minute de massage et compte tenu de l’affluence que génèrent les grands rendez-vous internationaux, c’est un bien juteux business de plusieurs dizaines de millions de dollars qu’il s’agissait de capter. En recrutant leurs propres équipes, les principales enseignes poursuivaient un objectif triple : dégager une nouvelle source de revenus, proposer aux joueurs une prestation de qualité, assurer la sécurité et l’intégrité du jeu.

En 2018 à Las Vegas, ce sont environ 400 masseuses estampillées « Professional Massage Inc » qui se relayaient jour et nuit dans les salles du Rio pendant les WSOP pour satisfaire les joueurs. Les plus efficaces pouvaient empocher jusqu’à 20 000 dollars pour un mois et demi de travail ! Pas mal pour un boulot manuel…

Les consignes à respecter n’impliquent pas particulièrement de maîtriser les règles du poker : elles sont relativement basiques mais doivent être scrupuleusement suivies, sous peine de se voir retirer l’autorisation d’exercer aux tables. La masseuse ne doit pas parler à table, à moins qu’on ne lui adresse expressément la parole. Elle doit autant que faire se peut ne pas être en position de découvrir la valeur des cartes du joueur qu’elle masse ou de n’importe quel autre joueur de la table ou d’une table voisine. Enfin, elle ne doit en aucun cas exprimer un avis ou commenter le jeu en cours (ce qui revient tacitement à la règle premièrement énoncée).

Parmi les « métiers de l’ombre » de l’industrie du poker, voilà une profession exercée quasi exclusivement par des femmes, surtout en Europe et en Asie, et c’est bien là une exception dans l’univers très masculin du jeu.

Nombre de joueurs professionnels font appel à leurs services, comme Gus Hansen ou Jonathan Duhamel, grands consommateurs de massages. Le professionnel belge Arne Coulier a également la réputation de raffoler de ces massages réalisés aux tables. Les siens peuvent durer jusqu’à dix heures ! Il lui arrive régulièrement de garder une masseuse en activité pendant toute la journée de jeu. Quant à Phil Ivey, il figure parmi les professionnels les plus généreux : il lui est déjà arrivé de laisser 1 000 dollars de pourboire pour un massage de trois heures !

Du côté des amateurs, la plupart rêvent de se payer un moment de détente tout en pratiquant leur loisir préféré.

De Nassau à Rozvadov, en passant par Vegas, Macao ou Marrakech, les « massage girls » déambulent toute l’année entre les tables des tournois les plus prestigieux.

 

Mais, une fois n’est pas coutume, la France a décidé de se singulariser en devenant l’un des rares pays qui a interdit l’exercice du massage aux tables de poker.

En effet, depuis le début des années 2010, les joueurs de poker n’ont plus la possibilité de se faire masser dans l’Hexagone pendant que se déroulent leurs parties de cartes, que ce soit en cash-game ou en tournois. La raison de cette exception bleu-blanc-rouge ? La sécurité et l’intégrité du jeu.

C’est en tout cas la raison officielle invoquée par les pouvoirs publics. L’interdiction a été mise en place dans le sillage de la médiatisation de quelques affaires de triche qui, à l’époque, avaient fait scandale. Et une en particulier : l’affaire Tekintamgac, du nom du joueur allemand, Ali Tekintamgac, pris la main dans le sac lors de la table finale du Main Event du Partouche Poker Tour en 2010. Le tournoi à 8 500 € de buy-in se disputait à Cannes et avait finalement été remporté par l’américaine Vanessa Selbst cette année-là. Mais c’est bien l’exclusion de l’Allemand qui avait alors retenu toute l’attention. Le système de triche était bien simple mais rudement efficace. Avec la complicité de couvreurs dûment accrédités, Ali bénéficiait d’informations de premier ordre sur les cartes de ses adversaires. Il suffisait aux journalistes complices de se positionner stratégiquement pour apercevoir les cartes adverses et de communiquer en temps réel l’information via une gestuelle codée et discrète. Le système avait fait ses preuves quelques semaines auparavant lors du WPT Spanish Championship à Barcelone, remporté par Tekintamgac pour un gain de 278 000 €. Mais comme souvent, les tricheurs ont été démasqués. Déclaré persona non grata dans les principaux casinos européens, puis arrêté en septembre 2013, Ali Tekintamgac a finalement été condamné en juillet 2014 à plusieurs années de prison par une cour allemande.

Si l’affaire aura lésé et frustré de nombreux joueurs, elle aura aussi fait une victime collatérale : la profession de masseuse aux tables.

Car dans la foulée du scandale, les pouvoirs publics ont durci les conditions d’accès aux tables. Dans un premier temps, seuls les personnels de l’organisation ont eu droit de circuler dans la zone de jeu. Puis les professionnels des médias ont été à nouveau autorisés à travailler autour des tables, avec un contrôle accru de la part des organisateurs. Mais les masseuses, elles, sont restées de l’autre côté du cordon de sécurité.

La décision a fait grincer bien des dents à l’époque et paraît toujours incompréhensible à l’heure actuelle. D’un côté, l’autorité de régulation fait valoir l’application stricto sensu du principe de précaution dans l’intérêt du joueur lui-même, afin de préserver l’intégrité du jeu. De l’autre, on pourra noter que la masseuse ne décide pas qui ni quand elle va masser et ne peut donc choisir son positionnement aux tables, lesquelles sont d’ailleurs régulièrement modifiées au gré des éliminations des joueurs. Enfin, les affaires de triche qui ont été mises à jour n’ont jamais impliqué la profession, contrairement aux croupiers et journalistes.

En off, il se dit également que les pouvoirs publics voulaient limiter la circulation d’argent liquide dans la zone de tournoi et estimaient que la plupart de l’activité des masseuses échappait à l’impôt, celles-ci se faisant souvent payer « au black ». Surtout, la police des jeux considérait la profession comme une plate-forme potentielle de trafics en tout genre : deal de drogue, services de prostitution, etc.

Le bilan de cette décision s’est avéré catastrophique pour le business. La plupart des masseuses ont vu leur activité s’arrêter du jour au lendemain, après avoir su patiemment nouer des partenariats avec des casinotiers et gagner la confiance des grandes licences internationales pour pouvoir exercer leurs talents dans les enceintes de poker. D’autres, plus rares, ont su rebondir et s’exporter.

Le portrait à quatre mains

Et parmi les masseuses qui ont su se relancer, nous sommes allés à la rencontre de Johanna de Castilho, masseuse et propriétaire de la marque Goldfinger. Tous les joueurs fréquentant la côte d’Azur ou le casino de Marrakech ont forcément croisé le regard bleu pétillant de Johanna, à défaut d’avoir eu la chance de passer entre ses mains expertes.

À peine âgée de 37 ans, Johanna fait pourtant figure de vétéran dans la profession. Basée à Cannes, elle exerce la profession de masseuse depuis maintenant dix-sept ans. Titulaire d’un brevet professionnel d’esthétique, Johanna pratique des massages dits de bien-être, et donc non thérapeutiques, et suit tout au long de l’année des formations pour appréhender de nouvelles techniques de massage, que ce soit du shiatsu ou de l’ayurvédique, dans l’idée de toujours pouvoir proposer à ses clients une prestation au plus près de leurs désirs.

Johanna de Castilho a créé sa société en 2007, Goldfinger Massage, et exerce dans l’univers du poker depuis 2009.

Poker52 : Comment es-tu devenue masseuse de poker ?

Johanna de Castilho : Un de mes clients à mon cabinet à Cannes était joueur de poker et je le massais régulièrement au lendemain de ses longues nuits de jeu. Nous avions un bon contact et avons sympathisé. Il a commencé à me parler des masseuses qu’il voyait sur les tournois et m’a demandé si ça pouvait m’intéresser. L’idée m’a tout de suite séduite et j’ai démarché le casino Palm Beach, qui organisait à l’époque le Partouche Poker Tour. C’est comme ça qu’on a commencé à travailler dans le poker, avec ma collègue Maeva.

Que représente le poker dans ton activité globale ?

L’interdiction des massages en France m’a fait très mal. Je continue d’exercer sur les tournois de poker à Marrakech et un petit peu à San Remo. Aujourd’hui, ça représente environ un quart de mon activité, en termes de chiffre d’affaires.

Combien ça coûte de faire appel à tes services ?

Mes prix sont d’un euro cinquante la minute de massage. C’est un tarif standard. À l’époque, sur le circuit des European Poker Tour, le tarif passait à 2 euros la minute.

À Marrakech, je ne reverse aucun pourcentage au casino. J’ai la chance d’avoir d’excellents rapports avec eux et ils m’autorisent à exercer là-bas gratuitement. Les frais de déplacement, de logement et de restauration restent bien entendu à ma charge.

Avec PokerStars, on devait reverser la moitié de nos recettes à l’organisation, et les frais restaient à notre charge également, Je travaillais donc pour un euro la minute mais il y avait beaucoup de volume, alors ça restait un très bon business.

Où travailles-tu sur le circuit ?

Essentiellement à Marrakech. Je travaille un peu à San Remo. Et l’année dernière, grâce à la recommandation d’Hermance Blum (WPT), j’ai eu l’autorisation du casino Barcelona de travailler pendant le festival WPT, uniquement dans la zone tournoi.

Quelle est ta destination préférée ?

J’adore Marrakech ! Je travaille avec eux depuis dix ans, et je fais tous les gros tournois. L’équipe est devenue une seconde famille, le Es-Saadi une seconde maison. On y retrouve souvent les mêmes joueurs, c’est agréable. J’ai la chance d’avoir une super relation de confiance avec eux et ils ne m’ont jamais lâchée. Je masse aussi en cash-game au casino de Marrakech et ça me permet de faire de gros volumes horaires. J’y vais même en vacances désormais.

Ton client préféré ?

[Rires] Ceux qui laissent de gros pourboires !

J’aime bien tous les clients, à vrai dire. Je ne fais pas de différence. Mais avec certains, on a développé une relation de confiance et d’intimité.

Parfois, il y en a qui disparaissent un peu de la circulation, soit parce que la chance a tourné et qu’ils n’ont plus les mêmes moyens ou plus récemment parce que le fisc est après eux. Des joueurs qui avant me prenaient une dizaine d’heures sur la totalité du tournoi ne peuvent plus se payer qu’une petite demi-heure par-ci par-là. Alors ça me fait de la peine, mais bon ça reste un business, tu es obligé de te protéger un peu.

Mais si je devais te citer un joueur parmi les grands fans de massage que je vois régulièrement à Marrakech et qui est très agréable à masser : Bruno Fitoussi.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Je me souviens d’avoir massé Ilari Sahamies pendant plus de sept heures de suite à Barcelone. On ne se connaissait pas mais il semblait apprécier mon massage et me demandait de continuer au fur et à mesure. Pendant tout le temps de mon massage, il a connu un super run et je crois qu’il y avait un peu de superstition. Du coup, je me suis retrouvée à le masser quasiment jusqu’à la fin de son tournoi. Mais il a fini par perdre… (Ndlr : le tournoi en question est le Main Event de l’EPT Barcelone 2012 dans lequel Ilari prend la deuxième place pour un gain de 630 000 €, deux jours après avoir fini en quatrième position lors du Super High Roller à 50 000 €, pour un gain de 290 000 €. À ce jour, il s’agit des deux plus gros gains en tournoi live du Finlandais…)

As-tu déjà refusé de masser un joueur et pour quelles raisons ?

Heureusement ça m’arrive très rarement ! C’est avant tout un gagne-pain donc tu as tendance à dire oui à tout le monde mais parfois tu as un mauvais ressenti avec un client. Dans ces cas-là, j’esquive la demande sous prétexte d’un engagement auprès d’un autre joueur. Parfois, le type dégage quelque chose de malsain dans son attitude et tu sais, avec l’expérience, que ça va être galère. Et parfois, c’est aussi une question d’hygiène douteuse… Mais là quand tu t’en rends compte, c’est souvent trop tard [rires].

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Portraits / Interviews

Dans nos archives… rencontre avec Daniel Negreanu

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En 2014, Daniel Negreanu avait pris la rédaction en chef d’un numéro de Poker52… Nous republions, en ces temps de confinement, le meilleur des archives du magazine.

Cela faisait plusieurs mois que le projet couvait : Daniel Negreanu rédacteur en chef de Poker52 pour un numéro, avant le grand bond des World Series Of Poker. Le « Kid » Poker n’étant pas des plus disponibles, surtout avec le tournage en cours d’un biopic documentaire consacré à son incroyable destinée dans le monde du poker, nous avons ainsi réglé les détails à Monte-Carlo lors d’une se ses rares venues en Europe. Son joueur préféré ? Chip Reese ! Les iniatives qu’il encourage dans le poker en ligne ? Twitch et autre GPI. Son combat dans le poker ? Une meilleure gestion de la bankroll et une professionnalisation du milieu. En tout, un entretien inédit et passionnant avec la figure la plus populaire du monde du poker. Le Kid a la parole.

Vous vous apprêtez à partir aux World Series juste après Monte-Carlo, très en avance car c’est un rendez-vous très important pour vous. Et pourtant, parfois, la variance peut vous rattraper…

Je pars à Vegas un mois à l’avance car je veux être en forme parfaite pour le lancement des WSOP, fin mai. Je vais faire beaucoup de gym, passer enfin du temps chez moi et prendre du bon temps, faire un régime végétarien comme toujours, etc. Le poker n’est pas entièrement maîtrisable, et heureusement d’ailleurs ! Pendant les World Series, il faut pouvoir passer entre les gouttes. Je varie mon jeu smallball, pour prendre plus de risque en début de tournoi, afin de tout de suite monter un beau tapis ou sauter. C’est l’inconvénient et l’avantage des WSOP : comme il y a deux tournois minimum qui commencent chaque jour, on a tendance à gambler fortement les petits buy-in de midi et faire un late-registration dans les Championship de 17 heures… Je vais surtout privilégier les tournois mixed-games, où la variance est moindre.

Vous allez encore installer votre trailer sur le parking du Rio ?

Pourquoi, vous ne le trouvez pas beau ? (rires) Oui, je préfère avoir un havre de paix directement à côté des tournois, cela me permet de me reposer lors des pauses, et aussi d’avoir un chef personnel qui me fait de la nourriture végétarienne saine. Je sais qu’à une époque tout le monde a eu sa caravane sur le parking, ils ont tous voulu m’imiter ! (rires) Mais là, je pense qu’on ne sera plus beaucoup… Le but, c’est de me mettre dans les meilleures conditions possibles pour faire de belles performances, et cela, ça n’a pas de prix…

Cela vous rappelle lorsque vous passiez des nuits à jouer à Toronto, et qu’au retour, votre mère vous préparait à manger ?

Peut-être… En tout cas c’était une période formidable car j’étais heureux en famille. Cela a toujours énormément compté pour moi et lorsque mon père a disparu puis, plus récemment, ma mère, ces blessures m’ont véritablement brisé. C’est comme un écosystème émotif qui s’écroule, d’un coup. J’ai perdu pied, parfois, et il m’a aussi fallu du temps pour remonter la pente… J’aurais adoré, par exemple, pouvoir aller à Las Vegas avec mon père, il aurait tellement aimé cette ville. C’était un personnage haut en couleur, toujours la langue bien pendue, et qui aimait la vie.

A quoi ressemblait la scène gambling à Toronto à l’époque ?

J’ai découvert le jeu, et le pari, via le billard. J’étais très adroit, tout jeune adulte, et je passais mes heures libres à écumer les salles de billard de la ville. Toronto est une grande ville cosmopolite, avec plein de communautés différentes —asiatiques, juives, etc.— et qui aiment le jeu. Je passais des nuits entières à battre les autres (et aussi parfois à me faire avoir – rires), et j’avais une petite amie, Evelyn Ng, qui est ensuite devenue star au poker, avec qui je jouais beaucoup. Je devais jouer de 1 à 5$ la partie, mais à la fin de la journée, cela pouvait faire beaucoup, surtout à mon âge. J’ai compris que je pouvais gagner ma vie en jouant. C’était assez incroyable.

Ensuite, j’ai découvert les parties privées de Toronto, et je peux vous jurer qu’il y en avait quasiment autant que d’appartements… C’étaient des clubs clandestins, avec quelques tables. On y passait nos journées et nos nuits, alors que nous étions tout juste majeur. La variante, c’était du Limit, presqu’exclusivement, mais les écarts pouvaient être vraiment importants. Le seul souci, c’était de se faire payer et éviter de se faire braquer, ce qui m’est arrivé à quelques reprises. On ne savait jamais si c’était les propriétaires des lieux, d’ailleurs, qui organisaient cela ou pas ! (rires) Mais je peux dire, comme Doyle, qu’on m’a braqué en pleine partie de cash-game, ça me donne un côté vieux Texan…

A 21 ans, vous tentez un hit, à Las Vegas…

C’était mon premier tournoi ! J’étais bien plus tête brûlée à l’époque que maintenant, et j’y suis allé full bankroll ! C’était en 1996, je crois, et je me suis ruiné en quelques soirées. J’étais le « king » à Toronto dans les parties de Limit 5-10$ à 20-40$, mais ici à Las Vegas, j’étais un vrai « kid » ! (rires) Je ne connaissais pas beaucoup les grands joueurs de l’époque, mais en tout cas je ne leur ai absolument pas marché dessus, comme je l’avais prévu. Mais j’en ai gardé une expérience positive car je n’aime pas trop avoir le goût de la semelle d’un autre sur le visage… J’ai remis en cause tout mon jeu, j’ai refait le match, comme on dit. Et deux années plus tard, en 1998, j’y suis allé avec une bankroll plus solide, grâce à un beau gain dans le casino de Foxwoods, côte est, et surtout une motivation de dingue.

Vous devenez ainsi le plus jeune vainqueur des World Series…

C’est à cause de cela que l’on m’a surnommé le « Kid » du poker mais, cette fois, c’était positif ! C’est la première fois où je gagnais si gros, 170 000$. Todd Brunson, le fils de Doyle, m’avait stacké suite à un satellite, et je l’avais joué, ce tournoi PLHE à 2000$, sans absolument penser à la pression du gain et de la victoire. A l’époque, le field était restreint mais il y avait tous les sharks, tout le monde se connaissait… sauf moi !

Comment avez-vous rebondi par la suite, et comment avez-vous évolué ?

Comme les jeunes de maintenant sur internet : j’ai discuté, des nuits blanches durant, avec les joueurs qui m’impressionnaient le plus. Des types comme Ivey, lorsque vous le voyez débarquer soudainement dans les années 2000, vous comprenez très vite qu’il va changer la manière de jouer le poker. C’était aussi le début des grosses équipes et des sponsors, de légendes comme Ferguson, Juanda, Mortensen, Seidel et autres. Il suffit de regarder Phil Ivey ou Erik Seidel pour vite apprendre d’autres façons de jouer le poker. Nous étions vraiment la nouvelle génération et nous voulions déboulonner les anciens champions —enfin, surtout prendre leur argent ! (rires) Même si, en parallèle, nous les respections énormément, tous les Chip Reese, les Doyle Brunson, les Stu Ungar même, avant sa mort en 1997. C’était comme un passage de témoin, mais les anciens ne voulaient pas trop le lâcher, le témoin… (rires)

Comment expliquez-vous, dans une carrière, une année comme celle de 2004, où vous sembliez imbattable ?

(Rires) C’est vrai que 2004 a été tout bonnement incroyable. C’est bien simple, je faisais toujours les bons calls sur des bluffs, je couchais des mains énormes battues par d’autres encore plus fortes et je gagnais tous mes coinflips ! C’est impossible de perdre dans ce cas là. Cela avait commencé dès janvier, au PCA qui était encore un WPT, où je finis troisième. Déjà à ce moment-là, les médias s’intéressent à moi, et au lieu de me disperser, cela m’aide à me concentrer. J’avais tellement galéré les années suivantes que j’ai senti que c’était mon « spot ». Et puis, dès mars, je finis runner-up d’un autre WPT. Ensuite, je dois signer six places payées aux World Series, dont cinq tables finales et un bracelet ! Incroyable, non ? (rires). Et comme cela ne m’a pas suffit, j’ai enchaîné sur le Main Event à 10 000$ du Plaza, et presqu’immédiatement, le WPT Borgata, que je gagne, et le Five Diamond, où personne n’a pu m’arrêter… C’était un rush incroyable… J’étais jeune, j’avais une motivation sans borne, et je savais déjà que j’étais le meilleur joueur au monde (rires). Enfin, après Phil Hellmuth !

Hellmuth, justement, avait réussi à revenir en force aux World Series avec une toute nouvelle attitude, beaucoup plus sereine et humble, et cela lui a réussi…

Je ne sais pas si Phil est plus humble mais en tout cas, il tilte beaucoup moins depuis quelques temps! Vous avez raison en tout cas, Phil a fait de super World Series, et pour être honnête, j’aurais aimé qu’il gagne un bracelet il y a deux ans, même s’il nous aurait cassé les oreilles pendant des mois ensuite. Il le méritait, car c’est une figure du poker que tout le monde aime détester, et qu’il a su se remettre en cause cette année. Ca a marché, et je pense qu’il devrait vite arrêter de finir runner-up !

Quelle a été votre plus grande déception aux WSOP ?

Sans hésiter, le Main Event en 2001, avant le grand bouleversement Moneymaker. On est 12 joueurs left, et je suis contre Carlos Mortensen et un joueur allemand, qui sur-relance très fort avant le flop. Je touche As-Roi en blinde, et je relance pour faire folder tout le monde. Mais l’Allemand me met à tapis avec une paire de 6, que je paye… Et ca tient, malheureusement. J’étais chipleader avant le coup, et après je saute très vite. Sans ça, peut-être aurais-je pu remporter le Main Event —c’est Carlos qui a gagné, finalement— et déclencher le poker-boom, qui sait ?

Quelle scène la plus folle avez-vous vécu à Las Vegas ?

C’est lorsque j’ai suivi pendant près de quatre journées complètes le match en heads-up de Ted Forrest et Hamid Dastmalchi, au Mirage, à la fin des années 1990. Je connaissais bien Ted, et je les ai observés s’affronter à des sommes folles. Hamid, un Iranien qui était assez doué et avait fait ses preuves lors de précédents WSOP, n’arrêtait pas de boire de l’alcool et de faire des allers-retours aux toilettes pour s’envoyer de la drogue. Ils ont duré comme ça trois jours et quatre nuits, c’était juste dingue. Hamid n’arrêtait pas de parler, il a même vendu son bracelet WSOP, pendant le match, à Forrest, pour une poignée de dollars. A la fin, Hamid s’est littéralement écroulé sur place et une ambulance est venu le chercher. Il était inconscient. Quelques heures plus tard, il sortait de l’hôpital, et allait s’asseoir à une autre partie…

Vous vous battez aussi pour les joueurs de tournoi…

J’irai même plus loin : j’ai toujours lutté contre les tricheurs de tout bord —il n’y a qu’à voir avec Men The Master Nguyen, que j’ai attaqué frontalement pour son réseau de joueurs et de chipdumping—, mais la triche fait aussi partie du poker, comme de toute activité sociale. C’est malheureux, mais c’est ainsi… Je suis pour une lutte des plus efficaces, mais pas au détriment du jeu.

Quels jeunes joueurs vous impressionnent le plus ?

Récemment, je dirais Sam Trickett, Georges Danzer ou encore Ole Schemion. Mais j’ai l’impression à chaque Super High Roller qu’il y a des types de plus en plus jeunes qui viennent poser 100 000$ sur la table ! (rires) Ca doit bien vouloir dire qu’ils savent jouer… ou alors ils ont gagné à la loterie.

L’émergence du poker online peut-elle rebondir avec Twitch ?

Avec la révolution de Twitch, le poker va se démocratiser encore plus vite chez les gamers. C’est fou, quand vous y pensez, qu’il puisse y avoir des millions de spectateurs d’une partie en live sur Twitch. Cela va amener une nouvelle génération encore plus technique, peut-être avec une personnalité moins exubérante mais de super techniciens. Des personnages comme Devilfish, qui vient de malheureusement disparaître, ou Gus Hansen ou mon ami Mike Matusow, cela ne se fait plus. Et il ne faut pas être nostalgique, car il ne faut se créer de personnages, il faut rester ce que l’on est en son for intérieur et se concentrer sur le jeu. Jason Sommervillen, par exemple, a un public dingue sur Twitch, et je m’y mets depuis quelques temps…

Un mot, à propos des joueurs français que vous croisez sur le circuit…

Il y a toute une école française, si l’on peut dire, qui ont bien réussi sur le circuit international. Je pense à des gens comme Fabrice Soulier, Bruno Fitoussi ou ElkY. Et Davidi Kitai, également ! Ah non…Il n’est pas Français, c’est ça ? Belge ?  C’est pareil ! (rires) Ces joueurs sont très créatifs, ils veulent faire de beaux gestes, inventer des choses, c’est vraiment très étonnant. Après, il faudrait parfois qu’ils se retiennent, mais c’est aussi ce qui fait la force de leur poker. Pour David, c’est un gambler hors-norme et un très bon joueur. Je crois que le monde entier l’a vu dans les saisons de High Stakes Poker, où il pratique un très bon jeu de cash-game. C’est un joueur imprévisible, lui aussi, qui pratique un jeu très créatif, plus encore qu’Ivey je pense. Sûrement son côté artiste de Français ! (rires) En tout cas, c’est celui qui m’impressionne le plus lorsque je le regarde jouer, avec des types comme Ivey ou Dwan. Il a leur envergure, et c’est surtout un joueur-né, cela se sent dans chacune de ses actions.

 

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